HASSIDUITÉב״ה
Maamarim du Rabbi5738
MAAMARמאמר
כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ
« Quand ton fils te demandera »
11 Nissan 5738 [1978]
Hébreu
texte intégral, vocalisé
Français
traduction littérale en regard
Explications
encadrés adaptés de Simply Chassidus et synthèse
hassiduite.com

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Maamarim du Rabbiתשל"ח · 1978
MAAMARמאמר

כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ

« Quand ton fils te demandera »

11 Nissan 5738 [1978]

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Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5738. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5738. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Quand ton fils te demandera demain, en disant : « Que sont les témoignages [édot], les décrets ['houkim] et les lois [michpatim] que Hachem, notre D.ieu, vous a ordonnés ? »
כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר לֵאמֹר מָה הָעֵדֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר צִוָּה ה' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם
Avec l’aide de D.ieu. 11 Nissan 5738 [1978]. Quand ton fils te demandera demain, en disant : « Que sont les témoignages, les décrets et les lois que Hachem, notre D.ieu, vous a ordonnés ? » : c’est la question du fils sage, comme il est dit dans la Haggada : « Le sage, que dit-il ? “Que sont les témoignages…” ». On connaît la précision relevée dans les discours des Rebbeïm précédents : puisqu’il est appelé du nom de « sage » [la véritable sagesse étant la sagesse de la Torah], il connaît assurément les mitsvot. Quelle est donc sa question : « Que sont les témoignages, les décrets et les lois… » ?
בס"ד. י"א נִיסָן ה'תשל"ח כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר לֵאמֹר מָה הָעֵדוּת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר צִוָּה ה' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם, – שְׁאֵלָה זוֹ הִיא שְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם, כמ"ש בַּהַגָּדָה חָכָם מָה הוּא אוֹמֵר מָה הָעֵדוּת גו'. וְיָדוּעַ הַדִּיּוּק בִּדְרוּשֵׁי רַבּוֹתֵינוּ נְשִׂיאֵינוּ, דְּמֵאַחַר שֶׁנִּקְרָא בְּשֵׁם חָכָם [דַּאֲמִיתִּית הַחָכְמָה הִיא חָכְמַת הַתּוֹרָה] הֲרֵי הוּא בְּוַדַּאי יוֹדֵעַ אֶת הַמִּצְווֹת, וּמַהִי שְׁאֵלָתוֹ מַה הָעֵדוּת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים גו'.
On peut ajouter ceci. La suite du verset [passouk], « Tu diras à ton fils… Havayé nous a ordonné d’accomplir tous ces décrets… pour notre bien… », explique la supériorité que comporte l’accomplissement des mitsvot (« pour notre bien… »). On comprend dès lors que le sens de « Que sont les témoignages… » est : quelle est la nature des mitsvot (quelle supériorité ont-elles) ? Il faut alors expliquer comment un fils sage pourrait poser une telle question.
וְיֵשׁ לְהוֹסִיף, דְּמֵהֶמְשֵׁךְ הַכָּתוּב וְאָמַרְתָּ לְבִנְךָ גו' וַיְצַוֵּנוּ הוי' לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים הָאֵלֶּה גו' לְטוֹב לָנוּ גו' שֶׁמְּבָאֲרִים הַמַּעֲלָה שֶׁבְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת (לְטוֹב לָנוּ גו'), מוּבָן שֶׁפֵּרוּשׁ מָה הָעֵדוּת גו' הוּא מַהוּ עִנְיַן הַמִּצְווֹת (אֵיזוֹ מַעֲלָה יֵשׁ בָּהֶם), וְצָרִיךְ בֵּיאוּר, אֵיךְ שַׁיָּךְ שֶׁבֶּן חָכָם יִשְׁאַל שְׁאֵלָה כָּזוֹ.
C’est d’autant moins compréhensible que l’explication de la nature des mitsvot (dans la réponse « Tu diras à ton fils ») énonce deux choses. D’une part : « Havayé nous a fait sortir d’Égypte… et Il nous a ordonné… d’accomplir tous les décrets » : puisqu’Il nous a fait sortir d’Égypte, nous Lui sommes asservis pour accomplir Ses mitsvot. D’autre part, l’accomplissement des mitsvot comporte une autre dimension : elles sont « pour notre bien, tous les jours… ».
וּבְיוֹתֵר אֵינוֹ מוּבָן, דְּבַהַבֵּאוּר בְּעִנְיַן הַמִּצְווֹת (בְּהַתְּשׁוּבָה דְּוַאַמְרֶת לְבִנְךָ) אוֹמֵר שְׁנֵי עִנְיָנִים. וַיּוֹצִיאֵנוּ הוי' מִמִּצְרַיִם גו' וַיְצַוֵּנוּ גו' לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים, דְּכֵיוָן שֶׁהוֹצִיאָנוּ מִמִּצְרַיִם אָנוּ מְשׁוּעְבָּדִים אֵלָיו לְקַיֵּים מִצְוֹתָיו. וְעוֹד עִנְיָן בְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת שֶׁהֵם לְטוֹב לָנוּ כָּל הַיָּמִים גו'.
Puisque la réponse « Tu diras à ton fils » explique ces deux choses, on comprend que l’une et l’autre sont une nouveauté pour le fils. Or cela ne se comprend pas : s’il ignore la nature des mitsvot (non seulement il ne sait pas que les mitsvot sont pour notre bien, mais il ne comprend même pas l’obligation de les accomplir sur le mode de la kabalat ol [acceptation du joug]), comment peut-on lui donner le titre de (fils) sage ?
וּמִזֶּה שֶׁבְּהַתְּשׁוּבָה דִּוְאַמְרָת לְבִנְךָ מְבָאֵר שְׁנֵי הָעִנְיָנִים, מוּבָן, שֶׁשְּׁנֵיהֶם הֵם חִידּוּשׁ אֵצֶל הַבֵּן. וְאֵינוֹ מוּבָן, דְּמֵאַחַר שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ עִנְיַן הַמִּצְווֹת (לֹא רַק שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם לְטוֹב לָנוּ, אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ מֵבִין אֲפִילוּ הַחִיּוּב דְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת בְּדֶרֶךְ קַבָּלַת עוֹל), אֵיךְ קוֹרְאִים אוֹתוֹ בְּתֹאַר (בֶּן) חָכָם.
Il faut aussi comprendre (comme le relèvent les discours) pourquoi il dit : « que Havayé, notre D.ieu, vous a ordonnés » : « vous » [etkhem], et non « nous » [otanou]. Certes, puisqu’il dit « Havayé, notre D.ieu », on ne peut pas se méprendre et penser qu’il s’exclut, à D.ieu ne plaise, de la collectivité. Il faut néanmoins expliquer pourquoi il dit « vous ». Il aurait dû dire : « que Havayé, notre D.ieu, nous a ordonnés », ou « que Havayé, notre D.ieu, a ordonnés », sans plus.
גַּם צָרִיךְ לְהָבִין (כְּמוֹ שֶׁמְּדַיֵּק בְּהַדְּרוּשִׁים) מַה שֶׁאוֹמֵר אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם, אֶתְכֶם וְלֹא אוֹתָנוּ. וַהֲגַם דע"י שֶׁאוֹמֵר הוי' אֱלֹקֵי נוּ אֵין מָקוֹם לִטְעוֹת שֶׁמּוֹצִיא ח"ו אֶת עַצְמוֹ מֵהַכְּלָל, מ"מ צְרִךְבָּאוּר מַה שֶׁאוֹמֵר אֶתְכֶם, דהול"ל אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אוֹתָנוּ, אוֹ אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ ותו לֹא.
Le point central de l’explication que donnent les discours repose sur un principe connu. L’accomplissement des mitsvot par les Patriarches était (pour l’essentiel) un service spirituel, et l’action qu’ils accomplissaient dans la matérialité était comme un récipient [keli] pour ce service spirituel. Pour les mitsvot données lors de Matan Torah [le don de la Torah], en revanche, l’essentiel est l’action concrète. L’accomplissement de la mitsva n’est pas une préparation ni un récipient pour son intention [kavana] ; au contraire, c’est l’action qui est l’essentiel.
וּנְקֻדַּת הַבֵּיאוּר בָּזֶה בְּהַדְּרוּשִׁים, ע"פ הַיָּדוּעַ דְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת שֶׁל הָאָבוֹת הי' (בְּעִיקָר) עֲבוֹדָה רוּחָנִית, וְהַפְּעֻלָּה שֶׁעָשׂוּ בְּגַשְׁמִיּוּת הָיְתָה כְּעֵין כְּלִי לְהָעֲבוֹדָה הָרוּחָנִית. וְהַמִּצְווֹת שֶׁנִּיתְּנוּ בְּמַתַּן תּוֹרָה, עִקָּרָם הוּא העשי' בְּפוֹעַל. דַּעֲשִׂיַּת הַמִּצְוָה הִיא לֹא הֲכָנָה וּכְלִי לְכַוָּנָתָהּ, אֶלָּא אַדְּרַבָּה, העשי' הִיא הָעִיקָּר.
Ainsi, dans le sujet qui nous occupe, la mitsva de manger la matsa : si l’on concentre son intention sur le secret de la mitsva de la matsa et que l’acte concret fait défaut, à D.ieu ne plaise, on n’attire rien du tout. À l’inverse, si l’on accomplit la mitsva concrètement, même sans intention, on attire la lumière.
וּכְמוֹ בנדו"ד מִצְוַת אֲכִילַת מַצָּה, דְּכַאֲשֶׁר יְכַוֵּן בְּסוֹד מִצְוַת מַצָּה וח"ו יֶחְסַר הַפּוֹעֵל מַמָּשׁ, לֹא יַמְשִׁיךְ מְאוּמָה, ולאידך, כְּשֶׁיְּקַיֵּם הַמִּצְוָה בְּפוֹעַל, גַּם בְּלִי כַּוָּנָה, יַמְשִׁיךְ הָאוֹר.
La question du fils sage est donc : comment attire-t-on la révélation de la lumière infinie [Or Ein Sof] par un acte (celui des mitsvot) ?
וּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם הִיא אֵיךְ מַמְשִׁיכִים גִּילּוּי אוא"ס ע"י מַעֲשֶׂה (הַמִּצְווֹת).
Tel est le sens de « Que sont les témoignages… que Havayé, notre D.ieu, vous a ordonnés » : « vous », précisément. Puisque votre service (après Matan Torah) est une action (et non un service spirituel comme celui des Patriarches), comment la révélation de l’Or Ein Sof est-elle attirée par ce service ?
וְזֶהוּ שֶׁאוֹמֵר מָה הָעֵדוּת גו' אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם, אֶתְכֶם דַּוְקָא, דְּכֵיוָן שֶׁהָעֲבוֹדָה שֶׁלָּכֶם (לְאַחֲרֵי מ"ת) הִיא עשי' (וְלֹא עֲבוֹדָה רוּחָנִית כַּעֲבוֹדַת הָאָבוֹת), אֵיךְ נִמְשַׁךְ גִּילּוּי אוא"ס ע"י עֲבוֹדָה זוֹ.
Et la réponse (« Tu diras à ton fils ») : « Nous étions esclaves de Pharaon en Égypte, et Havayé nous a fait sortir d’Égypte… et Havayé nous a ordonné d’accomplir tous ces décrets… », signifie ceci. La galout d’Égypte et la sortie d’Égypte étaient une préparation à Matan Torah. Et lors de Matan Torah fut donnée la force d’attirer, par des mitsvot pratiques (« d’accomplir tous les décrets… » : « accomplir », précisément), des épanchements plus élevés que ceux qu’attiraient les Patriarches par leur service spirituel, et jusqu’à l’épanchement de l’essence [Atsmout].
וְהַתְּשׁוּבָה (וְאָמַרְתָּ לְבִנְךָ) עֲבָדִים הָיִינוּ לְפַרְעֹה בְּמִצְרַיִם וַיּוֹצִיאֵנוּ הוי' מִמִּצְרַיִם גו' וַיְצַוֵּנוּ הוי' לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים הָאֵלֶּה גו' הִיא, דְּגָלוּת מִצְרַיִם וִיצִיאַת מִצְרַיִם הָיוּ הֲכָנָה לְמַתַּן תּוֹרָה, וּבְמַתַּן תּוֹרָה נִתַּן הַכֹּחַ שע"י מִצְווֹת מַעֲשִׂיּוֹת (לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים גו', לַעֲשׂוֹת דיקא) יַמְשִׁיכוּ הַמְשָׁכוֹת לְמַעְלָה יוֹתֵר מֵהַהַמְשָׁכוֹת שֶׁהִמְשִׁיכוּ הָאָבוֹת ע"י עֲבוֹדָה רוּחָנִית שֶׁלָּהֶם, וְעַד לְהַמְשָׁכַת הָעַצְמוּת.
b) Il faut cependant comprendre. À première vue, l’explication ci-dessus - selon laquelle la question du fils sage porte précisément sur les mitsvot postérieures à Matan Torah - n’explique que l’ajout de « vous » après « que Havayé, notre D.ieu, a ordonné ». Elle souligne ainsi que sa question ne porte pas sur les mitsvot des Patriarches, mais sur celles que Havayé, notre D.ieu, vous a ordonnées après Matan Torah. Mais, semble-t-il, cela se serait compris même s’il avait dit, dans une formulation plus générale, « que Havayé, notre D.ieu, nous a ordonnés ».
ב) וְצָרִיךְ לְהָבִין, דְּלִכְאוֹרָה, בֵּיאוּר הנ"ל שֶׁשְּׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם הִיא עַל הַמִּצְווֹת שֶׁלְּאַחֲרֵי מ"ת דַּוְקָא, הוּא בֵּיאוּר רַק עַל זֶה שֶׁלְּאַחֲרֵי שֶׁאוֹמֵר אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ הוּא מוֹסִיף אֶתְכֶם בִּכְדֵי לְהַדְגִּישׁ שֶׁשְּׁאֵלָתוֹ הִיא לֹא עַל הַמִּצְווֹת דְּהָאָבוֹת, כ"א עַל הַמִּצְווֹת אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם לְאַחֲרֵי מַתַּן תּוֹרָה. אֲבָל זֶה הי' מוּבָן לִכְאוֹרָה גַּם כשהי' אוֹמֵר בִּלְשׁוֹן כּוֹלֵל יוֹתֵר אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אוֹתָנוּ.
Il faut aussi comprendre pourquoi il dit « Que sont les témoignages, les décrets et les lois ». Puisque sa question porte sur l’ensemble des mitsvot, il aurait dû dire « Que sont les mitsvot » (ou une formule semblable). Pourquoi détaille-t-il témoignages, décrets et lois ?
גַּם צָרִיךְ לְהָבִין אוֹמְרוֹ מָה הָעֵדוּת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים, דְּמֵאַחַר שֶׁשְּׁאֵלָתוֹ הִיא עַל כְּלָלוּת הַמִּצְווֹת הול"ל מָה הַמִּצְווֹת (וכיו"ב), וְלָמָּה מְפָרֵט עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים.
D’autant que la distinction entre les catégories (témoignages, décrets et lois) relève de l’intention des mitsvot [les mitsvot de la catégorie des décrets doivent être accomplies parce qu’elles sont un ordre de HaKadoch Barou'h Hou (« J’ai édicté un décret »), tandis que celles des témoignages et des lois doivent être accomplies aussi en raison de leur motif]. Or la question « Que sont les témoignages… » porte sur l’épanchement qui s’opère par l’acte des mitsvot.
וּבִפְרָט שֶׁהַחִלּוּק דְּהַסּוּגִים עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא בְּכַוָּנַת הַמִּצְווֹת [שֶׁהַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים צָרִיךְ לְקַיְּמָם מִפְּנֵי שֶׁהֵם צִיוּוּי הקב"ה (גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי), וְהַמִּצְווֹת דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים צָרִיךְ לְקַיְּמָם גַּם מִצַּד הַטַּעַם], וְהַשְּׁאֵלָה מָה הָעֵדוּת גו' הִיא עַל הַהַמְשָׁכָה שע"י מַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת.
etc.), et pourquoi détaille-t-il les témoignages [édot], les décrets ['houkim] et les lois [michpatim] ? D'autant que la distinction entre les catégories de témoignages, de décrets et de lois porte sur l'intention [kavana] des mitsvot. [Les mitsvot qui sont des décrets, il faut les accomplir parce qu'elles sont l'ordre de HaKadoch Barou'h Hou (« J'ai décrété un décret »), tandis que les mitsvot qui sont des témoignages et des lois, il faut les accomplir aussi en raison de leur motif.] Or la question « Que sont les témoignages, etc. » porte sur l'épanchement attiré par l'accomplissement concret des mitsvot.
יו"ב), וְלָמָּה מְפָרֵט עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים. וּבִפְרָט שֶׁהַחִלּוּק דְּהַסּוּגִים עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא בְּכַוָּנַת הַמִּצְווֹת [שֶׁהַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים צָרִיךְ לְקַיְּמָם מִפְּנֵי שֶׁהֵם צִיוּוּי הקב"ה (גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי), וְהַמִּצְווֹת דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים צָרִיךְ לְקַיְּמָם גַּם מִצַּד הַטַּעַם], וְהַשְּׁאֵלָה מָה הָעֵדוּת גו' הִיא עַל הַהַמְשָׁכָה שע"י מַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת.
Il faut aussi comprendre pourquoi la question du fils porte sur les trois catégories de mitsvot (témoignages, décrets et lois), alors que la réponse, « Et Il nous a ordonné, etc., de faire tous ces décrets, etc. », ne mentionne que les décrets.
גַּם צָרִיךְ לְהָבִין שֶׁשְּׁאֵלַת הַבֵּן הִיא עַל כָּל ג' הַסּוּגִים דְּמִצְווֹת (עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים) וּבְהַתְּשׁוּבָה וַיְצַוֵּנוּ גו' לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים גו' מַזְכִּיר רַק חוּקִּים.
Il faut aussi comprendre ceci. La distinction entre les trois catégories, témoignages, décrets et lois, est la suivante. Les lois sont les mitsvot que la raison impose (comme l'interdit du brigandage et du vol, ou le respect du père et de la mère). Les témoignages sont les mitsvot qui sont un signe et un souvenir (comme le chabbat, Pessa'h, la soucca et les téfilines) : la raison, par elle-même (sans l'ordre de la Torah), ne les aurait pas imposées [à la différence des mitsvot qui sont des lois, au sujet desquelles « même si la Torah n'avait pas été donnée, nous aurions appris la pudeur du chat et [l'interdit du] vol de la fourmi »] ; néanmoins, une fois que la Torah les a ordonnées, la raison y consent. Les décrets, enfin, sont les mitsvot qui, même après que la Torah les a ordonnées, n'ont pas de place dans la raison : elles relèvent seulement de « J'ai institué une loi, J'ai décrété un décret ».
גַּם צָרִיךְ לְהָבִין, דְּהַחִלּוּק בג' הַסּוּגִים עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא, שֶׁמִּשְׁפָּטִים הֵם הַמִּצְווֹת שֶׁמְּחֻיָּבִים מִצַּד הַשֵּׂכֶל (כְּמוֹ גֶּזֶל גְּנֵבָה כִּיבּוּד אָב וָאֵם), וְעֵדוּת הֵם הַמִּצְווֹת שֶׁהֵם אוֹת וְזִכָּרוֹן (כְּמוֹ שַׁבָּת פֶּסַח סוּכָּה וּתְפִלִּין), דְּמִצְווֹת אֵלּוּ, הֲגַם שֶׁהַשֵּׂכֶל מִצַּד עַצְמוֹ (לוּלֵי צִיוּוּי הַתּוֹרָה) לֹא הי' מְחַיְּבָם [וּדְלֹא כְּהַמִּצְווֹת דְּמִשְׁפָּטִים שֶׁגַּם אִלְמָלֵא נִיתְּנָה תּוֹרָה הָיִינוּ לְמֵידִין צְנִיעוּת מֵחָתוּל וְגֶזֶל מִנְּמָלָה], מ"מ, לְאַחֲרֵי שֶׁהַתּוֹרָה צִוְּתָה עֲלֵיהֶם הַשֵּׂכֶל מַסְכִּים לָזֶה, וְחֻקִּים הֵם הַמִּצְווֹת שֶׁגַּם לְאַחֲרֵי שֶׁהַתּוֹרָה צִוְּתָה עֲלֵיהֶם אֵין לָהֶם מָקוֹם בְּשֵׂכֶל, וְהֵם רַק בְּדֶרֶךְ חֻקָּה חָקַקְתִּי גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי.
Dès lors, il aurait apparemment fallu dire « lois, témoignages et décrets » (dans l'ordre qui va de bas en haut) ou « décrets, témoignages et lois » (dans l'ordre qui va de haut en bas). Or l'ordre du passouk est : témoignages, décrets et lois.
ועפ"ז הי' צָרִיךְ לוֹמַר לִכְאוֹרָה מִשְׁפָּטִים עֵדוּת וְחֻקִּים (בְּסֵדֶר דמלמטלמ"ע) אוֹ חוּקִּים עֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים (בְּסֵדֶר דמלמעלמ"ט), וְהַסֵּדֶר בַּכָּתוּב הוּא עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים.
Cela se comprendra en rappelant d'abord ce que Sa Sainteté mon beau-père l'Admour écrit dans son maamar commençant par ces mêmes mots (qu'il prononça lors de la première célébration de Pessa'h après son arrivée aux États-Unis pour s'y établir), sur la précision suivante : dans la question du fils sage, il est écrit « vous » [etkhem]. En disant « vous » (et non « nous » [otanou]), il ressemble apparemment au fils racha [méchant]. Le maamar ajoute que si le fils sage dit bien « Hachem notre D.ieu », se comptant ainsi dans l'ensemble d'Israël et prenant sur lui le joug de la royauté céleste [malkhout chamayim], cela ne vaut que pour l'essentiel ; mais pour les détails, témoignages, décrets et lois, il dit « vous ».
ג) וְיוּבַן זֶה בְּהַקְדִּים מ"ש כ"ק מו"ח אדמו"ר בְּמַאֲמָרוֹ ד"ה זֶה (שֶׁאָמְרוּ בְּחַג הַפֶּסַח הָרִאשׁוֹן בְּבוֹאוֹ לָאֲרָצוֹת הַבְּרִית ע"מ לָדוּר) בְּהַדִּיּוּק שֶׁבִּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם כְּתִיב אֶתְכֶם, דְּבָזֶה שֶׁאוֹמֵר אֶתְכֶם (וְלֹא אוֹתָנוּ) הוּא דּוֹמֶה לִכְאוֹרָה לְהַבֵּן רָשָׁע. וּמוֹסִיף בְּהַמַּאֲמָר, דַּהֲגַם שֶׁהַבֵּן חָכָם אוֹמֵר ה' אֱלֹקֵינוּ, שֶׁהוּא מַכְנִיס עַצְמוֹ בִּכְלָל יִשְׂרָאֵל וּמְקַבֵּל עָלָיו עוֹל מַלְכוּת שָׁמַיִם, הֲרֵי זֶהוּ בְּנוֹגֵעַ לְהָעִקָּר, אֲבָל בְּנוֹגֵעַ לִפְרָטֵי הָעִנְיָנִים דְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים, הוּא אוֹמֵר אֶתְכֶם.
Il ressort de la formulation du maamar que la précision portant sur le mot « vous » ne tient pas seulement à ce qu'il faut expliquer pourquoi il dit « vous ». Elle tient aussi à ce qu'en disant « vous » et non « nous », il laisse place à l'erreur suivante : le fait qu'il dise « notre D.ieu » et se compte dans l'ensemble ne vaudrait que pour l'essentiel (l'acceptation du joug de la royauté céleste), tandis que, pour les détails, témoignages, décrets et lois, il s'exclurait de l'ensemble.
דְּמִלְּשׁוֹן הַמַּאֲמָר מַשְׁמַע שֶׁהַדִּיּוּק בָּזֶה שֶׁאוֹמֵר אֶתְכֶם הוּא לֹא רַק שֶׁצָּרִיךְ בֵּיאוּר לָמָּה אוֹמֵר אֶתְכֶם אֶלָּא גַּם כִּי בָּזֶה שֶׁאוֹמֵר אֶתְכֶם וְלֹא אוֹתָנוּ שעי"ז יֵשׁ מָקוֹם לִטְעוֹת דְּזֶה שֶׁאוֹמֵר אֱלֹקֵינוּ וּמַכְנִיס עַצְמוֹ בִּכְלָל הוּא רַק בְּנוֹגֵעַ לְהָעִקָּר (קַבָּלַת עוֹל מַלְכוּת שָׁמַיִם) אֲבָל בְּנוֹגֵעַ לִפְרָטֵי הָעִנְיָנִים דְּעֵדוּת וְחֻקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא מוֹצִיא אֶת עַצְמוֹ מֵהַכְּלָל.
On peut proposer l'explication suivante. Il y a dans les mitsvot deux aspects. D'une part, les mitsvot sont l'ordre de Hachem, et cet aspect se retrouve également dans toutes les mitsvot. D'autre part, les mitsvot se répartissent en trois catégories : témoignages, décrets et lois.
וְיֵשׁ לוֹמַר הַבֵּיאוּר בָּזֶה, דְּבְמִצְווֹת שְׁנֵי עִנְיָנִים. זֶה שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם צִיוּוּי הַשֵּׁם, דְּעִנְיָן זֶה הוּא בְּכָל הַמִּצְווֹת בְּשָׁוֶה, וְזֶה שֶׁהַמִּצְווֹת נֶחְלָקוֹת בג' סוּגִים דְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים.
Ces deux aspects se retrouvent aussi dans l'accomplissement des mitsvot. L'intention des mitsvot comporte en effet deux aspects. Une intention générale : accomplir l'ordre de Hachem, et cette intention vaut également pour toutes les mitsvot. Et une intention particulière : accomplir la mitsva parce qu'elle est un témoignage (un signe et un souvenir) d'une chose, ou parce qu'elle est une loi instituée et un décret, ou parce que la raison aussi l'impose.
וּשְׁנֵי עִנְיָנִים אֵלֶּה הֵם גַּם בְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת. דְּבְכַוָּנַת הַמִּצְווֹת, שְׁנֵי עִנְיָנִים. כַּוָּנָה כְּלָלִית – לְקַיֵּים צִיוּוּי הַשֵּׁם, דְּכַוָּנָה זוֹ הִיא בְּכָל הַמִּצְווֹת בְּשָׁוֶה. וְכַוָּנָה פְּרָטִית – קִיּוּם הַמִּצְוָה מִפְּנֵי שֶׁהִיא עֵדוּת (אוֹת וְזִכָּרוֹן) עַל אֵיזֶה עִנְיָן, אוֹ מִפְּנֵי שֶׁהִיא חֻקָּה וּגְזֵרָה, אוֹ מִפְּנֵי שֶׁמְּחֻיֶּבֶת גַּם מִצַּד הַשֵּׂכֶל.
La question du fils sage, « Que sont les témoignages, les décrets et les lois ? », est donc celle-ci : puisque toutes les mitsvot sont l'ordre de Hachem, quelle importance a la distinction entre témoignages, décrets et lois ?
וּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם מָה הָעֵדוּת וְהַחֻקִּיםוּהְמְשְׁפְּטִים הִיא, דְּכֵיוָן שֶׁכָּל הַמִּצְווֹת הֵם צִיוּוּי הַשֵּׁם, מַה נוֹגֵעַ הָעִנְיָן דְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים.
C'est pourquoi le maamar relève que, même après qu'il a dit « notre D.ieu », l'erreur reste possible : pour les détails, témoignages, décrets et lois, il s'exclurait, à D.ieu ne plaise, de l'ensemble. Pour écarter cette erreur, il aurait dû dire « nous ».
וְלָכֵן מְדַיֵּיק בְּהַמַּאֲמָר דְּגַם לְאַחֲרֵי שֶׁאוֹמֵר אֱלֹקֵינוּ יֵשׁ מָקוֹם לִטְעוֹת שֶׁבְּנוֹגֵעַ לִפְרָטֵי הָעִנְיָנִים דְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא מוֹצִיא ח"ו אֶת עַצְמוֹ מֵהַכְּלָל. וּבִכְדֵי לִשְׁלוֹל טָעוּת זוֹ הול"ל אוֹתָנוּ.
Lorsque ton fils te demandera demain, en disant : « Que sont les témoignages [édout], les décrets ['houkim] et les lois [michpatim] que Hachem, notre D.ieu, vous a ordonnés ? »
כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר לֵאמֹר מָה הָעֵדֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר צִוָּה ה' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם
Cela se comprendra à la lumière de ce qu'explique le maamar cité plus haut : les trois catégories, témoignages, décrets et lois, se retrouvent dans toutes les mitsvot. Les mitsvot qui relèvent des décrets et des lois sont, elles aussi, appelées « témoignage » [comme le dit le verset [passouk] : « Il a établi un témoignage en Yaakov… »]. Il en va de même des décrets : même dans les mitsvot fondées sur une raison (les témoignages, et même les lois), la raison ne porte que sur la mitsva dans son ensemble, non sur ses détails ; les détails, eux, sont de l'ordre de « J'ai statué un décret, J'ai promulgué un édit ». Il en va de même des lois : dans les mitsvot de la catégorie des témoignages et des décrets aussi, la dimension de loi est présente.
ד) וְיוּבַן זֶה ע"פ הַמְבוֹאָר בְּמַאֲמָר הנ"ל, שג' הָעִנְיָנִים דְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הֵם בְּכָל הַמִּצְווֹת. שֶׁגַּם הַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים נק' בְּשֵׁם עֵדוּת [כמ"ש וַיָּקֶם עֵדוּת בְּיַעֲקֹב גו'], ועד"ז הוּא בְּנוֹגֵעַ לַחֻקִּים, שֶׁגַּם בְּהַמִּצְווֹת שע"פ טַעַם (עֵדוּת וַאֲפִילוּ מִשְׁפָּטִים), הַטַּעַם הוּא רַק עַל כְּלָלוּת הַמִּצְוָה וְלֹא עַל הַפְּרָטִים, וְהַפְּרָטִים הֵם בְּאֹפֶן חֻקָּה חָקַקְתִּי גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי. ועד"ז הוּא בְּנוֹגֵעַ לַמִּשְׁפָּטִים, שֶׁגַּם בְּהַמִּצְווֹת דְּעֵדוּת וְחֻקִּים יֵשׁ הָעִנְיָן דְּמִשְׁפָּטִים.
Voici l'explication : la révélation de la Divinité qu'opèrent les mitsvot comporte, globalement, trois degrés. La lumière qui se revêt dans les mondes, qui est, globalement, la lumière qui remplit [Or HaMemalé] ; la lumière qui est au-delà du revêtement dans les mondes mais garde un rapport avec eux, qui est, globalement, la lumière qui entoure [Or HaSovev] ; et l'Essence de la lumière infinie [Atsmout Or Ein Sof], qui est au-delà de tout rapport aux mondes.
וְהָעִנְיָן הוּא, דִּבְגִלּוּי אֱלֹקוּת שע"י הַמִּצְווֹת ג' מַדְרֵיגוֹת בִּכְלָלוּת. אוֹר הַמִּתְלַבֵּשׁ בְּעוֹלָמוֹת, דְּבִכְלָלוּת הוּא אוֹר הַמְמַלֵּא, וְאוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִתְלַבְּשׁוּת בְּעוֹלָמוֹת אֲבָל שַׁיָּךְ לְעוֹלָמוֹת, דְּבִכְלָלוּת הוּא אוֹר הַסּוֹבֵב, וַעֲצָמוֹת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מִשַּׁיָּכוּת לְעוֹלָמוֹת.
Car la lumière qui remplit peut être saisie même par l'intellect ; c'est pourquoi on l'attire par les lois [michpatim], c'est-à-dire par la compréhension de l'intellect. La lumière qui entoure, en revanche, n'admet aucune saisie positive, seulement une connaissance par la négation : savoir et comprendre que cette lumière ne peut être saisie par l'intellect, c'est l'annulation de la compréhension. C'est pourquoi on attire la lumière qui entoure en accomplissant les décrets ['houkim], qui consistent à annuler son intellect : « tu n'as pas le droit d'en discuter ». Quant à l'Essence de l'Or Ein Sof, qui ne relève pas du rapport aux mondes, on ne peut même pas dire d'elle qu'elle échappe à la saisie de l'intellect.
דְּאוֹר הַמְמַלֵּא מוּשָּׂג גַּם בְּשֵׂכֶל, וְלָכֵן הַמְשָׁכָתוֹ הִיא ע"י הָעִנְיָן דְּמִשְׁפָּטִים, הַשָּׂגַת הַשֵּׂכֶל. וְאוֹר הַסּוֹבֵב, אֵין שַׁיָּךְ בּוֹ הַשָּׂגַת הַחִיּוּב וְרַק יְדִיעַת הַשְּׁלִילָה, דְּזֶה שֶׁהוּא יוֹדֵעַ וּמֵבִין שֶׁבֵּאוּר זֶה אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת הַשָּׂגַת הַשֵּׂכֶל, הו"ע בִּיטּוּל הַהַשָּׂגָה. וְלָכֵן הַמְשָׁכַת אוֹר הַסּוֹבֵב הִיא ע"י קִיּוּם הַחוּקִּים, שֶׁעִנְיָנָם הוּא שֶׁמְּבַטֵּל אֶת שֶׁכֻּלּוֹ, אֵין לְךָ רְשׁוּת לְהַרְהֵר. וּבְעַצְמוּת אוא"ס שֶׁאֵינוֹ בְּגֶדֶר שַׁיָּכוּת לְעוֹלָמוֹת, אֵין שַׁיָּךְ לוֹמַר גַּם שֶׁהוּא מוּשְׁלָל מֵהַשָּׂגַת הַשֵּׂכֶל.
Comme l'explique le Tanya, dire de HaKadoch Barou'h Hou qu'on ne peut Le saisir revient à dire d'une sagesse élevée et profonde qu'on ne peut la palper de ses mains : quiconque l'entend s'en moque. En effet, la négation, qui consiste à dire d'une chose qu'elle est exclue d'une autre, ne s'applique qu'à des choses qui ont un rapport entre elles ; or l'intellect et le toucher sont deux domaines entièrement distincts, sans aucun rapport entre eux. [Peut-être peut-on ajouter ceci : dans l'image de l'intellect et du toucher, il existe malgré tout un rapport entre les deux, puisque ce sont l'un et l'autre des créatures limitées ; il n'en va pas ainsi de ce que l'image illustre. C'est pourquoi l'impossibilité de dire de HaKadoch Barou'h Hou qu'on ne peut Le saisir va plus loin que l'impossibilité de dire d'un raisonnement intellectuel qu'on ne peut le palper de ses mains.]
וְכַמְבוֹאָר בְּתַנְיָא, שֶׁהָאוֹמֵר עַל הקב"ה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהַשִּׂיגוֹ הוּא כְּאוֹמֵר עַל אֵיזוֹ חָכְמָה רָמָה וַעֲמוּקָּה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְמַשְּׁשָׁהּ בְּיָדַיִם, שֶׁכָּל הַשּׁוֹמֵעַ יִצְחָק לוֹ. כִּי עִנְיַן הַשְּׁלִילָה, שֶׁאוֹמְרִים עַל אֵיזֶה דָּבָר שֶׁהוּא מוּשְׁלָל מִדָּבָר שְׁנֵי, שַׁיָּךְ דַּוְקָא בִּדְבָרִים שֶׁיֵּשׁ יַחַס בֵּינֵיהֶם, וְהַשֵּׂכֶל וְהַמִּשּׁוּשׁ הֵם שְׁנֵי עִנְיָנִים נִבְדָּלִים לְגַמְרֵי שֶׁאֵין יַחַס בֵּינֵיהֶם. [וְאוּלַי יֵשׁ לְהוֹסִיף, שֶׁבְּהַמָּשָׁל דְּשֵׂכֶל וּמִשּׁוּשׁ, כֵּיוָן שֶׁשְּׁנֵיהֶם הֵם נִבְרָאִים מוּגְבָּלִים, יֵשׁ יַחַס בֵּינֵיהֶם. משא"כ בְּהַנִּמְשָׁל. וְלָכֵן זֶה שֶׁאֵין שַׁיָּךְ לוֹמַר עַל הקב"ה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהַשִּׂיגוֹ הוּא יוֹתֵר מִזֶּה שֶׁאֵין שַׁיָּךְ לוֹמַר עַל סברא שִׂכְלִית שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְמַשְּׁשָׁהּ בְּיָדַיִם].
C'est pourquoi l'essence de l'Or Ein Sof ne s'attire pas non plus par les décrets, c'est-à-dire par l'annulation de l'intellect : à l'égard de l'essence de l'Or Ein Sof, on ne peut même pas parler de négation de l'intellect. Si les mitsvot attirent l'essence de l'Or Ein Sof, c'est parce qu'elles sont la volonté et l'injonction de l'essence.
וְלָכֵן, הַמְשָׁכַת עַצְמוּת אוא"ס אֵינָהּ גַּם ע"י עִנְיַן הַחוּקִּים, בִּיטּוּל הַשֵּׂכֶל, כֵּיוָן שֶׁלְּגַבֵּי עַצְמוּת אוא"ס אֵין שַׁיָּךְ לוֹמַר גַּם הָעִנְיָן דִּשְׁלִילַת הַשֵּׂכֶל. וְזֶה שע"י הַמִּצְווֹת הוּא הַמְשָׁכַת עַצְמוּת אוא"ס הוּא מִפְּנֵי שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם רָצוֹן וְצִוּוּי הָעַצְמוּת.
Tel est le sens du témoignage que portent les mitsvot : toutes les mitsvot (y compris celles des décrets et des lois) sont appelées « témoignage » parce qu'elles attirent et révèlent le voilement essentiel de l'Essence de l'Or Ein Sof, qui est au-delà même de la lumière qui entoure.
וְזֶהוּ עִנְיַן הָעֵדוּת שֶׁבַּמִּצְווֹת, דְּזֶה שֶׁכָּל הַמִּצְווֹת (גַּם הַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים) נק' בְּשֵׁם עֵדוּת הוּא לְפִי שֶׁהֵם מַמְשִׁיכִים וּמְגַלִּים הֶעְלֵם הָעַצְמִי דְּעַצְמוּת אוא"ס, שֶׁלְּמַעְלָה גַּם מְסוֹבֵב.
Car de même que le témoignage, au sens simple, porte précisément sur une chose cachée (une chose manifeste n'appelle aucun témoignage, puisqu'elle est manifeste, et même « une chose appelée à être révélée » [milta deavida leiglouyé] n'en requiert pas), de même en est-il dans le domaine spirituel. La lumière qui remplit est une chose manifeste, saisie par l'intellect. La lumière qui entoure, au-delà du revêtement dans les mondes, est « une chose appelée à être révélée » (un voilement qui a rapport avec la révélation) : en saisissant la lumière qui remplit, qui se revêt dans les mondes et n'est qu'un rayonnement (comme le prouve le fait même qu'elle se revêt), on parvient à savoir qu'il existe une lumière qui transcende les mondes, la source d'où est attiré le rayonnement revêtu. Le témoignage, lui, porte sur l'Essence de l'Or Ein Sof, au-delà même de la lumière qui entoure, qui est entièrement cachée. Voilà pourquoi toutes les mitsvot sont appelées « témoignage » : elles attirent et révèlent l'Essence de l'Or Ein Sof, au-delà même de la lumière qui entoure.
דִּכְמוֹ שֶׁעִנְיַן הָעֵדוּת בְּפַשְׁטוּת הוּא עַל דָּבָר הַנֶּעְלָם דַּוְקָא, דְּעַל דָּבָר הַגִּלּוּי אֵין שַׁיָּךְ עֵדוּת, מִכֵּיוָן שֶׁהוּא גָּלוּי, וַאֲפִילוּ עַל מילתא דעבידא לאגלויי אֵין צָרִיךְ עֵדוּת, עד"ז הוּא בְּרוּחָנִיּוּת, דְּאוֹר הַמְמַלֵּא הוּא דָּבָר הַגִּלּוּי שֶׁמֻּשָּׂג בְּשֵׂכֶל, וְאוֹר הַסּוֹבֵב שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִתְלַבְּשׁוּת בְּעוֹלָמוֹת הוּא מילתא דעבידא לאגלויי (הֶעְלֵם שֶׁשַּׁיָּךְ לְגִלּוּי), כִּי עַל יְדֵי הַהַשָּׂגָה בְּאוֹר הַמְמַלֵּא שֶׁמִּתְלַבֵּשׁ בְּעוֹלָמוֹת, שֶׁהוּא הֶאָרָה בִּלְבָד (כדמוכח מִזֶּה גּוּפָא שֶׁהוּא בְּהִתְלַבְּשׁוּת), בָּאִים לִידֵי יְדִיעָה שֶׁיֶּשְׁנוֹ אוֹר שֶׁהוּא מֻפְלָא מֵעוֹלָמוֹת, שֶׁהוּא הַמָּקוֹר שֶׁמִּמֶּנּוּ נִמְשָׁךְ הַהֶאָרָה שֶׁבְּהִתְלַבְּשׁוּת. וְעִנְיַן הָעֵדוּת הוּא בְּעַצְמוּת אוא"ס, שֶׁלְּמַעְלָה גַּם מְסוֹבֵב, שֶׁהוּא נֶעְלָם לְגַמְרֵי. וְזֶהוּ מַה שֶׁכָּל הַמִּצְווֹת נק' עֵדוּת, לְפִי שֶׁהֵם מַמְשִׁיכִים וּמְגַלִּים עַצְמוּת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה גַּם מְסוֹבֵב.
L'explication plus détaillée de la supériorité du témoignage sur les décrets (bien que dans les décrets aussi, on perçoive de façon manifeste qu'ils sont Sa volonté, béni soit-Il, une volonté qui dépasse la raison) se comprendra à partir de ce qu'écrit le maamar : 'houkim vient du mot 'hakika [gravure]. Or, il ressort de la suite des développements du maamar que ce point comporte deux aspects.
ה) וּבֵאוּר הַמַּעֲלָה דְּעֵדוּת עַל חוּקִּים בִּפְרָטִיּוּת יוֹתֵר, אַף שֶׁגַּם בַּחֻקִּים נִרְגָּשׁ בְּגִילּוּי שֶׁהֵם רְצוֹנוֹ ית', רָצוֹן שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם, יוּבַן ע"פ מ"ש בְּהַמַּאֲמָר שֶׁחוּקִּים הוּא מִלְּשׁוֹן חֲקִיקָה. וּמֵהֶמְשֵׁךְ הָעִנְיָנִים שֶׁבַּהַמְאָמָר מַשְׁמַע דִּשְׁנֵי עִנְיָנִים בָּזֶה.
Et de la suite des développements du maamar, il ressort qu’il y a là deux aspects. Le premier est celui de la gravure d’en haut ['hakika]. Le maamar le dit : ce qui distingue les lettres gravées des lettres écrites, c’est que les lettres gravées ne sont pas une chose ajoutée à l’essence. Et il explique que c’est là le niveau du Kéter.
וּמֵהֶמְשֵׁךְ הָעִנְיָנִים שֶׁבַּהַמְאָמָר מַשְׁמַע דִּשְׁנֵי עִנְיָנִים בָּזֶה. עִנְיָן הַחֲקִיקָה לְמַעְלָה, כמ"ש בְּהַמַּאֲמָר דְּמַעֲלַת אוֹתִיּוֹת הַחֲקִיקָה עַל אוֹתִיּוֹת הַכְּתִיבָה הִיא שֶׁאוֹתִיּוֹת הַחֲקִיקָה אֵינָם דָּבָר נוֹסָף עַל הָעֶצֶם, וּמְבֹאָר שֶׁזֶּהוּ בְּחִינַת הַכֶּתֶר.
On peut dire que si le Kéter (Sovev) est à l’image des lettres gravées, qui ne sont pas une chose ajoutée à l’essence, c’est pour la raison suivante. La révélation de la lumière qui emplit [Or HaMemalé] est une révélation de l’ordre de la limite, et non semblable à l’Essence : elle est donc comme une chose ajoutée à l’Essence. La révélation de la lumière qui entoure [Or HaSovev], elle, est illimitée comme l’Essence : elle n’est donc pas une chose ajoutée à l’Essence.
וְיֵשׁ לוֹמַר, דְּזֶה שֶׁהַכֶּתֶר (סוֹבֵב) הוּא דּוּגְמַת אוֹתִיּוֹת הַחֲקִיקָה שֶׁאֵינָם דָּבָר נוֹסָף עַל הָעֶצֶם, הוּא, שֶׁהַגִּילּוּי דְּאוֹר הַמְמַלֵּא לִהְיוֹתוֹ גִּילּוּי שֶׁבִּבְחִינַת גְּבוּל וְלֹא כְּמוֹ הָעֶצֶם, הוּא כְּמוֹ דָּבָר נוֹסָף עַל הָעֶצֶם, וְהַגִּילּוּי דְּאוֹר הַסּוֹבֵב, לִהְיוֹתוֹ בל"ג כְּמוֹ הָעֶצֶם, אֵינוֹ דָּבָר נוֹסָף עַל הָעֶצֶם.
Autre aspect des 'houkim, nom tiré de 'hakika [gravure] : par les 'houkim, la gravure se réalise dans le monde. C’est ce que rapporte le Midrach sur le passouk : « Si Mon alliance n’existait pas jour et nuit, Je n’aurais pas établi les lois ['houkot] des cieux et de la terre » : « les 'houkim par lesquels J’ai gravé les cieux et la terre ». Et le maamar explique que « J’ai gravé les cieux et la terre » désigne le bitoul qui se réalise dans le monde par l’épanchement du Sovev, la gravure d’en haut.
וְעוֹד עִנְיָן בְּחֻקִּים מִלְּשׁוֹן חֲקִיקָה, שע"י הַחוּקִּים נַעֲשָׂה בָּעוֹלָם עִנְיָן הַחֲקִיקָה. כִּדְאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ ע"פ אִם לֹא בְּרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי, חוּקִּים שֶׁבָּהֶם חָקַקְתִּי אֶת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ. וּמְבֹאָר בְּהַמַּאֲמָר דְּעִנְיָן חָקַקְתִּי שָׁמַיִם וָאָרֶץ הוּא הַבִּיטּוּל שֶׁנַּעֲשָׂה בָּעוֹלָם, ע"י הַמְשָׁכַת הַסּוֹבֵב, חֲקִיקָה דִּלְמַעְלָה.
Or, dans la gravure aussi, la gravure produit un changement dans la chose où l’on grave : elle n’est plus telle qu’elle était au départ. Ainsi, quand on grave des lettres dans une pierre : au départ, la pierre était unie [litt. : « simple »], et maintenant elle porte des lettres gravées [surtout quand on grave dans une pierre claire et brillante : la gravure produit alors un changement dans la clarté et l’éclat de la pierre, qui, à l’endroit gravé, ne brille plus autant].
וְהִנֵּה גַּם בַּחֲקִיקָה, ע"י חֲקִיקָה נַעֲשָׂה שִׁינּוּי בְּהַדָּבָר שֶׁחוֹקְקִין בּוֹ, שֶׁאֵינוֹ כְּמוֹ שהי' בַּתְּחִילָּה. וּכְמוֹ בַּחֲקִיקַת אוֹתִיּוֹת בְּאֶבֶן, שֶׁבַּתְּחִלָּה הי' הָאֶבֶן פָּשׁוּט וְעַכְשָׁוהוֹא מְצֻיָּר בְּאוֹתִיּוֹת [וּבִפְרָט כְּשֶׁהַחֲקִיקָה הוּא בְּאֶבֶן הַבָּהִיר וּמַבְהִיק, שע"י הַחֲקִיקָה נַעֲשָׂה שִׁינּוּי בְּהַבְּהִירוּת וְהַהַבְהָקָה שֶׁל הָאֶבֶן, שֶׁבְּמָקוֹם הַחֲקִיקָה אֵינוֹ מַבְהִיק כ"כ].
Il y a là un autre aspect encore [en plus du changement (de la descente) que la gravure produit dans la pierre] : la gravure est liée au creux, à ce qui manque désormais à la pierre. Autrement dit, la gravure elle-même est comme l’inverse de la pierre.
וְעוֹד עִנְיָן בָּזֶה [נוֹסָף לְהַשִּׁנּוּי (יְרִידָה) שֶׁנַּעֲשָׂה בְּהָאֶבֶן ע"י הַחֲקִיקָה], שֶׁהַחֲקִיקָה הִיא קְשׁוּרָה בְּהַחַלָּל, שֶׁנֶּחְסַר בְּהָאֶבֶן, הַיְנוּ שֶׁהַחֲקִיקָה עַצְמָהּ הִיא כְּמוֹ הֵפֶךְ הָאֶבֶן.
On peut dire que ces deux aspects se retrouvent aussi dans ce que l’image représente : la lumière qui entoure. La descente de la lumière pour devenir « entourant les mondes » [sovev lealmin] est à l’image du changement et de la descente produits dans la pierre, qui n’est plus unie (et ne luit ni ne brille plus autant) comme au départ. Par là, une place est faite au monde (qui est engendré par l’Or HaSovev) : l’existence du monde [olam] (nom tiré de he’elem, voilement) est l’inverse de la révélation de la lumière, à l’image de la gravure, qui est ce qui a été retiré de la pierre.
וְיֵשׁ לוֹמַר דִּשְׁנֵי עִנְיָנִים אֵלֶּה הֵם גַּם בְּהַנִּמְשָׁל דְּאוֹר הַסּוֹבֵב. שֶׁהַיְרִידָה בְּהָאוֹר לִהְיוֹת סוֹבֵב לעלמין הוּא דּוּגְמַת הַשִּׁינּוּי וְהַיְרִידָה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּהָאֶבֶן, שֶׁאֵינוֹ פָּשׁוּט (וְאֵינוֹ מֵאִיר וּמַבְהִיק כ"כ) כְּמוֹ שהי' תְּחִילָּה. ועי"ז נַעֲשֶׂה נְתִינַת מָקוֹם לְעוֹלָם (שֶׁמִּתְהַוֶּה מֵאוֹר הַסּוֹבֵב), שֶׁמְּצִיאוּת הָעוֹלָם (מִלְּשׁוֹן הֶעְלֵם) הוּא הֵפֶךְ גִּילּוּי הָאוֹר, בְּדֻגְמַת הַחֲקִיקָה שֶׁנֶּחְסַר מֵהָאֶבֶן.
On peut dire qu’il en va de même pour les 'houkim : s’ils portent le nom de 'houkim, tiré de 'hakika, c’est en raison des deux aspects mentionnés. Voici l’explication. Le sens de 'houka est celui de la parole de nos Sages : « J’ai gravé une 'houka, J’ai décrété un décret, et tu n’as pas le droit de la remettre en question ». Il y a là deux aspects. D’une part, la volonté des 'houkim se trouve (non telle qu’elle est en elle-même, mais) dans un état de descente, pour ainsi dire, afin d’exclure l’intellect (« tu n’as pas le droit de la remettre en question ») : c’est l’image du changement et de la descente que la gravure produit dans la pierre. D’autre part, l’intellect (que la volonté exclut) est tel que sa compréhension et sa saisie sont l’inverse de la volonté. C’est pourquoi il faut l’exclure et dire : « tu n’as pas le droit de la remettre en question ».
וְיֵשׁ לוֹמַר, שעד"ז הוּא גַּם בַּחֻקִּים, דְּזֶה שנק' בְּשֵׁם חוּקִּים מִלְּשׁוֹן חֲקִיקָה הוּא מִצַּד שְׁנֵי עִנְיָנִים הנ"ל. וְהָעִנְיָן הוּא, דְּפֵרוּשׁ חֻקָּה הוּא כְּמַאֲמַר רז"ל חֻקָּה חָקַקְתִּי גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי וְאֵין לְךָ רְשׁוּת לְהַרְהֵר אחרי' , דִּשְׁנֵי עִנְיָנִים בָּזֶה. שֶׁהָרָצוֹן דְּחוּקִּים הוּא (לֹא כְּמוֹ שֶׁהוּא בְּעַצְמוּתוֹ, אֶלָּא) בִּבְחִינַת יְרִידָה כִּבְיָכוֹל לִשְׁלוֹל אֶת הַשֵּׂכֶל (אֵין לְךָ רְשׁוּת לְהַרְהֵר), בְּדֻגְמַת הַשִּׁינּוּי וְהַיְרִידָה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּהָאֶבֶן ע"י הַחֲקִיקָה. וְשֶׁהַשֵּׂכֶל (שֶׁהָרָצוֹן שׁוֹלֵל אוֹתוֹ) הוּא בְּאֹפֶן שֶׁהַהֲבָנָה וְהַהַשָּׂגָה שֶׁלּוֹ הִיא הֵפֶךְ הָרָצוֹן, שֶׁלָּכֵן צָרִיךְ לִשְׁלוֹל וְלוֹמַר אֵין לְךָ רְשׁוּת לְהַרְהֵר.
Cela permet de mieux comprendre la supériorité des édout sur les 'houkim. Les 'houkim sont la volonté des mitsvot telle qu’elle se trouve dans un état de descente, pour exclure ce qui lui est contraire (l’intellect) ; les édout sont la volonté des mitsvot telle qu’elle est en elle-même.
ועפ"ז תּוּבַן יוֹתֵר הַמַּעֲלָה דְּעֵדוּת לְגַבֵּי חוּקִּים, דְּעִנְיָן הַחוּקִּים הוּא הָרָצוֹן דְּמִצְווֹת כְּמוֹ שֶׁהוּא בִּבְחִינַת יְרִידָה לִשְׁלוֹל הָעִנְיָנִים (הַשֵּׂכֶל) שֶׁהֵם הֲפָכִים, וְעִנְיָן הָעֵדוּת הוּא הָרָצוֹן דְּמִצְווֹת כְּמוֹ שֶׁהוּא בְּעַצְמוּתוֹ.
6) Or, en haut, voici la différence entre les édout d’une part, les 'houkim et les michpatim d’autre part : les 'houkim et les michpatim relèvent de la lumière qui a rapport aux mondes [à ceci près que les michpatim relèvent de la lumière qui se revêt dans les mondes (Memalé), et les 'houkim de la lumière qui est au-delà du revêtement (Sovev)], tandis que les édout relèvent de l’Essence de l’Or Ein Sof, au-delà de tout rapport aux mondes. Il en va de même dans le service de l’homme : les 'houkim et les michpatim relèvent de l’intellect de l’homme (ou du moins du degré de l’âme qui a rapport à l’intellect), c’est-à-dire de la méditation [hitbonenout].
ו) וְהִנֵּה כְּמוֹ שֶׁלְּמַעְלָה הַחִילּוּק שֶׁבֵּין עֵדוּת לַחֻקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא, דְּחוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הֵם בְּאוֹר הַשַּׁיָּיךְ לְעוֹלָמוֹת [אֶלָּא שֶׁמִּשְׁפָּטִים הֵם בְּאוֹר הַמִּתְלַבֵּשׁ בְּעוֹלָמוֹת (מְמַלֵּא) וְחֻקִּים הֵם בְּהָאוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִתְלַבְּשׁוּת (סוֹבֵב)] וְעֵדוּת הֵם בְּעַצְמוּת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מִשַּׁיָּכוּת לְעוֹלָמוֹת, עד"ז הוּא גַּם בַּעֲבוֹדַת הָאָדָם, דְּחוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הֵם בְּהַשֵּׂכֶל שֶׁבָּאָדָם (אוֹ עכ"פ בְּדַרְגַּת הַנְּשָׁמָה שֶׁשַּׁיֶּכֶת לְשֵׂכֶל), הִתְבּוֹנְנוּת.
[Toutefois, dans les michpatim, la méditation porte sur les raisons des mitsvot. Elle inclut aussi la méditation sur le fait que les mitsvot qui sont des 'houkim ont, elles aussi, une raison, mais que la raison de ces mitsvot est dans Sa sagesse, béni soit-Il, et n'est pas attirée dans l'intellect des créatures. La méditation des 'houkim, elle, porte sur ceci : toutes les mitsvot (même celles qui sont des michpatim) sont Sa volonté, béni soit-Il, une volonté au-delà de la raison, au-delà même des raisons qui sont dans Sa sagesse, béni soit-Il.]
[אֶלָּא שֶׁבַּמִּשְׁפָּטִים הַהִתְבּוֹנְנוּת הִיא בְּטַעְמֵי הַמִּצְווֹת, כּוֹלֵל גַּם הַהִתְבּוֹנְנוּת בָּזֶה שֶׁגַּם הַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים יֵשׁ לָהֶם טַעַם, אֶלָּא שֶׁהַטַּעַם דְּמִצְווֹת אֵלּוּ הוּא בְּחָכְמָתוֹ ית' וְלֹא נִמְשַׁךְ בְּשֵׂכֶל הַנִּבְרָאִים. וְהַהִתְבּוֹנְנוּת דְּחוּקִּים הִיא שֶׁכָּל הַמִּצְווֹת (גַּם הַמִּצְווֹת דְּמִשְׁפָּטִים) הֵם רְצוֹנוֹ ית', רָצוֹן שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם, לְמַעְלָה גַּם מֵהַטְּעָמִים שֶׁבְּחָכְמָתוֹ ית'].
Quant aux édout, elles relèvent de l’homme lui-même, comme il est dit : « Vous êtes Mes témoins ». « Vous » signifie : vous-mêmes. En effet, l’âme de chaque Juif est véritablement une partie de D.ieu d’en haut, et la racine des âmes est dans l’essence (plus haut encore que la racine de la Torah et des mitsvot). C’est pourquoi l’existence même des Juifs témoigne de l’essence. Toutefois, la racine de l’âme se révèle par le témoignage [édout] des mitsvot.
וְעִנְיָן עֵדוּת הוּא בְּהָאָדָם עַצְמוֹ. כמ"ש אַתֶּם עֵדַי, דְּפֵרוּשׁ אַתֶּם הוּא אַתֶּם בְּעַצְמְכֶם. דְּכֵיוָן שֶׁכָּל אֶחֶדְמִישֶׁרָאל נִשְׁמָתוֹ הִיא חֵלֶק אֱלוֹקַה מִמַּעַל מַמָּשׁ, וְשֹׁרֶשׁ הַנְּשָׁמוֹת הוּא בְּהָעַצְמוּת (וּלְמַעְלָה יוֹתֵר מֵהַשֹּׁרֶשׁ דתומ"צ), לָכֵן, עֶצֶם מְצִיאוּתָם דְּיִשְׂרָאֵל מְעִידָה עַל הָעַצְמוּת. אֶלָּא שֶׁהַגִּילּוּי דְּשֹׁרֶשׁ הַנְּשָׁמָה הוּא ע"י הָעֵדוּת דְּהַמִּצְווֹת.
On peut dire que l'essentiel des mitsvot est d'être des témoignages [edout] : l'épanchement de l'essence de l'Or Ein Sof [lumière infinie]. Les décrets ['houkim] et les lois [michpatim] des mitsvot (l'épanchement de la lumière qui englobe [Or HaSovev] et de la lumière qui emplit [Or HaMemalé]) ont la raison suivante. Le but de l'épanchement de l'essence par les mitsvot est que cet épanchement soit révélé. Or l'essence est au-delà de la révélation. C'est pourquoi la révélation de l'épanchement de l'essence (les témoignages) se fait par la lumière qui englobe et par la lumière qui emplit (les décrets et les lois), qui sont des révélations.
ז) וְיֵשׁ לוֹמַר, דְּעִיקַּר עִנְיָנָם שֶׁל הַמִּצְווֹת הוּא שֶׁהֵם עֵדוּת, הַמְשָׁכַת עַצְמוּת אוא"ס. וְעִנְיַן הַחוּקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים דְּמִצְווֹת (הַמְשָׁכַת אוֹר הַסּוֹבֵב וְאוֹר הַמְמַלֵּא) הוּא, כִּי הַכַּוָּונָה בְּהַמְשָׁכַת הָעַצְמוּת שע"י הַמִּצְווֹת הִיא שֶׁהַהַמְשָׁכָה תהי' בְּגִילּוּי, וְכֵיוָן שֶׁהָעַצְמוּת הוּא לְמַעְלָה מִגִּילּוּי, לָכֵן הַגִּילּוּי דְּהַמְשָׁכַת הָעַצְמוּת (עֵדוּת) הוּא ע"י אוֹר הַסּוֹבֵב וְאוֹר הַמְמַלֵּא (חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים), גִּילּוּיִים.
C'est pourquoi ces trois notions viennent dans cet ordre : témoignages, décrets et lois. D'abord les témoignages, c'est-à-dire l'épanchement de l'essence. Ensuite, pour que l'épanchement soit révélé, intervient la révélation de la lumière qui englobe, attirée par la dimension de décrets que portent les mitsvot. Ensuite, pour que la révélation pénètre l'intériorité, intervient la révélation de la lumière qui emplit, attirée par la dimension de lois que portent les mitsvot.
וְזֶהוּ שֶׁהַסֵּדֶר דג' עִנְיָנִים אֵלֶּה הוּא עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים, דְּבַתְּחִלָּה הו"ע הָעֵדוּת – הַמְשָׁכַת הָעַצְמוּת, ואח"כ, בִּכְדֵי שֶׁהַהַמְשָׁכָה תהי' בְּגִילּוּי, הוּא ע"י הַגִּילּוּי דְּאוֹר הַסּוֹבֵב שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עִנְיַן הַחוּקִּים שֶׁבַּמִּצְווֹת, ואח"כ, בִּכְדֵי שֶׁהַגִּילּוּי יהי' בִּפְנִימִיּוּת, הוּא ע"י הַגִּילּוּי דְּאוֹר הַמְמַלֵּא שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עִנְיַן הַמִּשְׁפָּטִים שֶׁבַּמִּצְווֹת.
Sur cette base, on peut dire que le début du maamar laisse entendre que la question du fils sage, « Que sont les témoignages, les décrets et les lois… », signifie : puisque toutes les mitsvot sont des injonctions d'Hachem, pourquoi se divisent-elles en témoignages, décrets et lois (voir plus haut, paragraphe 3) ? Or cela vaut aussi selon l'explication donnée dans la suite du maamar, d'après laquelle le fils sage demande comment la révélation de la Divinité est attirée par les mitsvot après Matan Torah [le don de la Torah], dont l'essentiel est l'action concrète.
ועפ"ז יֵשׁ לוֹמַר, דְּזֶה שֶׁמַּשְׁמַע בִּתְחִלַּת הַמַּאֲמָר שֶׁשְּׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם מָה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים גו' הִיא דְּכֵיוָן שֶׁכָּל הַמִּצְווֹת הֵם צִוּוּיֵי הַשֵּׁם לָמָּה הֵן נֶחְלָקוֹת בְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים (כנ"ל סְעִיף ג), הוּא גַּם לְהַבֵּאוּר (שֶׁבְּהֶמְשֵׁךְ הַמַּאֲמָר) דִּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם הִיא אֵיךְ נִמְשָׁךְ גִּילּוּי אֱלֹקוּת ע"י הַמִּצְווֹת שֶׁלְּאַחֲרֵי מַתַּן תּוֹרָה שֶׁעִקָּרָם הוּא עשי' בְּפוֹעַל.
Voici l'explication. Que l'acte des mitsvot produise un épanchement de Divinité n'a rien d'étonnant, puisque les mitsvot sont la volonté de HaKadoch Barou'h Hou. La question du fils sage porte sur ceci : par l'acte des mitsvot est attirée une révélation de Divinité. Or la révélation semble relever d'un service spirituel, non d'une action matérielle. C'est pourquoi il dit « Que sont les témoignages, les décrets et les lois… », et non « Que sont les mitsvot » (ou une formule semblable). En effet, que les mitsvot produisent un épanchement de Divinité tient au point commun à toutes les mitsvot également : elles sont l'injonction et la volonté de HaKadoch Barou'h Hou. Leur division en catégories, témoignages, décrets et lois, concerne la révélation de l'épanchement [dans les témoignages, l'épanchement est voilé ; dans les décrets, il est révélé sur le mode englobant [makif] ; et la révélation des lois est une révélation dans l'intériorité]. La question du fils sage, « Que sont les témoignages, les décrets et les lois qu'Havayé notre D.ieu vous a ordonnés ? », signifie donc : les mitsvot qu'Havayé notre D.ieu vous a ordonnées après Matan Torah, dont l'essentiel est l'action concrète, ont pour fonction l'épanchement de Divinité. Dès lors, que sont les témoignages, les décrets et les lois, puisque la distinction entre témoignages, décrets et lois porte sur la révélation ?
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּזֶה שֶׁעַל יְדֵי מַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת נַעֲשֶׂה הַמְשָׁכַת אֱלֹקוּת אֵין זֶה פֶּלֶא, מִכֵּיוָן שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם רְצוֹן הקב"ה. וּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם הִיא עַל זֶה שע"י מַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת נִמְשָׁךְ גִּילּוּי אֱלֹקוּת. דְּעִנְיַן הַגִּילּוּי שַׁיָּךְ לִכְאוֹרָה לַעֲבוֹדָה רוּחָנִית וְלֹא לעשי' גַשְׁמִית. וְלָכֵן אוֹמֵר מָה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים גו', וְלֹא מָה הַמִּצְווֹת (וכיו"ב), כִּי זֶה שע"י הַמִּצְווֹת נַעֲשֶׂה הַמְשָׁכַת אֱלֹקוּת הוּא מִצַּד הַנְּקֻדָּה הַמְשׁוּתֶּפֶת שֶׁבְּכָל הַמִּצְווֹת בְּשָׁוֶה, שֶׁהֵם צִיוּוּי וְרָצוֹן הקב"ה, וְזֶה שֶׁהַמִּצְווֹת נֶחְלָקוֹת בְּהַסּוּגִים עֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא בְּנוֹגֵעַ לְגִלּוּי הַהַמְשָׁכָה [שֶׁבְּעֵדוּת הַהַמְשָׁכָה הִיא בְּהֶעְלֵם, וּבְחֻקִּים הַהַמְשָׁכָה הִיא בְּגִילּוּי בְּאֹפֶן דְּמַקִּיף, וְהַגִּילּוּי דְּמִשְׁפָּטִים הוּא גִּילּוּי בִּפְנִימִיּוּת], וּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם מָה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם הִיא, דְּהַמִּצְווֹת אֲשֶׁר צִוָּה הוי' אֱלֹקֵינוּ אֶתְכֶם לְאַחֲרֵי מַתַּן תּוֹרָה שֶׁעִקָּרָם הוּא עשי' בְּפוֹעַל, עִנְיָנָם הוּא הַמְשָׁכַת אֱלֹקוּת, וא"כ מַה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים, שֶׁהַחִלּוּק דְּעֵדוּת חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הוּא בְּעִנְיַן הַגִּילּוּי.
Et la réponse, « Nous étions esclaves de Pharaon en Égypte, et Havayé nous a fait sortir d'Égypte… », signifie ceci. À Matan Torah, qui vint après la préparation de la galout d'Égypte et de la sortie d'Égypte, fut donnée la force d'attirer, par des mitsvot pratiques, les épanchements les plus élevés (voir plus haut, paragraphe 1), et aussi de faire que les épanchements produits par l'acte des mitsvot soient révélés.
ח) וְהַתְּשׁוּבָה עֲבָדִים הָיִינוּ לְפַרְעֹה בְּמִצְרַיִם וַיּוֹצִיאֵנוּ הוי' מִמִּצְרַיִם גו' הִיא שֶׁבְּמַתַּן תּוֹרָה שהי' לְאַחֲרֵי הַהַקְדָּמָה דְּגָלוּת מִצְרַיִם וִיצִיאַת מִצְרַיִם נִתַּן הַכֹּחַ שע"י מִצְווֹת מַעֲשִׂיּוֹת יַמְשִׁיכוּ הַמְשָׁכוֹת הכי נַעֲלוֹת (כנ"ל סְעִיף א), וְגַם שֶׁהַהַמְשָׁכוֹת שע"י מַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת יִהְיוּ בְּגִילּוּי.
C'est le sens de « Havayé nous a ordonné d'accomplir tous ces décrets, pour craindre [leyira]… » : yira [crainte] a les mêmes lettres que reïya [vision] (comme le dit le maamar). Les épanchements produits par l'accomplissement des mitsvot (« Il nous a ordonné… d'accomplir ») seront révélés jusqu'à être vus. L'essentiel de la révélation des épanchements produits par l'accomplissement des mitsvot aura lieu dans l'avenir. Alors la vision atteindra les degrés les plus élevés, jusqu'à « craindre » (mêmes lettres que « vision ») « Havayé notre D.ieu » : voir l'essence même [mahout] de l'Ein Sof, béni soit-Il.
וְזֶהוּ וַיְצַוֵּנוּ הוי' לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים הָאֵלֶּה לְיִרְאָה גו', יִרְאָה אוֹתִיּוֹת ראי' (כמ"ש בְּהַמַּאֲמָר), שֶׁהַהַמְשָׁכוֹת שע"יעשיית הַמִּצְווֹת (וַיְצַוֵּנוּ גו' לַעֲשׂוֹת) יִהְיוּ בְּגִילּוּי עַד לְאוֹפֶן שֶׁל ראי'. וְעִיקַּר גִּילּוּי הַהַמְשָׁכוֹת שע"י עֲשִׂיַּית הַמִּצְווֹת יהי' לֶעָתִיד לָבוֹא, שֶׁאָז תהי' הראי' בְּדַרְגּוֹת הֲכִי נַעֲלוֹת, וְעַד לְיִרְאָה (אוֹתִיּוֹת ראי') אֶת הוי' אֱלֹקֵינוּ, רְאִיַּית מַהוּת א"ס ב"ה.
C'est aussi le sens de « Havayé nous a ordonné d'accomplir tous les décrets… », précisément « les décrets ». Quand on accomplit les mitsvot (seulement) en raison de leur motif, les épanchements qu'elles produisent sont voilés. Pour que les épanchements des mitsvot soient révélés, il faut que l'on accomplisse les mitsvot (y compris les mitsvot des témoignages et des lois) parce qu'elles sont l'injonction de D.ieu, comme les décrets.
וְזֶהוּ וַיְצַוֵּנוּ הוי' לַעֲשׂוֹת אֶת כָּל הַחוּקִּים גו', הַחוּקִּים דיקא, כִּי כְּשֶׁמְּקַיֵּם הַמִּצְווֹת (רַק) מִצַּד הַטַּעַם, הַהַמְשָׁכוֹת שע"י הַמִּצְווֹת הֵם בְּהֶעְלֵם, וּבִכְדֵי שֶׁהַהַמְשָׁכוֹת דְּהַמִּצְווֹת יִהְיוּ בְּגִילּוּי, הוּא ע"י שֶׁקִּיּוּם הַמִּצְווֹת (גַּם הַמִּצְווֹת דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים) הוּא מִפְּנֵי שֶׁהֵם צִיוּוּי ה', כְּמוֹ הַחוּקִּים.
Or, après tout ce qui précède, une explication reste nécessaire. Puisque la Torah de vérité l'appelle « (fils) sage », il est logique qu'il connaisse la nouveauté de Matan Torah : à Matan Torah fut donnée la force d'attirer, par des mitsvot pratiques, les épanchements les plus élevés, et de faire que ces épanchements soient révélés. Quelle est donc sa question : « Que sont les témoignages… » ?
ט) וְהִנֵּה לְאַחֲרֵי כָּל הנ"ל צָרִיךְ בֵּיאוּר, דְּכֵיוָן שֶׁתּוֹרַת אֱמֶת קוֹרֵאת אוֹתוֹ בְּשֵׁם (בֶּן) חָכָם, מִסְתַּבֵּר, שֶׁהוּא יוֹדֵעַ הַחִדּוּשׁ דְּמַתַּן תּוֹרָה, שֶׁבְּמַתַּן תּוֹרָה נִתַּן הַכֹּחַ לְהַמְשִׁיךְ ע"י מִצְווֹת מַעֲשִׂיּוֹת הַמְשָׁכוֹת הכי נַעֲלוֹת וְשֶׁהַהַמְשָׁכוֹת יִהְיוּ בְּגִילּוּי, וּמַהִי הַשְּׁאֵלָה מַה הָעֵדוּת גו'.
On peut l'expliquer d'après ce qui est exposé ailleurs. Si les actes des Patriarches sont rapportés dans la Torah (alors que le service des Patriarches n'était, semble-t-il, qu'une préparation à Matan Torah), c'est parce que maintenant aussi, après Matan Torah, il faut un service à l'image du service des Patriarches.
וְיֵשׁ לְבָאֵר זֶה ע"פ מ"ש במק"א, דְּזֶה שֶׁמַּעֲשֵׂה אָבוֹת נֶאֱמַר בַּתּוֹרָה (אַף שֶׁעֲבוֹדַת הָאָבוֹת הָיְתָה לִכְאוֹרָה רַק הַקְדָּמָה לְמַתַּן תּוֹרָה), הוּא, לְפִי שֶׁגַּם עַכְשָׁיו לְאַחֲרֵי מַתַּן תּוֹרָה צְרִיכָה לִהְיוֹת עֲבוֹדָה שֶׁבְּדֻגְמַת עֲבוֹדַת הָאָבוֹת.
L'explication en est la suivante : il nous a été ordonné : « Chaque jour, qu'ils soient à tes yeux (comme neufs, et plus encore,) neufs ». Cela ne concerne pas seulement le prix et l'affection que l'on porte à la Torah et aux mitsvot, mais aussi l'étude de la Torah et l'accomplissement des mitsvot eux-mêmes. Chaque jour, on doit en effet se trouver à un degré plus élevé encore, selon l'injonction : « On s'élève en sainteté ». Cela va jusqu'à une élévation sans commune mesure : la Torah et les mitsvot qu'on avait auparavant sont (comme sans valeur, ou) sans valeur au regard de la Torah et des mitsvot de ce jour. C'est pourquoi la Torah et les mitsvot de ce jour sont (comme neuves, ou) neuves.
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּזֶה שֶׁנִּצְטַוִּינוּ בְּכָל יוֹם וְיוֹם יִהְיוּ בְּעֵינֶיךָ (כַּחֲדָשִׁים, ויתירה מִזּוֹ) חֲדָשִׁים, הוּא לֹא רַק בְּנוֹגֵעַ לְהַיֹּקֶר וְהַחֲבִיבוּת דתומ"צ, אֶלָּא גַּם בְּנוֹגֵעַ לְלִימּוּד הַתּוֹרָה וְקִיּוּם הַמִּצְווֹת עַצְמָם. שֶׁבְּכָל יוֹם צְרִיכִים לִהְיוֹת בְּדַרְגָּא נַעֲלֵית עוֹד יוֹתֵר, כְּהַצִּיוּוּי מַעֲלִין בְּקוֹדֶשׁ, וְעַד לעלי' בְּאֵין עֲרוֹךְ, וְעַד שהתומ"צ שֶׁהָיוּ אֶצְלוֹ קֹדֶם הֵם (כלא חשיב אוֹ) לֹא חשיב לְגַבֵּי התומ"צ דְּיוֹם זֶה, שֶׁלָּכֵן התומ"צ דְּיוֹם זֶה הֵם (כַּחֲדָשִׁים אוֹ) חֲדָשִׁים.
C'est pourquoi aujourd'hui encore, après Matan Torah [le don de la Torah], il faut un service semblable à celui des Patriarches avant Matan Torah. En effet, Matan Torah a lieu chaque jour (« qui donne la Torah » [notén haTorah], au présent), et chaque jour il se situe à un degré plus élevé. Il faut donc chaque jour un service semblable à celui des Patriarches, qui est une préparation et un préambule au Matan Torah de ce jour.
וְזֶהוּ שֶׁגַּם עַכְשָׁיו לְאַחֲרֵי מַתַּן תּוֹרָה צְרִיכָה לִהְיוֹת עֲבוֹדָה שֶׁבְּדֻגְמַת עֲבוֹדַת הָאָבוֹת קֹדֶם מ"ת, כִּי מַתַּן תּוֹרָה הוּא בְּכָל יוֹם, נוֹתֵן הַתּוֹרָה לְשׁוֹן הוֹוֶה, וּבְכָל יוֹם הוּא בְּדַרְגָּא נַעֲלֵית יוֹתֵר, וְלָכֵן, צ"ל בְּכָל יוֹם עֲבוֹדָה שֶׁבְּדֻגְמַת עֲבוֹדַת הָאָבוֹת שֶׁהִיא הֲכָנָה וְהַקְדָּמָה לְמַתַּן תּוֹרָה דְּיוֹם זֶה.
Cela permet d'expliquer la question du fils sage : « Quels sont les témoignages, etc., qu'Il vous a ordonnés ? » En effet, la Torah et les mitsvot du fils sage sont chaque jour véritablement neuves. Il se trouve donc toujours, à son commencement, dans l'état qui précède Matan Torah. On peut dire que s'il dit « qu'Il vous a ordonnés », « vous » [etkhem] et non « nous » [otanou], c'est pour faire allusion au fait qu'il se trouve, lui, dans l'état qui précède Matan Torah.
ועפ"ז יֵשׁ לְבָאֵר שְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם מָה הָעֵדוֹת גו' אֲשֶׁר צִוָּה גו' אֶתְכֶם, כִּי התומ"צ שֶׁל הַבֵּן חָכָם הֵם בְּכָל יוֹם חֲדָשִׁים מַמָּשׁ, וְלָכֵן הוּא נִמְצָא תָּמִיד בְּהַתְחָלָתוֹ בְּהַמַּצָּב דְּקֹדֶם מַתַּן תּוֹרָה. וְיֵשׁ לוֹמַר, דְּזֶה שֶׁאוֹמֵר אֲשֶׁר צִוָּה גו' אֶתְכֶם, אֶתְכֶם וְלֹא אוֹתָנוּ, הוּא, בִּכְדֵי לְרַמֵּז שֶׁאֶצְלוֹ הוּא הַמַּצָּב דְּקֹדֶם מַתַּן תּוֹרָה.
10) On peut relier cela au fait que la question du fils sage se pose surtout la nuit de Pessa'h, bien que la question « Quels sont les témoignages, etc. » porte (au sens simple) sur l'ensemble des mitsvot. C'est qu'à Pessa'h a lieu la naissance du peuple d'Israël. C'est aussi pourquoi Pessa'h est particulièrement lié à l'éducation : l'éducation des enfants commence dès la naissance. Tel est le lien entre la question du fils sage et la nuit de Pessa'h. S'il demande « Quels sont les témoignages, etc. », c'est que (parce qu'il monte sans cesse d'élévation en élévation) il se trouve dans l'état qui précède Matan Torah et n'est encore lié à rien, tel un nourrisson à l'instant de sa naissance.
יו"ד) וְיֵשׁ לְקַשֵּׁר זֶה עִם זֶה שֶׁשְּׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם הִיא בְּעִיקָר בְּלֵיל הַפֶּסַח, אַף שֶׁהַשְּׁאֵלָה מָה הָעֵדוֹת גו' (בְּפַשְׁטוּת) הִיא בְּנוֹגֵעַ לִכְלָלוּת הַמִּצְווֹת, כִּי בְּפֶסַח הֻאֲלֵידַת עַם יִשְׂרָאֵל. וְזֶהוּ שֶׁחַג הַפֶּסַח שַׁיָּךְ בִּמְיוּחָד לְעִנְיַן הַחִינּוּךְ, כִּי חִינּוּךְ הַיְּלָדִים מַתְחִיל מִיָּד כְּשֶׁנּוֹלַד. וְזֶהוּ הַקֶּשֶׁר דִּשְׁאֵלַת הַבֵּן חָכָם עִם לֵיל הַפֶּסַח, כִּי זֶה שֶׁשּׁוֹאֵל מָה הָעֵדוֹת גו' הוּא כִּי (מִצַּד זֶה שֶׁעוֹלֶה תָּמִיד בְּעִילּוּי אַחַר עִילּוּי) הוּא נִמְצָא בְּמַצָּב שֶׁלִּפְנֵי מַתַּן תּוֹרָה, וְשֶׁאֵינוֹ שַׁיָּךְ עֲדַיִין לָשׂוּם עִנְיָן, כְּתִינוֹק בְּרֶגַע שֶׁנּוֹלַד.
11) La réponse : « Nous étions esclaves de Pharaon en Égypte, et Hachem nous a fait sortir d'Égypte d'une main forte » signifie ceci. Même celui qui se trouve au degré d'un nourrisson à l'instant de sa naissance (y compris celui qui s'y trouve au sens simple, et non comme le fils sage, qui s'y trouve du fait de ses élévations), et plus encore, même celui qui se trouve dans l'état d'esclave de Pharaon en Égypte (avant la naissance qu'est la sortie d'Égypte), Hachem le fait sortir d'Égypte d'une main forte. Car « d'une main forte » désigne la puissance de la révélation, au point que « le Roi des rois des rois, HaKadoch Barou'h Hou, s'est révélé à eux Lui-même, dans Sa gloire, et les a délivrés ». C'est un bond d'une extrémité à l'autre : du plus bas (« esclaves de Pharaon en Égypte ») au plus élevé, la révélation « dans Sa gloire et en Son essence ».
יָא) וְהַתְּשׁוּבָה עֲבָדִים הָיִינוּ לְפַרְעֹה בְּמִצְרַיִם וַיּוֹצִיאֵנוּ הוי' מִמִּצְרַיִם בְּיַד חֲזָקָה הִיא, שֶׁגַּם מִי שֶׁהוּא בְּדַרְגַּת תִּינוֹק בְּרֶגַע שֶׁנּוֹלַד (כּוֹלֵל זֶה שֶׁהוּא בְּדַרְגָּא זוֹ בְּפַשְׁטוּת, וְלֹא כְּהַבֵּן חָכָם דְּזֶה שֶׁהוּא בְּדַרְגָּא זוֹ הוּא מִצַּד הָעֲלִיּוֹת שֶׁלּוֹ), ויתירה מִזּוֹ, גַּם מִי שֶׁהוּא בְּמַצָּב דְּעֶבֶד לְפַרְעֹה בְּמִצְרַיִם (לִפְנֵי הַלֵּידָה דִּיצִיאַת מִצְרַיִם), מוֹצִיא הוי' אוֹתוֹ מִמִּצְרַיִם בְּיַד חֲזָקָה, דִּבְיָד חֲזָקָה הוּא תּוֹקֶף הַהִתְגַּלּוּת וְעַד שֶׁנִּגְלָה עֲלֵיהֶם מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הקב"ה בִּכְבוֹדוֹ וּבְעַצְמוֹ וּגְאָלָם, שֶׁהוּא דִּילּוּג מִן הַקָּצֶה אֶל הַקָּצֶה, מֵהַמַּטָּה בְּיוֹתֵר (עֲבָדִים לְפַרְעֹה בְּמִצְרַיִם) לְהַמַּעֲלָה בְּיוֹתֵר – הַגִּילּוּי דְּבִכְבוֹדוֹ וּבְעַצְמוֹ.
Qu'il en soit ainsi pour nous : « Comme aux jours de ta sortie du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles ». Ce sera une guéoula par un bond d'une extrémité à l'autre. De l'obscurité doublement redoublée de la galout, en particulier dans la génération de l'ikveta di-Mechi'ha, où l'obscurité est plus grande encore, on parviendra d'emblée à la révélation de « La gloire de Hachem se révélera, et toute chair verra, etc. » et de « la royauté appartiendra à Hachem », avec la venue de Machia'h, notre juste, très bientôt, de nos jours, véritablement.
וְכֵן תהי' לָנוּ, אֲשֶׁר כִּימֵי צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם אַרְאֶנּוּ נִפְלָאוֹת, גְּאֻלָּה בְּדֶרֶךְ דִּילּוּג מִן הַקָּצֶה אֶל הַקָּצֶה, שֶׁמְּחוֹשֵׁךְ הַכָּפוּל וּמְכֻפָּל דְּגָלוּת, וּבִפְרָט בדרא דעקבתא דמשיחא שֶׁהַחֹשֶׁךְ גָּדוֹל עוֹד יוֹתֵר, בָּאִים מִיָּד לְהַגִּלּוּי דִּוְנִגְלָה כְּבוֹד הוי' וְרָאוּ כָּל בָּשָׂר גו', וְהָיְתָה להוי' הַמְּלוּכָה, בְּבִיאַת מָשִׁיחַ צִדְקֵנוּ, בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ מַמָּשׁ.