HASSIDUITÉב״ה
Maamarim du Rabbi5745
MAAMARמאמר
להבין ענין רשב"י
« Pour comprendre le sujet de Rachbi »
Lag Ba'Omer 5745 [1985]
Hébreu
texte intégral, vocalisé
Français
traduction littérale en regard
Explications
encadrés adaptés de Simply Chassidus et synthèse
hassiduite.com

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Maamarim du Rabbiתשמ"ה · 1985
MAAMARמאמר

« Pour comprendre le sujet de Rachbi »

Lag Ba'Omer 5745 [1985]

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Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5745. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5745. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Or, on connaît le maamar de Lag BaOmer de l'Admour Maharach (l'auteur de l'enseignement du « lekhat'hila ariber » [d'emblée par-dessus]). Selon ce maamar, le Zohar loue Rachbi par des louanges redoutables, par exemple : « Rabbi Yehouda l'appelait Chabbat », ou : « Qui est "la face du Maître, Hachem" ? C'est Rachbi. » Cela se comprend, dit-il, à partir des louanges que l'on adresse au Créateur, béni soit-Il.
הִנֵּה יָדוּעַ הַמַּאֲמָר דל"ג בָּעֹמֶר שֶׁל אדמו"ר מהר"ש (בַּעַל הַהוֹרָאָה דִּלְכַתְּחִלָּה אַרִיבֶּער), דְּזֶה שֶׁמָּצִינוּ בַּזֹּהַר שֶׁשִּׁבְּחוּ אֶת רשב"י בִּשְׁבָחִים נוֹרָאִים, כְּמוֹ ר' יְהוּדָה הוה קרי לי' שַׁבָּת, ומאן פְּנֵי הָאָדוֹן ה' דָּא רשב"י, יוּבַן זֶה מֵעִנְיַן הַשְּׁבָחִים שֶׁמְּשַׁבְּחִים אֶת הַבּוֹרֵא ית',
À première vue, la chose est étonnante : Lui, béni soit-Il, aurait-Il besoin de nos louanges ?
דְּלִכְאוֹרָה תָּמוּהַּ, וְכִי הוּא ית' צָרִיךְ לִשְׁבָחִים שֶׁלָּנוּ,
L'explication en est connue : tous les mondes sont sans commune mesure [ein arokh] avec Lui, béni soit-Il, et l'influence qu'Il dispense aux mondes est pour Lui une descente. C'est pourquoi on éveille en Lui, béni soit-Il, la volonté d'influer sur les mondes par le moyen des louanges.
וְיָדוּעַ הַבֵּיאוּר בָּזֶה, דְּלִהְיוֹת שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת הֵם בְּאֵין עֲרוֹךְ אֵלָיו ית', וְהַהַשְׁפָּעָה לְעוֹלָמוֹת הִיא יְרִידָה לגבי' ית', לָכֵן בִּכְדֵי לְעוֹרֵר אֶצְלוֹ ית' הָרָצוֹן לְהַשְׁפִּיעַ בְּעוֹלָמוֹת הוּא ע"י הַשְּׁבָחִים.
C'est le sens de l'enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Que l'homme ordonne toujours la louange de l'Omniprésent, et ensuite qu'il prie. » La prière est certes une mitsva positive de la Torah, celle de demander ses besoins à HaKadoch Barou'h Hou, et l'injonction de la Torah donne la force de l'accomplir. Il faut néanmoins commencer par ordonner la louange de l'Omniprésent, car on éveille ainsi en Lui, béni soit-Il, la volonté d'accorder ses besoins à celui qui Le loue.
וְזֶהוּ מַה שארז"ל לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם ואח"כ יִתְפַּלֵּל, דַּהֲגַם שֶׁתְּפִלָּה הִיא מִצְוַת עֲשֵׂה מִן הַתּוֹרָה לְבַקֵּשׁ צְרָכָיו מהקב"ה, וְצִוּוּי הַתּוֹרָה הוּא נְתִינַת כֹּחַ, מ"מ, צָרִיךְ לִהְיוֹת תְּחִילָּה סִּידּוּר שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם, שעי"ז מְעוֹרְרִים אֶצְלוֹ ית' הָרָצוֹן לְהַשְׁפִּיעַ צָרְכֵי הַמְשַׁבֵּחַ.
Il en va de même pour Rachbi. Son élévation dépassait immensément celle des autres Tannaïm, dont il était séparé sans commune mesure. C'est pourquoi, pour éveiller l'influence qui venait de lui, il fallait le louer.
ועד"ז הוּא גַּם בְּנוֹגֵעַ לרשב"י, שֶׁמִּצַּד עוֹצֶם מַעֲלָתוֹ שֶׁל רשב"י לְגַבֵּי שְׁאָר הַתַּנָּאִים, שהי' מוּבְדָּל מֵהֶם בְּאֹפֶן דְּאֵין עֲרוֹךְ, לָכֵן, בִּכְדֵי לְעוֹרֵר הַשֶּׁפַע שֶׁלּוֹ, הֻצְרְכוּ לְשַׁבְּחוֹ.
On peut dire que le maamar ne se contente pas, en écrivant que les louanges de Rachbi se comprennent à partir de la louange de l'Omniprésent, de montrer que, pour éveiller une influence venant d'une source sans commune mesure avec celui qui la reçoit, il faut des louanges. Il indique aussi que la distance entre les autres Tannaïm et Rachbi est à l'image de celle qui sépare la créature du Créateur. C'est également pourquoi le maamar écrit qu'on le louait par des louanges « redoutables » [nora'im] : le mot nora désigne une chose entièrement séparée, hors de toute mesure, au point d'inspirer la crainte.
וְיֵשׁ לוֹמַר, דמ"ש בְּהַמַּאֲמָר דְּעִנְיַן שִׁבְחֵי רשב"י יוּבַן מֵעִנְיַן שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם, הוּא בְּנוֹסָף עַל הֲבָאַת ראי' שֶׁבִּכְדֵי לְעוֹרֵר הַשְׁפָּעָה שֶׁבְּאֵין עֲרוֹךְ צָרִיךְ לִשְׁבָחִים, אֶלָּא גַּם, שֶׁהָאֵין עֲרוֹךְ דִּשְׁאָר הַתַּנָּאִים לְגַבֵּי רשב"י הוּא בְּדֻגְמַת הָאֵין עֲרוֹךְ דְּנִבְרָא לַבּוֹרֵא. וְזֶהוּ גַּם מ"ש בְּהַמַּאֲמָר שֶׁהָיוּ מְשַׁבְּחִים אוֹתוֹ בִּשְׁבָחִים נוֹרָאִים, דְּלָשׁוֹן נוֹרָא מוֹרֶה עַל עִנְיָן שֶׁמֻּבְדָּל בְּעֶרֶךְ לְגַמְרֵי, עַד שֶׁמַּטִּיל אֲיֻמָּה.
2) Voici l'explication. Il est écrit : « et les puissants [eitanim], fondements de la terre ». Le mot eitanim a les mêmes lettres que tannaïm. Ce sont eux qui fondent la Torah orale, appelée « terre », c'est-à-dire qu'ils attirent dans la Torah orale le degré d'Eitan. On peut dire que l'épanchement d'Eitan vers les Tannaïm passe par Rachbi : il était l'intermédiaire entre le degré d'Eitan et les Tannaïm, comme le maamar l'expose longuement.
ב) וְהָעִנְיָן הוּא, דְּהִנֵּה כְּתִיב וְהָאֵיתָנִים מוֹסְדֵי אֶרֶץ, אֵיתָנִים אוֹתִיּוֹת תַּנָּאִים, וְהֵם הַמְיַסְּדִים אֶת התושבע"פ שֶׁנִּקְרֵאת בְּשֵׁם אֶרֶץ, הַיְנוּ שֶׁמַּמְשִׁיכִים בְּחִינַת אֵיתָן בתושבע"פ. וי"ל שֶׁהַמְשָׁכַת אֵיתָן לְהַתַּנָּאִים הוּא ע"י רשב"י, שֶׁהוּא הי' הַמְמֻצָּע בֵּין בְּחִינַת אֵיתָן לְהַתַּנָּאִים, כַּמְבוֹאָר בַּאֲרוּכָה בְּהַמַּאֲמָר.
Pour expliquer ce point (le lien entre le degré d'Eitan et Rachbi) : on sait qu'Eitan désigne l'essence de l'âme, le degré de Yé'hida, unie à la Divinité d'une union absolue. Tel est le lien entre Eitan et Rachbi, car Rachbi vivait dans l'union absolue. Il le dit de lui-même : « Je suis un signe dans le monde. Par un lien unique je suis attaché à HaKadoch Barou'h Hou : à Lui je suis lié, en Lui je brûle, à Lui je suis attaché » [comme l'expliquent les notes de mon père, mon maître, à propos de ces trois expressions]. C'est l'annulation de soi [bitoul] et l'union qui procèdent de la Yé'hida.
וּבֵאוּר הָעִנְיָן (הַשַּׁיָּיכוּת דִּבְחִינַת אֵיתָן לרשב"י), הִנֵּה יָדוּעַ, דְּאֵיתָן קאי עַל עֶצֶם הַנְּשָׁמָה, בְּחִינַת יְחִידָה, שֶׁהִיא מְיוּחֶדֶת בֶּאֱלֹקוּת בְּתַכְלִית הַיִּחוּד. וְזוֹהִי הַשַּׁיָּיכוּת דְּאֵיתָן לרשב"י, כִּי רשב"י הי' בְּתַכְלִית הַיִּחוּד, כְּמוֹ שֶׁאָמַר עַל עַצְמוֹ אנא סימנא בעלמא, בחד קְטִירָא אתקטרנא בי' בקוב"ה, בי' אֲחִידָא בי' לְהִטָּא בי' אַתִּדְבֹּקֶת [כַּמְבוֹאָר בַּהֶעָרוֹת אאמו"ר עִנְיַן ג' הַלְּשׁוֹנוֹת], שֶׁהוּא הַבִּיטּוּל וְהַיִּחוּד שֶׁמִּצַּד הַיְחִידָה.
C'est aussi pourquoi Rachbi était la source de la dimension intérieure de la Torah [pnimiyout haTorah] : les secrets de la Torah, qui sont l'âme de la Torah, et les secrets des secrets, qui sont l'âme de l'âme. Or « l'âme de l'âme » inclut aussi le degré de Yé'hida.
וְזֶהוּ גַּם שרשב"י הי' מְקוֹר פְּנִימִיּוּת הַתּוֹרָה, רזין דאורייתא שֶׁהֵם נִשְׁמְתָא דאורייתא ורזין דְּרָזִין שֶׁהֵם נִשְׁמְתָא דְּנִשְׁמְתָא, שבנשמתא לְנִשְׁמְתָא נִכְלָל גַּם בְּחִינַת יְחִידָה.
Bien plus : même son étude de la partie révélée de la Torah [niglé] (qui occupait la plus grande part de son étude) se faisait à la manière de l'étude de la pnimiyout haTorah, comme un épanchement de Divinité d'en haut vers en bas.
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁגַּם לִימּוּד הַנִּגְלֶה שֶׁלּוֹ (שֶׁבָּזֶה הי' רוֹב לִמּוּדוֹ), הי' בְּאֹפֶן דְּלִימּוּד פְּנִימִיּוּת הַתּוֹרָה, הַמְשָׁכַת אֱלֹקוּת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה.
En effet, le niglé de la Torah et la pnimiyout haTorah diffèrent ainsi : le niglé de la Torah s'est revêtu de choses matérielles afin d'opérer des birourim [tri qui dégage le bien du mal], tandis que la pnimiyout haTorah se tient au-dessus de tout revêtement. Son étude vise (principalement non à opérer des birourim, mais) à attirer des lumières supérieures. Chez Rachbi, la dimension intérieure brillait jusque dans l'étude du niglé, au point que son étude du niglé elle-même était un épanchement de Divinité d'en haut.
דְּהִנֵּה הַחִילּוּק בֵּין נִגְלֶה דְּתוֹרָה לִפְנִימִיּוּת הַתּוֹרָה הוּא, שֶׁנִּגְלָה דְּתוֹרָה נִתְלַבְּשָׁה בִּדְבָרִים גַּשְׁמִיִּים בִּכְדֵי לְבָרֵר בֵּירוּרִים, משא"כ פְּנִימִיּוּת הַתּוֹרָה הִיא לְמַעְלָה מֵהִתְלַבְּשׁוּת, וְהַלִּמּוּד דִּפְנִימִיּוּת הַתּוֹרָה הוּא (בְּעִיקָר לֹא בִּכְדֵי לְבָרֵר בֵּירוּרִים, כִּי אִם), לְהַמְשִׁיךְ אוֹרוֹת עֶלְיוֹנִים. וְאֵצֶל רשב"י, הִנֵּה גַּם בְּלִימּוּד הַנִּגְלֶה הֵאִיר הַפְּנִימִיּוּת, וְעַד שֶׁגַּם לִימּוּד הַנִּגְלֶה שֶׁלּוֹ הי' הַמְשָׁכַת אֱלֹקוּת מִלְמַעְלָה.
Telle est la supériorité de Rachbi sur les autres Tannaïm. Tous les Tannaïm s'occupaient principalement soit de la partie révélée de la Torah, soit de sa partie cachée. La plupart d'entre eux s'occupaient surtout de la partie révélée : les maîtres de la Kabbalah étaient peu nombreux, et « chez Rav Yehouda, toute l'étude portait sur Nezikin ». Cette partie de la Torah s'est revêtue des choses les plus basses de ce monde matériel lui-même (questions de dommages, revendications mensongères, etc.), afin d'opérer aussi un birour [tri des étincelles] présentes dans ces choses. Ceux qui s'occupaient principalement de la partie cachée de la Torah, le Maassé Merkava, ne s'occupaient guère de la partie révélée. Ainsi Rabbi Ne'hounia ben HaKana, auteur du Séfer HaKana : la partie révélée de la Torah ne rapporte de lui que peu de choses. Rachbi, en revanche, ne s'est pas contenté d'étudier la pnimiyout haTorah d'une manière bien plus élevée : il a attiré la lumière de la pnimiyout jusque dans le niglé de la Torah. On le sait par le verset [passouk] « J'ai frappé [ma'hatsti] et Moi Je guérirai » : par Rachbi, la cloison [me'hitsa] entre le niglé de la Torah et sa partie cachée a été guérie et abolie, au point que le niglé et la partie cachée ne font qu'un.
וְזֶהוּ הָעִילּוּי דרשב"י עַל שְׁאָר הַתַּנָּאִים, דְּכָל הַתַּנָּאִים, עִקַּר עִסְקָם הי' אוֹ בְּנִגְלֶה דְּתוֹרָה אוֹ בְּנִסְתָּר דְּתוֹרָה. דְּרֹב הַתַּנָּאִים, עִקַּר עִסְקָם הי' בְּנִגְלֶה דְּתוֹרָה, דמארי קַבָּלָה מוּעָטִים הָיוּ, וְרַב יְהוּדָה כולי תנויי בִּנְזִיקִין הוה, דְּחֵלֶק זֶה שֶׁבַּתּוֹרָה נִתְלַבֵּשׁ בִּדְבָרִים הכי תַּחְתּוֹנִים שבעוה"ז הַגַּשְׁמִי גּוּפָא (עִנְיְנֵי נזיקין, טְעָנוֹת שֶׁל שֶׁקֶר וכו'), בִּכְדֵי לְבָרֵר גַּם הַנִּיצוֹצוֹת שֶׁבִּדְבָרִים אֵלּוּ. וְאֵלּוּ שֶׁעִקַּר עִסְקָם הי' בְּנִסְתָּר דְּתוֹרָה, מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה, לֹא הָיוּ עוֹסְקִים בְּנִגְלֶה כ"כ. כְּמוֹ ר' נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה שֶׁחִבֵּר סֵפֶר הַקָּנֶה, הֲרֵי בְּנִגְלֶה דְּתוֹרָה מוּבָא מִמֶּנּוּ רַק מְעַט. משא"כ רשב"י, הִנֵּה נוֹסָף עַל זֶה שֶׁעִסְקוֹ בִּפְנִימִיּוּת הַתּוֹרָה הי' בְּאֹפֶן נַעֲלֶה הַרְבֵּה יוֹתֵר, הִמְשִׁיךְ הָאוֹר דִּפְנִימִיּוּת גַּם בְּנִגְלֶה, כַּיָּדוּעַ בְּעִנְיַן מָחַצְתִּי וַאֲנִי אֶרְפָּא שע"י רשב"י נִתְרַפְּאָה וְנִתְבַּטְּלָה הַמְּחִצָּה שֶׁבֵּין גליא דְּתוֹרָה לסתים דאורייתא, וְעַד שֶׁהַנִּגְלָה וְהַנִּסְתָּר הֵם חד.
En effet, la supériorité de la Yé'hida sur Néfech, Roua'h, Nechama et 'Haya est sans commune mesure. On le comprend aussi du fait qu'elle s'appelle Yé'hida, mot qui dérive de ya'hid [unique] : le qualificatif ya'hid indique qu'il n'en existe pas de second. Certes, la Yé'hida elle aussi est une (étincelle) créée. Et les cinq degrés (y compris la Yé'hida) appartiennent à l'âme revêtue dans le corps, sur le mode d'un nom, selon la parole : « Cinq noms lui ont été donnés » (à l'âme qui est dans le corps). Néanmoins, ce qui caractérise la Yé'hida, c'est qu'elle reçoit du niveau de Ya'hid [l'Unique]. C'est une étincelle créée dont la nature est d'être le lieu où se revêt une étincelle du Créateur.
דְּהִנֵּה הָעִילּוּי דִּיחִידָה עַל נרנ"ח הוּא עִילּוּי שֶׁבְּאֵין עֲרוֹךְ, וְכַמּוּבָן גַּם מִזֶּה שֶׁנִּקְרֵאת יְחִידָה לְשׁוֹן יָחִיד, דְּתֹאַר יָחִיד מוֹרֶה שֶׁאֵין שֵׁנִי לוֹ. דַּהֲגַם שֶׁגַּם יְחִידָה הִיא (נִיצוֹץ) נִבְרָא, וְכָל ה' הַדַּרְגּוֹת (גַּם יְחִידָה) שַׁיָּכִים לְהַנֶּפֶשׁ שֶׁמְּלֻבֶּשֶׁת בְּהַגּוּף וּבְאוֹפֶן דְּשֵׁם כְּמַאֲמַר חֲמִשָּׁה שְׁמוֹת נִקְרְאוּ לָהּ (לְהַנֶּפֶשׁ שֶׁבַּגּוּף), אעפ"כ, הֲרֵי עִנְיָנָהּ שֶׁל יְחִידָה הוּא מַה שֶׁהִיא מְקַבֶּלֶת מִבְּחִינַת יָחִיד, נִיצוֹץ נִבְרָא שֶׁעִנְיָנוֹ הוּא מַה שֶׁבּוֹ מִתְלַבֵּשׁ נִיצוֹץ בּוֹרֵא.
On en déduit a fortiori ce qu'il en est de la Yé'hida générale (de l'ensemble de l'hichtalchelout [enchaînement des mondes], et à plus forte raison) de la Torah. Elle est sans commune mesure plus élevée même que l'âme de la Torah [nichmata deoraïta], et à plus forte raison encore que le corps de la Torah [goufa deoraïta], c'est-à-dire les lois de la Torah, que l'on appelle « les corps de la Torah » [goufei Torah].
וּמִזֶּה מוּבָן במכ"ש בְּעִנְיַן יְחִידָה הַכְּלָלִית (דִּכְלללוֹת הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת ומכ"ש) דְּתוֹרָה, שֶׁהִיא נַעֲלֵית בְּאֵין עֲרוֹךְ אֲפִילוּ מִנִּשְׁמְתָא דאורייתא, ועאכו"כ מִגּוּפָא דאורייתא, הַיְנוּ הַהֲלָכוֹת דְּתוֹרָה שנק' גּוּפֵי תּוֹרָה.
C'est pourquoi il fallut faire l'éloge de Rachbi. On voulait éveiller l'influence qui émane de lui (le niveau d'Eitan, la Yé'hida), et en particulier sa dimension d'intériorité (un voilement qui existe pour lui-même), afin qu'elle soit attirée dans l'étude de la Torah (la partie révélée de la Torah [niglé], jusqu'à l'ordre de Nezikin) que pratiquaient les Tannaïm. Or leur étude se faisait sur le mode du revêtement, pour accomplir des birourim [opérations de tri, qui dégagent le bien du mal]. Et pour éveiller une influence sans commune mesure, il faut que les éloges viennent d'abord, comme on l'a expliqué plus haut.
וְלָכֵן, בִּכְדֵי לְעוֹרֵר הַשֶּׁפַע דרשב"י (בְּחִינַת אֵיתָן, יְחִידָה), וּבִפְרָט בְּחִינַת הַפְּנִימִיּוּת שֶׁבָּזֶה (הֶעְלֵם שֶׁלְּצֹרֶךְ עַצְמוֹ), שֶׁיֻּמְשַׁךְ בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה (נִגְלֶה דְּתוֹרָה, וְעַד לִנְזִיקִין) דְּהַתַּנָּאִים שֶׁהַלִּמּוּד שֶׁלָּהֶם הי' בְּאֹפֶן דְּהִתְלַבְּשׁוּת לְבָרֵר בֵּירוּרִים, הֻצְרְכוּ לְשַׁבְּחוֹ, כִּי בִּכְדֵי לְעוֹרֵר הַשְׁפָּעָה שֶׁבְּאֵין עֲרוֹךְ הוּא ע"י קְדִימַת הַשְּׁבָחִים, כנ"ל.
et la bouche de la Torah. C’est pourquoi, pour éveiller l’influence de Rachbi (le degré de Eitan [le puissant], la Yé'hida), et en particulier sa dimension d’intériorité (un voilement qui existe pour lui-même), afin qu’elle s’épanche dans l’étude de la Torah (la partie révélée de la Torah [niglé], jusqu’à l’ordre de Nezikin) des Tannaïm, dont l’étude se faisait sur le mode du revêtement [hitlabchout], pour accomplir des birourim [tris et raffinements], il leur a fallu le louer. Car, pour éveiller une influence sans commune mesure, il faut faire précéder les louanges, comme on l’a dit plus haut.
וּפִי תּוֹרָה. וְלָכֵן, בִּכְדֵי לְעוֹרֵר הַשֶּׁפַע דרשב"י (בְּחִינַת אֵיתָן, יְחִידָה), וּבִפְרָט בְּחִינַת הַפְּנִימִיּוּת שֶׁבָּזֶה (הֶעְלֵם שֶׁלְּצֹרֶךְ עַצְמוֹ), שֶׁיֻּמְשַׁךְ בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה (נִגְלֶה דְּתוֹרָה, וְעַד לִנְזִיקִין) דְּהַתַּנָּאִים שֶׁהַלִּמּוּד שֶׁלָּהֶם הי' בְּאֹפֶן דְּהִתְלַבְּשׁוּת לְבָרֵר בֵּירוּרִים, הֻצְרְכוּ לְשַׁבְּחוֹ, כִּי בִּכְדֵי לְעוֹרֵר הַשְׁפָּעָה שֶׁבְּאֵין עֲרוֹךְ הוּא ע"י קְדִימַת הַשְּׁבָחִים, כנ"ל.
Mais il faut comprendre : puisque Rachbi était séparé, sans commune mesure, des autres Tannaïm, comment leurs louanges pourraient-elles agir sur lui, au point d’éveiller et de renouveler l’influence vers eux ?
ד) אַךְ צָרִיךְ לְהָבִין, מִכֵּיוָן שרשב"י הי' מוּבְדָּל בְּעֶרֶךְ מִשְּׁאָר הַתַּנָּאִים אֵיךְ יִפְעֲלוּ עָלָיו הַשְּׁבָחִים שֶׁלָּהֶם וְעַד לְעוֹרֵר וּלְחַדֵּשׁ הַהַשְׁפָּעָה אֲלֵיהֶם.
C’est encore moins compréhensible à propos des louanges par lesquelles on loue le Créateur pour éveiller la volonté d’influer sur les créatures. L’éveil de la volonté se produit en effet dans l’Essence de l’Or Ein Sof [lumière infinie], qui transcende l’ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout] [car, par les louanges, on éveille la volonté pour qu’elle s’épanche et se revête dans les séfirot]. Comment est-il alors concevable que nos louanges aient prise dans l’Essence de l’Or Ein Sof ?
וּבְיוֹתֵר אֵינוֹ מוּבְןְמָעְנִין הַשְּׁבָחִים שֶׁמְּשַׁבְּחִים אֶת הַבּוֹרֵא, בִּכְדֵי לְעוֹרֵר הָרָצוֹן לְהַשְׁפִּיעַ לְנִבְרָאִים, הֲרֵי הִתְעוֹרְרוּת הָרָצוֹן הוּא בְּעַצְמוּת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת דע"י הַשְּׁבָחִים מְעוֹרְרִים הָרָצוֹן שֶׁיֻּמְשַׁךְ וְיִתְלַבֵּשׁ בְּהַסְּפִירוֹת], וְהֵיאַךְ שַׁיָּךְ שֶׁהַשְּׁבָחִים שֶׁלָּנוּ יִתְפְּסוּ מָקוֹם בְּעַצְמוּת אוא"ס.
L’explication en est connue : si l’élévation des eaux féminines [mayin noukvin] des créatures (ce qui inclut les louanges) éveille l’épanchement, c’est parce que telle a été Sa volonté, béni soit-Il [litt. : « ainsi est-il monté dans Sa volonté »] : que l’élévation des mayin noukvin des créatures ait prise auprès de Lui, béni soit-Il. Bien plus, l’élévation des mayin noukvin des créatures produira, pour ainsi dire, un changement dans la lumière, qui sera attirée en bas, en un lieu absolument sans commune mesure avec elle, bien qu’en elle-même elle en soit séparée.
וְיָדוּעַ הָעִנְיָן בָּזֶה, דְּזֶה שֶׁהַעֲלָאַת מ"ן דְּהַנִּבְרָאִים (כּוֹלֵל עִנְיַן הַשְּׁבָחִים) מְעוֹרֶרֶת הַהַמְשָׁכָה, הוּא לְפִי שֶׁכֵּן עָלָה בִּרְצוֹנוֹ ית' שֶׁהַעֲלָאַת מ"ן דְּהַנִּבְרָאִים תִּתְפֹּס מָקוֹם אֶצְלוֹ ית'. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שע"י הַעֲלָאַת מ"ן דְּהַנִּבְרָאִים יהי' שִׁינּוּי כִּבְיָכוֹל בְּהָאוֹר, שֶׁיֻּמְשַׁךְ לְמַטָּה לְמָקוֹם שֶׁאֵין עֲרוֹךְ כְּלָל, אַף שֶׁמִּצַּד עַצְמוֹ הוּא מוּבְדָּל מִזֶּה.
On peut proposer l’explication suivante : HaKadoch Barou'h Hou a désiré [nitaava] avoir une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim]. Or le désir transcende la raison, selon le mot de l’Admour Hazakène : « Sur un désir, il n’y a pas de question. » Dès lors, puisque le désir et le délice [taanoug] d’En-Haut portent sur une demeure dans les mondes inférieurs, dans le niveau le plus bas qui soit, l’élévation des mayin noukvin des créatures agit sur la lumière.
וְיֵשׁ לוֹמַר הַבֵּיאוּר בָּזֶה, דְּמִכֵּיוָן שֶׁנִּתְאַוָּה הקב"ה לִהְיוֹת לוֹ ית' דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים, דְּעִנְיַן נִתְאַוָּה הוּא לְמַעְלָה מֵהַטַּעַם כְּמַאֲמַר אדה"ז אוֹיף א תַּאֲוָה אִיז קֵיין קשיא, הִנֵּה לִהְיוֹת שֶׁהַתַּאֲוָה וְהַתַּעֲנוּג דִּלְמַעְלָה הוּא דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים, בַּתַּחְתּוֹן שֶׁאֵין תַּחְתּוֹן לְמַטָּה מִמֶּנּוּ, לָכֵן הַעֲלָאַת מ"ן דְּהַנִּבְרָאִים פּוֹעֶלֶת בְּהָאוֹר.
Il semble qu’on puisse ajouter que c’est aussi pourquoi la quasi-totalité des louanges (quand on ordonne la louange du Makom [l’Omniprésent] dans les Pessoukei deZimra, avant la tefila) portent sur Son influence, béni soit-Il, sur les créatures. En effet, [outre que la louange doit être à l’image de l’influence qu’on veut éveiller, de sorte que, pour éveiller l’influence en bas, les louanges doivent porter sur ce sujet,] en louant devant Lui, béni soit-Il, Son influence sur les créatures inférieures, on éveille et on révèle le délice de la demeure dans les mondes inférieurs.
וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לְהוֹסִיף, דְּזֶהוּ גַּם מַה שֶׁרֻבָּם כְּכוּלָּם שֶׁל הַשְּׁבָחִים (בְּסִדּוּר שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם בִּפְסוּקֵי דְזִמְרָה קֹדֶם הַתְּפִלָּה) הֵם בְּעִנְיַן הַשְׁפָּעָתוֹ ית' בַּנִּבְרָאִים, כִּי [נוֹסָף לָזֶה שֶׁהַשֶּׁבַח צ"ל מֵעֵין הַשֶּׁפַע שֶׁרוֹצִים לְעוֹרֵר, וּבִכְדֵי לְעוֹרֵר הַהַשְׁפָּעָה לְמַטָּה צ"ל הַשְּׁבָחִים בְּעִנְיָן זֶה, הִנֵּה] ע"י שֶׁמְּשַׁבְּחִים לְפָנָיו ית' הַשְׁפָּעָתוֹ לְנִבְרָאִים הַתַּחְתּוֹנִים, עי"ז מְעוֹרְרִים וּמְגַלִּים הַתַּעֲנוּג בְּדִירָה בַּתַּחְתּוֹנִים.
Il en va de même pour les louanges de Rachbi. Si, par les louanges, ils ont éveillé l’épanchement de son influence (le degré de Eitan, la Yé'hida) dans l’étude de la Torah des Tannaïm, dont l’étude avait pour objet d’accomplir des birourim [raffinements], c’est en raison de la supériorité des birourim [raffinements] (sur les révélations [guilouyim]) : la volonté et le délice d’En-Haut portent précisément sur les birourim.
ועד"ז הוּא גַּם בְּעִנְיַן הַשְּׁבָחִים דרשב"י, דְּזֶה שע"י הַשְּׁבָחִים עוֹרְרוּ שֶׁיֻּמְשַׁךְ הַשֶּׁפַע שֶׁלּוֹ (בְּחִינַת אֵיתָן, יְחִידָה) בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה דְּהַתַּנָּאִים שֶׁהַלִּמּוּד שֶׁלָּהֶם הי' לְבָרֵר בֵּירוּרִים, הוּא מִצַּד הַיִּתְרוֹן שֶׁבְּעִנְיַן הַבֵּירוּרִים (עַל עִנְיַן הַגִּילּוּיִים), דְּהָרָצוֹן וְהַתַּעֲנוּג שֶׁלְּמַעְלָה הוּא בְּעִנְיַן הַבֵּירוּרִים דַּוְקָא.
C’est le sens de ce qui est écrit : « et les puissants [haeitanim] (mêmes lettres que Tannaïm), fondements de la terre ». terre [Érets] vient de volonté [ratson]. Bien plus, érets se rattache aussi au désir ardent [tchouka], comme il est écrit : « Tu as visité la terre et Tu l’as fait désirer [vatechokekéha] ». La volonté, le désir ardent et le délice d’En-Haut portent donc précisément sur la terre, sur le birour [raffinement] des choses matérielles, et surtout sur le birour [raffinement] des matières de Nezikin, qu’accomplissent « les puissants, fondements de la terre ».
דְּזֶהוּ מ"ש וְהָאֵיתָנִים (אוֹתִיּוֹת תְּנָאִים) מוֹסְדֵי אֶרֶץ, אֶרֶץ מִלְּשׁוֹן רָצוֹן, ויתירה מִזּוֹ שֶׁאֶרֶץ שַׁיָּךְ גַּם לִתְשׁוּקָה כמ"ש פָּקַדְתָּ הָאָרֶץ ותשוקקי', דְּהָרָצוֹן וּתְשׁוּקָה וְתַעֲנוּג שֶׁלְּמַעְלָה הוּא בָּאָרֶץ דַּוְקָא, בְּבֵרוּר דְּבָרִים הַגַּשְׁמִיִּים, וּבִפְרָט בְּבֵרוּר הָעִנְיָנִים דִּנְזִיקִין, שֶׁנַּעֲשָׂה ע"י הָאֵיתָנִים מוֹסְדֵי אֶרֶץ.
Et par l’épanchement de la lumière de la dimension intérieure de la Torah [pnimiyout haTorah], qui transcende les birourim [raffinements] (la Torah de Rachbi), vers « les puissants, fondements de la terre » (ce qui leur attire un surcroît aussi dans les birourim [raffinements]), il se produit une supériorité dans la lumière. Car « la supériorité de la lumière vient de (du birour [raffinement] de) l’obscurité ».
וע"י הַמְשָׁכַת הָאוֹר דִּפְנִימִיּוּת הַתּוֹרָה שֶׁלְּמַעְלָה מֵעִנְיַן הַבֵּירוּרִים, תּוֹרָתוֹ שֶׁל רשב"י, לְהָאֵיתָנִים מוֹסְדֵי אֶרֶץ (שעי"ז נִמְשָׁךְ לָהֶם תּוֹסְפוֹת גַּם בְּעִנְיַן הַבֵּירוּרִים), עי"ז נַעֲשֶׂה יִתְרוֹן בְּהָאוֹר,כִּי יִתְרוֹן הָאוֹר הוּא מִן (בֵּירוּר) הַחוֹשֶׁךְ.
Bien plus : du fait que l’influence de Rachbi (une lumière qui transcende les birourim) est attirée vers « les puissants, fondements de la terre » (les birourim [raffinements]), les deux qualités sont présentes, celle de la lumière directe [or yachar] et celle de la lumière réfléchie [or 'hozer]. C’est à l’image de « ramener les tsadikim à la téchouva » : la qualité des tsadikim et celle de ceux qui reviennent vers Hachem [baalei téchouva].
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שע"י שֶׁנִּמְשַׁךְ לְהָאֵיתָנִים מוֹסְדֵי אֶרֶץ (עִנְיַן הַבֵּירוּרִים) הַשֶּׁפַע דרשב"י (אוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מֵעִנְיַן הַבֵּירוּרִים), יֶשְׁנָם ב' הַמַּעֲלוֹת, הַמַּעֲלָה דְּאוֹר יָשָׁר וְהַמַּעֲלָה דְּאוֹר חוֹזֵר, וע"ד לאתבא צַדִּיקַיָּא בתיובתא, הַמַּעֲלָה דְּצַדִּיקִים וְהַמַּעֲלָה דְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה.
On peut relier cela au passage du Zohar : « Une fois, le monde avait besoin de pluie. Rabbi Yeissa, Rabbi 'Hizkiya et les autres compagnons vinrent devant Rabbi Chimon. » Et, parce qu’il leur expliqua le verset [passouk] « Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères demeurent… », la pluie tomba.
ה) וְיֵשׁ לְקַשֵּׁר זֶה עִם מַאֲמַר הַזֹּהַר זמנא חדא הוה צָרִיךְ עלמא לְמִטְרָא, אתו לקמי' דר"ש ר' ייסא ור' חזקי' וּשְׁאָר חבריא, וע"י שֶׁדָּרַשׁ לָהֶם בַּפָּסוּק הִנֵּה מַה טוֹב וּמַה נָּעִים שֶׁבֶת אַחִים גו' יָרַד מָטָר,
Il est expliqué dans les discours de l’Admour le Tséma'h Tsédek et de l’Admour Maharach que, bien que Rachbi ait attiré la chute des pluies en prononçant des paroles de Torah, de haut en bas, il fallait néanmoins aussi l’élévation des mayin noukvin des compagnons et les louanges dont ils l’avaient loué. Par là, ils ont ainsi ajouté à la grandeur de Rachbi, à l’image de « de mes élèves, plus que de tous ».
וּמְבֹאָר בִּדְרוּשֵׁי אדמו"ר הצ"צ ואדמו"ר מהר"ש, דַּהֲגַם שרשב"י הִמְשִׁיךְ יְרִידַת הַגְּשָׁמִים ע"י אֲמִירַת תּוֹרָה בְּדֶרֶךְ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה, מ"מ הי' צָרִיךְ לָזֶה גַּם הַעֲלָאַת מ"ן דהחבריא וְהַשְּׁבָחִים שֶׁשִּׁבְּחוּ אוֹתוֹ, שעי"ז פָּעֲלוּ יִתְרוֹן ברשב"י ע"ד מִתַּלְמִידַי יוֹתֵר מִכֻּלָּן.
On peut dire que ce thème se rattache à la chute des pluies parce qu’à propos de la pluie, il est écrit : « car Il n’avait pas fait pleuvoir… et il n’y avait pas d’homme pour travailler la terre ». La chute de la pluie dépend donc du service de l’homme, et en particulier du service de la téchouva, selon l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie, sur le passouk « Que mon enseignement ruisselle [yaarof] comme la pluie… » : « Les créatures ont brisé leur nuque [orfan], aussitôt la pluie tombe. » Or, dans la pluie tombée grâce à la Torah que dit Rachbi (de haut en bas) et à l’élévation des mayin noukvin de ses élèves (de bas en haut), les deux qualités étaient réunies : celle des tsadikim et celle des baalei téchouva.
וְיֵשׁ לוֹמַר, שֶׁהַשַּׁיָּכוּת דְּעִנְיָן זֶה לִירִידַת גְּשָׁמִים הִיא, כִּי בְּמָטָר כְּתִיב כִּי לֹא הִמְטִיר גו' וְאָדָם אֵין לַעֲבוֹד אֶת הָאֲדָמָה, דִּירִידַת הַמָּטָר הוּא ע"י עֲבוֹדַת הָאָדָם, וּבִפְרָט ע"י עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה כמארז"ל עה"פ יַעֲרֹף כַּמָּטָר לִקְחִי גו' שִׁבְּרוּ הַבְּרִיּוֹת אֶת עָרְפָּן מִיָּד מָטָר יוֹרֵד, וּבִירִידַת הַמָּטָר ע"י אֲמִירַת תּוֹרָה דרשב"י (מִלְמַעְלָה לְמַטָּה) וְהַעֲלָאַת מ"ן דְּתַלְמִידָיו (מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה) הָיוּ ב' הַמַּעֲלוֹת, הַמַּעֲלָה דְּצַדִּיקִים וְהַמַּעֲלָה דְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה.
Il semble qu’on puisse ajouter que l’épanchement de l’influence de Rachbi (le degré de Eitan, la Yé'hida) vers « les puissants, fondements de la terre », en vue des birourim [raffinements], est à l’image de ce qui est expliqué ailleurs à propos de la Yé'hida de l’âme. La Yé'hida s’étend dans les quatre coudées de l’homme ; c’est pourquoi les quatre coudées d’un homme acquièrent pour lui en tout lieu, même à son insu. Mais elle ne le fait précisément que pour acquérir un objet qui s’y trouve posé : faire entrer une chose matérielle (extérieure à l’homme) dans le domaine de l’homme, afin d’en faire le birour [raffinement] et de l’affiner [zikoukh] en s’en servant au nom du Ciel [et sans intérêts personnels]. Car c’est précisément le birour [raffinement] des choses matérielles qui atteint l’Essence. Et de même en est-il
וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לְהוֹסִיף, דְּהַמְשָׁכַת הַשֶּׁפַע דרשב"י (בְּחִינַת אֵיתָן, יְחִידָה) לְהָאֵיתָנִים מוֹסְדֵי אֶרֶץ בִּשְׁבִיל עִנְיַן הַבֵּירוּרִים, הוּא ע"ד הַמְבוֹאָר בְּמָקוֹם אַחֵר בְּעִנְיַן יְחִידָה שֶׁבַּנֶּפֶשׁ, דְּזֶה שֶׁהַיְּחִידָה מִתְפַּשֶּׁטֶת בד' אַמּוֹתָיו שֶׁל אָדָם, שֶׁלָּכֵן ד' אַמּוֹת שֶׁל אָדָם קוֹנוֹת לוֹ בְּכָל מָקוֹם גַּם שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ, הוּא דַּוְקָא בִּכְדֵי לִקְנוֹת חֵפֶץ שֶׁמֻּנָּח בָּהֶם, הַקְנָאַת דָּבָר גַּשְׁמִי (שֶׁמִּחוּץ לָאָדָם) לִרְשׁוּתוֹ שֶׁל הָאָדָם, בִּכְדֵי לְבָרְרוֹ וּלְזַכְּכוֹעָל יְדֵי שֶׁיִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם, כִּי הַבֵּירוּר דִּדְבָרִים גַּשְׁמִיִּים דַּוְקָא מַגִּיעַ בְּהָעֶצֶם. ועד"ז הוּא
Et, semble-t-il, on peut ajouter ceci. Rabbi Chimon bar Yo'haï se situe au niveau d’« eitan » [le robuste], celui de la Yé'hida. L’épanchement de son influence [chéfa] vers les « eitanim [robustes], fondements de la terre », en vue de l’œuvre des birourim [tri et clarification], est à l’image de ce qui est expliqué ailleurs à propos de la Yé'hida de l’âme. La Yé'hida s’étend aux quatre coudées de l’homme. C’est pourquoi les quatre coudées d’un homme lui font acquérir en tout lieu, même à son insu. Or cela a précisément pour but de lui faire acquérir un objet qui y est posé, de faire entrer une chose matérielle (extérieure à l’homme) dans le domaine de l’homme. Le but est d’en faire le birour [tri] et de l’affiner en s’en servant au nom du Ciel [et sans intérêts personnels]. Car c’est précisément le birour des choses matérielles qui atteint l’essence. Il en va de même de la Yé'hida de la Torah (la Torah de Rabbi Chimon bar Yo'haï) : elle s’éveille et est attirée en vue de l’œuvre des birourim.
וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לְהוֹסִיף, דְּהַמְשָׁכַת הַשֶּׁפַע דרשב"י (בְּחִינַת אֵיתָן, יְחִידָה) לְהָאֵיתָנִים מוֹסְדֵי אֶרֶץ בִּשְׁבִיל עִנְיָן הַבֵּירוּרִים, הוּא ע"ד הַמְבוֹאָר בְּמָקוֹם אַחֵר בְּעִנְיָן יְחִידָה שֶׁבַּנֶּפֶשׁ, דְּזֶה שֶׁהַיְּחִידָה מִתְפַּשֶּׁטֶת בד' אַמּוֹתָיו שֶׁל אָדָם, שֶׁלָּכֵן ד' אַמּוֹת שֶׁל אָדָם קוֹנוֹת לוֹ בְּכָל מָקוֹם גַּם שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ, הוּא דַּוְקָא בִּכְדֵי לִקְנוֹת חֵפֶץ שֶׁמֻּנָּח בָּהֶם, הַקְנָאַת דָּבָר גַּשְׁמִי (שֶׁמִּחוּץ לָאָדָם) לִרְשׁוּתוֹ שֶׁל הָאָדָם, בִּכְדֵי לְבָרְרוֹ וּלְזַכְּכוֹ עַל יְדֵי שֶׁיִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם, כִּי הַבֵּירוּר דִּדְבָרִים גַּשְׁמִיִּים דַּוְקָא מַגִּיעַ בְּהָעֶצֶם. ועד"ז הוּא גַּם בִּיחִידָה דְּתוֹרָה (תּוֹרַת רשב"י), שֶׁהִיא מִתְעוֹרֶרֶת וְנִמְשֶׁכֶת בִּשְׁבִיל עִנְיָן הַבֵּירוּרִים.
D'après tout ce qui précède, on comprendra aussi pourquoi les louanges que l'on adressait à Rachbi (et que cite le maamar) pour éveiller l'influence sont : « Rabbi Yehouda l'appelait "Chabbat" » et « Qui est "la face du Maître, Havayé" ? C'est Rachbi ». Ces louanges font en effet allusion à l'épanchement du supérieur (qui est séparé, sans commune mesure) vers le bas. Plus encore, elles indiquent que cet épanchement s'opère par le service de l'inférieur.
ו) וע"פ כָּל הנ"ל יוּבַן גַּם זֶה שֶׁהַשְּׁבָחִים שֶׁהָיוּ מְשַׁבְּחִים אֶת רשב"י (שֶׁמֵּבִיא בְּהַמַּאֲמָר) בִּכְדֵי לְעוֹרֵר אֶת הַהַשְׁפָּעָה הֵם ר"י קארי לי' שַׁבָּת ומאן פְּנֵי הָאָדוֹן הוי' דָּא רשב"י, כִּי בִּשְׁבָחִים אֵלּוּ מְרוּמָּז הַמְשָׁכַת הָעֶלְיוֹן (שֶׁמֻּבְדָּל בְּעֶרֶךְ) לְמַטָּה, ויתירה מִזּוֹ שֶׁהַהַמְשָׁכָה הִיא ע"י עֲבוֹדַת הַתַּחְתּוֹן.
Or, à propos du Chabbat, il est écrit : « car il est saint [kodech] », et « kodech est un mot à part entière ». Cela signifie que le Chabbat est séparé des six jours ouvrables et sans commune mesure avec eux. Et pourtant, quelque chose de la sainteté du Chabbat est attiré dans les jours qui le précèdent et dans ceux qui le suivent : à partir du quatrième jour, c'est « avant le Chabbat », et jusqu'au quatrième jour, c'est « après le Chabbat ». Sans compter que c'est « du Chabbat que tous les jours reçoivent leur bénédiction ».
דְּהִנֵּה בְּשַׁבָּת כְּתִיב כִּי קוֹדֶשׁ הִיא, קוֹדֶשׁ מִלָּה בגרמי', הַיְנוּ שֶׁשַּׁבָּת הוּא מוּבְדָּל וְשֶׁלֹּא בְּעֶרֶךְ לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה, ואעפ"כ נִמְשָׁךְ מִקְּדֻשַּׁת הַשַּׁבָּת בַּיָּמִים שֶׁלְּפָנָיו וְשֶׁלְּאַחֲרָיו, דְּמִיּוֹם ד' וְאֵילָךְ הוּא קמי שבתא וְעַד יוֹם ד' הוּא בתר שבתא, נוֹסָף לָזֶה שֶׁשַּׁבָּת מיני' מִתְבָּרְכִין כולהו יומין.
Il en va de même pour l'homme. Le Chabbat est « sanctifié et établi » [mekadcha vekayma] : sa sainteté est extrêmement élevée, « kodech est un mot à part entière » (comme on l'a vu), et les mains de l'homme n'ont donc sur elle aucune prise. Pourtant, Israël a reçu la force d'ajouter à la sainteté du Chabbat : « Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier ». Israël ajoute même au délice [taanoug] du Chabbat, selon l'expression de nos Sages, de mémoire bénie : « Quiconque fait du Chabbat un délice ».
ועד"ז הוּא בְּנוֹגֵעַ לְהָאָדָם, דֶעם הֱיוֹת שֶׁשַּׁבָּת הִיא מקדשא וקיימא, דְּמִכֵּיוָן שֶׁקְּדֻשַּׁת הַשַּׁבָּת הִיא קְדוּשָּׁה נַעֲלֵית בְּיוֹתֵר, קוֹדֶשׁ מִלָּה בגרמי' (כנ"ל), אֵין שַׁיָּךְ בָּהּ תְּפִיסַת יְדֵי אָדָם, אעפ"כ נִתַּן כֹּחַ לְיִשְׂרָאֵל לְהוֹסִיף בִּקְדוּשַּׁת הַשַּׁבָּת, זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ, וְעַד שֶׁיִּשְׂרָאֵל מוֹסִיפִים גַּם בְּהַתַּעֲנוּג דְּשַׁבָּת, כִּלְשׁוֹן רז"ל כָּל הַמְעַנֵּג אֶת הַשַּׁבָּת.
Il en va de même pour « Qui est la face du Maître, Havayé ». Havayé est le Nom essentiel, le Nom explicite [Chem HaMeforach] et le Nom propre [Chem HaMeyou'had]. En revanche, s'Il, béni soit-Il, est appelé du nom de « Maître » [Adon], c'est selon la parole de nos Sages, de mémoire bénie : « Il Te sied d'être appelé Ado-naï, car Tu es le Maître de toutes Tes créatures ». Le Nom Ado-naï relève de la séfira de Malkhout, et, dans Malkhout même, de Malkhout telle qu'elle descend dans Beria pour faire exister les mondes et en être le Maître. Mais il y a plus : l'expression de nos Sages, « car Tu es le Maître de toutes Tes créatures » (précisément « Tes créatures »), implique que le Nom Ado-naï porte sur ces êtres créés qui ne sont que de simples créatures [beriyot]. [C'est comparable à un maître au sens simple : le titre de maître ne s'applique qu'à des serviteurs.] Le sens de « la face du Maître, Havayé » est donc l'union de Havayé (le Nom essentiel) avec le degré d'Ado-naï (« Maître de toutes Tes créatures »).
ועד"ז הוּא גַּם בְּעִנְיַן מאן פְּנֵי הָאָדוֹן הוי', דהוי' הוּא שֵׁם הָעֶצֶם שֵׁם הַמְפוֹרָשׁ וְשֵׁם הַמְיוּחָד, משא"כ זֶה שֶׁהוּא ית' נִקְרָא בְּשֵׁם אָדוֹן הוּא כמרז"ל לְךָ נָאֶה לִקְרוֹת אדנ' שֶׁאַתָּה אָדוֹן לְכָל בְּרִיּוֹתֶיךָ, דְּנוֹסָף לָזֶה שֶׁשֵּׁם אד' הוּא בִּסְפִירַת הַמַּלְכוּת, וּבְמַלְכוּת גּוּפָא – כְּמוֹ שֶׁיּוֹרֶדֶת בִּבְרִיאָה, לְהַוּוֹת אֶת הָעוֹלָמוֹת וְלִהְיוֹת אָדוֹן עֲלֵיהֶם, הִנֵּה מִלְּשׁוֹן רז"ל שֶׁאַתָּה אָדוֹן לְכָל בְּרִיּוֹתֶיךָ (בְּרִיּוֹתֶיךָ דַּוְקָא) מַשְׁמַע שֶׁהַשֵּׁם אד' הוּא עַל נִבְרָאִים אֵלּוּ שֶׁהֵם בְּרִיּוֹת בעלמא [וּבְדוּגְמַת אָדוֹן בְּפַשְׁטוּת, שֶׁהַתֹּאַר אָדוֹן הוּא עַל עֲבָדִים דַּוְקָא]. וְעִנְיַן פְּנֵי הָאָדוֹן הוי' הוּא הַהִתְאַחֲדוּת דהוי' (שֵׁם הָעֶצֶם) עִם בחי' אד' (אָדוֹן לְכָל בְּרִיּוֹתֶיךָ).
C'est aussi pourquoi, à propos de la mitsva de la présentation [réïya], il est écrit : « Tout mâle d'entre les tiens se fera voir devant la face du Maître, Havayé ». Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit en effet : « De même qu'il vient pour être vu, de même il vient pour voir ». Lors de la montée pour les fêtes de pèlerinage, on voyait la Divinité de façon tangible (la vue dépasse la compréhension [hassaga]), et cette vue atteignait aussi l'intériorité de la Divinité, comme il est écrit : « se fera voir… devant la face… ». Mais il y a plus : la vue que l'homme avait de la Divinité (de bas en haut) était du même ordre que la vue d'en haut. « De même qu'il vient pour être vu, de même il vient pour voir », « les hommes droits [yachar] contempleront Sa face » : la vue d'en bas et la vue d'en haut sont « droites » [yachar], à égalité. C'est pourquoi il est dit ici : « se fera voir… devant la face du Maître, Havayé ». La vue d'en bas s'unit à la vue d'en haut par l'épanchement du degré du « Maître, Havayé », c'est-à-dire l'union du Maître avec Havayé.
וְזֶהוּ גַּם מַה שֶׁבְּמִצְוַת ראי' כְּתִיב יֵרָאֶה כָּל זְכוּרְךָ אֶת פְּנֵי הָאָדוֹן הוי'. דְּהִנֵּה ארז"ל כְּשֵׁם שֶׁבָּא לֵירָאוֹת כָּךְ בָּא לִרְאוֹת, דְּנוֹסָף לָזֶה שֶׁבְּעֵת העלי' לְרֶגֶל הָיוּ רוֹאִים אֱלֹקוּת בְּמוּחָשׁ (דראי' הוּא לְמַעְלָה מֵהַשָּׂגָה) והראי' הָיְתָה גַּם בִּבְחִינַת הַפְּנִימִיּוּת דְּאֱלֹקוּת כמ"ש יֵרָאֶה גו' אֶת פְּנֵי גו', הִנֵּה יתירה מִזּוֹ, שֶׁרְאִיַּת הָאָדָם בֶּאֱלֹקוּת (מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה) הָיְתָה בְּאוֹתוֹ הָאֹפֶן כְּמוֹ הראי' דִּלְמַעְלָה, כְּשֵׁם שֶׁבָּא לֵירָאוֹת כָּךְ בָּא לִרְאוֹת, יָשָׁר יֶחֱזוּ פָּנֵימוֹ, שהראי' שֶׁלְּמַטָּה והראי' שֶׁלְּמַעְלָה הֵם יָשָׁר, בְּהַשְׁוָאָה. וְלָכֵן נֶאֱמַר בָּזֶה יֵרָאֶה גו' אֶת פְּנֵי הָאָדוֹן הוי', כִּי בִּכְדֵי שתהי' הַהִתְאַחֲדוּת דהראי' שֶׁלְּמַטָּה עִם הראי' שֶׁלְּמַעְלָה, הוּא ע"י הַמְשָׁכַת בְּחִינַת הָאָדוֹן הוי', הִתְאַחֲדוּת דְּאָדוֹן עִם הוי'.
On peut ajouter que la mitsva de la présentation comprend aussi l'apport d'un korban [offrande] (une 'ola de présentation [olat réïya, offrande entièrement consumée]), comme il est écrit : « et ils ne se présenteront pas devant Ma face les mains vides ». On voit là l'immense élévation du service des birourim [tri et raffinement du matériel]. L'apport d'un korban matériel [selon une opinion, ce korban doit même être pris non parmi les oiseaux mais parmi le bétail] : c'est précisément par lui que « ils verront Ma face [yeraou panaï] ». Il s'agit de la révélation de l'intériorité de la Divinité, sur le mode de la vue, jusqu'au degré de « les hommes droits contempleront Sa face ».
וְיֵשׁ לְהוֹסִיף, דִּבְמִצְוַת ראי' נִכְלָל גַּם הֲבָאַת קָרְבָּן (עוֹלַת ראי') כמ"ש וְלֹא יֵרָאוּ פָּנַי רֵיקָם. שֶׁבָּזֶה נִרְאֶה גּוֹדֶל הָעִילּוּי דַּעֲבוֹדַת הַבֵּירוּרִים, שע"י הֲבָאַת קָרְבָּן גַּשְׁמִי [וְעַד שֶׁלְּדֵעָה אַחַת, צ"ל הַקָּרְבָּן לֹא מִן הָעוֹף אֶלָּא מִן הַבְּהֵמָה], עי"ז דַּוְקָא יִרְאוּ פְּנֵי, גִּילּוּי הַפְּנִימִיּוּת דְּאֱלֹקוּת וּבְאוֹפֶן דראי', וְעַד לִבְחִינַת יָשָׁר יֶחֱזוּ פָּנֵימוֹ.
D'après tout ce qui précède, on comprendra aussi le lien entre la histalkout [départ de ce monde] de Rachbi et le compte de l'Omer, au point que le jour de sa histalkout est appelé Lag BaOmer (selon la coutume d'Israël, qui est Torah). Voici l'explication. Le service du compte de l'Omer est le birour [affinement] des attributs affectifs de l'âme [midot] du Néfech animal. Et pourtant (au contraire, pour cette raison même), c'est précisément pour cette mitsva que l'on dit : « et par cela une influence considérable sera répandue dans tous les mondes ». Le service des birourim, précisément, atteint au plus haut et attire de là une influence [chéfa]. Ce n'est pas une lumière, qui n'est qu'un rayonnement, mais une influence, qui est l'essence même de la chose. Plus encore, c'est une influence considérable. Et parce qu'elle est considérable, elle est (de par sa profusion) attirée et répandue dans tous les mondes, jusqu'à ce monde-ci, le plus bas, et, dans ce monde même, jusqu'au lieu le plus bas, au-dessous duquel il n'y a rien de plus bas.
ז) וע"פ כָּל הנ"ל יוּבַן גַּם הַקֶּשֶׁר דְּהִסְתַּלְּקוּת רשב"י עִם סְפִירַת הָעֹמֶר, וְעַד שֶׁיּוֹם הִסְתַּלְּקוּתוֹ נק' (ע"פ מִנְהָג יִשְׂרָאֵל תּוֹרָה הִיא) בְּשֵׁם ל"ג בָּעֹמֶר. וְהָעִנְיָן הוּא, דְּהָעֲבוֹדָה דִּסְפִירַת הָעֹמֶר הִיא בֵּירוּר הַמִּדּוֹת דְּנֶפֶשׁ הַבַּהֲמִית, ואעפ"כ (וְאַדְּרַבָּא, מִצַּד זֶה), דַּוְקָא בְּמִצְוָה זוֹ אוֹמְרִים וְעַל יְדֵי זֶה יֻשְׁפַּע שֶׁפַע רַב בְּכָל הָעוֹלָמוֹת, כִּי עֲבוֹדַת הַבֵּירוּרִים דַּוְקָא מַגַּעַת לְמַעְלָה מַעְלָה, וּמַמְשֶׁכֶת מִשָּׁם שֶׁפַע, לֹא אוֹר שֶׁהוּא הֶאָרָה בִּלְבָד אֶלָּא שֶׁפַע שֶׁהוּא מַהוּת הַדָּבָר, ויתירה מִזּוֹ – שֶׁפַע רַב, וְלִהְיוֹתוֹ שֶׁפַע רַב לָכֵן (מִצַּד הָרִבּוּי שֶׁבּוֹ) הוּא נִמְשָׁךְ וְנִשְׁפָּע בְּכָל הָעוֹלָמוֹת, עַד לָעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן, ובעוה"ז גּוּפָא לְמָקוֹם הכי תַּחְתּוֹן שֶׁאֵין תַּחְתּוֹן לְמַטָּה מִמֶּנּוּ.
On peut dire que tel est le lien entre les jours du compte [et, parmi eux, le jour de Lag BaOmer, fin et achèvement du service du compte de l'Omer dans les midot principales] et la histalkout de Rachbi : car
וי"ל שֶׁזֶּהוּ הַקֶּשֶׁר דִּימֵי הַסְּפִירָה [וּבָהֶם גּוּפָא, דְּיוֹם הל"ג בָּעֹמֶר, סוֹף וְתַשְׁלוּם הָעֲבוֹדָה דספה"ע בְּעִקְּרֵי הַמִּדּוֹת] לְהִסְתַּלְּקוּת רשב"י, כִּי
Car le service de Rachbi consistait à guérir et à abolir les cloisons qui séparent toutes les réalités, et à attirer ce qui est au plus haut des hauteurs jusqu’au plus bas des profondeurs : attirer le niveau d’« Eitan » [le puissant] dans le niveau d’« érets » [la terre].
כִּי עֲבוֹדָתוֹ שֶׁל רשב"י הָיְתָה לְרַפֵּא וּלְבַטֵּל אֶת הַמְּחִצּוֹת שֶׁבֵּין כָּל הָעִנְיָנִים, וּלְהַמְשִׁיךְ מִלְמַעְלָה מַעְלָה עַד לְמַטָּה מַטָּה, מִבְּחִינַת אֵיתָן בִּבְחִינַת אֶרֶץ.
Et cela apparaît au grand jour le jour de sa histalkout [départ de ce monde], à Lag BaOmer. L’Iguéret HaKodech de l’Admour Hazakène explique en effet que, le jour de la histalkout, tout le service qu’un homme a accompli au long de sa vie se révèle ouvertement, tel qu’il est dans sa racine et dans sa source. C’est aussi ce qu’expliquent longuement les discours sur Lag BaOmer du Siddour de l’Admour HaEmtsaï.
וְעִנְיָן זֶה עוֹמֵד בְּגָלוּי בְּיוֹם הִסְתַּלְּקוּתוֹ בל"ג בָּעֹמֶר, כַּמְבוֹאָר בְּאִגֶּרֶת הַקּוֹדֶשׁ לאדה"ז שֶׁבְּיוֹם הַהִסְתַּלְּקוּת הִנֵּה כָּל עֲבוֹדַת הָאָדָם אֲשֶׁר עָבַד בְּמֶשֶׁךְ יְמֵי חַיָּיו עוֹמֶדֶת בְּגָלוּי כְּפִי שֶׁהִיא בְּשָׁרְשָׁהּ וּמְקוֹרָהּ, וְכַמְבוֹאָר בַּאֲרוּכָה בִּדְרוּשֵׁי ל"ג בָּעֹמֶר בְּסִדּוּר לאדמו"ר הָאֶמְצָעִי.
Et cela est attiré jusqu’au plus bas, jusqu’à la joie au sens simple. Il en résulte même une joie immense, une joie qui franchit toute limite, « une joie éternelle » [sim'hat olam]. Elle brise les limites de la galout et amène la guéoula véritable et complète par Machia'h, notre juste, car « Machia'h vient ramener les tsadikim à la téchouva ». Cela se rattache aussi à la diffusion des sources : « Quand viendra le Maître ? Lorsque tes sources se répandront au-dehors ». Que ce soit très bientôt, de nos jours mêmes et sans délai.
וְעִנְיָן זֶה נִמְשָׁךְ לְמַטָּה מַטָּה עַד לְשִׂמְחָה כִּפְשׁוּטָהּ. וְעַד שֶׁמִּזֶּה נִמְשֶׁכֶת שִׂמְחָה גְּדוֹלָה בְּיוֹתֵר, עַד לְשִׂמְחָה הַפּוֹרֶצֶת גֶּדֶר, שִׂמְחַת עוֹלָם, הַפּוֹרֶצֶת אֶת גִּדְרֵי הַגָּלוּת, וּמְבִיאָה אֶת הַגְּאוּלָּה הָאֲמִיתִּית וְהַשְּׁלֵימָה ע"י מָשִׁיחַ צִדְקֵנוּ, דְּמָשִׁיחַ אתא לאתבא צַדִּיקַיָּא בתיובתא. וְזֶה קָשׁוּר גַּם עִם עִנְיַן הֲפָצַת הַמַּעְיָנוֹת, אימתי אתי מַר לִכְשֶׁיָּפוּצוּ מַעְיְנוֹתֶיךָ חוּצָה, בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ מַמָּשׁ, ובעגלא דידן.