Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5737. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5737. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
5737 [1977], 19 Iyar, Chabbat parachat Emor. Avec l'aide du Ciel.
Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah.
« Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah. » L'Admour Maharach écrit, dans son maamar sur ce verset [passouk], que, d'après ce qui est dit dans le Siddour (Chaar Lag BaOmer), l'allusion à Lag BaOmer dans la Torah se trouve dans le passouk « Jusqu'à ce monceau [gal] ». Le passouk « Dévoile [gal] mes yeux » s'explique donc, lui aussi, en rapport avec Lag BaOmer. Or, on sait que tous les sujets de la Torah sont d'une précision absolue. On peut donc dire ceci : si l'aspect de Lag BaOmer présent dans le passouk « Dévoile mes yeux… » s'apprend de l'aspect de Lag BaOmer présent dans le passouk « Jusqu'à ce monceau », c'est parce que l'on parvient à « Dévoile mes yeux… » au moyen de « Jusqu'à ce monceau ».
Or, le lien entre ce passouk et Lag BaOmer, jour de la disparition [hisstalkout] de Rachbi, est (tout simplement) le suivant. Le rôle propre de Rachbi est d'avoir été celui par qui s'est accompli le dévoilement de la dimension intérieure de la Torah [pnimiyout haTorah]. [Comme il est expliqué en plusieurs endroits, le dévoilement de la partie révélée de la Torah [niglé] s'est fait par Moché Rabbénou, et le dévoilement de la pnimiyout haTorah par Rachbi.]
Et l'essentiel du dévoilement eut lieu le jour de sa disparition. Le Zohar rapporte en effet que, le jour de sa disparition, il révéla à ses disciples des « paroles saintes » [milin kadichin] qu'il n'avait pas révélées durant toute sa vie (car les sujets qu'il révéla alors étaient des sujets extrêmement élevés, au point que Rachbi lui-même avait craint auparavant de les révéler). Par la mise par écrit de ces paroles saintes (sur son ordre), elles furent ensuite révélées à tout Israël, de sorte que tous puissent s'en nourrir [yitparnessoun], par la compréhension et la saisie. Ainsi, l'épanchement de ce dévoilement lui-même (le dévoilement à tout Israël, de telle sorte qu'« ils s'en nourriront ») eut lieu, lui aussi, le jour de la disparition de Rachbi (par la mise par écrit des paroles saintes ce jour-là, sur son ordre).
Ajoutons ceci. On sait que, le jour de la disparition d'un homme, se révèle la dimension intérieure de tout le service qu'il a accompli durant toute sa vie. On comprend donc que, le jour de la disparition de Rachbi, se révéla aussi la dimension intérieure des secrets qu'il avait révélés durant toute sa vie.
Et chaque année, le jour de Lag BaOmer, se renouvelle et se réveille le dévoilement qui eut lieu à Lag BaOmer la première fois : le dévoilement de la pnimiyout haTorah (la Torah de Rachbi). On le comprend aussi de ce qui est expliqué en plusieurs endroits : Lag BaOmer est le Matan Torah [le don de la Torah] de la pnimiyout haTorah, à l'image de la fête de Chavouot, temps du Matan Torah en général. On en déduit que, de même que le Matan Torah de la fête de Chavouot a lieu chaque année, de même le Matan Torah de la pnimiyout haTorah à Lag BaOmer a lieu chaque année.
C'est pourquoi l'aspect de Lag BaOmer est évoqué dans le passouk « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah ». Les merveilles de la Torah, en effet, sont la pnimiyout haTorah. Et « Dévoile [gal]… merveilles » désigne le dévoilement (gal vient de guilouï, « dévoilement ») des merveilles de la Torah (la pnimiyout haTorah), qui fut attiré en « gal » (à Lag BaOmer).
Le maamar explique que les merveilles de la Torah (la pnimiyout haTorah) comportent deux degrés. Voici de quoi il s'agit. Le Zohar enseigne que la Torah a un vêtement, un corps, une âme [Nechama] et une âme de l'âme. La part révélée de la Torah [galya detora] en est le vêtement et le corps [les récits de la Torah sont le vêtement, et les lois de la Torah le corps]. L'âme de la Torah est la pnimiyout haTorah, qui se divise globalement en deux degrés : les secrets de la Torah [razin deoraïta] (le caché) sont l'âme [nichmeta] ; les secrets des secrets [razin derazin] (le caché de tous les cachés) sont l'âme de l'âme [nichmeta lenichmeta].
Et la demande « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles [niflaot] de Ta Torah » (niflaot est au pluriel) est de voir les deux degrés des merveilles de la Torah : les secrets, et les secrets des secrets. Le maamar explique encore que l'âme correspond au niveau de Néfech, Roua'h et Nechama, et l'âme de l'âme au niveau de 'Haya et Yé'hida. Peut-être peut-on dire que les sujets de la pnimiyout haTorah que Rachbi révéla durant toute sa vie relèvent de l'âme de la Torah [nichmeta deoraïta], et que ceux qu'il révéla le jour de sa disparition relèvent de l'âme de l'âme.
Or, dans les notes [rechimot] du Tséma'h Tsédek sur les Tehilim, sur le passouk « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah », il cite le passage du Zohar mentionné plus haut : la Torah a un vêtement, un corps, une âme et une âme de l'âme. Il explique que la demande « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles » est de voir non seulement le vêtement, mais aussi l'âme. Dans la suite du développement, il cite l'explication du Chelah, selon laquelle « je contemplerai les merveilles » désigne l'intention [kavana] des mitsvot. Après avoir cité l'explication du Chelah, il poursuit en expliquant que les merveilles sont la pnimiyout haTorah, l'âme de la Torah.
Il faut comprendre pourquoi. Il aurait fallu, semble-t-il, achever d'abord l'explication selon laquelle les merveilles sont l'âme de la Torah, puis seulement citer une autre explication, selon laquelle les merveilles sont l'intention des mitsvot. Puisqu'il cite cette explication au milieu de l'exposé selon lequel les merveilles sont l'âme de la Torah, on en déduit que l'explication « les merveilles sont l'intention des mitsvot » importe pour expliquer et comprendre l'interprétation selon laquelle « je contemplerai les merveilles » signifie voir l'âme de la Torah.
On le comprendra en commençant par examiner les mots « Dévoile mes yeux… », par lesquels on demande à HaKadoch Barou'h Hou d'ouvrir ses yeux. À première vue, en effet, si d'ordinaire on ne voit pas les merveilles de la Torah, la raison n'en est pas une déficience des récipients [kelim] : c'est que les merveilles sont couvertes et voilées. [On peut dire que le voilement du niveau de l'âme de la Torah tient à ce qu'elle est revêtue du corps de la Torah (la part révélée de la Torah), qui voile l'âme ; et que le voilement du niveau de l'âme de l'âme de la Torah ne vient pas de ce qu'elle serait revêtue d'une chose qui la voile : par elle-même, elle est voilée, d'un voilement qui est au-dessus du dévoilement.] Il aurait donc fallu demander que HaKadoch Barou'h Hou dévoile les merveilles de la Torah. Que signifie alors la demande « Dévoile mes yeux », c'est-à-dire que HaKadoch Barou'h Hou ouvre ses yeux ?
Le point central de l'explication repose sur ce que rapporte le Midrach : « Parabole d'un roi qui décréta : “Les habitants de Rome ne descendront pas en Syrie, et les habitants de Syrie ne monteront pas à Rome.” Ainsi, lorsque HaKadoch Barou'h Hou créa le monde, Il décréta : “Les cieux sont les cieux de Havayé, et la terre, Il l'a donnée aux fils d'Adam.” Lorsqu'Il voulut donner la Torah, Il annula le décret et dit : “Les inférieurs monteront vers les supérieurs, et les supérieurs descendront vers les inférieurs, et c'est Moi qui commence”, ainsi qu'il est dit : “Havayé descendit sur le mont Sinaï”, et il est écrit : “Et à Moché, Il dit : Monte vers Havayé.” »
Il est expliqué ailleurs pourquoi le Midrach dit « les inférieurs monteront vers les supérieurs » avant « les supérieurs descendront vers les inférieurs », alors que la descente des supérieurs ici-bas vint en premier (« c'est Moi qui commence »). C'est que le but ultime du Matan Torah est que les inférieurs montent vers les supérieurs [qu'ils deviennent un récipient pour le dévoilement de la Divinité ; plus encore, que l'épanchement du dévoilement en eux procède aussi de leur propre nature et de leur service]. Mais pour que les inférieurs puissent monter vers le haut, il faut la descente des supérieurs ici-bas : elle est le commencement, et ce qui donne la force [netinat koa'h] à la montée des inférieurs vers le haut.
Il en va de même pour le Matan Torah de la pnimiyout haTorah, à Lag BaOmer. L'intention de l'annulation du décret et de la cloison entre supérieurs et inférieurs, en ce qui concerne la pnimiyout haTorah, est que le dévoilement de la pnimiyout haTorah attiré vers l'homme procède (aussi) de l'homme lui-même. Tel est le sens de « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah » : que HaKadoch Barou'h Hou ouvre les yeux de l'homme, et que celui-ci voie les merveilles de la Torah (non seulement parce que les merveilles seront dévoilées, mais aussi) de par sa propre nature.
Cela permet d'expliquer ce qui est dit dans le maamar : le sens de « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah » est que la vision des merveilles de la Torah (l'âme de la Torah et l'âme de l'âme) se fasse « de Ta Torah », à partir de la Torah révélée. À première vue, en effet, l'essentiel est de voir les merveilles de la Torah : quel avantage y a-t-il à les voir par le moyen des sujets de la part révélée de la Torah ?
On peut proposer l'explication suivante. Tous les sujets du monde et de l'homme ont leur commencement dans la Torah. C'est pourquoi, lorsque la vision des merveilles de la Torah (par l'homme) passe par ces sujets de la part révélée de la Torah, c'est-à-dire lorsque le corps et le vêtement de la Torah eux-mêmes dévoilent l'âme et l'âme de l'âme de la Torah, il se produit, de ce fait, la même chose chez l'homme qui étudie la Torah : s'il voit les merveilles de la Torah, c'est (aussi) de par sa propre nature.
Or, les deux aspects mentionnés de l'annulation du décret et de la cloison entre supérieurs et inférieurs, qui furent instaurés comme une nouveauté au Matan Torah, sont, de façon plus générale, la Torah et les mitsvot. La descente des supérieurs ici-bas, nouveauté du Matan Torah, se trouve principalement dans la Torah ; la montée des inférieurs vers le haut, nouveauté du Matan Torah, se trouve principalement dans les mitsvot.
Voici de quoi il s'agit. L'une des différences entre la Torah et les mitsvot est la suivante. La Torah est la parole de D.ieu, la sagesse de HaKadoch Barou'h Hou ; simplement, elle est descendue ici-bas et s'est revêtue de l'intellect humain, afin que l'homme puisse la comprendre et la saisir. Les mitsvot, elles, sont des ordres adressés à l'homme : ce qui est visé et recherché en elles n'est pas l'ordre lui-même, mais l'accomplissement de l'ordre par l'homme.
C'est pourquoi la descente des supérieurs ici-bas se trouve principalement dans la Torah. La Torah, sagesse de HaKadoch Barou'h Hou, a sa place en haut ; le fait qu'elle ait été donnée ici-bas et se soit revêtue de l'intellect humain et de choses matérielles est précisément la descente des supérieurs vers les inférieurs. (Dans le don des mitsvot ici-bas, en revanche, la descente des supérieurs n'est pas aussi soulignée : au contraire, le propre des mitsvot (des ordres) est que l'homme les accomplisse.) Et « les inférieurs monteront vers les supérieurs » se trouve principalement dans les mitsvot. Dans la Torah, en effet, puisque même après être descendue ici-bas elle reste la parole de D.ieu, ce que l'on ressent, même dans l'étude et l'occupation de la Torah par l'homme, c'est surtout l'épanchement venu d'en haut : la Torah, sagesse de HaKadoch Barou'h Hou, est attirée et se revêt dans l'intellect de l'homme. Ce n'est pas le birour [tri] et l'affinement [zikoukh] de l'intellect humain.
D'après ce qui a été expliqué plus haut (section 4), l'intention principale de l'annulation du décret au Matan Torah est que les inférieurs montent vers le haut. Il en va de même pour l'annulation du décret et de la cloison en ce qui concerne la pnimiyout haTorah (« Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah ») : l'essentiel est l'élévation de bas en haut. Il faut donc dire que « je contemplerai les merveilles de Ta Torah » inclut aussi les mitsvot, telles qu'elles sont du point de vue de l'âme de la Torah. C'est pourquoi le Tséma'h Tsédek cite l'explication du Chelah, selon laquelle les « merveilles de Ta Torah » sont l'intention des mitsvot. En voici la raison. Pour que l'accomplissement des mitsvot soit comme il convient, il faut l'étude de la Torah, car « l'étude mène à l'action ». On peut dire que, pour que l'acte de la mitsva (le corps de la mitsva) soit comme il convient, il faut l'étude de la part révélée de la Torah (le corps de la Torah) ; et pour que l'intention des mitsvot (l'âme des mitsvot) soit comme il convient, il faut l'étude de la pnimiyout haTorah (l'âme de la Torah).
Or, de même que l'étude de la Torah (même de la Torah révélée [niglé], et à plus forte raison de la pnimiyout haTorah) comporte une multitude de degrés à l'infini, de même l'accomplissement des mitsvot, même dans l'acte des mitsvot et à plus forte raison dans leur intention, comporte une multitude de degrés. On comprend ainsi ce que l'on sait : de l'acte des mitsvot sont faits les vêtements de l'âme dans le Gan Eden inférieur, et de l'intention des mitsvot, les vêtements dans le Gan Eden supérieur. À première vue, en effet, le Gan Eden inférieur lui-même, et de même le Gan Eden supérieur lui-même, comportent une multitude de degrés : comment, à tous ces degrés, les vêtements seraient-ils les mêmes ? L'explication est que l'acte des mitsvot, comme leur intention, comporte une multitude de degrés, ainsi qu'on l'a dit.
Or, bien que l'intention de la mitsva soit l'âme de la mitsva, qui relève globalement de l'âme de la Torah, nombre d'aspects de l'intention des mitsvot se trouvent néanmoins aussi dans la Torah révélée. C'est vrai de l'intention générale des mitsvot (commune à toutes les mitsvot) : accomplir la volonté de D.ieu. Cette intention existe aussi selon la Torah révélée (simplement, par l'étude de la pnimiyout haTorah, l'intention et la volonté de l'homme d'accomplir la volonté de D.ieu prennent une forme plus élevée). C'est vrai aussi des intentions particulières propres à chaque mitsva. La raison et l'intention de nombreuses mitsvot sont expliquées dans la Torah révélée, et même selon le pchat [sens littéral] [au point que la raison de nombreuses mitsvot est explicite dans le passouk], et à plus forte raison selon l'allusion [remez] et l'interprétation [drouch]. Mais la raison et l'intention des mitsvot selon le sod [secret] (la pnimiyout haTorah) sont beaucoup plus élevées, et par là s'ajoutent une profondeur, etc., même à la raison donnée par la Torah révélée.
On peut dire que, pour la vision des merveilles de la Torah, la demande « Dévoile mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah » est que la vision des merveilles de la Torah (l'âme et l'âme de l'âme) se fasse « de Ta Torah », à partir des sujets de la part révélée de la Torah, à partir du corps de la Torah et aussi de son vêtement (comme on l'a dit en section 4). Il en va de même pour l'intention des mitsvot. Les merveilles de l'intention des les kavanot de l'Arizal, et plus haut encore [mitsvot] doivent être vues à partir des intentions selon le pchat. Plus encore : à partir des intentions selon le pchat que comprend « l'enfant de cinq ans [qui commence] le Mikra » [elles sont à l'image du vêtement de la Torah, les récits de la Torah, que même les petits enfants étudient].
Ajoutons que, pour l'intention [kavana] des mitsvot, ce point [que l'on connaisse les sujets les plus élevés à partir de ces sujets tels qu'ils sont dans leur sens simple] importe davantage encore que pour la Torah. Quel avantage y a-t-il en effet à ce que la connaissance des merveilles procède des sujets pris dans leur sens simple ? C'est que, de cette manière, l'homme connaîtra les merveilles aussi de par ce qu'il est lui-même (comme on l'a dit plus haut, § 4). Or la raison d'être des mitsvot est « d'épurer par elles les créatures » (comme on l'a dit plus haut, § 5) : il s'agit d'opérer un birour [tri et raffinement] et d'affiner [zikoukh] l'homme qui accomplit la mitsva [car le birour et l'affinement s'opèrent essentiellement par l'intention des mitsvot, et plus l'intention est élevée, plus le birour et l'affinement sont élevés]. C'est pourquoi, dans le domaine des mitsvot, il importe davantage encore que la connaissance des merveilles de l'intention des mitsvot procède des intentions prises dans leur sens simple.
Cela permet d'expliquer pourquoi le Tséma'h Tsédek cite, dans le maamar « Racine de la mitsva de la prière » [Chorech Mitsvat HaTefila], l'expression « Je prie selon la compréhension de cet enfant ». À première vue, en effet, ce maamar explique la prière [en général, ainsi que plusieurs aspects particuliers de la prière] selon la Kabbalah, et plus encore selon la 'Hassidout. Quelle place y a-t-il donc, dans un tel maamar, pour citer l'idée « Je prie selon la compréhension de cet enfant » ?
On peut proposer qu'il y a là une allusion : les intentions de la prière, à leurs degrés les plus élevés, doivent rester liées à la prière telle qu'elle est selon la compréhension de l'enfant. Cela vaut pour la prière dans son ensemble : la connaissance de la prière à ses degrés les plus élevés doit procéder aussi de la prière telle que la comprend un enfant. Cela vaut aussi pour l'explication de ce que l'on dit dans la prière (les pessoukim, les requêtes, etc.) : les explications les plus élevées doivent s'accorder avec [et même être connues à partir du] sens des mots de la prière tel que le comprend un enfant. Ce point vaut certes pour tous les sujets de la Torah. Mais la prière est une élévation de bas en haut, un birour [tri] et un affinement de l'homme : il importe donc davantage dans la prière (de la même manière qu'on l'a expliqué plus haut au sujet des mitsvot). Voilà pourquoi le maamar « Racine de la mitsva de la prière » cite l'idée « Je prie selon la compréhension de cet enfant ».
Tel est le lien entre les deux pessoukim où est évoqué le thème de Lag BaOmer : « Ouvre mes yeux [gal einaï], et je contemplerai les merveilles de Ta Torah », et « Ce monceau [gal] est témoin ». Le monceau dressé entre Lavan et Yaakov est en effet à l'image du décret et de la cloison qui séparaient les êtres d'en haut et les êtres d'en bas avant Matan Torah [le don de la Torah]. Or il est expliqué dans le Siddour, à la section de Lag BaOmer, que le monceau entre Lavan et Yaakov comporte deux aspects. Le monceau entre Lavan supérieur (qui est au-dessus de Yaakov) et Yaakov : c'est le voile [parsa] qui sépare d'Atsilout les mondes de l'Ein Sof, au-dessus d'Atsilout. Et le monceau entre Yaakov et Lavan inférieur : c'est le voile entre Atsilout et Beria-Yetsira-Assia.
L'allusion à Lag BaOmer dans ce passouk est la suivante : par Rabbi Chimon bar Yo'haï, le monceau et la cloison ont fait l'objet d'un birour [clarification], aussi bien la cloison entre Lavan supérieur et Yaakov que la cloison entre Yaakov et Lavan inférieur. Autrement dit, même dans Beria-Yetsira-Assia, et jusque dans le monde d'Assia, il y aura la révélation d'Atsilout, ainsi que la révélation de l'Or Ein Sof [lumière infinie] qui est au-dessus d'Atsilout.
Ce point est aussi le contenu du second passouk qui fait allusion à Lag BaOmer, « Ouvre mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah ». Même dans les sujets de la partie révélée de la Torah [niglé] (Beria-Yetsira-Assia), et même dans le « vêtement de la Torah » [levoucha deOraïta], c'est-à-dire les récits de la Torah (Assia), il y aura la révélation des merveilles de la Torah : le niveau de « l'âme de la Torah » [nichmeta deOraïta] (Atsilout), ainsi que le niveau de « l'âme de l'âme » [nichmeta denichmeta] (au-dessus d'Atsilout).
Ajoutons ceci. On sait que tout, dans la Torah, est d'une précision absolue. Il faut donc dire que, si le passouk « Ce monceau est témoin » [qui parle du monceau et de la cloison entre Lavan et Yaakov] fait allusion à Lag BaOmer, dont le thème est le birour du monceau et de la cloison, c'est pour la raison suivante. Le signe et le témoignage de « je ne passerai pas vers toi… et toi, tu ne passeras pas vers moi… » fut qu'ils firent un monceau, et non un mur. Cela indique que la cloison est faite, dès l'origine, de manière à laisser place à « je passerai vers toi, et tu passeras vers moi ». Autrement dit, l'intention avec laquelle la cloison entre les êtres d'en haut et les êtres d'en bas a été faite dès l'origine est qu'il y ait ensuite l'union des êtres d'en haut et des êtres d'en bas.
Et s'il fallait, au départ, une cloison entre les êtres d'en haut et les êtres d'en bas, c'est que l'intention de la demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim] est que cette demeure soit dans l'inférieur au-dessous duquel il n'en est pas de plus bas. C'est pourquoi les êtres d'en bas ont été amenés à l'existence au moyen d'une cloison. Non seulement la révélation des êtres d'en haut n'y brille pas de fait, mais il existe entre eux une cloison, signe et témoignage qu'il y aura « je ne passerai pas vers toi et tu ne passeras pas vers moi ». Et cela, afin que, par le service d'Israël, ces êtres d'en bas eux aussi [au sujet desquels un décret veut qu'ils ne s'unissent pas aux êtres d'en haut] s'unissent aux êtres d'en haut.
Voilà pourquoi l'allusion à Lag BaOmer se trouve dans le passouk « Ce monceau est témoin ». Si Rabbi Chimon bar Yo'haï a opéré le birour du monceau et de la cloison, c'est que, par lui, a été révélé le sens intérieur de la contraction, occultation [tsimtsoum] lui-même : l'intention du qui est son sens intérieur [tsimtsoum] est en vue de la révélation.
De là vient que l'allusion à Lag BaOmer dans le passouk « Ouvre mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah » se déduit de l'allusion à Lag BaOmer contenue dans le passouk « Ce monceau est témoin ». Ce qui fait la véritable nouveauté et la véritable grandeur de « Ouvre mes yeux, et je contemplerai les merveilles de Ta Torah », c'est que la vision des merveilles de la Torah se fera (non seulement parce que les merveilles seront révélées, mais) par « Ouvre mes yeux » : HaKadoch Barou'h Hou ouvrira les yeux de l'homme, et l'homme verra les merveilles de la Torah de par ce qu'il est lui-même (comme on l'a dit plus haut, § 4). Et pour que l'homme d'en bas puisse voir les merveilles de la Torah de par ce qu'il est, il faut le thème de Lag BaOmer auquel fait allusion « Ce monceau est témoin » : la révélation du sens intérieur du tsimtsoum, à savoir que le tsimtsoum est en vue de la révélation.
Par l'étude et la diffusion de la dimension intérieure de la Torah [pnimiyout haTorah], la Torah de Rabbi Chimon bar Yo'haï, et en particulier telle qu'elle a été révélée dans l'enseignement de la 'Hassidout, c'est-à-dire une révélation sur le mode de « ils s'en nourriront » [yitparnessoun], par la compréhension et la saisie, jusqu'à ce que l'intellect de l'homme qui étudie ne fasse plus qu'un avec le sujet qu'il étudie [à la manière de ce qu'on a expliqué plus haut à propos de « Ouvre mes yeux » : la vision des merveilles de la Torah vient de ce qu'est l'homme lui-même], on a le mérite de parvenir à la révélation de la dimension intérieure de la Torah qui aura lieu dans le futur à venir. La révélation, alors, ne viendra pas seulement d'en haut : elle sera la réalité même du monde, comme l'écrit le Rambam : « Le monde entier n'aura d'autre occupation que de connaître D.ieu seul…, ainsi qu'il est dit : "Car la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu, comme les eaux recouvrent la mer." » Et cela, dans la guéoula véritable et complète, par Machia'h notre juste, très bientôt.