Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, explications et récapitulatifs du traducteur.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : Séfer HaMaamarim Meloukat, éditions Kehot. Le Rabbi a dit ce maamar : ש"פ בא, ח' שבט, ה'תשל"ו. Traduction française littérale en regard.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : Séfer HaMaamarim Meloukat, éditions Kehot. Le Rabbi a dit ce maamar : ש"פ בא, ח' שבט, ה'תשל"ו. Traduction française littérale en regard.
« Je suis venu dans Mon jardin, Ma sœur, Ma fiancée. » Sa Sainteté mon beau-père l'Admour, dont c'est la hilloula, rapporte [dans le maamar qu'il a remis pour le jour de sa histalkout, le Chabbat de la paracha Bo, Youd Chevat 5710 [1950]] la parole du Midrash : « "Dans Mon jardin" [legani] : dans Ma chambre nuptiale [legnouni], au lieu qui était Mon lieu essentiel au commencement. » Car la Chekhina résidait essentiellement dans les mondes inférieurs. Mais des actes indésirables commis au cours de sept générations l'ont fait remonter d'en bas vers en haut, jusqu'au septième firmament. Ensuite se sont levés des tsadikim, qui ont attiré la Chekhina d'en haut vers en bas. Cet épanchement a commencé avec Avraham (« Avraham était un »), qui l'a fait descendre du septième firmament au sixième, et ainsi de suite, jusqu'à la venue de Moché. Lui était le septième (« et tous les septièmes sont chéris »), et il l'a fait descendre ici-bas, sur la terre.
C'est pourquoi la construction du Michkan s'est faite par Moché (précisément). Car le sens du Michkan est celui du passouk : « Ils Me feront un sanctuaire [mikdach], et Je résiderai en leur sein. » Par « Ils Me feront un sanctuaire » se réalise « Je résiderai » ici-bas, dans les enfants d'Israël et dans le monde. En effet, depuis la présence de la Chekhina dans le Beth HaMikdach, le dévoilement s'épanchait dans le monde entier par les fenêtres « chekoufim atoumim ». Et tout cela se fait par le service d'Israël, comme l'ont relevé avec précision nos Sages, de mémoire bénie : il n'est pas dit « en son sein » [betokho], mais « en leur sein » [betokham], au sein de chacun d'Israël. Par le service d'Israël (dont il est dit : « Et Ton peuple, tous sont des tsadikim ») se réalise « Je résiderai » dans le Michkan, et par là dans le monde entier.
Tel est le sens de : « Les tsadikim hériteront la terre et y résideront à jamais [laad]. » Les tsadikim héritent de la terre, c'est-à-dire des « terres de vie » (le Gan Eden), parce qu'ils font résider et attirent l'aspect de « Celui qui réside à jamais » [chokhen ad], l'aspect de sovev, pour qu'il soit dévoilé ici-bas par le service de la Torah et des mitsvot. Comme le dit le passouk : « C'est Moi qui ai fait la terre, et l'homme sur elle, Je l'ai créé [barati]. » Autrement dit, si « Moi, J'ai fait la terre », c'est pour l'homme, et la création de l'homme a pour but barati, dont la valeur numérique est 613 [taryag]. Par l'accomplissement des 613 mitsvot s'accomplit donc l'intention de la création : HaKadoch Barou'h Hou a désiré avoir, Lui, béni soit-Il, une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim].
C'est pourquoi l'un des services accomplis dans le Mikdach était le service des korbanot [offrandes]. Le service des korbanot est en effet un service spirituel, accompli dans l'âme de l'homme. C'est ce que relève avec précision Sa Sainteté l'Admour Hazakène sur le passouk « Un homme, lorsqu'il offrira de vous [mikem]… » : le korban doit être « de vous », littéralement, c'est-à-dire du Néfech animal qui est dans l'homme. Et il est dit à ce propos « du gros bétail et du menu bétail » : ce sont les degrés particuliers qui existent dans l'âme animale (comme il est expliqué en plusieurs endroits au sujet du bœuf, du mouton et de la chèvre). Ce service avait lieu dans le Mikdach, car toutes les élévations se font par le Mikdach. Tous les épanchements se font par le Mikdach (comme on l'a vu plus haut, l'épanchement de la Chekhina dans le monde se faisait par les fenêtres « chekoufim atoumim » du Mikdach). De même, les élévations d'en bas vers en haut se font elles aussi par le Mikdach. C'est pourquoi celui qui prie doit diriger son intention vers le Beth HaMikdach.
Sur cette base, il explique au même endroit pourquoi le Michkan était fait de bois de chitim. L'essentiel du service de l'homme est l'itkafia et l'it'hapkha [transformation] « de l'obscurité en lumière ». C'est pourquoi le Michkan était fait de bois de chitim, un mot apparenté à chtout [folie] : il s'agit de transformer la chtout du côté opposé [le'oumat zé], qui est au-dessous de la raison et de l'entendement (« un homme ne commet une faute que si un esprit de folie est entré en lui »), en chtout de sainteté, qui est au-dessus de la raison et de l'entendement.
Sa Sainteté mon beau-père l'Admour poursuit dans le maamar, au chapitre 6 : cela permet aussi de comprendre pourquoi les bois de chitim dont on a construit le Michkan portent le nom de kerachim [planches], comme le dit le passouk : « Tu feras les kerachim du Michkan en bois de chitim, debout. » Le nom kerachim [qui est le nom qu'on leur donne dans la langue sainte] indique en effet leur nature profonde : le kecher [nœud] et le chéker [mensonge] du monde sont clarifiés [birour, le tri qui dégage le bien] et transformés en kerech du Michkan, en kecher [lien] de sainteté (comme il sera expliqué plus loin, dans le maamar de la hilloula, au chapitre 10). Il en va de même que pour ce qui a été expliqué plus haut au sujet des bois de chitim : il s'agit de ce qui se transforme de la chtout du côté opposé (le chéker du monde) en chtout de sainteté (les kerachim du Michkan).
Or ce sens du kerech (qui, avant d'être transformé en sainteté, désigne le chéker) n'est pas seulement évoqué par le mot pris dans son ensemble, mais aussi par ses lettres. Le maamar l'explique au chapitre 6, à partir de ce qui est dit dans l'introduction du Zohar : les lettres kouf et rèch sont « des lettres qui apparaissent du côté du mal [sitra bicha] ; et, pour subsister, elles ont pris la lettre chin entre elles » (car la lettre chin est la lettre de la vérité [kechot]). Le lien entre les lettres kouf et rèch et le côté du mal, le maamar l'explique au même endroit : kouf et rèch font pendant au dalet et au hé. En effet, le dalet et le rèch se ressemblent par leur forme comme par leur signification : dalet vient du mot dalout [pauvreté] et dénuement, et de même rèch
Or, la différence de forme entre la lettre dalet et la lettre rech est expliquée dans le maamar, au même endroit : la lettre dalet porte un youd derrière elle, et la lettre youd [parce qu’elle est la plus petite de toutes les lettres, au point de n’être qu’un point] indique l'annulation de soi [bitoul]. Tel est le point central de l’explication de la distinction entre la lettre dalet et le rech (bien que toutes deux indiquent la pauvreté). La lettre rech, puisqu’elle n’a pas de youd indiquant le bitoul, exprime la yechout [l’affirmation de soi] ; c’est pourquoi elle fait partie des « lettres qui se manifestent du côté du mal » (et la pauvreté de l’autre côté consiste en ce qu’il n’a aucun lien avec la Divinité). Il n’en va pas de même de la lettre dalet : puisqu’elle a un youd indiquant le bitoul, sa pauvreté est le bitoul.
3) Or, la notion de bitoul (expliquée dans le maamar, au chapitre 6) vient dans la continuité du thème de « Je suis venu dans Mon jardin [gani], dans Ma chambre nuptiale [guenouni] » (le contenu d’ensemble du maamar). C’est-à-dire que l’épanchement de la Chekhina en bas, afin qu’il y ait pour Lui, béni soit-Il, une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim], s’accomplit précisément par le service du bitoul. Or la demeure se construit par la Torah : c’est pourquoi toute la création existe pour la Torah, comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « pour la Torah, qui est appelée "commencement" [réchit] ». On comprend donc que la préparation au Matan Torah [le don de la Torah] est le bitoul.
C’est ce qu’explique Sa Sainteté l’Admour Hazakène sur le passouk « Au troisième mois […], en ce jour, ils arrivèrent au désert du Sinaï », que nos Sages, de mémoire bénie, interprètent comme se rapportant à Roch 'Hodech. La chose n’est pas claire : quel rapport y a-t-il entre leur arrivée au désert du Sinaï (la préparation au Matan Torah) et Roch 'Hodech ? Et pourquoi, dans ce passouk, Roch 'Hodech est-il désigné par l’expression « en ce jour » ? Sa Sainteté l’Admour Hazakène l’explique d’après la parole de nos Sages, de mémoire bénie : « Israël compte d’après la lune ». Or la lune « n’a rien par elle-même », ce qui est la notion de bitoul.
Tel est le lien entre Roch 'Hodech et le Matan Torah. Au moment de la nouvelle lune [molad] (ce qui correspond à Roch 'Hodech), la lune n’est qu’un point (et le point exprime le bitoul). Bien plus, un instant avant le molad, elle est dans un voilement et une occultation complets, au point de n’avoir aucune existence (pas même l’existence d’un point). De la même manière, la préparation au Matan Torah est le bitoul.
Cela explique aussi que la Torah ait été donnée précisément par Moché : Moché était dans le bitoul absolu, comme il est dit : « Et l’homme Moché était très humble, plus que tout homme qui est sur la face de la terre ». « Humble » [anav] relève de « pauvre » [ani] : c’est le bitoul de la lettre dalet, qui vient de dalout [indigence] et de pauvreté. Et c’est en raison de son bitoul que la Torah a été donnée par son intermédiaire.
Cela explique encore que tous les neviim [prophètes] aient prophétisé par « ko » [« ainsi »], et Moché par « zé » [« ceci »]. « Zé » est le niveau de 'Hokhma, et l’épanchement de la 'Hokhma se fait par le bitoul : c’est pourquoi Moché prophétisa par « zé ».
Cela explique enfin que, dans ce passouk, Roch 'Hodech soit désigné par l’expression « en ce jour » [bayom hazé]. Le « jour » est lumière [Or] et révélation, et « zé » est le niveau de 'Hokhma, comme on l’a dit : « ce jour » est donc la révélation du niveau de 'Hokhma. Et c’est par Roch 'Hodech, qui indique le bitoul, comme on l’a dit, que se réalise « en ce jour », la révélation du niveau de 'Hokhma.
Or, l'annulation de soi [bitoul] (qui est la préparation au Matan Torah [le don de la Torah], comme on l'a vu plus haut) doit se trouver dans chacune des trois lignes [kavin] : la Torah, le service et les actes de bonté [guemilout 'hassadim]. En effet, la Torah est un épanchement venu d'en haut, et l'épanchement d'en haut ne va précisément qu'à celui qui est batel [annulé], comme le dit le verset [passouk] : « Je réside dans les hauteurs et dans la sainteté, et avec celui qui est écrasé et humble d'esprit. » C'est pourquoi l'étude de la Torah doit se faire non pas à la manière d'une existence affirmée [yech] qui étudie, mais selon le passouk : « Ma langue répondra à Ta parole », comme celui qui répète après le lecteur. Il en va de même dans la ligne de la tsédaka, dont le propre est de « ranimer l'esprit des humbles ». Et ce qui vaut pour la tsédaka en particulier vaut aussi pour l'ensemble des mitsvot, qui sont appelées du nom de tsédaka : l'accomplissement des mitsvot doit se faire précisément dans le bitoul, en ce sens que l'on accomplit la mitsva de Havayé [à l'image du bitoul dans l'étude de la Torah, où l'on ressent que la Torah est « Ta parole »]. Il en va encore de même dans la ligne du service, dont le propre est le bitoul (de bas en haut). C'est pourquoi le service de la prière doit se faire précisément dans le bitoul, selon le passouk : « Prière de David. Incline, etc., réponds-moi, car je suis pauvre et indigent », et selon la parole de nos Sages, de mémoire bénie : « On ne se lève pour prier que dans un état de gravité [koved roch] », ce que Rachi explique par : soumission et humilité. C'est aussi ce qu'explique Sa Sainteté mon beau-père l'Admour dans le maamar (chapitre 6) à propos du bitoul dans les trois lignes. Pour l'étude de la Torah, il cite la parole de nos Sages, de mémoire bénie : « Elle ne se trouve pas chez ceux qui ont l'esprit hautain, etc. », car l'étude de la Torah doit se faire dans le bitoul absolu, comme le disciple qui reçoit de son maître : au moment où celui-ci lui transmet son influence, il doit être totalement batel (« ses lèvres distillent l'amertume [mar] »). Pour la prière, de même, il cite dans le maamar le passouk : « Prière de David. Incline, Havayé, Ton oreille, réponds-moi, car je suis pauvre et indigent » : la demande « Incline, etc., réponds-moi » découle de « car je suis pauvre et indigent ». Quant au bitoul requis dans la ligne de la guemilout 'hassadim, c'est-à-dire l'ensemble des mitsvot, il y fait allusion par la parabole de la faculté de mouvement : pour
Or, au sujet du bitoul de la lettre youd (qui se trouve à l'arrière du dalet), le maamar explique, en ces termes : « La lettre youd indique le bitoul et le fait qu'elle s'est amoindrie [aze'irat garmah], c'est-à-dire Malkhout d'Atsilout, qui n'a rien par elle-même [let lah migarmah kloum]. » On peut proposer que s'il ajoute « qui n'a rien par elle-même », c'est que l'amoindrissement de soi, bien qu'il soit un aspect de bitoul, laisse néanmoins subsister une certaine existence (seulement, cette existence est sur le mode de l'amoindrissement). Il ajoute donc « qui n'a rien par elle-même », ce qui est (selon l'expression du maamar à cet endroit) « le bitoul et l'humilité absolus ». On le comprendra d'après ce qu'écrit Sa Sainteté l'Admour HaEmtsaï dans les Biourei HaZohar à propos du passouk « Et d'ailleurs, elle est véritablement ma sœur, la fille de mon père, mais non la fille de ma mère » : le bitoul du récipient [keli] vide procède précisément de 'Hokhma (« mon père »). En effet, la méditation de Bina (« ma mère ») fait naître une émotion de l'ordre de l'embrasement et du tumulte [ra'ach], alors que le bitoul du récipient vide procède précisément de 'Hokhma (« mon père ») : l'émotion propre à 'Hokhma, c'est l'humilité qui consiste à se mettre soi-même de côté et à s'annuler entièrement. Or il est clair que l'émotion de l'ordre de l'embrasement et du tumulte, née de la méditation de Bina, est elle aussi un état de bitoul, puisque « la fille de ma mère » relève elle aussi de la sainteté, et que « toute chose de sainteté doit être dans un état de bitoul absolu ». La différence entre « la fille de ma mère » et « la fille de mon père » se réduit à ceci : l'émotion née de Bina n'est pas un bitoul absolu. Bina est compréhension et saisie, un aspect d'existence ; c'est pourquoi l'émotion qui en naît est elle aussi de l'ordre du tumulte. 'Hokhma, en revanche, conduit au bitoul absolu. Autrement dit, le bitoul que produit la méditation de Bina (qui est tumulte et émotion) n'est qu'un aspect extérieur, alors que le bitoul de 'Hokhma (qui opère en silence) est un bitoul essentiel [bitoul atsmi] : on y est batel [annulé] dans l'essence même de son être. Voilà pourquoi le maamar précise « qui n'a rien par elle-même », c'est-à-dire le bitoul absolu : le bitoul comportant plusieurs degrés, comme on l'a vu, il précise que le bitoul (de la lettre dalet) dont il est question ici est un bitoul absolu (plus élevé même que le bitoul de 'Hokhma, comme on l'expliquera plus loin). C'est précisément par un tel bitoul que l'on devient un récipient capable de recevoir même une influence [chéfa] qui est sans aucune commune mesure avec soi, comme le maamar l'explique par la parabole du maître et du disciple : lorsque le disciple est dans un état d'annulation totale de son existence, dans le bitoul et l'humilité absolus, alors précisément il devient un récipient capable de recevoir la véritable influence du maître.
Voici l'explication, telle que la donne Sa Sainteté l'Admour le Tséma'h Tsédek dans l'Or HaTorah. L'annulation de soi [bitoul] de l'élève qui veut recevoir l'influence [chéfa] du maître est à l'image du bitoul du maître qui veut influencer l'élève. Quand le maître transmet une compréhension à un élève qui est à sa mesure, il doit alors aussi contracter quelque peu son intellect, mais il n'a pas à se mettre lui-même de côté. Il en va autrement quand il veut transmettre une compréhension à un élève qui n'est absolument pas à sa mesure : il doit alors mettre son essence de côté et contracter toute son essence, etc. Il en est de même du bitoul de l'élève. Pour recevoir une influence qui est à sa mesure, il n'a pas besoin d'être dans le bitoul ultime (même si, alors aussi, il doit être dans le bitoul). En revanche, pour recevoir une influence qui n'est absolument pas à sa mesure, il en va de l'élève qui reçoit comme du maître qui influence, lequel doit mettre son essence de côté, comme on l'a dit (« comme, dans l'eau, le visage répond au visage ») : il doit être dans un état de bitoul absolu. Sur cette base, il explique (au même endroit) ce qu'ont dit nos Sages : « Rabbi Zeira jeûna cent jeûnes pour oublier le Talmud de Babylone » afin de pouvoir recevoir le Talmud de Jérusalem, « ce qui signifie que, tant qu'il n'était pas un récipient vide et qu'il gardait en main quelque chose des compréhensions antérieures, il ne pouvait recevoir l'influence supérieure de la terre d'Israël ». On peut expliquer ainsi l'intention de ce propos. À première vue, on ne comprend pas pourquoi Rabbi Zeira eut besoin de jeûner cent jeûnes, etc. En effet, il semble qu'il possédait déjà auparavant le bitoul requis [le simple fait qu'il ait étudié et compris le Talmud de Babylone prouve qu'il était dans le bitoul : la compréhension de la Torah ne s'obtient que par le bitoul, au point que « tout disciple dont les lèvres ne distillent pas l'amertume, etc. »]. Dès lors, pourquoi eut-il besoin de jeûner cent jeûnes, etc. ? Sa Sainteté l'Admour le Tséma'h Tsédek explique à ce propos que l'intention était qu'il devait être un récipient [keli] vide, même des compréhensions antérieures. Puisque, pour recevoir une lumière plus élevée, il faut un bitoul plus grand, le bitoul qu'il avait auparavant ne suffisait pas pour qu'il puisse recevoir l'influence supérieure de la terre d'Israël [qui est incommensurablement plus élevée]. Il dut donc jeûner cent jeûnes, les jeûnes étant un bitoul de l'existence propre de l'homme. Ce bitoul ne suffisait pas encore : il fallait aussi « oublier le Talmud de Babylone » (c'est-à-dire qu'il devait y avoir non seulement le bitoul de son existence en général, mais aussi le bitoul de sa compréhension antérieure). Tel est le sens véritable du récipient vide : il est vide même des compréhensions antérieures. C'est aussi le sens de « elle est ma sœur, la fille de mon père », car le degré de récipient vide dont il vient d'être question découle précisément de la 'Hokhma, et non de la Bina, comme l'explique l'Or HaTorah au même endroit.
Or, il en va de même de l'influence d'en haut : l'influence d'un degré qui transcende l'hichtalchelout [enchaînement des mondes] ne se reçoit que par le bitoul. C'est ce qu'explique Sa Sainteté l'Admour le Maharach sur le passouk : « Qui est un D.ieu comme Toi, qui supporte la faute et passe sur la transgression pour le reste de Son héritage », que nos Sages commentent ainsi : « pour celui qui se considère comme un reste ». À première vue, cela ne se comprend pas : le pardon provient d'un lieu très élevé, qui est au-dessus du lieu de l'examen rigoureux. Pourquoi donc précisément pour celui qui se considère comme un reste ? Il l'explique en posant d'abord ceci : les premiers mekoubalim, antérieurs à l'Arizal, appelaient l'attribut de 'Hessed du nom de Guedoula [grandeur], tandis que l'Arizal l'appelait 'Hessed. La raison en est que les premiers kabbalistes parlaient des midot du Tohou, et que le 'Hessed du Tohou est au degré de Guedoula ; l'Arizal, lui, parle du 'Hessed d'Atsilout [Émanation], et l'appelle donc simplement 'Hessed. Ce 'Hessed (le 'Hessed d'Atsilout) est aussi appelé 'Hessed zouta [petit 'Hessed]. S'il porte ce nom, ce n'est pas que le 'Hessed lui-même soit petit, car l'influence de ce 'Hessed elle aussi est d'une abondance extrême. Ainsi, le livre Or'hot Tsadikim rapporte d'Avraham, notre père (qui était une merkava [char] pour le 'Hessed d'Atsilout), qu'il était généreux de ses biens, de son corps et de son âme. S'il est appelé 'Hessed zouta, ce n'est donc pas que le 'Hessed lui-même soit petit, mais parce que ce 'Hessed vient de la petitesse : l'influence du 'Hessed d'Atsilout procède du bitoul. Ainsi d'Avraham (qui était une merkava pour le 'Hessed d'Atsilout, comme on l'a dit) : parce qu'il était humble à ses propres yeux, comme il est dit : « Et moi, je suis poussière et cendre », il répandait tout le bien et toute la bonté sur autrui. Il en va de même de « Je suis trop petit pour toutes les bontés », parole de Yaakov, comme l'explique l'Iguéret HaKodech. Or, bien que le 'Hessed d'Atsilout soit appelé simplement 'Hessed ou 'Hessed zouta, et que le qualificatif de Guedoula désigne le 'Hessed qui transcende l'hichtalchelout, il est néanmoins expliqué en plusieurs endroits que le passouk « À Toi, Havayé, la grandeur [haguedoula] et la puissance [haguevoura], etc. » se rapporte aux midot d'Atsilout. Il l'explique ainsi : le 'Hessed zouta vient du degré de la petitesse, il se rapetisse et s'abaisse au point de ne compter pour rien. Pour cette raison même, il est un récipient pour recevoir l'influence du degré de 'Hessed qui transcende l'hichtalchelout, appelé Guedoula. Bien plus, la révélation du degré de Guedoula se fait précisément dans le 'Hessed zouta. C'est le sens de « Qui est un D.ieu comme Toi, etc., pour le reste de Son héritage », « pour celui qui se considère comme un reste » : l'épanchement des treize attributs de miséricorde, qui transcendent l'hichtalchelout, va précisément à celui qui se considère comme un reste, c'est-à-dire au degré du bitoul absolu.
Or, bien qu'il ait été expliqué plus haut, au paragraphe 4 (dans les Biourei HaZohar), que le bitoul (c'est-à-dire le bitoul essentiel) procède précisément du degré de 'Hokhma, néanmoins, par la révélation du rayonnement de la 'Hokhma dans la Bina, le bitoul de la 'Hokhma est attiré aussi dans la Bina. Seulement, la 'Hokhma qui se révèle dans la Bina n'en est que l'extériorité, celle qui se rapporte à la Bina, tandis que l'intériorité de la 'Hokhma est au-dessus du degré de source de la Bina. C'est ce qu'explique Sa Sainteté l'Admour (le Rachab), dont l'âme repose en Éden, dans le hemchekh 5666 [1905-1906] : la lettre youd (qui désigne la 'Hokhma) comporte deux aspects. Le premier, la lettre youd avec son remplissage [miloui], vav-dalet, est l'extériorité de la 'Hokhma, qui se rapporte à la Bina. Le second est la lettre youd elle-même, sans le remplissage : c'est l'essence de la 'Hokhma, qui n'est pas au degré de source de la Bina. On peut l'expliquer d'après ce qui est écrit dans le Siddour et dans le discours sur les remplissages : le remplissage existe pour autrui. Quand on doit prononcer la lettre youd en parlant à autrui, les lettres vav-dalet s'ajoutent nécessairement ; dans la pensée, en revanche, elle n'est qu'une seule lettre (le youd lui-même). On comprend ainsi que la lettre youd avec son remplissage vav-dalet soit l'extériorité de la 'Hokhma, qui se rapporte à la Bina (la Bina étant comme un « autrui » par rapport à la 'Hokhma), tandis que la lettre youd elle-même, sans remplissage, est l'essence de la 'Hokhma. Ces deux degrés de la 'Hokhma diffèrent aussi par le bitoul qui est en eux. On le comprend de ce qui est expliqué dans le hemchekh 5666, au même endroit : l'extériorité de la 'Hokhma est à l'image de la lumière, à l’image de l’eau, qui s’étend et se revêt dans les récipients, et l'intériorité de la 'Hokhma est à l'image de la lumière qui est au-dessus du revêtement dans les récipients. Or, même le bitoul de l'intériorité de la 'Hokhma n'est pas une absence totale d'existence. Car la 'Hokhma elle aussi a une teinte, seulement sa teinte est une teinte essentielle. Le hemchekh l'explique au même endroit : le bitoul de la 'Hokhma est le bitoul de « il n'est rien en dehors de Toi ». « Il n'est rien en dehors de Toi » signifie qu'il n'existe aucune existence en dehors de l'essence, mais qu'avec l'essence il y a existence. C'est le bitoul de la lumière (telle qu'elle est à l'état révélé), qui n'a pas d'existence propre en dehors du luminaire, mais qui, avec le luminaire, a une existence. Ce bitoul relève précisément de la lumière qui s'étend. Le bitoul de la lumière incluse dans le luminaire, lui, est le bitoul d'éfès [néant absolu] (qui est au-dessus du bitoul d'ayin [néant]) : même avec Lui, béni soit-Il, il n'y a aucune existence. Ce bitoul se trouve au degré de la lumière lorsqu'elle est incluse dans le luminaire, et à plus forte raison au degré de « Il fit des ténèbres Sa cachette », degré de ténèbres et de voilement qui est au-dessus du degré de lumière (même de la lumière incluse). Telle est la différence entre le bitoul du degré de 'Hokhma et celui du degré de Kéter : le bitoul de la 'Hokhma est le bitoul du degré d'ayin, tandis que le bitoul du Kéter est le bitoul du degré d'éfès. C'est pourquoi Kéter vient de l'expression « Attends-moi [katar li] un peu », qui exprime le silence ; et le bitoul du silence est au-dessus même du bitoul de l'intériorité de la 'Hokhma. C'est le sens de la parole des Sages : « La clôture de la sagesse, c'est le silence » [syag le'hokhma chtika]. Ces trois mots désignent les trois degrés évoqués. « Clôture » [syag] désigne le bitoul de l'extériorité du Kéter : c'est pourquoi syag a la même valeur numérique que 'Hokhma. Il est donc au-dessus du bitoul du degré de 'Hokhma proprement dite, et n'en a que la valeur numérique (et le voilement de la 'Hokhma). « Sagesse » ['Hokhma] est le bitoul du degré de 'Hokhma en elle-même. « Silence » [chtika] est le bitoul du Kéter, comme on l'a dit : Kéter vient de l'expression « Attends-moi un peu », qui exprime le silence.
ז) On peut rattacher cela à la parole des Tikounim : « Tout rav vient de Babylone, tout rabbi vient d'Erets Israël. » Le Chaar Maamareï Rachbi explique que, lorsqu'Il sort, béni soit-Il, vers l'extérieur, hors de la Terre (Babylone), Il ne sort pas du niveau des Havayot. mais Il y vient sous la forme des trois milouïm [remplissages des lettres du Nom] AB, SaG et MaH. C'est ce que dit le verset [passouk] : « Voici, Hachem chevauche sur une nuée légère [av kal, lu ici AB KaL] ». Le sens en est qu'Il ne sort hors de la Terre qu'au niveau de AB KaL [qui est, comme on le sait, le milouï de Havayé de MaH écrit avec des alef]. Or AB KaL a la valeur numérique [guématria] de RaV [ר"ב] : c'est pourquoi tout rav vient de Babylone. Mais en Erets Israël, on est alors appelé rabbi, car là on associe
L'explication du lien entre le niveau du youd et Erets Israël (le fait que c'est précisément en Erets Israël qu'on est rabbi, avec un youd) se comprendra en exposant d'abord l'enseignement du Rav, le Maggid, sur le passouk : « Une terre dont Hachem ton D.ieu... constamment les yeux de Hachem ton D.ieu... ». Le Zohar soulève une difficulté : il est écrit « l'œil de Hachem est sur ceux qui Le craignent », au singulier, et il est écrit « les yeux de Hachem sont tournés vers les tsadikim », au pluriel. Selon le sens simple, on peut dire que les Sages sont appelés « les yeux de l'assemblée ». Or il est écrit : « Les sagesses chantent au-dehors » : deux sagesses, la 'Hokhma supérieure ['Hokhma Ilaa] et la 'Hokhma inférieure ['Hokhma Tataa]. Il existe par ailleurs une crainte intérieure et une crainte extérieure. La crainte extérieure est celle qui vient de la grandeur : on ne connaît pas l'intériorité de celui que l'on craint, on voit seulement sa grandeur, et c'est pour cela qu'on le craint [comme l'explique le Tanya : même celui qui n'a jamais vu le roi et ne le connaît pas du tout, s'il voit seulement de nombreux ministres importants et honorés se prosterner devant un seul homme, l'effroi et la peur s'abattent sur lui]. La crainte intérieure consiste à connaître son intériorité et son importance : c'est pour cela qu'on le craint et qu'on éprouve de la honte devant lui. Cette crainte est appelée « crainte-honte » [yira bochet]. Ces deux niveaux de la crainte correspondent à la 'Hokhma supérieure et à la 'Hokhma inférieure. Dans la 'Hokhma inférieure, qui est le niveau de Malkhout, la crainte vient de la grandeur ; dans la 'Hokhma supérieure (c'est-à-dire le niveau de 'Hokhma), la crainte vient de l'intériorité. Or, pour avoir la crainte-honte, il faut connaître et saisir Sa Divinité, béni soit-Il. Cela n'est possible que par un contraction, occultation [tsimtsoum] : Il Se contracte, pour ainsi dire, afin qu'on puisse Le saisir. Et ce tsimtsoum se produit lorsque l'homme se fait petit, car « comme dans l'eau le visage répond au visage ». C'est ce qui est dit à propos d'Erets Israël : « les yeux [einei] de Hachem ton D.ieu sont sur elle ». « Les yeux » est au pluriel, car en Erets Israël il y a deux yeux : la crainte extérieure et la crainte intérieure. Bien que la terre soit le niveau de Malkhout, la 'Hokhma inférieure, la supériorité propre à la lumière réfléchie [or 'hozer] fait qu'il s'y trouve aussi la révélation de la crainte supérieure. Il en est de même de l'air proche de la terre, plus chaud que l'air intermédiaire : le soleil qui frappe la terre en renvoie un rayonnement vers le haut, jusqu'au tiers de l'espace. Tel est le sens de « une terre sur laquelle sont les yeux de Hachem ton D.ieu » : la terre, c'est Erets Israël, et il s'y trouve deux yeux, la 'Hokhma supérieure et la 'Hokhma inférieure. « Depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin de l'année » : le commencement [rechit], c'est la 'Hokhma supérieure [et rechit est écrit ici sans alef, car la 'Hokhma supérieure qui se révèle dans la 'Hokhma inférieure (la terre) n'a pas d'alef, la lettre qui l'indique]. (Fin du contenu de l'enseignement du Maggid.) Cela permet de comprendre la parole « Tout rav vient de Babylone et tout rabbi d'Erets Israël » [en Erets Israël, on est rav avec l'ajout d'un youd, qui indique la 'Hokhma]. Bien qu'Erets Israël soit le niveau de Malkhout, de la 'Hokhma inférieure et de la crainte inférieure, la crainte inférieure comporte aussi la révélation de la crainte supérieure ; c'est pourquoi en Erets Israël on est rabbi, avec un youd. C'est aussi pourquoi le youd ajouté dans rabbi (d'Erets Israël) est le niveau de l'intériorité de la 'Hokhma, comme on l'a dit plus haut. En effet, la crainte-honte, qui vient de la connaissance de l'intériorité, relève de l'intériorité de la 'Hokhma supérieure. Dès lors, le youd de rabbi (d'Erets Israël) est le niveau de l'intériorité de la 'Hokhma, et même du jaillissement issu de l'Ein Sof, comme on l'a cité plus haut du Baal Chem Tov.
C'est là ce qu'écrit Sa Sainteté mon beau-père l'Admour dans le maamar à propos du youd placé derrière le dalet : la lettre youd indique l'annulation de soi [bitoul] et le fait de « s'être amoindrie elle-même ». Il s'agit de royauté [Malkhout] d'Atsilout [Émanation], « qui n'a rien d'elle-même ». Car le bitoul propre à Malkhout est [non seulement le bitoul de qui « s'est amoindri lui-même », mais] le bitoul de qui « n'a rien de lui-même », c'est-à-dire le bitoul porté à son comble. Comme on l'a vu plus haut, c'est précisément dans Malkhout, le degré de la 'Hokhma inférieure ['Hokhma tataa], que se révèle le bitoul le plus élevé.
Le maamar poursuit : ce bitoul doit être présent dans les trois lignes, celles de la Torah, de la avoda [service de D.ieu] et d'actes de bonté [guemilout 'hassadim]. Dans l'étude de la Torah, un simple bitoul (le fait de n'être pas de ceux qui ont l'esprit hautain) ne suffit pas : il faut être « dans un bitoul total de l'existence ». De même, dans la ligne du service (la prière), il faut le bitoul de « je suis pauvre et indigent », qui est le bitoul propre à Malkhout. De même encore, dans la ligne de guemilout 'hassadim (l'accomplissement des mitsvot), le maamar l'explique par la parabole du fardeau très lourd qu'on soulève (parabole de l'accomplissement des mitsvot, comme on l'a vu plus haut) : pour soulever un fardeau extrêmement lourd, (il ne suffit pas de se contracter un peu, mais) il faut se contracter à l'extrême.
Par le bitoul (dans les trois lignes mentionnées), il devient « un récipient [keli] vide qui contient » : il reçoit toutes les révélations et toutes les forces données d'en haut pour accomplir son service dans l'étude de la Torah, l'accomplissement des mitsvot et le service de la prière. Il va jusqu'à faire du « mekacher » et du mensonge [chéker] du monde des planches [kerachim] du Michkan, transformant ainsi la folie de l'autre côté en folie de sainteté. Tout cela passe par le bitoul du récipient vide : il devient alors un récipient capable de recevoir les forces données d'en haut, pour pouvoir gagner la guerre contre le yétser.
Comme l'explique le maamar, pour gagner la guerre, on dépense les trésors cachés depuis des générations (ce qu'il a lui-même amassé, et aussi ce qu'avaient amassé ses pères), et on les remet par l'intermédiaire des officiers de l'armée aux soldats, car ce sont eux précisément (les soldats) qui remportent concrètement la victoire. Ce sont « les armées de Havayé », dans les trois sens que l'expression comporte, comme l'explique le maamar.
Or le titre d'« armées de Havayé » donné à Israël date de la sortie d'Égypte, comme il est dit : « En ce jour même ד> toutes les armées de Havayé sortirent du pays d'Égypte. » On en comprend aussi ce qu'il en est de la guéoula