HASSIDUITÉב״ה
Maamarim du Rabbi5744
MAAMARמאמר
בַּלַּיְלָה הַהוּא נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ
« Cette nuit-là, le sommeil du roi s'enfuit »
Pourim 5744 [1984]
Hébreu
texte intégral, vocalisé
texte intégral, vocalisé
Français
traduction littérale en regard
traduction littérale en regard
Explications
encadrés explicatifs et synthèse
encadrés explicatifs et synthèse
hassiduite.com
Maamarim du Rabbiתשד"מ · 1984
MAAMARמאמר
בַּלַּיְלָה הַהוּא
« Cette nuit-là, le sommeil du roi s'enfuit »
Pourim 5744 [1984]
Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, explications et récapitulatifs du traducteur.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : Séfer HaMaamarim Meloukat, éditions Kehot. Le Rabbi a dit ce maamar : פורים ה'תשד"מ. Traduction française littérale en regard.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : Séfer HaMaamarim Meloukat, éditions Kehot. Le Rabbi a dit ce maamar : פורים ה'תשד"מ. Traduction française littérale en regard.
« Cette nuit-là [BaLayla HaHou], le sommeil du Roi fut troublé »1. Dans son maamar qui commence par ces mots, Sa Sainteté mon beau-père l'Admour rapporte ce qui est dit dans les Minhagueï Maharil : à partir de « Cette nuit-là », on doit élever la voix en lisant, car c'est là l'essentiel du miracle [c'est en effet à partir de « Cette nuit-là » que commence la force du miracle]. Il relève là une précision. À première vue, l'essentiel du miracle réside dans la requête d'Esther et dans ses supplications : « car nous avons été vendus, moi et mon peuple, etc. » [ainsi que dans les préparatifs qu'elle avait faits auparavant : « Va, rassemble tous les Juifs, etc., et jeûnez pour moi, etc. »]. Or ici, il est dit que l'essentiel et la force du miracle proviennent de ce que le sommeil du Roi fut troublé. Il cite à ce propos ce qui est dit dans le Yalkout : « “Cette nuit-là, le sommeil du Roi fut troublé” : il s'agit du Roi du monde. Y a-t-il donc du sommeil devant Lui ? Mais lorsque les enfants d'Israël fautent, Il se fait comme endormi, et lorsqu'ils accomplissent Sa volonté, “Il ne s'assoupit ni ne dort”9. »
בַּלַּיְלָה הַהוּא נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ, וּמֵבִיא כ"ק מו"ח אדמו"ר בְּמַאֲמָרוֹ ד"ה זֶה, דאיתא בְּמִנְהֲגֵי מהרי"ל דמבלילה הַהוּא צְרִיכִים להגבי' אֶת קוֹלוֹ בִּקְרִיאָתוֹ לְפִי שֶׁזֶּהוּ עִקָּר הַנֵּס [דמבלילה הַהוּא הוּא הַתְחָלַת תּוֹקְפוֹ שֶׁל נֵס]. וּמְדַיֵּק בָּזֶה, דְּלִכְאוֹרָה עִקָּר הַנֵּס הוּא בַּקָּשַׁת אֶסְתֵּר ותחנוני' כִּי נִמְכַּרְנוּ אֲנִי וְעַמִּי גו' [וְכֵן הַהֲכָנוֹת שֶׁעָשְׂתָה לפנ"ז, לֵךְ כְּנוֹס אֶת כָּל הַיְּהוּדִים גו' וְצוּמוּ עָלַי גו'], וְכָאן אוֹמֵר דְּעִיקָּר וְתוֹקֶף הַנֵּס הוּא מַה שֶׁנָּדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ. וּמֵבִיא עַל זֶה, דאיתא בְּיַלְקוּט, בַּלַּיְלָה הַהוּא נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ זֶה מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם, וְכִי שֵׁינָה יֵשׁ לְפָנָיו, אֶלָּא כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל חוֹטְאִין עוֹשֶׂה עַצְמוֹ כְּיָשֵׁן וּכְשֶׁעוֹשִׂים רְצוֹנוֹ לֹא יָנוּם וְלֹא יִישָׁן.
Voici l'explication : l'homme [adam] est « semblable au Très-Haut » [adamé laElyon]. C'est pourquoi toutes les réalités d'en haut sont exactement telles qu'elles sont chez l'homme (« vous êtes appelés adam [homme] ») : en haut comme en bas. Ou, selon les termes du verset [passouk] : « Comme dans l'eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l'homme répond à l'homme. » Dès lors, quand Israël est dans un état de sommeil, c'est-à-dire quand la Torah et les mitsvot (par lesquelles ils sont « semblables au Très-Haut ») sont chez eux dans un état de sommeil, il se produit par là, pour ainsi dire, un sommeil chez le Roi du monde lui aussi. Comme le dit le passouk : « Je suis endormie », et il est dit dans le Zohar : « dans la galout ». Du fait du sommeil d'Israël au temps de la galout, il se produit, pour ainsi dire, un sommeil en haut aussi. Voilà pourquoi « Cette nuit-là, le sommeil du Roi fut troublé » est la force du miracle. Selon l'ordre de l'enchaînement des mondes [hichtalchelout], le temps de la galout est un temps de sommeil (en haut). Que « cette nuit-là » (la galout) « le sommeil du Roi », le Roi du monde, « ait été troublé », c'est la force du miracle. Telle est aussi la précision de l'expression « le sommeil du Roi fut troublé » (précisément « fut troublé » [nadeda]). L'expression « le sommeil du Roi fut troublé » (le sommeil s'est enfui loin du roi) indique que le sommeil aurait dû se trouver chez le roi [comme on dit d'un homme qu'il erre loin de son lieu], car le temps de la galout est un temps de sommeil (comme on l'a dit). Mais il y eut un miracle : le sommeil s'est enfui loin de lui.
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּהִנֵּה אָדָם הוּא אֶדַּמֶּה לְעֶלְיוֹן, וְלָכֵן כָּל הָעִנְיָנִים שֶׁלְּמַעְלָה הֵם בְּאוֹתוֹ הָאֹפֶן כְּפִי שֶׁהֵם בָּאָדָם (אַתֶּם קְרוּיִים אָדָם), לעילא כגוונא דלתתא, וּבִלְשׁוֹן הַכָּתוּב כַּמַּיִם הַפָּנִים לַפָּנִים כֵּן לֵב הָאָדָם לָאָדָם, וְלָכֵן, כַּאֲשֶׁר יִשְׂרָאֵל הֵם בְּמַצָּב שֶׁל שֵׁינָה, הַיְנוּ שֶׁהָעִנְיָנִים דתומ"צ (שעי"ז הֵם אֶדַּמֶּה לְעֶלְיוֹן) הֵם אֶצְלָם בְּמַצָּב שֶׁל שֵׁינָה, עי"ז נַעֲשֶׂה שֵׁינָה כִּבְיָכוֹל גַּם בְּמַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם. וכמ"ש אֲנִי יְשֵׁנָה וְאִיתָא בַּזֹּהַר בגלותא, שֶׁמִּצַּד הַשֵּׁנָה דְּיִשְׂרָאֵל בִּזְמַן הַגָּלוּת, נַעֲשֶׂה עי"ז שֵׁינָה כִּבְיָכוֹל גַּם לְמַעְלָה. וְזֶהוּ שֶׁבַּלַּיְלָה הַהוּא נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ הוּא תּוֹקְפוֹ שֶׁל נֵס, כִּי ע"פ סִדְרַהְהִשְׁתְּלַשְׁלוּת, זְמַן הַגָּלוּת הוּא זְמַן שֶׁל שֵׁינָה (לְמַעְלָה), וְזֶה שֶׁבַּלַּיְלָה הַהוּא (גָּלוּת) נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם הוּא תּוֹקְפוֹ שֶׁל נֵס. וְזֶהוּ גַּם דִּיּוּק הַלָּשׁוֹן נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ (נָדְדָה דיקא), דְּלָשׁוֹן נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ (שֶׁהַשֵּׁנָה נָדְדָה מֵהַמֶּלֶךְ) מוֹרֶה שהי' רָאוּי שֶׁהַשֵּׁנָה תהי' בְּהַמֶּלֶךְ [בְּדֻגְמַת שֶׁאוֹמְרִים עַל אָדָם שֶׁנִּדֵּד מִמְּקוֹמוֹ], כִּי זְמַן הַגָּלוּת הוּא זְמַן שֶׁל שֵׁינָה (כנ"ל), אֶלָּא שהי' נֵס שֶׁהַשֵּׁנָה נָדְדָה מִמֶּנּוּ.
Le maamar poursuit : ce qu'est le sommeil en haut se comprendra à partir du sommeil chez l'homme, ici-bas, selon « de ma chair je contemplerai D.ieu ». Or, chez l'homme ici-bas, la différence entre l'éveil et le sommeil ne touche pas à son existence même : pendant le sommeil aussi, son existence est entière. Pendant le sommeil, tous ses membres et tous ses tendons sont présents (ainsi que la vitalité qui les habite). Toutes les facultés de l'âme sont alors présentes et s'exercent. On le constate concrètement avec les rêves : toutes les facultés y agissent, l'intellect, les attributs affectifs [midot], etc., et aussi la volonté et le délice [taanoug]. Il y a plus : quand l'homme en a le mérite, l'intellect qu'il conçoit en rêve est un intellect véritable, et il en va de même du délice et de la volonté. Mais même chez celui qui n'est pas à ce degré, on constate concrètement que ses rêves contiennent eux aussi midot, intellect, volonté et délice, à propos de choses qui existent dans la réalité (il en va autrement des choses impossibles, comme « un éléphant qui passe par le chas d'une aiguille » : elles ne peuvent se produire même en rêve). Voici donc la différence entre l'éveil et le sommeil. Quand l'homme est éveillé, tout chez lui est ordonné. À plus forte raison, deux choses contraires ne peuvent-elles se trouver simultanément et liées l'une à l'autre, ni même se succéder dans une même continuité. Et quand toutes les choses et toutes les facultés sont ordonnées, on perçoit alors ce qui les distingue et la supériorité des facultés les unes sur les autres. Il en va autrement pendant le sommeil. Dans le rêve, deux facultés contraires peuvent s'unir (la faculté la plus élevée avec la plus basse), et jusqu'à de nombreuses facultés réunies sans aucun ordre. À plus forte raison, la supériorité et l'avantage des facultés élevées sur celles qui leur sont inférieures n'y sont pas perceptibles. Par analogie, on comprendra ce qu'il en est en haut : le sommeil consiste en ce que, pour ainsi dire, la supériorité et l'avantage des réalités élevées ne sont pas perceptibles. Tel est le lien entre la galout et le sommeil (on l'a dit : au temps de la galout, il y a sommeil en haut). La cause de la galout est en effet que la supériorité d'Israël n'est alors pas perceptible. Car Israël sont les enfants du Makom [l'Omniprésent], comme le dit le passouk : « Vous êtes les enfants de Hachem, votre D.ieu ». À tout le moins, ils sont les serviteurs de HaKadoch Barou'h Hou, selon la parole « soit comme des enfants, soit comme des serviteurs ». Or le serviteur d'un roi est lui-même roi (non pas seulement « comme un roi » (avec le khaf de la comparaison), mais roi). Des enfants doivent être entretenus à la table de leur père, et de même des serviteurs à la table de leur maître. La raison pour laquelle ils ont été exilés loin de la table de leur père et de leur maître, c'est le sommeil : en haut, pour ainsi dire, l'élévation d'Israël n'est pas perceptible, et c'est de là que procède la galout.
ב) וּמַמְשִׁיךְ בְּהַמַּאֲמָר, דְּבֵאוּר עִנְיַן הַשֵּׁנָה לְמַעְלָה יוּבַן מֵעִנְיַן הַשֵּׁנָה בָּאָדָם לְמַטָּה, מִבְּשָׂרִי אֶחֱזֶה אֱלֹקַה. וְהִנֵּה הַחִילּוּק בֵּין עֵר לִישֹׁן בָּאָדָם הַתַּחְתּוֹן אֵינוֹ בְּנוֹגֵעַ לְעֶצֶם מְצִיאוּתוֹ, שֶׁהֲרֵי גַּם בְּעֵת הַשֵּׁנָה מְצִיאוּתוֹ הִיא בִּשְׁלֵימוּת. שֶׁבְּעֵת הַשֵּׁנָה יֶשְׁנָם כָּל אֵבָרָיו וְגִידָיו (וְגַם הַחַיּוּת שֶׁבָּהֶם), וְיֶשְׁנָם אָז כָּל כֹּחוֹת הַנֶּפֶשׁ, וּפוֹעֲלִים פְּעֻלָּתָם. וּכְמוֹ שֶׁרוֹאִים בְּמוּחָשׁ בְּעִנְיַן הַחֲלוֹמוֹת, שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם הַפְּעוּלָּה דְּכָל הַכֹּחוֹת, שֵׂכֶל וּמִדּוֹת וכו' וְגַם רָצוֹן וְתַעֲנוּג. וְעַד דְּכַאֲשֶׁר הוּא זוֹכֶה, הַשֵּׂכֶל שֶׁמַּשְׂכִּיל בַּחֲלוֹם הוּא שֵׂכֶל אֲמִיתִּי, וְכֵן הוּא גַּם בְּנוֹגֵעַ לְתַעֲנוּג וְרָצוֹן. אֲבָל גַּם מִי שֶׁאֵינוֹ בְּדַרְגָּא זוֹ, הֲרֵי רוֹאִים בְּמוּחָשׁ שֶׁגַּם בְּהַחֲלוֹמוֹת שֶׁלּוֹ יֶשְׁנָם מִדּוֹת שֶׁכָּל רָצוֹן וְתַעֲנוּג בְּנוֹגֵעַ לְעִנְיָנִים שֶׁיֶּשְׁנָם בִּמְצִיאוּת (משא"כ עִנְיָנִים דְּנִמְנָעוֹת, כְּמוֹ פילא דעיל בקופא דמחטא, א"א לִהְיוֹת גַּם בַּחֲלוֹם). וְהַחִילוּק שֶׁבֵּין עֵר לִישֹׁן הוּא, דִּבְעֵת שֶׁהוּא עֵר, כָּל עִנְיָנָיו הֵם בְּאֹפֶן מְסֻדָּר, ומכש"כ שֶׁאֵין שַׁיָּךְ שֶׁיִּהְיוּ שְׁנֵי עִנְיָנִים הַפְכִּיִּים בְּבַת אַחַת וּבְחִבּוּר אֶחָד וַאֲפִילוּ לֹא בְּהֶמְשֵׁךְ אֶחָד. וְכַאֲשֶׁר כָּל הָעִנְיָנִים וְהַכֹּחוֹת הֵם בְּאֹפֶן מְסֻדָּר, נִיכָּר אָז הַחִילּוּק שֶׁבֵּינֵיהֶם וּמַעֲלַת הַכֹּחוֹת זֶה עַל זֶה. משא"כ בְּעֵת הַשֵּׁנָה, בַּחֲלוֹם, יָכוֹל לִהְיוֹת חִיבּוּר שְׁנֵי כֹּחוֹת הַפְכִּיִּים (כֹּחַ הַיּוֹתֵר עֶלְיוֹן עִם כֹּחַ הַיּוֹתֵר תַּחְתּוֹן), וְעַד לְחִבּוּר כַּמָּה וְכַמָּה כֹּחוֹת יַחַד בְּאֹפֶן בִּלְתִּי מְסֻדָּר, ומכש"כ שֶׁאֵין נִיכָּר הַמַּעֲלָה וְהַיִּתְרוֹן שֶׁבְּכֹחוֹת הַנַּעֲלִים עַל הַכֹּחוֹת שֶׁלְּמַטָּה מֵהֶם. וְהַדֻּגְמָא מִזֶּה יוּבַן לְמַעְלָה, דְּעִנְיַן הַשֵּׁנָה הוּא שֶׁאֵין נִיכָּר כִּבְיָכוֹל הַמַּעֲלָה וְהַיִּתְרוֹן שֶׁל עִנְיָנִים הַנַּעֲלִים. וְזֶהוּ מֵהַקֶּשֶׁר דְּעִנְיַן הַגָּלוּת עִם עִנְיַן הַשֵּׁנָה (וכנ"ל שֶׁבִּזְמַן הַגָּלוּת הו"ע הַשֵּׁנָה לְמַעְלָה), כִּי סִבַּתְהֲגָלוּת הִיא ע"י זֶה שֶׁאֵין נִכֶּרֶת אָז הַמַּעֲלָה דְּיִשְׂרָאֵל. דְּיִשְׂרָאֵל הֵם בָּנִים לְמָקוֹם כמ"ש בָּנִים אַתֶּם לה' אֱלֹקֵיכֶם, ועכ"פ עֲבָדָיו שֶׁל הקב"ה, כְּמַאֲמַר אִם כְּבָנִים אִם כַּעֲבָדִים, שֶׁגַּם עֶבֶד מֶלֶךְ הוּא מֶלֶךְ (לֹא רַק כְּמֶלֶךְ (בכ"ף הַדִּמְיוֹן) אֶלָּא מֶלֶךְ), וּבָנִים צְרִיכִים לִהְיוֹת סְמוּכִים עַל שׁוּלְחָן אֲבִיהֶם וְכֵן עֲבָדִים עַל שׁוּלְחָן אֲדוֹנָם, וְהַסִּבָּה לָזֶה שֶׁגָּלוּ מֵעַל שׁוּלְחָן אֲבִיהֶם וַאֲדוֹנָם, הו"ע הַשֵּׁנָה, שֶׁאֵין נִיכָּר, כִּבְיָכוֹל, לְמַעְלָה הָעִילּוּי דְּיִשְׂרָאֵל, וּמִזֶּה נַעֲשֶׂה עִנְיַן הַגָּלוּת.
Le maamar poursuit30 : si, pendant le sommeil, la supériorité des facultés les unes sur les autres n'est pas perceptible, c'est à l'image des facultés telles qu'elles sont incluses dans l'essence de l'âme, où toutes les facultés sont à égalité. Autrement dit, le voilement des facultés pendant le sommeil tient à ce qu'elles s'élèvent et se retirent vers leur racine, l'essence de l'âme. On en comprend aussi la portée pour ce que l'image illustre : le voilement du temps de la galout (le sommeil) tient à ce que les révélations s'élèvent vers leur source, et jusqu'à l'essence divine [Atsmout]. C'est ce qu'enseigne, comme on le sait, le Zohar sur le passouk « car il n'est plus » [ki einenou] : HaKadoch Barou'h Hou « est monté vers le haut », Il est monté à Sa place, dans la chambre la plus intérieure. Ainsi, le voilement du temps de la galout n'existe que par rapport au bas : au temps de la galout, la lumière se retire vers le haut et n'éclaire pas en bas (c'est pourquoi il y a galout) ; mais par rapport à la lumière elle-même, c'est au contraire précisément au temps de la galout qu'elle « est montée vers le haut ». Il en va de même du retrait qu'opère le sommeil chez l'homme d'ici-bas : ce retrait n'existe que par rapport au corps (la lumière de l'âme se retire du corps) ; mais par rapport à l'âme, c'est au contraire précisément pendant le sommeil que l'âme monte en haut et y puise pour elle la vie.
ג) וּמַמְשִׁיךְ בְּהַמַּאֲמָר, דְּזֶה שֶׁבְּעֵת הַשֵּׁנָה אֵין נִיכָּר מַעֲלַת הַכֹּחוֹת זֶה עַל זֶה הוּא בְּדֻגְמַת הַכֹּחוֹת כְּמוֹ שֶׁהֵם כְּלוּלִים בְּעֶצֶם הַנֶּפֶשׁ, שֶׁשָּׁם כָּל הַכֹּחוֹת הֵם בְּהַשְׁוָאָה. וְהַיְינוּ דְּעִנְיַן הִתְעַלְּמוּת הַכֹּחוֹת שֶׁבְּעֵת הַשֵּׁנָה הוּא מַה שֶׁהַכֹּחוֹת מִתְעַלִּים וּמִסְתַּלְּקִים לְשָׁרְשָׁם, עֶצֶם הַנֶּפֶשׁ. וּמִזֶּה מוּבָן גַּם בְּהַנִּמְשָׁל, דְּעִנְיַן הַהִתְעַלְּמוּת שֶׁבִּזְמַן הַגָּלוּת (שֵׁינָה) הוּא מַה שֶׁהַגִּלּוּיִים מִתְעַלִּים לִמְקוֹרָם, וְעַד לְהָעַצְמוּת. וְכַיָּדוּעַ מַאֲמַר הַזֹּהַר עה"פ כִּי אֵינֶנּוּ, דקוב"ה סליק לעילא, שֶׁעָלָה לִמְקוֹמוֹ, חָדַר לִפְנִים מֵחֶדֶר. וְהַיְינוּ, דְּעִנְיַן הַהִתְעַלְּמוּת שֶׁבִּזְמַן הַגָּלוּת הוּא רַק לְגַבֵּי לְמַטָּה, שֶׁבִּזְמַן הַגָּלוּת מִסְתַּלֵּק הָאוֹר לְמַעְלָה וְאֵינוֹ מֵאִיר לְמַטָּה (שֶׁלָּכֵן נַעֲשֶׂה גָּלוּת), אֲבָל לְגַבֵּי הָאוֹר עַצְמוֹ, הֲרֵי אַדְּרַבָּא, דַּוְקָא בִּזְמַן הַגָּלוּת הוּא סליק לעילא. וּבְדוּגְמַת הַסִּלּוּק דְּשֵׁנָה בָּאָדָם הַתַּחְתּוֹן, שֶׁהַסִּלּוּק הוּא רַק לְגַבֵּי הַגּוּף (שֶׁאוֹר הַנֶּפֶשׁ מִסְתַּלֵּק מֵהַגּוּף), אֲבָל לְגַבֵּי הַנֶּפֶשׁ, הֲרֵי אַדְּרַבָּא, דַּוְקָא בְּעֵת הַשֵּׁנָה הַנֶּפֶשׁ עוֹלָה לְמַעְלָה וְשׁוֹאֶבֶת לָהּ חַיִּים.
Voici l'explication est la suivante. L'ensemble de l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout] est à l'image des degrés des facultés de l'âme. Dans les facultés de l'âme, le commencement de leur existence est la manière dont elles sont incluses dans l'âme, où elles sont toutes à égalité ; ensuite, elles sont attirées dans la révélation pour se revêtir dans les membres du corps, et c'est alors seulement que s'opère en elles la division. Parmi les facultés révélées elles-mêmes, il existe plusieurs modes : révélées de manière ordonnée (quand l'homme est éveillé), ou voilées, dans l'état de sommeil, au point de se trouver parfois dans un état d'évanouissement, que le Miséricordieux nous en préserve. De même, en haut aussi, on trouve tous ces degrés, selon l'enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « De même que la Nechama remplit le corps, ainsi HaKadoch Barou'h Hou remplit le monde. » Le commencement des attributs divins [séfirot] est la manière dont elles sont incluses dans l'Or Ein Sof [lumière infinie], béni soit-Il, et là elles sont au-dessus de toute division. Après qu'elles ont été attirées en Émanation [Atsilout], bien qu'Atsilout soit le monde de l'unité, s'opèrent en elles la limitation et la division - « dix et non neuf, dix et non onze » -, et c'est alors seulement que la supériorité des séfirot les unes sur les autres devient perceptible. À plus forte raison quand elles sont attirées dans les mondes de Beria-Yetsira-Assia, qui sont en dessous du monde de l'unité : elles y sont alors davantage encore dans la division. De là procède, par enchaînement, la division dans ce monde-ci : le Beth HaMikdach est le lieu le plus élu du monde, et c'est de lui que la lumière sort vers le monde entier. Car le monde, en lui-même, est olam, terme apparenté à he'elem, voilement et occultation, et y est attirée une lumière issue du Beth HaMikdach, qui est la Nechama du monde (à l'image de l'enchaînement des séfirot, où la séfira inférieure reçoit de celle qui est au-dessus d'elle). Alors devient perceptible aussi la supériorité d'Israël : celle de « Vous êtes des enfants pour Havayé votre D.ieu » et celle de « ce sont Mes serviteurs », des serviteurs fidèles à Hachem leur Maître. Tout cela est à l'image des facultés révélées de l'âme de l'homme quand il est éveillé. Il n'en va pas ainsi au temps de la galout : les réalités d'en haut (qui ont été attirées selon l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout], en Atsilout et en Beria-Yetsira-Assia) sont alors à l'image des facultés révélées de l'âme de l'homme pendant le sommeil, état où une union des contraires devient possible ; et c'est de là que procède la galout.
וּבֵאוּר הָעִנְיָן, הִנֵּה כְּלָלוּת סֵדֶר הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת הוּא בְּדֻגְמַת הַדַּרְגּוֹת דְּכֹחוֹת הַנֶּפֶשׁ. דִּכְמוֹ שֶׁבְּכֹחוֹת הַנֶּפֶשׁ, הַתְחָלַת מְצִיאוּת הַכֹּחוֹת הִיא כְּמוֹ שֶׁהֵם כְּלוּלִים בַּנֶּפֶשׁ שֶׁשָּׁם הֵם כֻּלָּם בְּהַשְׁוָאָה, ואח"כ הֵם נִמְשָׁכִים בְּגִילּוּי לְהִתְלַבֵּשׁ בְּאֵבְרֵי הַגּוּף וְאָז דַּוְקָא נַעֲשָׂה בָּהֶם עִנְיַן הַהִתְחַלְּקוּת, וּבְכֹחוֹת הַגְּלוּיִים גּוּפָא יֵשׁ כַּמָּה אוֹפַנִּים, כְּמוֹ שֶׁהֵם בְּגִילּוּי בְּאֹפֶן מְסֻדָּר (בְּעֵת שֶׁהָאָדָם עֵר) וּכְמוֹ שֶׁהֵם בְּהֶעְלֵם, בְּמַצָּב שֶׁל שֵׁינָה, וְעַד שֶׁלִּפְעָמִים הֵם בְּמַצָּב שֶׁל הִתְעַלְּפוּת ר"ל, עד"ז גַּם לְמַעְלָה יֶשְׁנָם כָּל דְּרָגוֹת אֵלּוּ, כמרז"ל מֵהַהַנְשָׁמָה מְמַלְּאָה אֶת הַגּוּף כָּךְ הקב"ה מְמַלֵּא אֶת הָעוֹלָם, דְּהַתְחָלַת הַסְּפִירוֹת הוּא כְּמוֹ שֶׁהֵם כְּלוּלִים באוא"ס ב"ה, וְשָׁם הֵם לְמַעְלָה מֵהִתְחַלְּקוּת, וּלְאַחֲרֵי שֶׁנִּמְשָׁכִים בַּאֲצִילוּת, עִם הֱיוֹת שֶׁאֲצִילוּת הוּא עוֹלָם הָאַחְדוּת, נַעֲשָׂה בָּהֶם עִנְיַן הַהַגְבָּלָה וְהַהִתְחַלְּקוּת, עֶשֶׂר וְלֹא תֵּשַׁע עֶשֶׂר וְלֹא אֶחָד עֶשֶׂר, וְאָז דַּוְקָא נִכֶּרֶת מַעֲלַת הַסְּפִירוֹת זוֹ עַל זוֹ, ומכש"כ כְּשֶׁהֵם נִמְשָׁכִים בְּעוֹלָמוֹת בי"ע שֶׁלְּמַטָּה מֵעוֹלָם הָאַחְדוּת, שֶׁאָז הֵם בְּהִתְחַלְּקוּת יוֹתֵר. וּמִזֶּה מִשְׁתַּלְשֵׁל הַהִתְחַלְּקוּת בעוה"ז, דְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ הוּא מָקוֹם הכי מֻבְחָר שֶׁבָּעוֹלָם וּמִמֶּנּוּ אוֹרָה יוֹצֵאת לְכָל הָעוֹלָם, דְּהָעוֹלָם מִצַּד עַצְמוֹ הוּא עוֹלָם מִלְּשׁוֹן הֶעְלֵם וְהֶסְתֵּר וְנִמְשָׁךְ בּוֹ אוֹר מביהמ"ק שֶׁהוּא נִשְׁמַת הָעוֹלָם (בְּדֻגְמַת עִנְיַן הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת בִּסְפִירוֹת, דִּסְפִירָה הַתַּחְתּוֹנָה מְקַבֶּלֶת מֵהַסְּפִירָה שֶׁלְּמַעְלָה מִמֶּנָּה), וְאָז נִיכָּר גַּם הַמַּעֲלָה דְּיִשְׂרָאֵל, הַמַּעֲלָה דְּבָנִים אַתֶּם להוי' אֱלֹקֵיכֶם וְהַמַּעֲלָה דְּעַבְדֵי הֵם, עֲבָדִים נֶאֱמָנִים לְהַשֵּׁם אֲדוֹנָם. דכ"ז הוּא דּוּגְמַת כֹּחוֹת הַגְּלוּיִים דְּנֶפֶשׁ הָאָדָם בְּעֵת שֶׁהוּא עֵר, משא"כ בִּזְמַן הַגָּלוּת, הָעִנְיָנִים שֶׁלְּמַעְלָה (שֶׁנִּמְשְׁכוּ בִּבְחִינַת הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת, בַּאֲצִילוּת ובבי"ע) הֵם בְּדֻגְמַת כֹּחוֹת הַגְּלוּיִים דְּנֶפֶשׁ הָאָדָם בְּעֵת הַשֵּׁנָה, שֶׁאָז אֶפְשָׁר לִהְיוֹת חִיבּוּר הֲפָכִים, וּמִזֶּה נַעֲשֶׂה עִנְיַן הַגָּלוּת.
Toutefois, chez l'homme d'ici-bas, le voilement qui survient pendant le sommeil tient à ce que les facultés s'élèvent et se retirent vers leur source dans l'âme. Le manque et la déficience du sommeil ne touchent que les facultés révélées (qui sont alors dans un mode non ordonné). Les facultés incluses dans l'âme, elles, bien qu'elles y soient à égalité, n'en souffrent aucun manque ; au contraire, incluses dans l'âme, elles sont dans leur perfection (plus que lorsqu'elles sont attirées en révélation). Il en est de même dans ce que l'image illustre : le voilement du temps de la galout (le sommeil) tient à ce que les révélations s'élèvent vers leur source. Or là, la source d'Israël, avec la supériorité d'Israël, est dans toute sa force [yid. mitn gantsn chturem] (à l'image des facultés incluses dans l'âme, qui sont dans leur perfection). Seulement, cela est en haut (dans la source), et dans l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout] ce n'est pas perceptible : c'est pourquoi il en résulte la galout. Et quand le sommeil s'enfuit et qu'un épanchement vient de la source de manière intérieure (dans l'ordre naturel de la création), alors la supériorité d'Israël se révèle avec éclat [yid. mit a chturem]. Cela fait ressortir plus encore l'union des contraires propre à la galout. Au temps de la galout, l'élévation d'Israël est plus grande encore qu'au temps du Beth HaMikdach, puisqu'en ce temps de galout les révélations s'élèvent vers leur source, là où se trouve la source d'Israël ; et néanmoins, non seulement la supériorité d'Israël n'est pas perceptible en bas, mais Israël reçoit son influence par l'intermédiaire des ministres des nations chez lesquelles il est en galout. On peut dire que c'est l'une des raisons pour lesquelles la galout est comparée à la gestation : la gestation dans le ventre de la mère réunit une chose et son contraire. Certes, « une lampe est allumée au-dessus de sa tête, etc., et on lui enseigne toute la Torah, etc. » (ce qui n'a lieu précisément que tant qu'il est dans le ventre de sa mère, et non une fois né). Néanmoins, dans le ventre de sa mère, « sa tête est entre ses genoux » : la supériorité de la tête sur les pieds n'est pas perceptible, et bien plus, sa tête se trouve entre ses genoux ; au point que même sa nourriture (il mange de ce que mange sa mère) ne passe pas par la bouche, mais par le nombril. Le détail de ces questions est longuement expliqué dans le Torah Or de notre maître l'Admour Hazakène et dans les discours des Rebbeïm précédents qui lui ont succédé.
ד) אָמְנָם, כְּמוֹ שֶׁבָּאָדָם הַתַּחְתּוֹן עִנְיַן הַהִתְעַלְּמוּת שֶׁבְּעֵת הַשֵּׁנָה הוּא שֶׁהַכֹּחוֹת מִתְעַלִּים וּמִסְתַּלְּקִים לִמְקוֹרָם בַּנֶּפֶשׁ, וְהַחִסָּרוֹן וְגֵרָעוֹן שֶׁבְּשֵׁנָה הוּא רַק בְּכֹחוֹת הַגְּלוּיִים (שֶׁהַכֹּחוֹת הֵם בְּאֹפֶן בִּלְתִּי מְסֻדָּר), משא"כ כֹּחוֹת הַכְּלוּלִים בַּנֶּפֶשׁ, עִם הֱיוֹתָם שָׁם בְּהַשְׁוָאָה, אֵין זֶה חִסָּרוֹן, וְאַדְּרַבָּא, בִּהְיוֹתָם כְּלוּלִים בַּנֶּפֶשׁ הֵם בִּשְׁלֵימוּת (יוֹתֵר מִכְּפִי שֶׁהֵם כְּשֶׁנִּמְשָׁכִים בְּגִילּוּי), עד"ז הוּא גַּם בְּהַנִּמְשָׁל, דְּעִנְיַן הַהִתְעַלְּמוּת בִּזְמַן הַגָּלוּת (שֵׁינָה) הוּא שֶׁהַגִּלּוּיִים מִתְעַלִּים לִמְקוֹרָם, וְשָׁם, הַמָּקוֹר דְּיִשְׂרָאֵל, עִם הַמַּעֲלָה דְּיִשְׂרָאֵל, הוּא מִיטְן גַאנְצְן שְׁטוּרֶעם (בְּדֻגְמַת כֹּחוֹת הַכְּלוּלִים בַּנֶּפֶשׁ, שֶׁהֵם בִּשְׁלֵימוּת), אֶלָּא שֶׁזֶּהוּ לְמַעְלָה (בְּהַמָּקוֹר), וּבְסֵדֶר הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת אֵין זֶה נִיכָּר, וְלָכֵן נַעֲשֶׂה מִזֶּה עִנְיַן הַגָּלוּת. וּכְשֶׁנָּדְדָה הַשֵּׁנָה וְנִמְשָׁךְ מֵהַמָּקוֹר בִּפְנִימִיּוּת (בְּסֵדֶר הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת) אָז מִתְגַּלֶּה מַעֲלַת יִשְׂרָאֵל מִיט א שְׁטוּרֶעם. ועפ"ז מוּדְגָּשׁ עוֹד יוֹתֵר חִיבּוּר הַהֲפָכִים שֶׁבַּגָּלוּת, דַּהֲגַם שֶׁבִּזְמַן הַגָּלוּת הָעִילּוּי דְּיִשְׂרָאֵל הוּא עוֹד יוֹתֵר מִבִּזְמַן הַבַּיִת, מִכֵּיוָן שבזה"ג הַגִּילּוּיִים מִתְעַלִּים לִמְקוֹרָם שֶׁשָּׁם הוּא הַמָּקוֹר דְּיִשְׂרָאֵל, אעפ"כ, הִנֵּה לֹא זוֹ בִּלְבָד שֶׁלְּמַטָּה אֵין נִכֶּרֶת הַמַּעֲלָה דְּיִשְׂרָאֵל, אֶלָּא שֶׁהֵם מְקַבְּלִים הַשְׁפָּעָתָם ע"י שָׂרֵי הָאֻמּוֹת שֶׁהֵם בְּגָלוּת אֶצְלָם. וי"ל שֶׁזֶּהוּ מֵהַטְּעָמִים שֶׁגָּלוּת נִמְשָׁל לְעִיבּוּר, כִּי בְּעִבּוּר בְּבֶטֶן אִמּוֹ הוּא דָּבָר וְהִיפּוּכוֹ. דאע"פ שֶׁנֵּר דָּלוּק עַל רֹאשׁוֹ כו' וּמְלַמְּדִין אוֹתוֹ כָּל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ וכו' (שֶׁזְּהֻדּוּקָא בִּהְיוֹתוֹ בְּבֶטֶן אִמּוֹ, משא"כ כְּשֶׁנּוֹלַד), אעפ"כ, בִּהְיוֹתוֹ בְּבֶטֶן אִמּוֹ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו, שֶׁאֵין נִיכָּר מַעֲלַת הָרֹאשׁ עַל הָרַגְלַיִם, וִיתֵירָה מִזּוֹ, שֶׁרֹאשׁוֹ הוּא בֵּין בִּרְכָּיו, וְעַד שֶׁגַּם הַמַּאֲכָל שֶׁלּוֹ (שֶׁאוֹכֵל מִמַּה שֶׁאִמּוֹ אוֹכֶלֶת) אֵינוֹ דֶּרֶךְ הַפֶּה אֶלָּא דֶּרֶךְ הַטַּבּוּר, כַּמְבוֹאָר בַּאֲרֻכָּה פְּרָטֵי הָעִנְיָנִים בָּזֶה בתו"א לְרַבֵּינוּ הַזָּקֵן וּבִדְרוּשֵׁי רַבּוֹתֵינוּ נְשִׂיאֵינוּ שלאח"ז.
Cela permet d'expliquer ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Au moment où les étrangers entrèrent dans le Heikhal [le Sanctuaire], ils virent les kerouvim enlacés l'un à l'autre. » À première vue, c'est étonnant. Des kerouvim enlacés l'un à l'autre indiquent l'immensité de l'affection entre HaKadoch Barou'h Hou et Israël, semblable à l'affection d'un homme et d'une femme. Or, au moment où les étrangers entrèrent dans le Heikhal, c'était, semble-t-il, tout l'inverse de l'affection. Mais voici ce qu'il en est : c'est précisément alors que se trouvait une lumière extrêmement élevée, une lumière qui transcende l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout]. Seulement, cette lumière demeurait à sa place (au-dessus de la hichtalchelout) et n'éclairait pas en bas (dans la hichtalchelout).
On peut ajouter à ce sujet, d'après la parole de nos Sages : « Un homme est tenu de visiter [lifkod] sa femme au moment où il part en voyage. » Puisqu'au temps de la galout, la Knesset Israël [l'assemblée d'Israël] est comme une femme dont le mari est parti outre-mer, la visite [pekida] eut lieu avant que le mari (HaKadoch Barou'h Hou) ne parte en voyage. C'est pourquoi les kerouvim étaient alors « comme un homme enlacé à sa compagne ».
Cela permet de comprendre plus profondément pourquoi la galout est comparée à la gestation [ibour] (et la guéoula à l'enfantement). En bas, lorsqu'un homme visite sa femme, l'enfant est formé ; mais il est d'abord en gestation dans le ventre de sa mère (dans un voilement total, puis la tête entre les genoux, etc.), et pendant toute la durée de la gestation il ne cesse de grandir, jusqu'à ce que vienne le moment de la naissance, où il sort à l'air du monde (dans le dévoilement). Il en va de même en haut : de la visite qui eut lieu à l'instant précédant la galout, l'épanchement de la lumière (la formation de l'enfant) s'est aussitôt produit, en bas aussi. Seulement, cet épanchement se fait dans le voilement, sur le mode de la galout (la gestation), et pendant toute la durée de la galout il ne cesse de grandir de jour en jour, jusqu'à ce que, très bientôt, survienne l'enfantement et le dévoilement, dans la guéoula future.
ה) ועפ"ז י"ל מַה שארז"ל בְּשָׁעָה שֶׁנִּכְנְסוּ נָכְרִים לַהֵיכָל רָאוּ כְּרוּבִים הַמְעֹרִין זֶה בָּזֶה, דְּלִכְאוֹרָה תָּמוּהַּ, הֲרֵי כְּרוּבִים מְעֹרִין זֶה בָּזֶה מוֹרֶה עַל גּוֹדֶל הַחִיבָּה דהקב"ה וְיִשְׂרָאֵל כְּחִבַּת אִישׁ וְאִשָּׁה, וּבְשָׁעָה שֶׁנִּכְנְסוּ נָכְרִים לַהֵיכָל הֲרֵי הי' לִכְאוֹרָה הֵפֶךְ הַחִיבָּה. אַךְ הָעִנְיָן הוּא, שֶׁדַּוְקָא אָז הי' אוֹר נַעֲלֶה בְּיוֹתֵר, אוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת, וְרַק שֶׁאוֹר זֶה הי' בִּמְקוֹמוֹ (לְמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת) וְלֹא הֵאִיר לְמַטָּה (בְּהִשְׁתַּלְשְׁלוּת). וְיֵשׁ לְהוֹסִיף בָּזֶה ע"פ מַאֲמַר רז"ל חַיָּיב אָדָם לִפְקֹד אֶת אִשְׁתּוֹ בְּשָׁעָה שֶׁהוּא יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ, דְּמִכֵּיוָן שֶׁבִּזְמַן הַגָּלוּת כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל הִיא כְּאִשָּׁה שֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ לִמְדִינַת הַיָּם, לָכֵן, לִפְנֵי יְצִיאָתוֹ שֶׁל הַבַּעַל (הקב"ה) לַדֶּרֶךְ, הָיְתָה הַפְּקִידָה, וְלָכֵן הָיוּ אָז הַכְּרוּבִים כְּמַעַר אִישׁ וּלְוָיוֹת. ועפ"ז יוּבַן בְּעוֹמֶק יוֹתֵר מַה שֶׁהַגָּלוּת נִמְשָׁל לְעִיבּוּר (וְהַגְּאוּלָּה לְלֵידָה), דִּכְמוֹ שֶׁלְּמַטָּה, כְּשֶׁאָדָם פּוֹקֵד אֶת אִשְׁתּוֹ נַעֲשֶׂה יְצִירַת הַוָּלָד, אֶלָּא שֶׁבַּתְּחִלָּה הוּא בְּעִבּוּר בְּבֶטֶן אִמּוֹ (בְּהֶעְלֵם לְגַמְרֵי, ולאח"ז בְּאֹפֶן דְּרֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו וכו'), וּבְמֶשֶׁךְ כָּל זְמַן הָעִבּוּר הוּא הוֹלֵךְ וְגָדֵל עַד שֶׁמַּגִּיעַ זְמַן הַלֵּידָה שֶׁאָז הוּא יוֹצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם (בְּגִילּוּי), עד"ז הוּא לְמַעְלָה, שֶׁמֵּהַפְּקִידָה שֶׁהָיְתָה בְּרֶגַע שֶׁלִּפְנֵי הַגָּלוּת נַעֲשֶׂה מִיָּד הַמְשָׁכַת הָאוֹר (יְצִירַת הַוָּלָד) גַּם לְמַטָּה, אֶלָּא שֶׁהַמְשָׁכָתוֹ הוּא בְּהֶעְלֵם, בְּאֹפֶן דְּגָלוּת (עִבּוּר), וּבְמֶשֶׁךְ זְמַן הַגָּלוּת הוּא הוֹלֵךְ וְגָדֵל מִיּוֹם לְיוֹם עַד שֶׁבַּקָּרוֹב מַמָּשׁ תהי' הַלֵּידָה וְהַגִּילּוּי בַּגְּאוּלָּה הָעֲתִידָה.
Le maamar poursuit53 : si, « cette nuit-là, le sommeil du Roi » (le Roi du monde) « fut troublé » (ce qui est l'essentiel du miracle de Pourim), c'est grâce au don total de soi [mesirout néfech] d'Israël tout au long de l'année. Voici ce qu'il en est : la mesirout néfech procède du point de l'âme qui transcende les facultés particulières, le niveau le plus essentiel de l'âme [Yé'hida].
En effet, la mesirout néfech (le fait de ne pas tenir compte des calculs de l'intellect et des autres facultés) élève ses facultés jusqu'à leur source dans l'âme, à l'image de l'élévation des facultés vers leur source pendant le sommeil. Mais dans le sommeil, l'élévation des facultés vers l'âme se fait ainsi : les facultés se retirent des membres du corps et montent vers l'âme telle qu'elle est dans le voilement (dans son essence). Dans la mesirout néfech, au contraire, ce qui est voilé de l'âme est en éveil et en dévoilement, et cela agit sur les facultés telles qu'elles se trouvent à leur place, dans les membres du corps, pour qu'elles soient batel [annulées] devant l'âme (qu'on ne tienne pas compte d'elles, comme on l'a dit plus haut).
Voilà pourquoi, par la mesirout néfech, « le sommeil du Roi » (le Roi du monde) « fut troublé ». Comme le point de l'âme (qui, dans l'homme, transcende la hichtalchelout) a brillé de façon dévoilée, il en a été de même en haut : la lumière essentielle qui transcende la hichtalchelout (celle dans laquelle remontent les niveaux de la hichtalchelout au temps du sommeil et de la galout) a brillé de façon dévoilée.
ו) וּמַמְשִׁיךְ בְּהַמַּאֲמָר, דְּזֶה שֶׁבַּלַּיְלָה הַהוּא נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם (עִקַּר הַנֵּס דְּפוּרִים) נַעֲשָׂה ע"י המס"נ דְּיִשְׂרָאֵל בְּמֶשֶׁךְ כָּל הַשָּׁנָה. וְהָעִנְיָן הוּא, דְּעִנְיַן המס"נ הוּא מִצַּד נְקוּדַּת הַנֶּפֶשׁ שֶׁלְּמַעְלָה מִכֹּחוֹת פְּרָטִיִּים, בְּחִינַת יְחִידָה. וְהַיְינוּ דְּעִנְיַן המס"נ (מַה שֶׁאֵינוֹ מִתְחַשֵּׁב עִם חֶשְׁבּוֹנוֹת דְּשֵׂכֶל וּשְׁאָר כֹּחוֹת)הוּא שֶׁמַּעֲלֶה אֶת הַכֹּחוֹת שֶׁלּוֹ לִמְקוֹרָם בַּנֶּפֶשׁ, בְּדֻגְמַת הַעֲלָאַת הַכֹּחוֹת לִמְקוֹרָם בְּעֵת הַשֵּׁנָה. אֶלָּא שֶׁבַּשֵּׁנָה, הַעֲלָאַת הַכֹּחוֹת לְהַנֶּפֶשׁ הִיא בְּאֹפֶן שֶׁהַכֹּחוֹת מִסְתַּלְּקִים מֵאֶבְרֵי הַגּוּף וְעוֹלִים לְהַנֶּפֶשׁ כְּמוֹ שֶׁהִיא בְּהֶעְלֵם (בְּעַצְמוּתָהּ), משא"כ במס"נ, הֲרֵי אַדְּרַבָּא, הֶעְלֵם הַנֶּפֶשׁ הִיא בְּהִתְעוֹרְרוּת וּבְהִתְגַּלּוּת, וְזֶה פּוֹעֵל עַל הַכֹּחוֹת כְּמוֹ שֶׁהֵם נִמְצָאִים בִּמְקוֹמָם בְּאֵבְרֵי הַגּוּף שֶׁיִּהְיוּ בְּטֵלִים לְהַנֶּפֶשׁ (שֶׁלֹּא יִתְחַשֵּׁב עִמָּהֶם, כנ"ל). וְזֶהוּ מַה שע"י המס"נ נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם, דע"י שֶׁנְּקֻדַּת הַנֶּפֶשׁ (שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת שֶׁבָּאָדָם) הֵאִירָה בְּגִילּוּי, עי"ז נַעֲשָׂה כֵּן גַּם לְמַעְלָה, שֶׁאוֹר הָעַצְמִי שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת (שֶׁבּוֹ עוֹלִים הַבְּחִינוֹת דְּהִשְׁתַּלְשְׁלוּת בְּעֵת הַשֵּׁנָה וְהַגָּלוּת) הֵאִיר בְּגִילּוּי.
On comprendra cela plus en détail à partir d'une chose connue. La mesirout néfech atteint sa plénitude lorsque cette mesirout néfech (qui procède de la Yé'hida) est attirée et agit aussi dans les facultés particulières, selon « de tout ton cœur et de toute ton âme » : même le service particulier de chaque faculté doit se faire sur le mode de la mesirout néfech, au-delà de toute mesure et de toute limite. Or la mesirout néfech se trouvait chez tout Israël, « jeunes et vieux, enfants et femmes ». On peut dire que cela signifie que même le service particulier de chacun (jeune, vieux, enfants et femmes) était imprégné du mouvement de la mesirout néfech.
On peut dire que c'est là un autre aspect de ce qu'écrit le maamar, à savoir que leur mesirout néfech dura toute l'année. Au cours de l'année ont lieu tous les changements des saisons [tekoufot] [comme l'expliquent plusieurs discours à propos de la supériorité de l'etrog (l'etrog correspond au niveau de Malkhout, qui est le propre d'Esther), qui « demeure sur son arbre d'une année à l'autre »]. À chaque saison correspond un service particulier, et même chaque jour (au sein de cette même saison) comporte un service particulier propre à ce jour, selon la parole : « Chaque jour accomplit son œuvre. » Ainsi, dans le fait qu'ils se tinrent dans la mesirout néfech toute l'année, on peut peut-être voir une intention supplémentaire : même les aspects de l'année (le service particulier de chaque jour) se faisaient sur le mode de la mesirout néfech, au-delà de toute mesure et de toute limite.
Voilà pourquoi « le sommeil du Roi du monde fut troublé » précisément parce qu'ils se tinrent dans la mesirout néfech toute l'année. Comme leur mesirout néfech brilla de façon dévoilée aussi dans les facultés particulières (toute l'année), il en fut de même en haut : la lumière qui transcende la hichtalchelout, « le sommeil du Roi fut troublé », fut attirée sur le mode de l'intériorité. Elle fut attirée au point que « il ordonna d'apporter le livre des mémoires, les chroniques [divreï hayamim] » : elle fut attirée aussi dans « le livre des mémoires, les chroniques », racine du temps (comme l'explique le maamar). Elle fut attirée encore au point que « l'on trouva écrit, etc. » aussi dans le livre des mémoires de Chouchane la capitale, au sens littéral, même au temps de la galout : « Ils furent exilés en Élam (Chouchane), la Chekhina est avec eux. »
וְיוּבַן זֶה בִּפְרָטִיּוּת יוֹתֵר ע"פ הַיָּדוּעַ שֶׁהַשְּׁלֵמוּת דמס"נ הוּא כשהמס"נ (שֶׁמִּצַּד יְחִידָה) נִמְשֶׁכֶת וּפוֹעֶלֶת גַּם בְּכֹחוֹת הַפְּרָטִיִּים, בְּכָל לְבָבְךָ וּבְכָל נַפְשְׁךָ שֶׁגַּם הָעֲבוֹדָה הַפְּרָטִית דְּכָל כֹּחַ וְכֹחַ תהי' בְּאֹפֶן דמס"נ, לְמַעְלָה מִמְּדִידָה וְהַגְבָּלָה. והמס"נ הָיְתָה אֵצֶל כָּל יִשְׂרָאֵל, מִנַּעַר וְעַד זָקֵן טַף וְנָשִׁים, די"ל הַכַּוָּונָה בָּזֶה, שֶׁגַּם הָעֲבוֹדָה הַפְּרָטִית שֶׁל כאו"א (נַעַר, זָקֵן, טַף וְנָשִׁים) הָיְתָה חֲדוּרָה בְּהַתְּנוּעָה דמס"נ. וי"ל שֶׁזֶּהוּ עוֹד עִנְיָן במש"כ בְּהַמַּאֲמָר שהמס"נ שֶׁלָּהֶם הָיְתָה בְּמֶשֶׁךְ כָּל הַשָּׁנָה, דִּבְמֶשֶׁךְ הַשָּׁנָה יֶשְׁנָם כָּל שִׁינּוּיֵי הַתְּקוּפוֹת [וְכַמְבוֹאָר בְּכַמָּה דְּרוּשִׁים בְּעִנְיַן מַעֲלַת הָאֶתְרוֹג (דְּאֶתְרוֹג הוּא בְּחִינַת מַלְכוּת, עִנְיָנָהּ שֶׁל אֶסְתֵּר) שֶׁדָּר בְּאִילָנוֹ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה], וּבְכָל תְּקוּפָה יֶשְׁנָהּ עֲבוֹדָה מְיוּחֶדֶת, וְעַד שֶׁגַּם בְּכָל יוֹם (בְּאוֹתָהּ הַתְּקוּפָה גּוּפָא) יֵשׁ עֲבוֹדָה מְיוּחֶדֶת הַשַּׁיֶּיכֶת לְיוֹם זֶה, כְּמַאֲמַר כָּל יומא ויומא עביד עבידתי', וּמַה שֶׁעָמְדוּ במס"נ כָּל הַשָּׁנָה, אוּלַי י"ל עוֹד כַּוָּנָה בָּזֶה, שֶׁגַּם הָעִנְיָנִים דְּשָׁנָה (הָעֲבוֹדָה הַפְּרָטִית דְּכָל יוֹם וְיוֹם) הָיוּ בְּאֹפֶן דמס"נ, לְמַעְלָה מִמְּדִידָה וְהַגְבָּלָה. וְזֶהוּ מַה שֶׁעִנְיַן נָדְדָה שְׁנַת מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם נַעֲשֶׂה ע"י שֶׁעָמְדוּ במס"נ כָּל הַשָּׁנָה דַּוְקָא, דע"י שהמס"נ שֶׁלָּהֶם הֵאִיר בְּגִילּוּי גַּם בְּכֹחוֹת הַפְּרָטִיִּים (כָּל הַשָּׁנָה), עי"ז נַעֲשֶׂה כֵּן גַּם לְמַעְלָה, שֶׁהָאוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת, נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ, נִמְשַׁךְ בִּבְחִינַת פְּנִימִיּוּת, וְעַד שֶׁוַּיֹּאמֶר לְהָבִיא אֶת־סֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת דִּבְרֵי הַיָּמִים, שֶׁנִּמְשַׁךְ גַּם בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת דִּבְרֵי הַיָּמִים, שֹׁרֶשׁ הַזְּמַן (כַּמְבוֹאָר בְּמַאֲמָר), וְעַד שֶׁוִּמָּצֵא כָּתוּב גו' גַּם בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת דְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה כִּפְשׁוּטוֹ, גַּם בִּזְמַן הַגָּלוּת, גָּלוּ לְעֵילָם (שׁוּשַׁן) שְׁכִינָה עִמָּהֶם.
Et de même qu’il en fut lors de l’exil d’Élam, il en est ainsi de tout exil : « en tout lieu où Israël a été exilé, la Chekhina est avec eux », et « ils ont été exilés vers Adam, la Chekhina est avec eux ». Lorsque les Juifs se tiennent dans le don total de soi [mesirout nefech] et ne rougissent pas devant les moqueurs - ce qui relève d’un mouvement de mesirout nefech -, ce mouvement de mesirout nefech, « qu’il n’ait pas honte devant les moqueurs », s’étend chez lui aux détails de la Torah et des mitsvot tout au long de la journée. C’est pourquoi ce point (« qu’il n’ait pas honte devant les moqueurs ») est le commencement des quatre parties du Choul’han Aroukh. Le mouvement de mesirout nefech le conduit même à un surcroît dans l’étude de la Torah et à l’embellissement [hidour] dans l’accomplissement des mitsvot. Ce surcroît dépasse toute mesure, puisqu’il procède de la mesirout nefech ; au point qu’il est manifeste que son étude de la Torah et son accomplissement des mitsvot se font avec mesirout nefech, et à plus forte raison avec crainte et amour [de’hilou ou-re’himou]. Quand il étudie la Torah, il se souvient de Celui qui donne la Torah, et son accomplissement des mitsvot est pénétré du sentiment de Celui qui ordonne les mitsvot, « qui nous a sanctifiés par Ses mitsvot et nous a ordonné ». L’Admour HaEmtsaï l’explique longuement dans ses discours : dans toutes les mitsvot doit être présente l’intention générale (la même pour toutes les mitsvot), celle d’accomplir l’ordre du Roi du monde. Par le service de mesirout nefech, et surtout lorsque la mesirout nefech s’étend et agit dans les détails de la Torah et des mitsvot, « le sommeil du Roi fut troublé » : la lumière qui est au-delà d'enchaînement des mondes [hichtalchelout] est attirée jusque dans « le livre des mémoires, les chroniques », la racine du temps et le temps lui-même. Elle l’est au point que « elles furent lues devant le roi », y compris devant le roi A’hachvéroch au sens littéral, dans ce monde-ci, matériel, alors que « nous sommes encore les serviteurs d’A’hachvéroch ». Même lorsqu’on se trouve encore au temps de la galout, où « la loi du royaume est la loi » (et où Mordekhaï n’est que « le second du roi »), même alors « des rois seront tes nourriciers ». Ils décrètent que ceux qui s’opposaient d’abord aux Juifs et au judaïsme aident désormais les Juifs et le judaïsme, au point que « l’obscurité se transforme en lumière et l’amertume en douceur ». Il en fut ainsi aux jours de Mordekhaï et d’Esther, quand le roi A’hachvéroch ordonna à l’adversaire d’aller proclamer devant Mordekhaï le Juif : « Ainsi est-il fait à l’homme que le roi désire honorer ». Le roi, c’est le Roi du monde, et aussi, toute distinction gardée, etc., le roi A’hachvéroch au sens littéral. On parvient ainsi à ce que « pour les Juifs, il y eut lumière et joie, allégresse et honneur » - « qu’il en soit ainsi pour nous ». « Lumière », c’est la Torah [et dans la Torah elle-même, ora, mot féminin, désigne la Torah orale, la Torah avec son explication, d’où sort la lumière pour le monde entier] ; « joie », c’est Yom Tov ; « allégresse », c’est la circoncision ; « honneur », ce sont les téfilines, car la Torah tout entière est comparée aux téfilines. On peut dire que cela inclut aussi les téfilines du Maître du monde, où il est écrit : « Et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur la terre ? ». Autrement dit, la supériorité d’Israël est reconnue au grand jour : « le sommeil du Roi fut troublé ».
ז) וּכְמוֹ שהי' בְּגָלוּת עֵילָם, עד"ז הוּא בְּכָל גָּלוּת, דְּבְכָל מָקוֹם שֶׁגָּלוּ יִשְׂרָאֵל שְׁכִינָה עִמָּהֶם, וְגָלוּ לָאָדָם שְׁכִינָה עִמָּהֶם. שע"י שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹמְדִים במס"נ, שֶׁאֵינָם מִתְבַּיְּשִׁים מִפְּנֵי הַמַּלְעִיגִים, שֶׁזֶּה קָשׁוּר עִם תְּנוּעָה דמס"נ, וּתְנוּעַת המס"נ דְּאַל יִתְבַּיֵּשׁ מִפְּנֵי הַמַּלְעִיגִים נִמְשֶׁכֶת אֶצְלוֹ בְּעִנְיָנִים הַפְּרָטִיִּים דתומ"צ בְּמֶשֶׁךְ כָּל הַיּוֹם, דְּזֶהוּ מַה שֶׁעִנְיָן זֶה (אֶל יִתְבַּיֵּשׁ מִפְּנֵי הַמַּלְעִיגִים) הוּא הַהַתְחָלָה שֶׁל כָּל ד' חֶלְקֵי השו"ע, וְעַד שֶׁהַתְּנוּעָה דמס"נ מְבִיאָה אוֹתוֹ גַּם לִידֵי הוֹסָפָה בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה וּבְהִדּוּר בְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת, וְעַד שֶׁהַהוֹסָפָה הִיא לְמַעְלָה מִמְּדִידָה מִכֵּיוָן שֶׁהִיא בָּאָה מִצַּד מס"נ, וְעַד שֶׁנִּכָּר בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה וּבְקִיּוּם הַמִּצְווֹת שֶׁלּוֹ שֶׁהֵם נַעֲשִׂים במס"נ, ועאכו"כ בדחילו וּרְחִימוּ, שֶׁבְּלִמּוּד הַתּוֹרָה הוּא זוֹכֵר אֶת נוֹתֵן הַתּוֹרָה וְקִיּוּם הַמִּצְווֹת שֶׁלּוֹ חָדוּר עִם הַהֶרְגֵּשׁ שֶׁל מְצַוֵּה הַמִּצְווֹת, אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְווֹתָיו וְצִוָּנוּ, וְכַמְבוֹאָר בַּאֲרֻכָּה בִּדְרוּשֵׁי אדמו"ר הָאֶמְצָעִי שֶׁבְּכָל הַמִּצְווֹת צְרִיכָה לִהְיוֹת הַכַּוָּונָה הַכְּלָלִית (שֶׁהִיא שָׁוָה בְּכָל הַמִּצְווֹת) שֶׁמְּקַיֵּם אֶת הַצִּיוּוּי שֶׁל מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם. וע"י הָעֲבוֹדָה דמס"נ, וּבִפְרָט שהמס"נ נִמְשֶׁכֶת וּפוֹעֶלֶת בְּעִנְיָנִים הַפְּרָטִיִּים דתומ"צ, הִנֵּה עי"ז נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ, שֶׁנִּמְשַׁךְ הָאוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת וְעַד בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת דִּבְרֵי הַיָּמִים, שֹׁרֶשׁ הַזְּמַן וְהַזְּמַן, וְעַד שֶׁוִּיהָיו נִקְרָאִים לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, גַּם לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כִּפְשׁוּטוֹ בעוה"ז הַגַּשְׁמִי כשאכתי עבדי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אנן, שֶׁגַּם כְּשֶׁנִּמְצָאִים עֲדַיִין בִּזְמַן הַגָּלוּת ודינא דמלכותא דינא (וּמָרְדְּכַי הוּא רַק הַמִּשְׁנָה לְמֶלֶךְ), הִנֵּה גַּם אָז וְהָיוּ מְלָכִים אוֹמְנַיִךְ, וְגוֹזְרִים עַל אֵלּוּ שֶׁבַּתְּחִלָּה הָיוּ מְנַגְּדִים לַיְּהוּדִים וְיַהֲדוּת שֶׁיְּסַיְּעוּ לַיְּהוּדִים וְלַיַּהֲדוּת, וְעַד שֶׁאִתְהַפְכָא חשוכא לִנְהוֹרָא ומרירו למיתקא, בְּדֻגְמַת שהי' בִּימֵי מָרְדְּכַיוֹאַסְתָּר, שֶׁהַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ גָּזַר עַל הַמְנַגֵּד שֶׁיֵּלֵךְ וְיַכְרִיז לִפְנֵי מָרְדֳּכַי הַיְּהוּדִי כָּכָה יֵעָשֶׂה לָאִישׁ אֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ חָפֵץ בִּיקָרוֹ, מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם וְגַם לְהַבְדִּיל כו' הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כִּפְשׁוּטוֹ. וְעַד אֲשֶׁר לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה וְשִׂמְחָה וְשָׂשֹׂן וִיקָר וְכֵן תהי' לָנוּ, אוֹרָה זוֹ תּוֹרָה [וּבַתּוֹרָה גּוּפָא, אוֹרָה לְשׁוֹן נְקֵבָה דקאי עַל תושבע"פ, תּוֹרָה בְּפֵרוּשָׁהּ, שֶׁמִּמֶּנָּה יוֹצֵאת אוֹרָה לְכָל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ] וְשִׂמְחָה זֶה יו"ט וְשָׂשׂוֹן זוֹ מִילָה וִיקָר אֵלּוּ תְּפִילִּין, דְּהֻקְשָׁה כָּל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ לִתְפִילִּין, וי"ל דְּכוֹלֵל גַּם תְּפִילִּין דמארי עלמא דִּכְתִיב בְּהוּ וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ, הַיְנוּ שֶׁנִּכָּר בְּגִילּוּי הַמַּעֲלָה דְּיִשְׂרָאֵל, נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ.
Et l’on rattache une guéoula à l’autre : de cette guéoula où « pour les Juifs, il y eut lumière et joie, allégresse et honneur », alors qu’on se trouve encore dans les derniers instants de la galout, on parviendra aussitôt, sans intervalle, à la guéoula véritable et complète. Alors « des rois seront tes nourriciers » et amèneront les enfants d’Israël « comme les enfants d’Israël apportent l’offrande [min’ha] dans un récipient pur » vers la Terre sainte, « une terre… sur laquelle les yeux de Hachem ton D.ieu sont constamment posés, du début de l’année jusqu’à la fin de l’année ». Là, à Jérusalem même, « la cité du grand Roi », David, le roi Machia’h ; là, sur la montagne sainte elle-même, et dans « le Mikdach, Adonaï, que Tes mains ont établi ». Tout cela se fera avec empressement [zerizout], et même avec un empressement absolu, au-delà de toute mesure et de toute limite, à la manière de « (jusqu’à) ne plus savoir » : on entrera en dansant, dans une grande joie qui dépasse toute mesure et toute limite, dans la guéoula véritable et complète, bientôt et de nos jours, vraiment. Tous les Juifs de toutes les générations, avec à leur tête le Nassi de notre génération, etc., ainsi que Mordekhaï le Juif et Esther la reine, seront tous délivrés de la galout. Ce sera la plénitude de la guéoula, avec la plénitude du peuple, la plénitude de la Torah et la plénitude de la terre, de telle sorte que « Hachem ton D.ieu élargira ta frontière », y compris la terre du Kéni, du Kenizi et du Kadmoni. Et « un passouk ne sort pas de son sens simple » ; bien au contraire, le monde du pchat [sens littéral], qui est ce monde-ci inférieur, le monde de l’action, est l’essentiel et le fondement sur lequel se tient [nitsav] tout l’ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout], selon l’explication connue de « Et voici, Havayé se tenait sur lui ».
ח) ומסמך גְּאֻלָּה לַגְּאוּלָּה, שֶׁמִּגְּאֻלָּה זוֹ דְּלַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה וְשִׂמְחָה וְשָׂשֹׂן וִיקָר בִּזְמַן שֶׁנִּמְצָאִים עֲדַיִין בִּרְגָעִים הָאַחֲרוֹנִים שֶׁל הַגָּלוּת, יָבוֹאוּ בִּסְמִיכוּת מִיָּד לַגְּאוּלָּה הָאֲמִיתִּית וְהַשְּׁלֵימָה, שֶׁמְּלָכִים אוֹמְנַיִךְ יָבִיאוּ אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר יָבִיאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הַמִּנְחָה בִּכְלִי טָהוֹר אֶל אֶרֶץ הַקּוֹדֶשׁ, אֶרֶץ אֲשֶׁר גו' תָּמִיד עֵינֵי ה' אֱלֹקֶיךָ בָּהּ מֵרֵשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה, וְשָׁם גּוּפָא בִּירוּשָׁלַיִם קִרְיַת מֶלֶךְ רַב דָּוִד מַלְכָּא מְשִׁיחָא, וְשָׁם גּוּפָא בְּהַר הַקּוֹדֶשׁ, וּבַמִּקְדָּשׁ אד' כּוֹנְנוּ יָדֶיךָ. וְכָל זֶה יהי' בְּאֹפֶן שֶׁל זְרִיזוּת, וְעַד לִזְרִיזוּת בְּתַכְלִית לְמַעְלָה מִכָּל מְדִידָה וְהַגְבָּלָה וְעַד בְּאֹפֶן (שֶׁל עַד) דלא יָדַע, אָז מ'טַאַנְצְט אַרַיְין בְּשִׂמְחָה רַבָּה שֶׁלְּמַעְלָה מִכָּל מְדִידָה וְהַגְבָּלָה אִין דֶער גְּאֻלָּה הָאֲמִיתִּית וְהַשְּׁלֵימָה בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ מַמָּשׁ. שֶׁכָּל הַיְּהוּדִים שֶׁבְּמֶשֶׁךְ כָּל הַדּוֹרוֹת, וּבְרֹאשָׁם נָשִׂיא דּוֹרֵנוּ וכו' וּמָרְדְּכַי הַיְּהוּדִי וְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה, כֻּלָּם יִגָּאֲלוּ מֵהַגָּלוּת – שְׁלֵימוּת הַגְּאוּלָּה, בְּיַחַד עִם שְׁלֵימוּת הָעָם וּשְׁלֵימוּת הַתּוֹרָה וּשְׁלֵימוּת הָאָרֶץ, וּבְאוֹפֶן דְּיַרְחִיב ה' אֱלֹקֶיךָ אֶת גְּבוּלְךָ, גַּם אֶרֶץ קְנֵי קְנִזִּי וְקַדְמוֹנִי, וְאֵין מִקְרָא יוֹצֵא מִידֵי פְּשׁוּטוֹ, וְאַדְּרַבָּא, עוֹלָם הַפְּשָׁט שֶׁהוּא עוה"ז הַתַּחְתּוֹן וְעוֹלְםָהמְעָשָׁה – הוּא הָעִיקָּר וְהַיְּסוֹד שֶׁכָּל סֵדֶר הַהִשְׁתַּלְשְׁלוּת נִצָּב עָלָיו, וּכְפֵרוּשׁ הַיָּדוּעַ בְּוְהִנֵּה הוי' נִצָּב עָלָיו.
Et, tout simplement : très bientôt, vraiment, viendra la guéoula véritable et complète de tout Israël, de toutes les générations, des âmes dans des corps, par notre juste Machia’h, bientôt et de nos jours, vraiment.
וּבְפַשְׁטוּת – שֶׁבַּקָּרוֹב מַמָּשׁ תהי' הַגְּאוּלָּה הָאֲמִיתִּית וְהַשְּׁלֵימָה דְּכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁבְּמֶשֶׁךְ כָּל הַדּוֹרוֹת, נְשָׁמוֹת בְּגוּפִים, ע"י מָשִׁיחַ צִדְקֵנוּ, בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ מַמָּשׁ.