Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, explications et récapitulatifs du traducteur.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : Séfer HaMaamarim Meloukat, éditions Kehot. Le Rabbi a dit ce maamar : בס"ד, יו"ד שבט, ה'תשי"ט. Traduction française littérale en regard.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : Séfer HaMaamarim Meloukat, éditions Kehot. Le Rabbi a dit ce maamar : בס"ד, יו"ד שבט, ה'תשי"ט. Traduction française littérale en regard.
« Je suis venu dans Mon jardin, Ma sœur, [Ma] fiancée. » Sa Sainteté mon beau-père l'Admour, dont c'est le jour de la hilloula, l'explique dans le maamar d'après ce qu'enseigne le Midrach : « dans Mon jardin [legani] », c'est-à-dire « dans Ma chambre nuptiale [legnouni] », à l'endroit où se trouvait Ma présence essentielle au commencement. L'essentiel de la Chekhina se trouvait en effet dans les mondes inférieurs : au commencement de la création, le monde fut créé dans sa plénitude. Puis la faute de l'arbre de la connaissance et les fautes qui la suivirent firent remonter la Chekhina d'en bas vers le haut, jusqu'au septième firmament. Les tsadikim, par leur service, attirèrent alors la Chekhina d'en haut vers le bas. Cet épanchement commença avec Avraham, qui fut le premier : il la fit descendre du septième firmament au sixième, et ainsi de suite, jusqu'à la venue de Moché. Celui-ci était le septième, et « tous les septièmes sont chéris » : il la fit descendre du premier firmament ici-bas, sur la terre. C'est pourquoi il fut dit à Moché : « Ils Me feront un sanctuaire [Mikdach] et Je résiderai en eux. » Selon son sens littéral, ce passouk se rapporte à l'épanchement de Divinité qui eut lieu ici-bas, sur la terre ; et aussi, selon l'enseignement de nos Sages, il n'est pas dit « en lui » [betokho] mais « en eux » [betokham] : au sein de chaque membre d'Israël. Sur cette base, il explique dans le maamar pourquoi le Michkan (car « le Michkan est le Mikdach et le Mikdach est le Michkan ») était fait de bois de chittim. Chittim dérive en effet du terme « déviation », comme il est écrit : « Le peuple allait çà et là [chatou] » ; il s'agit de la déviation hors de la voie droite et médiane. Celle-ci existe de deux façons : la déviation hors de la voie médiane vers le pire, et la déviation hors de la voie médiane vers le bien. La déviation vers le pire est celle dont parlent nos Sages : « Un homme ne commet une transgression que si un esprit de folie [chtout] est entré en lui. » Cette folie, la folie du monde et la folie du côté opposé [lé'oumat zé], il faut la transformer en folie de sainteté, à savoir le service qui est au-delà de la raison et de l'entendement. Et c'est là (la transformation [it'hapkha] de la folie du côté opposé en folie de sainteté) l'essentiel du service du Michkan et du Mikdach : ainsi s'accomplit « Je résiderai en eux », afin que l'essentiel de la Chekhina soit dans les mondes inférieurs. « Je suis venu dans Mon jardin », dans Ma chambre nuptiale. Sur cette base, il explique également dans le maamar pourquoi les bois de chittim sont appelés kerachim [planches] : tous les noms de la Torah sont précis et correspondent au contenu de ce qu'ils désignent. Or les lettres de kerech [planche] sont celles de cheker [mensonge] et celles de kecher [lien]. Il faut donc transformer le mensonge du monde et en faire les planches du Michkan, le niveau du lien : relier toutes les choses du monde à la Chekhina, et à l'essentiel de la Chekhina, qui est l'intériorité et l'essence de l'Ein Sof, béni soit-Il. Il explique ainsi en détail les lettres kouf et rech, ce qui leur correspond dans la sainteté, et comment il faut les transformer, de ce qu'elles sont dans les « lettres de falsification », en choses de bien et de sainteté. Tout cela est expliqué longuement dans les paragraphes précédents.
Or, dans le maamar (au paragraphe 9), il explique que c'est aussi pour cela que les planches sont appelées « debout » [omdim], comme il est écrit : « Tu feras les planches du Michkan en bois de chittim, debout. » Il explique que omdim [debout] signifie amoudim [colonnes], les lettres de l'un étant celles de l'autre, comme on le trouve dans le traité Yoma sur « bois de chittim debout » : omdim signifie qu'elles « maintiennent debout » [ma'amidim]. Il explique dans le maamar que le propre de la colonne est de relier le toit et le sol, pour qu'ils ne fassent véritablement qu'un. Tel est le sens des planches appelées colonnes. Il en va comme des mitsvot, appelées colonnes parce qu'elles attirent l'Or Ein Sof [lumière infinie], béni soit-Il, et le relient aux mondes eux-mêmes : de même, les planches relient l'Or Ein Sof, béni soit-Il, aux mondes.
Au sujet des mitsvot qui sont des colonnes, Sa Sainteté l'Admour Hazakène explique dans l'Iguéret HaKodech que la volonté suprême est appelée couronne [Kéter], et l'on trouve dans la prière de Rabbi Ne'hounia ben HaKana que le Kéter comporte six cent vingt colonnes de lumière. Il l'explique ainsi : de même que, dans une grande maison entourée d'un mur, des colonnes sont dressées sur la terre et ont leur sommet relié au plafond, de même les mitsvot sont dressées depuis le plus haut des degrés, la volonté suprême (béni soit-Il), et sont attirées jusqu'à la terre. Les mitsvot se sont en effet revêtues de matérialité ; et même celles qui ne se sont pas revêtues de matérialité ont été données à l'homme matériel, qui a le libre choix d'incliner son cœur vers le bien, etc.
Or la précision du langage du maamar fait comprendre qu'il y a une différence entre les planches et les mitsvot. C'est ce que dit le maamar : les planches sont à la manière des mitsvot (à la manière et à titre d'exemple seulement). Les mitsvot sont véritablement des colonnes, alors que les planches sont à la manière des mitsvot. C'est pourquoi, pour les mitsvot, il emploie l'expression « elles attirent l'Or Ein Sof, béni soit-Il, et le relient aux mondes », tandis que pour les planches il n'emploie pas le terme « attirent » : il dit seulement qu'elles relient l'Or Ein Sof, béni soit-Il, aux mondes, à la manière des mitsvot.
Dans le Tanya aussi, il y a une différence entre l'image [machal] des colonnes et ce qu'elle illustre [nimchal], les mitsvot. Pour les colonnes, il dit qu'elles sont dressées sur la terre et que leur sommet est relié au plafond ; pour le nimchal, les mitsvot, il dit qu'elles sont dressées en haut et sont attirées jusqu'à la terre. Cet écart entre l'image et ce qu'elle illustre se comprend simplement. Les colonnes commencent par être dressées sur la terre, et de là elles atteignent le plafond. Les mitsvot, au contraire, sont dressées en haut, comme il est dit : « qui nous a sanctifiés par Ses mitsvot », Ses mitsvot qui sont en haut ; et de là elles sont attirées vers le bas. Cela s'accorde avec la règle connue selon laquelle il y a une différence entre le fondement en bas et le fondement en haut. En bas, le fondement est en bas et l'édifice est bâti sur lui ; en haut, le fondement est au-dessus de l'édifice. C'est pourquoi, pour les colonnes, il dit qu'elles sont dressées [nitsavim] sur la terre : nitsav exprime la solidité de la chose, comme dans « un gouverneur [nitsav] faisait office de roi ». En bas, la solidité et le fondement de la chose sont en bas, sur la terre, et l'édifice est bâti sur lui. Pour les mitsvot, en revanche, il dit qu'elles sont dressées au plus haut des degrés, car en haut, la solidité et le fondement de la chose sont en haut.
Toutefois, cela même demande à être compris : pourquoi le fondement, en bas, se présente-t-il autrement que le fondement en haut ? On le comprendra d’après ce qui est expliqué à propos de plusieurs notions, dont celle de l’être créé [yech hanivra]. S’il se ressent lui-même comme n’ayant aucune cause ni raison qui l’ait précédé, à D.ieu ne plaise, c’est parce que son existence procède de l’essence [Atsmout], dont l’existence est de par elle-même et qui n’a aucune cause ni raison qui l’ait précédée, à D.ieu ne plaise : Lui seul a la force et le pouvoir de faire exister l’être à partir du néant [yech méayin] et du rien absolu, comme il est expliqué dans l’Iguéret HaKodech. C’est pourquoi, dans le futur, quand se révéleront la vérité et l’intériorité de toutes choses, se révélera dans l’être créé sa racine véritable : l’Être véritable [yech haamiti], qui n’a ni cause ni raison. Cela permet de comprendre le principe « leur commencement est fiché dans leur fin ». C’est précisément dans leur fin qu’est fiché le commencement, qui est au-dessus du niveau de la « tête ». Le commencement, qui est l’essence, se trouve précisément au niveau de la fin, dans l’être matériel au-dessous duquel il n’y a rien de plus inférieur ; c’est lui, précisément, qui est une demeure pour Son essence, béni soit-Il. Dans le futur, ce sera manifeste ; mais en vérité, il en est ainsi dès maintenant. Voilà pourquoi, en bas, le fondement se trouve précisément en bas : c’est l’être de l’Assia, sur lequel sont bâtis les mondes supérieurs. Il en va autrement en haut. Il est expliqué dans le Tanya que l’intention intérieure ne réside pas dans les mondes supérieurs : ils ne sont qu’un simple rayonnement, et toute leur raison d’être est de permettre que s’accomplisse par eux l’intention intérieure, précisément en bas. Or, pour la lumière et le rayonnement, plus c’est haut, plus c’est élevé. C’est pourquoi, en haut, les piliers se dressent « au plus haut des hauteurs » : la base et la solidité de la chose sont en haut, et de là elle est attirée vers le bas.
Toutefois, il reste encore à comprendre pourquoi l’Être véritable se trouve précisément dans l’être créé, et non dans la spiritualité. Il semblerait en effet que l’Être véritable aurait dû résider dans la dimension spirituelle des choses et dans les réalités spirituelles : c’est d’ailleurs pourquoi on les appelle « supérieures », parce qu’elles sont élevées en degré. Mais voici l’explication. Sa Sainteté l’Admour HaEmtsaï, que son âme repose en Éden, expose trois paraboles sur le principe selon lequel tout ce qui est le plus haut descend, se revêt et se révèle dans ce qui est plus bas encore. La première parabole est celle d’un grand flambeau : sa lumière est grande et éclaire au loin, et pour éclairer un lieu éloigné, il faut un grand flambeau. On comprend donc que, pour que se reconnaisse la supériorité du grand flambeau (où sa supériorité ressort-elle ?) sur la bougie et le petit flambeau, c’est précisément dans le lieu éloigné : c’est là, précisément, que se révèle ce qu’il y a de « haut » dans le flambeau. Certes, la lumière qu’il projette au loin est extrêmement faible, au point que si l’on allumait là une bougie, elle éclairerait davantage que la lumière du flambeau qui y parvient. C’est pourtant précisément en cela que se reconnaissent la supériorité et la puissance du flambeau. La deuxième parabole est celle d’un tonneau rempli d’eau, ou d’un sage rempli de sagesse. L’eau est si abondante dans le tonneau plein à ras bord qu’elle déborde aussi au-dehors, et c’est précisément en cela que se reconnaît l’abondance de l’eau. Certes, l’eau qui se répand au-dehors est comme abandonnée, et sa quantité est infime au regard de l’eau contenue dans le tonneau. C’est pourtant précisément en cela que l’on reconnaît que le tonneau est plein à ras bord. Il en va de même de la sagesse : les « fruits tombés de la sagesse » [novlot 'Hokhma], à l’image des « propos profanes des érudits », sont précisément ce qui fait reconnaître que l’épanchement provient d’un grand sage, lié à la profondeur de la sagesse. La troisième parabole est celle de l’influence de la goutte, dans la matière : d’elle procède l’engendrement, d’une essence à une autre essence, une essence nouvelle. Il n’en va pas ainsi de l’influence de l’intellect, qui est une influence spirituelle : elle ne peut produire un engendrement nouveau, et c’est seulement si l’élève est doué d’intellect qu’il comprendra l’idée que le maître lui a transmise. On comprend donc la supériorité de la goutte matérielle, précisément : d’elle seule naît une essence nouvelle, une essence autre que la première, ce qui est l’engendrement de l’enfant. On peut proposer, à titre d’hypothèse, l’explication suivante des trois paraboles. Le principe selon lequel tout ce qui est le plus haut descend dans ce qui est le plus bas, c’est l’épanchement de l’essence vers Beria-Yetsira-Assia. En effet, en Atsilout, « Lui et Sa vie sont un, Lui et Ses récipients sont un », et on l’appelle le monde de la Divinité : ce n’est pas un niveau bas. Ce que l’on entend par « bas », c’est la création, c’est-à-dire les mondes de Beria-Yetsira-Assia. Or l’ordre de l’épanchement dans les mondes de Beria-Yetsira-Assia suit le modèle « lumière, eau et firmament », comme il a été longuement expliqué dans les maamarim du mois de Tichri. Tel est le sens des trois paraboles : la parabole du flambeau correspond à la lumière, celle du tonneau à l’eau, et celle de la goutte au firmament, qui devient pluie et essence nouvelle. C’est pourquoi « l’eau qui a gelé » perd le statut d’eau puisée, au point que, selon plusieurs avis, elle complète [le mikvé] sans l’invalider, et l’on en fait un mikvé d’emblée. Or il a été expliqué dans les discours du mois de Tichri que la notion de lumière-eau-firmament ne se limite pas à Beria-Yetsira-Assia : elle existe aussi en Atsilout, dans le Kéter et plus haut encore, jusque dans la lumière qui précède le tsimtsoum. On comprend donc que là aussi s’appliquent les trois paraboles du flambeau, du tonneau et de la goutte. En chaque lieu et à chaque degré, la révélation de ce qui est plus haut encore se fait dans ce qui est le plus bas (c’est-à-dire que dans ce qu’il y a de plus bas dans un monde donné se révèle ce qu’il y a de plus haut dans ce même monde). Or, dans l’ensemble de l’ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout], le plus bas de tout, ce sont les mondes de Beria-Yetsira-Assia, jusqu’au monde de l’Assia. C’est là que se révèle le plus haut de tout, qui dépasse le plus haut de tout à l’échelle d’Atsilout, qui est au-dessus d’Atsilout et avant le tsimtsoum : Son essence et Son être. Il se révèle dans le plus inférieur de tout. Le redoublement de l’expression « inférieur, inférieur » désigne ce qui est le plus inférieur possible, au-dessous duquel il n’y a rien de plus inférieur : c’est le monde de l’Assia. Tel est le sens de « les piliers se dressent dans la terre », précisément. Lorsqu’il faut bâtir la maison, un grand mur (ce qui correspond à la grandeur de D.ieu, car « là où tu trouves Sa grandeur, là tu trouves Son humilité »), alors, dans tout l’ordre naturel de la création, bien que la notion de lumière-eau-firmament existe à tous les degrés, pour que se révèle le plus haut de tout, qui est l’essence, Sa révélation se fait dans le plus inférieur de tout, qui est le monde de l’Assia. Et dans l’Assia même, non dans l’Assia spirituelle, mais dans l’Assia matérielle. On en comprend que dans l’Assia matérielle elle-même, il faut encore le plus inférieur de tout : la révélation de l’essence ne se fait pas dans le service spirituel de ce monde-ci, mais précisément dans l’action matérielle. C’est aussi ce que souligne le Likouteï Torah, dans les discours sur les tsitsit, avec la parabole des piliers qui se dressent dans la terre. Pour que les piliers soutiennent l’édifice et le plafond qui le surmonte, ils doivent être plantés précisément dans une terre dure, et non dans une terre meuble. De même, les mitsvot doivent être précisément dans une terre dure, comme il conclut là : « l’action en haut », c’est-à-dire les mitsvot, qui se sont revêtues précisément dans la matérialité.
Cela permet de comprendre la précision des termes du maamar sur la différence entre les planches [kerachim] et les mitsvot : les planches sont à l’image (seulement à l’image) des mitsvot, et pour les planches, le texte dit « relient » et non « attirent ». En effet, d’après ce qui a été expliqué dans les paragraphes précédents, le service des planches est un service spirituel, propre à l’homme. Il est expliqué, au sujet du service des korbanot [offrandes], que l’homme doit servir avec le feu de l’âme divine, qui est en lui le feu d’en haut, et avec le feu de l’âme animale, qui est en lui le feu de l’homme [ech chel hedyot]. Il doit aussi opérer le birour [tri et élévation] de l’âme animale dans chacun de ses degrés, comme il a été expliqué plus haut au sujet du bœuf, du mouton et de la chèvre. Aussi, bien que ce service s’accomplisse dans ce monde-ci, matériel, il reste, à l’échelle de ce monde même, un service spirituel et non matériel : ce n’est pas l’Assia proprement dite (celle dont on dit « l’action en haut »), ni la terre la plus dure et la plus solide. C’est aussi ce qu’a dit le Baal Chem Tov, que son âme repose en Éden : la planche, c’est l’homme, dont la mission est de relier et d’attacher les mondes à la Divinité. Il est dit en ce sens dans les Tikounei Zohar, sur le passouk « dix coudées, la longueur de la planche » : « c’est la mesure du corps de l’homme ». L’homme possède en effet dix facultés : sept attributs [midot] et trois facultés intellectuelles [mo'hin]. Tel est le sens du service des planches, service de l’âme divine et de l’âme animale : prendre les choses matérielles, la folie [chtout] de l’autre côté, et les transformer en folie de sainteté. Puisque le service des planches est un service spirituel, propre à l’homme, on ne peut par lui attirer l’Or Ein Sof [lumière infinie]. L’épanchement de la lumière procède en effet de l’essence, et l’épanchement depuis l’essence ne se fait que par le service situé le plus bas de tout : l’accomplissement des mitsvot dans la matérialité. C’est pourquoi, pour les mitsvot, le texte dit « attirent ». Car les mitsvot sont dans la matérialité, comme l’explique dans plusieurs maamarim Sa Sainteté mon beau-père l’Admour, celui dont on célèbre la hiloula : même pour les mitsvot qui sont des devoirs du cœur, l’injonction est qu’elles soient ressenties dans la chair matérielle, dans le cerveau et le cœur. Ainsi, la crainte doit produire un resserrement matériel du cerveau et du cœur. De même, la compréhension doit ajouter des sillons et des plis dans le cerveau matériel, par la méditation et l’approfondissement dans la compréhension de la Torah. De même encore pour l’ensemble du service, qui doit se faire avec le délice [taanoug] de servir son Créateur : ce délice doit ajouter de la graisse, comme le dit le passouk : « une bonne nouvelle engraisse l’os », une graisse matérielle dans la chair matérielle. Tel est le sens des mots du maamar selon lesquels les planches sont à l’image des mitsvot. Par les planches est attiré, lui aussi, le très haut, mais non le plus haut de tout ; c’est précisément par les mitsvot qu’est attiré le plus haut de tout, qui est l’essence. Tel est en effet le propre des mitsvot : elles sont attirées de l’essence et relient l’Or Ein Sof, béni soit-Il, aux mondes. Quand l’homme accomplit les mitsvot, il les relie d’abord aux mondes, au début du service, par un service spirituel, qui est le service des planches ; ensuite (par leur accomplissement matériel), il les relie à l’essence. Il en va comme de ce que nous trouvons au sujet de la Torah : David reliait la Torah d’en haut à HaKadoch Barou'h Hou. Il en est de même des mitsvot. Avant de les accomplir, dans la bénédiction des mitsvot, on dit « qui nous a sanctifiés par Ses mitsvot », par Ses mitsvot qui ont déjà été attirées par une bonté suprême ['Hessed elyon] ; on les attire sur soi et on les relie aux mondes. Et quand on accomplit les mitsvot, HaKadoch Barou'h Hou aussi « hoche la tête », ce qui est l’épanchement de l’essence. De même, pour la Torah, HaKadoch Barou'h Hou « lit et répète face à lui ». Et de même en toute chose, HaKadoch Barou'h Hou agit mesure pour mesure : ce qu’Il ordonne à Israël de faire, Il le fait Lui-même. Autrement dit, par l’action du Juif, Il les attire à nouveau, avec un surcroît de force venu de l’essence. C’est ce qu’a dit le Maguid sur le passouk « Vous garderez Mes décrets et Mes lois, que l’homme accomplira et par lesquels il vivra ». « Mes décrets » ['houkotaï], c’est la pensée, qui est un vêtement uni à l’âme, comme les lettres gravées [ha'hakika]. « Mes lois » [michpataï], c’est la parole, comme le dit le passouk : « la parole du roi est souveraine », et « le roi, par le jugement [michpat], affermit le pays ». « Que l’homme accomplira » : c’est l’action, qui est la finalité. Et par là, « il vivra par elles » : par le service dans la pensée, en attirant de la pensée, par la parole, jusqu’au niveau de l’action, « il vivra par elles », c’est-à-dire qu’il attire la vitalité dans les mitsvot. Tel est le sens du service des planches, service spirituel propre à l’homme. Il conduit à l’accomplissement matériel des mitsvot, et par là on attire l’essence et on la relie aux mondes, selon les mots du maamar : « le toit et le sol ne font véritablement qu’un », car dans l’être créé se révélera l’Être véritable.
Or, le maamar poursuit en expliquant l'allusion contenue dans la lettre Kouf, dont la jambe gauche descend jusqu'en bas, tout en bas. Globalement, c'est ce qui est écrit : « גער חית קנה, Menace la bête des roseaux ». Le kané [roseau] est en effet un long roseau qui descend vers le bas : c'est le masculin [dekhar] de l'écorce, force d'occultation [klipa]. Et 'hayat kané [la bête des roseaux] est la Noukva de la klipa, le niveau de royauté [Malkhout] de la klipa, qui reçoit du masculin. Il faut les retrancher, et c'est le sens de « Menace la bête des roseaux ». Dans le service de l'homme, le masculin de la klipa, ce sont les attributs affectifs de l'âme [midot] qui ne sont pas bonnes ; et le niveau de Malkhout de la klipa, c'est le fait de devenir « un seuil que l'on foule », etc., c'est-à-dire la kabalat ol [acceptation du joug] du côté opposé. Il faut que s'accomplisse « Menace la bête des roseaux » : retrancher le kané du Kouf et briser « l'orgueil des tyrans ». En retranchant le kané du Kouf, on en fait un Hé, et l'on obtient alors le mot hiné [voici]. Car hiné indique la révélation, et la révélation relève de la sainteté. C'est pourquoi, au sujet du futur, quand se révéleront toutes les dimensions de sainteté qui sont dans l'intériorité, au point qu'on les verra de façon tangible, de nos yeux de chair, il est écrit : « ואמר ביום ההוא הנה אלקינו זה, Et l'on dira en ce jour-là : Voici [hiné] notre D.ieu, c'est Lui [zé] ». Or la révélation du futur dépend du service de maintenant, comme le maamar l'explique dans les paragraphes précédents et le rappelle aussi, dans ses grandes lignes, dans ce paragraphe. C'est le service qui consiste à « transformer l'obscurité en lumière et l'amertume en douceur » [it'hapkha] : on transforme le côté opposé et l'on en fait du bien et de la sainteté. Surtout lorsqu'il y a des voilements, des occultations et des épreuves, et que malgré cela on ne s'en laisse nullement impressionner ; bien au contraire, il se renforce au contraire, avec un surcroît de force et de vigueur, pour accomplir son service. Par là, on transforme la folie du côté opposé en folie de sainteté, et par là se produira la révélation du futur : « Et l'on dira en ce jour-là : Voici notre D.ieu, c'est Lui [zé] […] c'est Lui [zé] », deux fois zé, car se révélera le niveau de « אני הוי' לא שניתי, Moi, Havayé, Je n'ai pas changé ». Et cela s'obtient par le service de maintenant, précisément dans la matérialité.
L'explication est celle que Sa Sainteté l'Admour le Tséma'h Tsédek expose longuement sur le passouk « הבאים ישרש יעקב יציץ ופרח ישראל, Dans les temps à venir, Yaakov prendra racine, Israël bourgeonnera et fleurira » : les mitsvot sont appelées « semailles ». Dans les semailles matérielles, il faut semer précisément dans la terre, et c'est alors précisément que vient la floraison, etc. Il en va de même pour les semailles des mitsvot : pour qu'elles produisent leur effet, ce qui est écrit « bourgeonnera et fleurira », c'est-à-dire la révélation du futur où il y aura « Voici notre D.ieu, c'est Lui », il faut semer les mitsvot précisément dans la terre matérielle. Cela vaut à deux égards. D'une part, du côté des mitsvot elles-mêmes, qui se sont revêtues dans la matérialité, comme on l'a dit plus haut. D'autre part, du côté de l'homme qui sert : les mitsvot ont été données précisément à la Nechama dans le corps. Elles n'ont été données ni à la Nechama telle qu'elle est en haut, ni aux anges, mais à la Nechama telle qu'elle est précisément dans le corps matériel. C'est précisément là que se fait la semaille de la graine des mitsvot, d'où vient la floraison, etc.
Il l'explique encore au même endroit à propos de l'épanchement de l'élévation essentielle [hitnasseout atsmit], qui est Son Essence et Son Être : « Il n'y a pas de roi sans peuple [am] », am étant à entendre au sens de omemout [éloignés] et séparés. C'est pourquoi l'épanchement de la royauté et de l'élévation essentielle ne se fait pas par les anges, et à plus forte raison pas par les âmes telles qu'elles sont en haut, puisqu'elles sont en état d'annulation de soi [bitoul], comme il est écrit : « חי הוי' אלקי ישראל אשר עמדתי לפניו, Havayé, le D.ieu d'Israël, est vivant, devant qui je me suis tenu ». L'épanchement de la royauté et de l'élévation essentielle se fait au contraire par le service des âmes telles qu'elles sont en bas, revêtues d'un corps matériel, et dans ce monde-ci, où il y a deux voies, comme il est écrit : « ראה נתתי, Vois, J'ai placé [devant toi] », etc., et où l'on peut choisir aussi, à D.ieu ne plaise, l'inverse. Tel est le niveau des « éloignés et séparés », par lesquels se révèlent la royauté et l'élévation essentielle, qui sont au-dessus de toutes les lumières et de toutes les révélations : c'est le niveau de « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé ». Certes, « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé » est permanent, puisque telle est la vérité des choses. Néanmoins, pour que ce niveau soit révélé de façon tangible, comme il est écrit : « Voici […] c'est Lui », chacun le montrant du doigt, cette révélation tangible aura lieu précisément dans le futur, et elle s'obtient par le service accompli maintenant, en bas, précisément dans la matérialité.
L'explication en est celle qu'écrit Sa Sainteté l'Admour le Maharach, que son âme repose en Éden, sur le passouk « ואהבת עולם אהבתיך על כן משכתיך חסד, D'un amour éternel [ahavat olam] Je t'ai aimé, c'est pourquoi Je t'ai attiré avec bonté ». Il est rapporté dans le Tana DeVei Eliyahou, au sujet de l'amour de HaKadoch Barou'h Hou pour Israël : « Peut-être diras-tu que c'est un amour de trois ans, de dix ans ou de cent ans ? Il n'en est pas ainsi, mais : D'un amour éternel [olam] Je t'ai aimé. » Et Sa Sainteté l'Admour le Maharach, que son âme repose en Éden, explique dans le hemchekh Mayim Rabim que olam exprime l'éternité : ahavat olam est donc un amour éternel. Cela ne contredit pas ce qui est expliqué en plusieurs endroits au sujet de Ahavat Olam, à savoir qu'elle est d'un degré inférieur à Ahava Raba [grand amour], alors qu'ici il est expliqué que Ahavat Olam est l'amour le plus élevé, au-dessus duquel il n'y a rien. Il l'explique ainsi : olam a deux sens, éternité et monde, et il y a deux mondes, comme il est écrit : « ברוך הוי' אלקי ישראל מן העולם ועד העולם, Béni soit Havayé, le D.ieu d'Israël, depuis le monde [olam] jusqu'au monde ». Il existe certes de nombreux mondes, à l'infini, comme il est écrit : « ועלמות אין מספר, et des jeunes filles [alamot] sans nombre », « ne lis pas alamot, mais olamot [mondes] ». Globalement, cependant, ils se divisent en deux catégories générales : le monde révélé [alma deitgalya] et le monde caché [alma deitkassya].
Le monde révélé est soumis, au plus haut point, à la mesure, à la limite et à la contraction. Lorsque l'amour naît de la méditation sur la lumière qui est dans la mesure, la limite et la contraction du monde, globalement le niveau de memalé kol almin [qui remplit tous les mondes], et qu'on en vient ainsi à l'amour, cet amour, puisqu'il vient d'une chose mesurée, limitée et contractée, est un amour contracté, inférieur à Ahava Raba. Le monde caché, en revanche, est au-dessus de la mesure et de la limite, à l'image de ce que rapporte la Guemara au sujet de « la chose cachée à l'œil, sur laquelle repose la bénédiction », c'est-à-dire qu'elle ne comporte pas de limitations. C'est cela, Ahavat Olam au sens d'éternité : elle est d'un degré supérieur non seulement à l'Ahavat Olam de la limitation, celle du niveau de memalé, mais aussi au niveau de sovev [qui entoure].
Tel est le sens de l'amour de trois ans, de dix ans et de cent ans. La vitalité divine telle qu'elle est dans la limitation, dans les trois mondes de Beria-Yetsira-Assia, correspond à trois ans : chaque monde comportant les dimensions d'espace, de temps et d'âme [olam, chana, Néfech], les trois mondes sont appelés « trois ans ». L'amour de dix ans est au niveau d'Atsilout [Émanation] : en Atsilout il y a dix attributs divins [séfirot], le niveau de dix ans. Ce niveau est au-dessus de Beria-Yetsira-Assia, puisqu'en Atsilout il y a « dix séfirot sans quoi [beli ma] » : elles ont beau être dix séfirot, « dix et non neuf, dix et non onze », elles n'en sont pas moins beli ma, ce qui est au-dessus de Beria-Yetsira-Assia. En effet, pour que l'épanchement passe d'Atsilout à Beria-Yetsira-Assia, il doit traverser la parsa [écran] ; et Atsilout vient de etslo [auprès de Lui] et « proche », et on l'appelle le monde de l'unité. Néanmoins, Atsilout aussi est dans la limitation, et ce n'est pas l'amour à son comble. L'amour de cent ans, c'est la lumière telle qu'elle est au niveau de la couronne [Kéter], qui est au-dessus d'Atsilout. L'ensemble des mondes de l'Ein Sof qui sont au-dessus d'Atsilout sont tous inclus dans le niveau du Kéter, et c'est le sens de « cent ans », comme l'explique le Zohar sur le passouk « ויהיו חיי שרה מאה שנה, La vie de Sarah fut de cent ans » : cent ans, c'est le niveau du Kéter, « le lieu qui inclut tout, le lieu supérieur », les dix séfirot telles que chacune est composée de dix, ce qui fait cent ans. Toutefois, même le Kéter fait partie des mondes. Et bien qu'il soit le niveau de sovev, le sovev lui-même a malgré tout un rapport aux mondes, au moins en tant que sovev ; c'est pourquoi on l'appelle « qui entoure les mondes [sovev lealmin] ». Ahavat Olam au sens d'éternité, elle, vient de l'essence, qui est sans limite, au-dessus même du niveau de cent ans. Globalement, ce sont les dix séfirot qui sont dans l'Émanateur, les dix séfirot cachées [ganouzot] : c'est de ce niveau que procède l'amour éternel.
Quant à « Béni soit Havayé, le D.ieu d'Israël, depuis le monde jusqu'au monde », cela signifie qu'il faut attirer depuis le monde le plus élevé jusqu'au monde le plus bas, de sorte que l'on ressente que tout ne fait qu'un, ou, selon l'expression du maamar, que « le toit et le sol ne font véritablement qu'un ». Tels sont les deux sens de Ahavat Olam : olam au sens simple, c'est-à-dire ce monde-ci, matériel, car « un passouk ne sort pas de son sens simple » ; et, dans le monde au sens simple, l'épanchement du niveau de olam au sens d'éternité. C'est ce qu'on a expliqué plus haut : le niveau de « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé », l'absence de changement et ce qui est au-dessus des changements, c'est l'essence, au-dessus de toutes les lumières, car tout niveau de lumière comporte du changement. Et l'épanchement du niveau de « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé » se fait précisément dans ce monde inférieur et dans le futur.
En effet, au sujet de « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé », Sa Sainteté l'Admour (Rachab), que son âme repose en Éden, explique : à première vue, cela n'est pas compréhensible. Il existe en effet l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout] ; la lumière change d'un monde à l'autre et se contracte selon la mesure de chaque monde, jusqu'à ce que, dans ce monde-ci, elle soit contractée au plus haut point, dans un voilement et une occultation extrêmes. C'est pourquoi ce monde est appelé « inférieur » : il n'en est pas de plus bas en degré. Or c'est là un changement dans la lumière. Il explique au même endroit que malgré cela, il n'y a pas de changement du côté des lumières. Il y a bien plusieurs différences dans la lumière : la lumière telle qu'elle est en Assia ne ressemble pas à ce qu'elle est en Yetsira, ni en Yetsira à ce qu'elle est en Beria, ni en Beria à ce qu'elle est en Atsilout, et ainsi de suite plus haut encore. Mais ces différences ne viennent que des mondes, car le monde n'est pas un récipient [keli] apte à recevoir une lumière plus élevée ; la lumière elle-même se trouve en bas dans sa plénitude et son intégralité, comme en haut. Ce n'est pourtant pas encore compréhensible : le fait même que les mondes ne puissent la recevoir est un changement. Il explique à ce sujet que même le changement qui vient des mondes et des récepteurs n'est pas un changement. Si les récepteurs ne peuvent recevoir la lumière, c'est en effet à cause du bouclier qui recouvre Havayé, à savoir le voilement du Nom Elokim. Or le Nom Elokim est un Nom saint, l'un des sept Noms que l'on n'efface pas. Par conséquent, vis-à-vis de la lumière elle-même, ce n'est nullement un voilement, car une essence ne voile pas une essence, comme on le sait. Autrement dit, même du fait des voilements et des occultations, il n'y a aucun changement dans la lumière.
Il reste cependant à comprendre, car il semble bien y avoir un changement dans la lumière du fait des créatures. Les créatures sont en effet différentes les unes des autres, et leur venue à l'être procède du niveau de lumière qu'est la parole de Havayé, chaque créature ayant une parole distincte de celle des autres ; c'est donc un changement dans la lumière. Il explique à ce sujet qu'en vérité, cela non plus n'est pas un changement, et il l'explique par l'image de la lumière du soleil exposée dans le Tanya : c'est seulement lorsque la lumière sort hors du luminaire qu'elle existe en tant que lumière ; tant qu'elle est dans le luminaire, elle n'a aucune existence, car elle y est véritablement batel [annulée] dans son existence. Ainsi en est-il de la parole de Havayé, qui fait constamment venir à l'être les créatures et constitue tout l'essentiel de leur existence. Comme on le sait, il n'en est pas comme d'un objet qui sort des mains de l'orfèvre et qui subsiste sans l'artisan : là, c'est quelque chose tiré de quelque chose, et l'artisan n'a pas créé l'existence même de l'objet. Dans la venue à l'être de l'existant à partir du néant [yech méayin], du rien absolu, la lumière doit au contraire faire constamment venir à l'être les créatures, et elle est tout l'essentiel de leur existence. Or la lumière se trouve toujours dans le luminaire, car dans le luminaire la notion de contraction, occultation [tsimtsoum] et de retrait ne s'applique pas, à D.ieu ne plaise. Le luminaire se trouve en tout lieu, y compris là où est l'existence de la créature, et la parole qui la fait venir à l'être la maintient et la vivifie. Puisque les créatures et la lumière qui les fait venir à l'être se trouvent toujours dans le luminaire, elles y sont totalement batel [annulées], comme l'éclat du soleil dans le soleil. On comprend donc que même du fait de l'existence propre de la créature, il n'y a absolument aucun changement.
La méditation sur « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé » fait naître chez l'homme une aspiration à deux choses, dans la spiritualité et dans la matérialité. La première : lorsqu'il médite sur le fait que tout l'ordre naturel de la création ne produit absolument aucun changement, il voudra que toutes ses facultés et toutes ses volontés soient uniquement tournées vers la Divinité. La seconde : lorsqu'il médite sur le fait que « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé » et que tout se trouve dans l'essence, il voudra, même dans son existence de créature, ne plus avoir besoin d'être nourri de choses dont l'extérieur ne laisse pas paraître la Divinité, mais être nourri de l'essence, nourri de l'éclat de la Chekhina. Voici la différence entre ces deux choses. La première, que toutes ses facultés spirituelles, c'est-à-dire globalement les facultés intérieures, la volonté et le délice [taanoug], soient uniquement tournées vers la Divinité, est au pouvoir de l'homme : c'est le service qu'on exige de lui. C'est le service des korbanot [offrandes] : offrir le sang et la graisse, le sang étant la vie [Néfech], c'est-à-dire la vitalité, et la graisse le délice, « l'ardeur et la saveur » ; les offrir sur l'autel à Havayé, pour qu'ils soient uniquement tournés vers la Divinité. Cela peut s'accomplir non seulement au temps où le Beth HaMikdach existait, mais aussi au temps de la galout, et même davantage « du sein de la détresse » : parce qu'il doit peiner pour surmonter l'obscurité doublement redoublée, l'homme peut précisément par là atteindre plus haut encore, grâce à la force de don total de soi [mesirout nefech], plus présente maintenant qu'au temps du Beth HaMikdach. La seconde, en revanche, ne plus avoir besoin d'être nourri de choses dont l'extérieur n'est pas Divinité mais être nourri de l'éclat de la Chekhina, se réalisera lorsque « Je ferai disparaître l'esprit d'impureté de la terre ». C'est la révélation du futur : « Et l'on dira en ce jour-là : Voici notre D.ieu, c'est Lui », où la Divinité sera révélée de façon tangible, où se révélera la force de l'agent dans l'œuvre produite, et où l'on ressentira qu'« il n'y a rien d'autre que Lui ».
Tel est le sens de « Moi, Havayé, Je n'ai pas changé ». Bien que ce soit vrai en tout temps, à tout moment et en tout lieu, pour que la révélation soit tangible sous tous ses aspects, cela ne se révélera que dans le futur, grâce au service de maintenant : le service spirituel, qui est le service des kerachim [planches du Michkan], et l'accomplissement des mitsvot dans la matérialité. Par là, on transforme le mensonge du monde et on le relie à Son Essence et à Son Être, de sorte que « le toit et le sol ne font véritablement qu'un ».
C'est là le sens de « Je suis venu dans Mon jardin, Ma sœur, Ma fiancée » : l'essentiel de la Chekhina [Présence divine] était dans les mondes inférieurs. Le service consiste à accomplir « Ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux ». Il passe par les « bois de chittim [acacia] debout [omdim] », expression qui désigne des colonnes [amoudim] dressées dans la terre. Leur base est précisément dans une terre dure et solide : c'est le commencement. Ensuite, elles s'élèvent vers le haut, jusqu'à ce que leur sommet soit relié au plafond, jusqu'aux plus hautes hauteurs. Comme l'explique la suite de l'Iguéret HaKodech, elles se dressent « au sommet des degrés » : « se dresse [nitsav] un roi ». C'est l'épanchement de l'élévation essentielle [hitnasseout atsmi]. Il se fait par la dimension de « peuple » [am], du terme omemot [braises éteintes] : par là, on tire de l'élévation essentielle jusqu'à l'Essence même de l'Ein Sof. Par le service de l'homme, on attire la réalisation de « Je suis venu dans Mon jardin » : dans Ma chambre nuptiale [legnouni], au lieu qui était Mon lieu principal au commencement, puisque « la Chekhina résidait à l'origine principalement dans les mondes inférieurs ». En effet, au commencement de la création, il est écrit : « Voici les générations [toledot] », écrit en plein ; de même, pour la guéoula [délivrance] future, il est écrit : « Voici les générations de Pérets », toledot écrit en plein. Cela se réalisera au-dessous de dix tefa'him [palmes], très prochainement, par notre juste Machia'h.