HASSIDUITÉב״ה
Maamarim du Rabbi5721
MAAMARמאמר
קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ
« Vous serez saints »
Chabbat A'harei-Kedochim, 13 Iyar 5721 [1961]
Hébreu
texte intégral, vocalisé
Français
traduction littérale en regard
Explications
encadrés adaptés de Simply Chassidus et synthèse
hassiduite.com

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Maamarim du Rabbiתשכ"א · 1961
MAAMARמאמר

דבר אל..קדושים תהיו

« Vous serez saints »

Chabbat A'harei-Kedochim, 13 Iyar 5721 [1961]

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Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5721. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5721. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël et dis-leur : « Soyez saints, car Je suis saint, Moi, Hachem, votre D.ieu. »
דַּבֵּר אֶל כָּל עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם קְדֹשִׁים תִּהְיוּ כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי ה' אֱלֹקֵיכֶם
Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël, etc. : « Soyez saints, car Je suis saint. » Il est rapporté dans le Midrach : « Peut-être comme Moi ? Le verset [passouk] dit : "car Je suis saint" : Ma sainteté est au-dessus de votre sainteté. »
דַּבֵּר אֶל כָּל עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל גו' קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי, וְאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ יָכוֹל כָּמוֹנִי, תַּלְמוּד לוֹמַר כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי, קְדֻשָּׁתִי לְמָעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם,
Il faut comprendre : comment pourrait-il même venir à l'esprit qu'ils soient « comme Moi » ?
וְצָרִיךְ לְהָבִין אֵיךְ שַׁיָּךְ אֲפִילוּ קס"ד שֶׁיִּהְיוּ כָּמוֹנִי.
À première vue, on pourrait dire ceci. D'où vient l'hypothèse « peut-être comme Moi » (alors que la créature est sans aucune commune mesure avec le Créateur) ? De la formulation du passouk « Soyez saints, car Je suis saint » (où « car Je suis saint » est la raison et l'explication de « soyez saints »). Il en ressort que l'injonction « soyez saints » demande que la sainteté d'Israël soit semblable à Sa sainteté, béni soit-Il : peut-être comme Moi. [On peut en proposer l'explication suivante : puisque Israël et HaKadoch Barou'h Hou ne font qu'un, Israël a part à toutes les réalités d'en haut.]
וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לוֹמַר, דְּהַטַּעַם להקס"ד יָכוֹל כָּמוֹנִי (אַף שֶׁנִּבְרָא הוּא בְּאֵין עֲרוֹךְ לַבּוֹרֵא) הוּא, כִּי מִלְּשׁוֹן הַכָּתוּב קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי (שֶׁקָּדוֹשׁ אֲנִי הוּא הַטַּעַם והַהַסְבָּרָה עַל קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ) מַשְׁמַע, שֶׁהַצִּוּוּי קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ הוּא שֶׁקְּדֻשָּׁתָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל צְרִיכָה לִהְיוֹת בְּדוֹמֶה לִקְדֻשָּׁתוֹ ית' – יָכוֹל כָּמוֹנִי [וְיֵשׁ לוֹמַר הַהַסְבָּרָה בָּזֶה, דְּכֵיוָן שֶׁיִּשְׂרָאֵל וקוב"ה כּוֹלָּא חַד, לָכֵן שַׁיָּכִים יִשְׂרָאֵל לְכָל הָעִנְיָנִים דִּלְמַעְלָה].
Mais d'après cela, c'est la conclusion du Midrach qu'il faut comprendre (en sens inverse) : « Ma sainteté est au-dessus de votre sainteté ». Comment s'accorde-t-elle avec la formulation du passouk « car Je suis saint » ?
אֲבָל עפ"ז צָרִיךְ לְהָבִין (לְאִידָךְ גִּיסָא) מַסְקָנַת הַמִּדְרָשׁ קְדֻשָּׁתִי לְמָעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם, אֵיךְ זֶה מַתְאִים עַם לְשׁוֹן הַכָּתוּב כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי.
Il est expliqué dans Likouteï Torah que « votre sainteté » est la sainteté attirée par l'éveil d'en bas (l'accomplissement des mitsvot). « Ma sainteté, au-dessus de votre sainteté », est une sainteté d'un niveau bien plus élevé : l'éveil d'en bas (celui de l'accomplissement des mitsvot) ne l'atteint pas, et elle est attirée par la téchouva.
וּמְבֹאָר בלקו"ת, דִּקְדֻשַּׁתְכֶם הִיא הַקְּדֻשָּׁה שֶׁנִּמְשֶׁכֶת ע"י אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא (מַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת), וּקְדֻשָּׁתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם הִיא קְדוּשָּׁה נַעֲלֵית בְּיוֹתֵר שֶׁאֵין אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא (דְּמַעֲשֵׂה הַמִּצְווֹת) מַגַּעַת שֵׁם, וְנִמְשֶׁכֶת ע"י הַתְּשׁוּבָה.
Cela demande explication : la téchouva, elle aussi, est un service de l'homme, un éveil d'en bas. Pourquoi est-elle donc appelée « Ma sainteté, au-dessus de votre sainteté » ?
וְצָרִיךְ בֵּיאוּר, הֲרֵי גַּם תְּשׁוּבָה הִיא עֲבוֹדַת הָאָדָם, אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא, וְלָמָּה נִקְרֵאת קְדֻשָּׁתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם.
Or, le thème « peut-être comme Moi », etc., du Midrach cité plus haut, se situe dans le prolongement de ce qui est dit juste avant, sur le passouk « Tu seras seulement en haut [lemaala] » : « Peut-être comme Moi, etc. ? Ma grandeur est au-dessus [lemaala] de votre grandeur. »
ב) וְהִנֵּה עִנְיָן יָכוֹל כָּמוֹנִי כו' שֶׁבַּמִּדְרָשׁ הנ"ל בֹּא בְּהֶמְשֵׁךְ למ"ש שֵׁם לפנ"ז עה"פ וְהָיִיתָ רַק לְמָעְלָה יָכוֹל כָּמוֹנִי כו' גְּדֻלָּתִי לְמָעְלָה מִגְּדֻלַּתְכֶם.
D'après ce qu'explique Likouteï Torah au sujet de « Ma sainteté est au-dessus de votre sainteté », Israël a la capacité d'attirer aussi le degré de « Ma sainteté, au-dessus de votre sainteté ». Simplement, l'épanchement de cette sainteté passe par un service plus élevé (le service de la téchouva, supérieur au service de la Torah et des mitsvot). Il faut donc dire qu'il en va de même pour les deux degrés de grandeur (« Ma grandeur » et « votre grandeur ») : Israël a la capacité d'attirer aussi le degré de « Ma grandeur », mais il faut pour cela un service plus élevé.
וע"פ מ"ש בלקו"ת בְּעִנְיַן קְדֻשָּׁתִי לְמָעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם, שֶׁבִּיכָלְתָּם שֶׁל יִשְׂרָאֵל לְהַמְשִׁיךְ גַּם בְּחִינַת קְדֻשָּׁתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם אֶלָּא שֶׁהַמְשָׁכַת קְדוּשָּׁה זוֹ הִיא ע"י עֲבוֹדָה נַעֲלֵית יוֹתֵר (עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה שֶׁלְּמַעְלָה מֵהָעֲבוֹדָה דתומ"צ), צָרִיךְ לוֹמַר, שעד"ז הוּא גַּם בְּנוֹגֵעַ לִשְׁתֵּי הַדַּרְגּוֹת דִּגְדוֹלָה (גְּדֻלָּתִי וּגְדֻלַּתְכֶם), שֶׁבִּיכָלְתָּם שֶׁל יִשְׂרָאֵל לְהַמְשִׁיךְ גַּם בְּחִינַת גְּדֻלָּתִי, אֶלָּא שֶׁלְּזֶה צָרִיךְ עֲבוֹדָה נַעֲלֵית יוֹתֵר.
Ajoutons que la sainteté [kedoucha] est au-dessus de la grandeur [guedoula]. La grandeur, en effet, est l'expansion et la révélation. [C'est pourquoi la bonté ['Hessed] est appelé Guedoula. Et même selon l'explication qui place la Guedoula au-dessus de l'attribut de 'Hessed, la Guedoula reste par nature un 'Hessed (une expansion), mais au-dessus de l'attribut de 'Hessed : l'expansion qui procède de la Guedoula est sans limite.] La sainteté (au sens de « sainteté et séparation »), elle, est l'essence, séparée de toute expansion et de toute révélation.
וּלְהוֹסִיף, דְּקְדוּשָּׁה הִיא לְמָעְלָה מִגְּדוֹלָה. דִּגְדוֹלָה הו"ע הַהִתְפַּשְּׁטוּת וְהַגִּילּוּי. [שֶׁלָּכֵן נִקְרֵאת הַחֶסֶד בְּשֵׁם גְּדוֹלָה. וְגַם לְהַבֵּאוּר שֶׁגְּדוֹלָה הִיא לְמָעְלָה מִמִּדַּת הַחֶסֶד, עִנְיָן הַגְּדוֹלָה הִיא חֶסֶד (הִתְפַּשְּׁטוּת), אֶלָּא שֶׁהִיא לְמָעְלָה מִמִּדַּת הַחֶסֶד, וְהַהִתְפַּשְּׁטוּת שֶׁמִּצַּד הַגְּדוֹלָה הִיא בְּלִי גְּבוּל] וּקְדוּשָּׁה (מִלְּשׁוֹן קְדוּשָּׁה וְהַבְדָּלָה) הוּא הָעֶצֶם שֶׁמֻּבְדָּל מֵעִנְיָן הַהִתְפַּשְּׁטוּת וְהַגִּילּוּי.
Dès lors, on peut dire que l'épanchement du degré de « Ma grandeur, au-dessus de votre grandeur » passe lui aussi par le service des tsadikim [à ceci près qu'au sein même du service des tsadikim, c'est un service plus élevé]. Si le service de la téchouva est précisément nécessaire, c'est pour attirer le degré de « Ma sainteté ».
ועפ"ז יֵשׁ לוֹמַר, שֶׁגַּם הַמְשָׁכַת בְּחִינַת גְּדֻלָּתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִגְּדֻלַּתְכֶם הִיא ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים [אֶלָּא שֶׁבַּעֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים עַצְמָהּ הִיא עֲבוֹדָה נַעֲלֵית יוֹתֵר], וְזֶה שֶׁצָּרִיךְ לַעֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה דַּוְקָא הוּא בִּשְׁבִיל הַמְשָׁכַת בְּחִינַת קְדֻשָּׁתִי.
Les humbles ajouteront de la joie en Hachem, et les pauvres d'entre les hommes exulteront dans le Saint d'Israël.
וְיָסְפוּ עֲנָוִים בַּה' שִׂמְחָה וְאֶבְיוֹנֵי אָדָם בִּקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל יָגִילוּ
On peut expliquer cela à partir du passouk : « Les humbles ajouteront de la joie en Havayé, et les pauvres d'entre les hommes exulteront dans le Saint d'Israël. » Likouteï Torah explique que « les humbles ajouteront de la joie en Havayé » se rapporte au service des tsadikim : par leur humilité et leur annulation de soi [bitoul], ils ajoutent de la joie dans le Nom Havayé, et c'est ainsi que la révélation de Havayé est attirée en bas. « Les pauvres d'entre les hommes », ce sont les ceux qui reviennent vers Hachem [baalei téchouva] [la Torah et les mitsvot sont en effet appelées « homme » [adam] ; c'est pourquoi les baalei téchouva sont appelés « pauvres d'entre les hommes » : ils sont pauvres du degré d'« homme » de la Torah et des mitsvot]. Ils atteignent le degré de « Saint d'Israël », saint et séparé du degré d'« Israël d'en haut », au-dessus de Havayé.
ג) וְיֵשׁ לְבָאֵר זֶה ע"פ מ"ש וְיָסְפוּ עֲנָוִים בהוי' שִׂמְחָה וְאֶבְיוֹנֵי אָדָם בִּקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל יָגִילוּ, וּמְבֹאָר בלקו"ת דְּיָסְפוּ עֲנָוִים בהוי' שִׂמְחָה קָאֵי עַל עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים, שע"י הָעֲנָוָה וְהַבִּטּוּל שֶׁלָּהֶם הֵם מוֹסִיפִים שִׂמְחָה בְּשֵׁם הוי', ועי"ז נִמְשָׁךְ הַגִּילּוּי דהוי' לְמַטָּה, וְאֶבְיוֹנֵי אָדָם הֵם הַבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה [דְּתוֹרָה וּמִצְווֹת נק' בְּשֵׁם אָדָם, וְלָכֵן נִקְרָאִים הַבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה בְּשֵׁם אֶבְיוֹנֵי אָדָם כִּי הֵם אֶבְיוֹנִים מִבְּחִינַת אָדָם דְּתוֹרָה וּמִצְווֹת], שֶׁהֵם מַגִּיעִים בִּבְחִינַת קָדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל, שֶׁקָּדוֹשׁ וּמוּבְדָּל מִבְּחִינַת יִשְׂרָאֵל דִלְעֵילָא, לְמָעְלָה מהוי'.
On peut dire que l'ajout de joie en Havayé, qui accroît Son épanchement et Sa révélation, est l'épanchement du degré de « Ma grandeur, au-dessus de votre grandeur ». En effet, la grandeur (l'expansion) de Havayé, telle qu'elle est en elle-même, est une grandeur liée aux mondes et aux créatures, « votre grandeur » ; simplement, son expansion et sa révélation ont une limite. « Ils ajouteront, etc., en Havayé » signifie qu'y est attirée la grandeur de l'Or Ein Sof [lumière infinie], au-dessus de tout lien avec les mondes, « Ma grandeur » ; et par là s'accroissent aussi l'expansion et la révélation de Havayé. Cet épanchement passe par le service des tsadikim, les « humbles ». Quant à « les pauvres d'entre les hommes exulteront dans le Saint d'Israël », c'est l'épanchement du degré de « Ma sainteté » (au-dessus de votre sainteté) par la téchouva.
וְיֵשׁ לוֹמַר, שֶׁהוֹסָפַת הַשִּׂמְחָה בהוי' שעי"ז מִיתּוֹסֵף בְּהַהַמְשָׁכָה וְהַגִּילּוּי שֶׁלּוֹ הוּא הַמְשָׁכַת בְּחִינַת גְּדֻלָּתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִגְּדֻלַּתְכֶם. שֶׁהַגְּדוֹלָה (הַהִתְפַּשְּׁטוּת) דהוי' כְּמוֹ שֶׁהוּא מִצַּד עַצְמוֹ, הִיא גְּדוֹלָה הַשַּׁיֶּיכֶת לְעוֹלָמוֹת וְנִבְרָאִים, גְּדֻלַּתְכֶם, אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ גְּבוּל בְּהַהִתְפַּשְּׁטוּת וְהַגִּילּוּי שֶׁלּוֹ. וְעִנְיָן וְיָסְפוּ גו' בהוי' הוּא שֶׁנִּמְשֶׁכֶת בּוֹ הַגְּדוֹלָה דאוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מִשַּׁיָּכוּת לְעוֹלָמוֹת, גְּדֻלָּתִי, ועי"ז מִיתּוֹסֵף גַּם בְּהַהִתְפַּשְּׁטוּת וְהַגִּילּוּי דהוי'. דְּהַמְשָׁכָה זוֹ הִיא ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים, עֲנָוִים. וְעִנְיָן וְאֶבְיוֹנֵי אָדָם בִּקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל יָגִילוּ הוּא הַמְשָׁכַת בְּחִינַת קְדֻשָּׁתִי (שֶׁלְּמַעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם) ע"י הַתְּשׁוּבָה.
Cela se comprendra en commençant par ce qui est dit : « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère, qui a tété aux seins de ma mère… ». Rachi explique : « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère » : que tu viennes me consoler, comme Yossef l'a fait pour ses frères, qui lui avaient fait du mal, et à son sujet il est dit : « Il les consola ». Et le Midrach rapporte : « Comme quel frère ? etc. Il faut dire : comme Yossef envers Binyamin. »
ד) וְיוּבַן זֶה בְּהַקְדִּים מ"ש מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמִּי גו', וּפֵרֵשׁ רש"י, מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי, שֶׁתָּבוֹא לְנַחֲמֵנִי כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה יוֹסֵף לְאֶחָיו שֶׁגְּמָלוּהוּ רָעָה וְנֶאֱמַר בּוֹ וַיְנַחֵם אוֹתָם. וּבַמִּדְרָשׁ אִיתָא, בָּאֵי זֶה אָח כו' הָוֵי אוֹמֵר כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין.
« Ah ! si tu étais pour moi comme un frère, qui a tété le sein de ma mère ! Je te trouverais dehors, je t’embrasserais, et l’on ne me mépriserait pas. »
מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי יוֹנֵק שְׁדֵי אִמִּי אֶמְצָאֲךָ בַחוּץ אֶשָּׁקְךָ גַּם לֹא יָבֻזוּ לִי:
Le Tséma'h Tsédek explique pourquoi nous demandons à HaKadoch Barou'h Hou (selon l'explication du Midrach) d'être pour nous comme Yossef envers Binyamin, et non comme Yossef envers ses frères [bien que la conduite de Yossef envers ses frères soit plus remarquable : ils ne s'étaient pas conduits envers lui comme il convenait, et il leur a pourtant fait de grands bienfaits]. La raison en est que, dans sa conduite envers ses frères, Yossef les a d'abord fait souffrir, afin d'obtenir ainsi pour eux le pardon de la faute qu'ils avaient commise en le vendant (et ce n'est qu'ensuite qu'il leur a fait du bien). Or nous demandons : « efface dans Ta grande compassion, mais non par des souffrances ». C'est pourquoi nous disons que HaKadoch Barou'h Hou soit pour nous comme Yossef envers Binyamin.
וּמְבֹאָר הצ"צ, דְּהַטַּעַם עַל זֶה שֶׁאָנוּ מְבַקְּשִׁים מהקב"ה (לְפֵירוּשׁ הַמִּדְרָשׁ) שיהי' לָנוּ כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין וְלֹא כְּיוֹסֵף לְאֶחָיו [אַף שֶׁהַנְהָגַת יוֹסֵף לְאֶחָיו הוּא רְבוּתָא טְפֵי דַּהֲגַם שֶׁלֹּא נָהֲגוּ עִמּוֹ כָּרָאוּי מ"מ גָּמַל לָהֶם טוֹבוֹת גְּדוֹלוֹת], הוּא, כִּי הַנְהָגַת יוֹסֵף לְאֶחָיו הָיְתָה שֶׁבַּתְּחִלָּה צִעֵר יוֹסֵף אֵת אֶחָיו, בִּכְדֵי שעי"ז יִתְכַּפֵּר לָהֶם הֶעָוֹן שֶׁמְּכָרוּהוּ (וְרַק אח"כ גָּמַל לָהֶם טוֹב), וְכֵיוָן שֶׁאָנוּ מְבַקְּשִׁים מְחוֹק בְּרַחֲמֶיךָ הָרַבִּים אֲבָל לֹא עַל יְדֵי יִסּוּרִים, לָכֵן אוֹמְרִים שהקב"ה יהי' לָנוּ כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין.
Il faut toutefois comprendre. La demande « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère » signifie que, bien que notre conduite n'ait pas été celle qui convient, HaKadoch Barou'h Hou soit néanmoins pour nous comme un frère. Comment l'exemple de Yossef envers Binyamin peut-il alors s'y appliquer ?
וְצָרִיךְ לְהָבִין, הֲרֵי הַבַּקָּשָׁה מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי הִיא דַּהֲגַם שֶׁהַנְהָגָתֵנוּ הָיְתָה שֶׁלֹּא כָּרָאוּי מ"מ יהי' הקב"ה לָנוּ כְּאָח, וְאֵיךְ שַׁיָּךְ עַל זֶה הַדֻּגְמָא דִּכְיוֹסֵף לְבִנְיָמִין.
Or il est expliqué dans le Likouteï Torah, au discours qui commence par « Mi yitenkha kea'h li », que « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère… » se rapporte aux tsadikim, et que « je te trouverais dehors… » se rapporte aux ceux qui reviennent vers Hachem [baalei téchouva].
וְהִנֵּה מְבוּאָר בלקו"ת ד"ה מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי, דְּמִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי גו' קָאֵי עַל צַדִּיקִים, וְאֶמְצָאֲךָ בַּחוּץ גו' קָאֵי עַל בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה.
À première vue, on pourrait dire que le Likouteï Torah, en rapportant « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère » aux tsadikim, suit l'explication du Midrach, selon laquelle « comme un frère pour moi » signifie « comme Yossef envers Binyamin ». Selon l'explication de Rachi en revanche, pour qui « comme un frère pour moi » signifie « comme Yossef envers ses frères », le début du passouk parle lui aussi des baalei téchouva.
וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לוֹמַר, דמ"ש בלקו"ת שֶׁמִּי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי קָאֵי עַל צַדִּיקִים הוּא לְפֵירוּשׁ הַמִּדְרָשׁ שֶׁכְּאָח לִי הוּא כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין, משא"כ לְפֵירוּשׁ רש"י שֶׁכְּאָח לִי הוּא כְּיוֹסֵף לְאֶחָיו, גַּם הַתְחָלַת הַכָּתוּב מִדְבָּר בְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה.
Mais selon ce qui a été rapporté plus haut au nom du Tséma'h Tsédek, le Midrach explique « comme Yossef envers Binyamin » (et non « comme Yossef envers ses frères ») parce que la demande est que HaKadoch Barou'h Hou efface nos fautes sans passer par des souffrances. On en conclut, semble-t-il, que même selon l'explication du Midrach le passouk parle des baalei téchouva. Or le Likouteï Torah explique que « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère » se rapporte aux tsadikim.
אֲבָל לְפִי הַמּוּבָא לְעֵיל מהצ"צ דְּזֶה שֶׁהַמִּדְרָשׁ מְפָרֵשׁ כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין (וְלֹא כְּיוֹסֵף לְאֶחָיו) הוּא כִּי הַבַּקָּשָׁה הִיא שהקב"ה יִמְחֹק אֵת עֲוֹנֹתֵינוּ שֶׁלֹּא ע"י יִסּוּרִים, מוּבָן לִכְאוֹרָה, שֶׁגַּם לְפֵירוּשׁ הַמִּדְרָשׁ מִדְבָּר הַכָּתוּב בְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה, ובלקו"ת מְפָרֵשׁ שֶׁמִּי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי קָאֵי עַל צַדִּיקִים.
Or il est connu que l'intention (d'en haut) de la descente de Yossef en Égypte était qu'il recueille toutes les étincelles de sainteté qui se trouvaient en Égypte (« Yossef recueillit tout l'argent qui se trouvait au pays d'Égypte »), afin que la galout leur soit ainsi allégée. Que la descente de Yossef en Égypte ait été la cause de la galout d'Égypte, cela n'est vrai que sur le plan extérieur. Dans la pnimiyout, c'est l'inverse : la descente de Yossef en Égypte a allégé la galout.
ה) וְהִנֵּה יָדוּעַ דְּהַכַּוָּנָה (לְמָעְלָה) בִּירִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הָיְתָה בִּכְדֵי שֶׁיְּלַקֵּט אֵת כָּל נִיצוֹצוֹת הַקְּדֻשָּׁה שֶׁהָיוּ בְּמִצְרַיִם, וַיְלַקֵּט יוֹסֵף אֵת כָּל הַכֶּסֶף הַנִּמְצָא בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם, ועי"ז יוּקַל לָהֶם הַגָּלוּת. דְּזֶה שֶׁיְּרִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הָיְתָה הַסִּבָּה לְגַלּוֹת מִצְרַיִם, הוּא בְּחִיצוֹנִיּוּת, אֲבָל בִּפְנִימִיּוּת הוּא אַדְּרַבָּה, שע"י יְרִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הוּקַל הַגָּלוּת.
En effet, le décret était qu'ils seraient en galout pendant quatre cents ans. Mais parce que Yossef est descendu en Égypte, ils ne sont restés dans la galout d'Égypte que deux cent dix ans (Yossef ayant opéré le birour [le tri qui dégage et élève] des étincelles qui se trouvaient en Égypte avant que les enfants d'Israël n'y descendent, ils n'ont pas eu besoin de procéder à autant de birour). Plus encore : la dureté de l'asservissement n'a duré que quatre-vingt-six ans.
שֶׁהַגְּזֵרָה הָיְתָה שֶׁיִּהְיוּ בְּגָלוּת אַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה, וע"י שֶׁיָּרַד יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הָיוּ בְּגָלוּת מִצְרַיִם רַק רד"ו שָׁנָה (כִּי ע"י שֶׁיּוֹסֵף בֵּרֵר אֵת הַנִּיצוֹצוֹת שֶׁהָיוּ בְּמִצְרַיִם לִפְנֵי שֶׁיָּרְדוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לְמִצְרַיִם לֹא הֻצְרְכוּ לְבָרֵר כ"כ), וִיתֵירָה מִזּוֹ, שֶׁקֹּשִׁי הַשִּׁעְבּוּד הי' רַק פ"ו שָׁנָה.
On comprend ainsi que la vente de Yossef en Égypte par les tribus [chevatim], loin de contredire l'intention, y était au contraire conforme : telle était l'intention suprême, que Yossef descende le premier en Égypte afin d'alléger la galout. Seulement, comme eux ne connaissaient pas cette intention, cela leur a été compté comme une faute.
וּמִזֶּה מוּבָן, דְּזֶה שֶׁהַשְּׁבָטִים מָכְרוּ אֵת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם, לֹא רַק שֶׁלֹּא הי' הֵפֶךְ הַכַּוָּונָה, אֶלָּא אַדְּרַבָּה, כֵּן הָיְתָה הַכַּוָּונָה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁיּוֹסֵף יָרַד תְּחִלָּה לְמִצְרַיִם בִּכְדֵי לְהָקֵל אֵת הַגָּלוּת. אֶלָּא שֶׁכֵּיוָן שֶׁהֵם לֹא יָדְעוּ הַכַּוָּונָה לָכֵן לְגַבָּם נֶחְשָׁב זֶה לְחֵטְא.
À noter : à première vue, ce qui vient d'être dit [que la vente de Yossef en Égypte par les tribus était conforme à l'intention] vaut, semble-t-il, aussi selon l'explication (qui est celle du sens simple) d'après laquelle la descente de Yossef en Égypte avait pour but d'amener par elle la galout d'Égypte [selon l'interprétation de nos Sages, de mémoire bénie, sur le passouk « Il l'envoya de la vallée [émek] de 'Hévron »].
וּלְהָעִיר, שֶׁלִּכְאוֹרָה, עִנְיָן הנ"ל [דְּזֶה שֶׁהַשְּׁבָטִים מָכְרוּ אֵת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הָיְתָה כְּפִי הַכַּוָּונָה] הוּא, לִכְאוֹרָה, גַּם לְהַבֵּאוּר (כְּמוֹ שֶׁהוּא בְּפַשְׁטוּת) שֶׁהַכַּוָּונָה בִּירִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הָיְתָה בִּכְדֵי שעי"ז יהי' גָּלוּת מִצְרַיִם, [כִּדְרָשַׁת חז"ל עה"פ וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֹמֶק חֶבְרוֹן].
Seulement, selon cette explication, la vente de Yossef en Égypte par les tribus a produit la galout, qui n'est pas une chose souhaitable. Car si la galout d'Égypte avait pour but de les rendre dignes de recevoir la Torah, la galout en elle-même n'en demeure pas moins une chose non souhaitable. Selon l'explication d'après laquelle la descente de Yossef en Égypte a allégé la galout, en revanche, la vente de Yossef en Égypte par les tribus (qui l'y ont fait descendre) est une chose souhaitable (et leur faute tenait seulement à ce que ce n'était pas là leur intention).
אֶלָּא, שֶׁלְּפִי בֵּיאוּר זֶה, ע"י שֶׁהַשְּׁבָטִים מָכְרוּ אֵת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם נַעֲשֶׂה הַגָּלוּת, עִנְיָן בִּלְתִּי רָצוּי. דַּהֲגַם שֶׁהַכַּוָּונָה בְּגָלוּת מִצְרַיִם הָיְתָה בִּכְדֵי שעי"ז יִזְכּוּ לְקַבָּלַת הַתּוֹרָה, מ"מ, הַגָּלוּת עַצְמוֹ הוּא עִנְיָן בִּלְתִּי רָצוּי. משא"כ לְהַבֵּאוּר שע"י יְרִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הוּקַל הַגָּלוּת, זֶה שֶׁהַשְּׁבָטִים מָכְרוּ (הוֹרִידוּ) אֵת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הוּא עִנְיָן רָצוּי (וְהַחֵטְא שֶׁלָּהֶם הי' רַק מִפְּנֵי שֶׁלֹּא זֶה הָיְתָה כַּוָּנָתָם).
« Et maintenant, ne vous affligez pas et ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver la vie que D.ieu m'a envoyé devant vous. »
וְעַתָּה אַל תֵּעָצְבוּ וְאַל יִחַר בְּעֵינֵיכֶם כִּי מְכַרְתֶּם אֹתִי הֵנָּה כִּי לְמִחְיָה שְׁלָחַנִי אֱלֹקִים לִפְנֵיכֶם:
Sur cette base, on peut expliquer ce que Yossef dit aux tribus : « Et maintenant, ne vous affligez pas, et ne vous en veuillez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver la vie que D.ieu m'a envoyé devant vous. » Car à première vue, toutes les fautes, bien qu'elles soient le contraire de la volonté d'en haut, se produisent selon la supervision divine d'en haut [hachga'ha elyona] et selon Sa volonté, béni soit-Il. Et pourtant, puisque l'homme commet la faute par son libre choix (comme il est expliqué en plusieurs endroits, la supervision divine d'en haut, pour ce qui touche à la Torah et aux mitsvot, ne contredit pas le libre choix), il s'ensuit que l'homme qui faute s'est lui-même fait du tort. C'est pourquoi il lui convient de pleurer et de se lamenter sur ses fautes. Pourquoi donc Yossef a-t-il dit à ses frères : « ne vous affligez pas, et ne soyez pas irrités à vos propres yeux », etc. ?
ועפ"ז יֵשׁ לְבָאֵר מַה שֶׁאָמַר יוֹסֵף לְהַשְּׁבָטִים וְעַתָּה אֶל תֵּעָצְבוּ וְאֶל יִחַר בְּעֵינֵיכֶם כִּי מְכַרְתֶּם אוֹתִי הִנֵּה כִּי למחי' שְׁלָחַנִי אֱלֹקִים לִפְנֵיכֶם, דְּלִכְאוֹרָה, הֲרֵי כָּל הַחֲטָאִים (הֲגַם שֶׁהֵם הֵפֶךְ רְצוֹן הָעֶלְיוֹן) הֵם ע"פ הַהַשְׁגָּחָה הָעֶלְיוֹנָה וע"פ רְצוֹנוֹ ית', ואעפ"כ, כִּיוֵּן שֶׁעֲשִׂיַּת הַחֵטְא שֶׁל הָאָדָם הִיא בִּבְחִירָתוֹ הַחָפְשִׁית [וּכַמְבוֹאָר בכ"מ שֶׁהַהַשְׁגָּחָה הָעֶלְיוֹנָה (בְּנוֹגֵעַ לְהָעִנְיָנִים דתומ"צ) אֵינָהּ בִּסְתִירָה לְעִנְיַן הַבְּחִירָה], נִמְצָא שֶׁהָאָדָם הַחוֹטֵא הוּא הִפְסִיד אֵת עַצְמוֹ וּלְפִיכָךְ רָאוּי לוֹ לִבְכּוֹת וּלְקוֹנֵן עַל חֲטָאָיו, וְלָמָּה אָמַר יוֹסֵף לְאֶחָיו אֶל תֵּעָצְבוּ וְאֶל יִחַר בְּעֵינֵיכֶם גו'.
On peut proposer l'explication suivante. Dans toutes les fautes, ce que l'homme a fait n'est pas souhaité : c'est le contraire de la volonté d'en haut. Puisque les fautes, elles aussi, se produisent selon la supervision divine d'en haut, on est certes obligé de dire qu'elles ont une intention. Mais cette intention ne porte pas sur les fautes elles-mêmes, à D.ieu ne plaise : elle porte sur le fait qu'à travers les fautes, l'homme viendra ensuite à la téchouva. Les fautes elles-mêmes, elles, sont le contraire de la volonté d'en haut. C'est pourquoi il faut pleurer et se lamenter sur elles.
וְיֵשׁ לוֹמַר הַבֵּיאוּר בָּזֶה, דִּבְכָל הַחֲטָאִים, הָעִנְיָנִים שֶׁהָאָדָם עָשָׂה הֵם דְּבָרִים בִּלְתִּי רְצוּיִים, הֵפֶךְ רְצוֹן הָעֶלְיוֹן. דַּהֲגַם שֶׁמִּזֶּה שֶׁגַּם הַחֲטָאִים הֵם ע"פ הַהַשְׁגָּחָה הָעֶלְיוֹנָה מוּכְרָח לוֹמַר שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם כַּוָּנָה, הֲרֵי הַכַּוָּונָה הִיא לֹא בְּהַחֲטָאִים עַצְמָם ח"ו אֶלָּא בָּזֶה שע"י הַחֲטָאִים יָבוֹא אח"כ לִתְשׁוּבָה, אֲבָל הַחֲטָאִים עַצְמָם הֵם הֵפֶךְ רְצוֹן הָעֶלְיוֹן, וְלָכֵן צָרִיךְ לִבְכּוֹת וּלְקוֹנֵן עֲלֵיהֶם.
Mais quand les tribus ont vendu Yossef en Égypte, l'intention portait sur la descente elle-même, et non sur la téchouva qu'ils en feraient : « c'est pour préserver la vie que D.ieu m'a envoyé devant vous ». [En particulier, comme il a été rapporté plus haut : la descente de Yossef en Égypte a allégé la galout. On peut dire que cela est suggéré dans la suite des paroles de Yossef, dans le verset [passouk] : « D.ieu m'a envoyé devant vous pour vous assurer un reste sur la terre », etc.] C'est pourquoi : « ne vous affligez pas, etc., de m'avoir vendu ici ».
אֲבָל זֶה שֶׁהַשְּׁבָטִים מָכְרוּ אֵת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם, כִּיוֵּן שֶׁהַכַּוָּונָה בָּזֶה הִיא (לֹא בִּכְדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ תְּשׁוּבָה עַל זֶה, אֶלָּא שֶׁהַכַּוָּונָה הִיא) בְּהַיְרִידָה עַצְמָהּ, למחי' שְׁלָחַנִי אֱלֹקִים לִפְנֵיכֶם [וּבִפְרָט לְהַמּוּבָא לְעֵיל שע"י יְרִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הוּקַל הַגָּלוּת, דְּיֵשׁ לוֹמַר שֶׁעִנְיָן זֶה מְרוּמָּז בְּהֶמְשֵׁךְ דִּבְרֵי יוֹסֵף בַּכָּתוּב וַיִּשְׁלָחֵנִי אֱלֹקִים לִפְנֵיכֶם לָשׂוּם לָכֶם שְׁאֵרִית בְּאֶרֶץ גו'], לָכֵן אֶל תֵּעָצְבוּ גו' כִּי מְכַרְתֶּם אוֹתִי הִנֵּה.
Il reste cependant possible d'objecter : bien que « c'est pour préserver la vie que D.ieu m'a envoyé devant vous », il s'agissait néanmoins, pour Yossef lui-même, d'une chose non souhaitée. C'est pourquoi il a ajouté : « Ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, mais D.ieu ; Il m'a établi comme un père pour Pharaon, etc., et comme gouverneur de tout le pays d'Égypte. » La descente de Yossef en Égypte était donc une chose souhaitée, pour Yossef aussi.
אֶלָּא שֶׁעֲדַיִן מָקוֹם לוֹמַר, דַּהֲגַם שלמחי' שְׁלָחַנִי אֱלֹקִים לִפְנֵיכֶם מ"מ בְּנוֹגֵעַ לְיוֹסֵף עַצְמוֹ הי' זֶה עִנְיָן בִּלְתִּי רָצוּי, לָכֵן הוֹסִיף לֹא אַתֶּם שְׁלַחְתֶּם אוֹתִי הִנֵּה כִּי הָאֱלֹקִים וַיְשִׂימֵנִי לְאָב לְפַרְעֹה גו' וּמוֹשֵׁל בְּכָל אֶרֶץ מִצְרַיִם, שֶׁיְּרִידַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם הָיְתָה דָּבָר רָצוּי גַּם בְּנוֹגֵעַ לְיוֹסֵף.
[À noter : il en va de même dans tout ce qui se passe entre un homme et son prochain. Comme il est expliqué dans le Tanya, même quand un homme fait du mal à son prochain, en vérité « cela lui est venu de Hachem ». On peut ajouter qu'il en résulte un bien pour lui, car « tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien ». Seulement, dans la vente de Yossef, ce bien était visible.]
[וּלְהָעִיר, שעד"ז הוּא בְּכָל הָעִנְיָנִים שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ. וּכַמְבוֹאָר בְּתַנְיָא שֶׁגַּם כְּשֶׁאָדָם גּוֹמֵל לַחֲבֵירוֹ הֵפֶךְ הַטּוֹב, הָאֱמֶת הִיא שֶׁמֵּאֵת ה' הָיְתָה זֹאת לוֹ, וְיֵשׁ לְהוֹסִיף, דְּמִזֶּה מוּבָן שיהי' לוֹ טוֹבָה מִזֶּה, שֶׁהֲרֵי כָּל דְּעָבִיד רַחֲמָנָא לְטַב עָבֵד. אֶלָּא שֶׁבִּמְכִירַת יוֹסֵף הי' זֶה בְּגִילּוּי].
Or, selon ce qui est connu, toutes les choses de la Torah sont d'une précision absolue. On peut donc dire que nous demandons « Ah ! que n'es-tu comme un frère pour moi », comme Yossef l'a fait pour ses frères [car bien qu'ils aient commis une chose indésirable, il les a néanmoins comblés de grands bienfaits], parce que toute chose indésirable que fait l'homme est à l'image de ce que les tribus ont fait à Yossef en le vendant en Égypte.
ו) וְהִנֵּה ע"פ הַיָּדוּעַ שֶׁכָּל הָעִנְיָנִים שֶׁבַּתּוֹרָה הֵם בְּתַכְלִית הַדִּיּוּק, יֵשׁ לוֹמַר, דְּזֶה שֶׁאָנוּ מְבַקְּשִׁים מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה יוֹסֵף לְאֶחָיו [דַּהֲגַם שֶׁעָשׂוּ דָּבָר בִּלְתִּי רָצוּי מ"מ גָּמַל לָהֶם טוֹבוֹת גְּדוֹלוֹת], הוּא, כִּי כָּל דָּבָר בִּלְתִּי רָצוּי שֶׁאָדָם עוֹשֶׂה הוּא דּוּגְמַת הָעִנְיָן שֶׁעָשׂוּ הַשְּׁבָטִים לְיוֹסֵף שֶׁמָּכְרוּ אוֹתוֹ לְמִצְרַיִם,
Et la demande « Ah ! que n'es-tu comme un frère pour moi » signifie ceci : bien que, par nos actes qui ne sont pas bons, nous ayons causé à HaKadoch Barou'h Hou une chose à l'image de la vente de Yossef en Égypte (comme on le verra plus loin), qu'Il nous comble néanmoins de bienfaits, comme Yossef l'a fait pour ses frères.
וְהַבַּקָּשָׁה מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי הִיא, דַּהֲגַם שע"י מַעֲשֵׂינוּ הֲלֹא טוֹבִים גָּרַמְנוּ להקב"ה עִנְיָן שֶׁבְּדֻגְמַת מְכִירַת יוֹסֵף לְמִצְרַיִם (כְּדִלְקַמָּן) מ"מ יִגְמֹל לָנוּ טוֹבוֹת כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה יוֹסֵף לְאֶחָיו.
Voici l'explication : la descente de l'âme ici-bas, où elle se revêt du corps et de l'âme animale, est une véritable galout. Bien plus : l'âme est captive du corps et de l'âme animale, emprisonnée par eux.
וְהָעִנְיָן הוּא, דִּירִידַת הַנְּשָׁמָה לְמַטָּה וְהִתְלַבְּשׁוּתָהּ בַּגּוּף וְנֶפֶשׁ הַבַּהֲמִית הִיא גָּלוּת מַמָּשׁ, וִיתֵירָה מִזֶּה, שֶׁהַנְּשָׁמָה הִיא בשבי' וּבְמַאֲסַר הַגּוּף ונה"ב.
L'intention de la descente de l'âme ici-bas est de trier [birour : dégager le bien de ce qui le recouvre] et d'affiner [zikoukh] le corps, l'âme animale et la part de l'homme dans le monde, et d'en faire des récipients [kelim] pour la Divinité. Elle est aussi que, par le service qu'elle accomplit ici-bas, l'âme s'élève à un degré plus haut que celui où elle se tenait avant sa descente.
וְהַכַּוָּנָה בִּירִידַת הַנְּשָׁמָה לְמַטָּה הִיא בִּכְדֵי לְבָרֵר וּלְזַכֵּךְ אֵת הַגּוּף והנה"ב וְחֶלְקוֹ בָּעוֹלָם וְלַעֲשׂוֹתָם כֵּלִים לָאֱלֹקוּת וְגַם בִּכְדֵי שע"י עֲבוֹדַת הַנְּשָׁמָה לְמַטָּה תִּתְעַלֶּה לְמַדְרֵיגָה נַעֲלֵית יוֹתֵר מִכְּמוֹ שֶׁהָיְתָה קוֹדֵם יְרִידָתָהּ.
On comprend dès lors qu'à chaque instant où l'homme n'accomplit pas son service, la peine et les souffrances que l'âme endure du fait d'être en galout, prisonnière du corps et de l'âme animale, sont sans but. En effet, quand l'homme sert Hachem, l'intention de la descente de l'âme ici-bas s'accomplit sur les deux points mentionnés plus haut [le birour et l'affinement du corps, de l'âme animale et de sa part dans le monde, et l'élévation de l'âme]. L'âme éprouve alors un délice [taanoug] immense : celui d'accomplir la volonté de HaKadoch Barou'h Hou de trier et d'affiner le corps, par quoi s'accomplit l'intention d'une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim], et celui de l'élévation qu'elle atteint par son service ici-bas. Pour ce délice, toutes les souffrances que lui cause la descente en valent la peine. Mais aux instants où l'homme n'accomplit pas son service [et à plus forte raison aux instants où il fait des choses indésirables], le fait que l'âme soit en galout et emprisonnée dans le corps et l'âme animale, ainsi que la peine et les souffrances qu'elle en éprouve, sont sans but.
וּמִזֶּה מוּבָן, דְּכָל רֶגַע שֶׁהָאָדָם אֵינוֹ עוֹבֵד אֵת עֲבוֹדָתוֹ, הַצַּעַר וְהַיִּסּוּרִים דְּהַנְּשָׁמָה מִזֶּה שֶׁהִיא בְּגָלוּת וּבְמַאֲסַר הַגּוּף ונה"ב, הֵם לְלֹא תַּכְלִית. דִּבְשָׁעָה שֶׁהָאָדָם עוֹבֵד אֵת ה', כִּיוֵּן שעי"ז נִשְׁלֶמֶת הַכַּוָּונָה דִּירִידַת הַנְּשָׁמָה לְמַטָּה בְּנוֹגֵעַ לִשְׁנֵי עִנְיָנִים הנ"ל [בֵּירוּר וְזִיכּוּךְ הַגּוּף ונה"ב וְחֶלְקוֹ בָּעוֹלָם והעלי' דְּהַנְּשָׁמָה], הֲרֵי הַתַּעֲנוּג דְּהַנְּשָׁמָה מִזֶּה שֶׁהִיא מְשַׁלֶּמֶת רְצוֹן הקב"ה לְבָרֵר וּלְזַכֵּךְ אֵת הַגּוּף שעי"ז נִשְׁלֶמֶת הַכַּוָּונָה דְּדִירָה בַּתַּחְתּוֹנִים וְכֵן מהעלי' שֶׁלָּהּ ע"י עֲבוֹדָתָהּ לְמַטָּה הוּא תַּעֲנוּג גָּדוֹל בְּיוֹתֵר, שֶׁבִּשְׁבִיל זֶה כְּדַאי כָּל הַיִּסּוּרִים שֶׁלָּהּ מֵהַיְּרִידָה. אֲבָל בִּרְגָעִים אֵלֶּה שֶׁהָאָדָם אֵינוֹ עוֹבֵד עֲבוֹדָתוֹ [ומכש"כ בְּהָרְגָעִים שֶׁהוּא עוֹשֶׂה עִנְיָנִים בִּלְתִּי רְצוּיִים], זֶה שֶׁהַנְּשָׁמָה הִיא בְּגָלוּת וּבְמַאֲסָר בְּהַגּוּף ונה"ב, וְהַצַּעַר וְהַיִּסּוּרִים שֶׁיֵּשׁ לָהּ מִזֶּה, הֵם לְלֹא תַּכְלִית.
Et puisque l'âme est véritablement une parcelle de D.ieu d'en haut, la galout et la peine de l'âme sont (aussi) la galout et la peine de la Chekhina. Voilà pourquoi, par une conduite indésirable (y compris le simple fait de ne pas remplir sa mission, même sans commettre de transgression), l'homme fait pour ainsi dire à HaKadoch Barou'h Hou ce que les tribus ont fait à Yossef : elles l'ont vendu comme esclave, et cela a entraîné par la suite qu'il se retrouve aussi en prison.
וְכֵיוָן שֶׁהַנְּשָׁמָה הִיא חֵלֶק אֱלוֹקַה מִמַּעַל מַמָּשׁ, הֲרֵי הַגָּלוּת וְהַצַּעַר דְּהַנְּשָׁמָה הוּא (גַּם) גָּלוּת וְצַעַר דְּהַשְּׁכִינָה. וְזֶהוּ שע"י הַנְהָגָה בִּלְתִּי רצוי' שֶׁל הָאָדָם (כּוֹלֵל גַּם זֶה שֶׁאֵינוֹ מְמַלֵּא שְׁלִיחוּתוֹ, גַּם כְּשֶׁאֵינוֹ עוֹבֵר עֲבֵירָה) הוּא עוֹשֶׂה כִּבְיָכוֹל להקב"ה ע"ד מַה שֶׁעָשׂוּ הַשְּׁבָטִים לְיוֹסֵף, שֶׁמָּכְרוּ אוֹתוֹ לְעֶבֶד וְזֶה גָּרַם אח"כ שהי' גַּם בַּמַּאֲסָר.
Il y a là un autre point. Au sujet de ce que les tribus ont fait à Yossef, il est dit : « Nous sommes coupables… lorsqu'il nous suppliait, et nous n'avons pas écouté… ». Ne pas avoir eu pitié de lui quand il les suppliait est une culpabilité plus grande que la vente elle-même. Il en va de même dans l'application de la parabole : l'âme [et la Chekhina] supplient l'homme de les faire sortir de la galout et de la prison. Quand l'homme n'écoute pas la voix de leur supplication, c'est (sous ce rapport) plus grave que la conduite indésirable elle-même.
וְעוֹד עִנְיָן בָּזֶה, שֶׁבְּנוֹגֵעַ מַעֲשֵׂה הַשְּׁבָטִים לְיוֹסֵף נֶאֱמַר אֲשֵׁמִים אֲנַחְנוּ גו' בְּהִתְחַנְנוֹ אֵלֵינוּ וְלֹא שָׁמָעְנוּ גו', דְּזֶה שֶׁלֹּא רִחֲמוּ עָלָיו בְּהִתְחַנְנוֹ אֲלֵיהֶם הִיא אַשְׁמָה גְּדוֹלָה יוֹתֵר מֵהַמְּכִירָה עַצְמָהּ, עד"ז הוּא בְּהַנִּמְשָׁל, שֶׁהַנְּשָׁמָה [וְהַשְּׁכִינָה] מִתְחַנְּנִים לְהָאָדָם שֶׁיּוֹצִיא אוֹתָם מֵהַגָּלוּת וְהַמַּאֲסָר, וּכְשֶׁהָאָדָם אֵינוֹ שׁוֹמֵעַ לְקוֹל תְּחִנָּתָם הוּא (בְּעִנְיַן זֶה) גָּרוּעַ יוֹתֵר מֵהַהַנְהָגָה הַבִּלְתִּי רצוי' עַצְמָהּ.
Tel est le sens de « Ah ! que n'es-tu comme un frère pour moi », comme Yossef l'a fait pour ses frères. Cela comporte plusieurs aspects.
ז) וְזֶהוּ מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי, כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה יוֹסֵף לְאֶחָיו, דְּכַמָּה עִנְיָנִים בָּזֶה.
De même que Yossef a pourvu à la subsistance de ses frères et de leurs jeunes enfants, et leur a aussi donné une propriété dans le meilleur du pays, nous demandons à HaKadoch Barou'h Hou que, bien que nous ayons fauté devant Lui, Il nous donne néanmoins tout bien.
דִּכְמוֹ שֶׁיּוֹסֵף כִּלְכֵּל אֵת אֶחָיו וְאֶת טַפָּם וְגַם נִתַּן לָהֶם אֲחֻזָּה בְּמֵיטַב הָאָרֶץ, כֵּן אָנוּ מְבַקְּשִׁים מהקב"ה דַּהֲגַם שֶׁחָטָאנוּ לְפָנָיו מ"מ יִתֵּן לָנוּ כָּל טוֹב.
Et de même que Yossef n'avait pas de rancœur dans son cœur contre ses frères pour l'avoir vendu comme esclave [en plus de les avoir comblés de bienfaits dans les faits, il n'avait pas non plus de rancœur contre eux dans son cœur], et qu'au contraire il s'est efforcé d'obtenir que leur faute soit pardonnée [comme on l'a rapporté plus haut (paragraphe 4) : s'il les a fait souffrir, c'était pour que leur faute en soit effacée], nous demandons à HaKadoch Barou'h Hou de nous pardonner toutes nos fautes.
וּכְמוֹ שֶׁיּוֹסֵף לֹא הי' טִינָא בְּלִבּוֹ עַל אֶחָיו עַל זֶה שֶׁמָּכְרוּ אוֹתוֹ לְעֶבֶד [דְּנוֹסָף לָזֶה שֶׁבְּפוֹעֵל גָּמַל לָהֶם טוֹבוֹת, גַּם בְּלִבּוֹ לֹא הי' לוֹ טִינָא עֲלֵיהֶם] וְאַדְּרַבָּא הִשְׁתַּדֵּל שֶׁיִּתְכַּפֵּר עֲוֹנָם [וּכְמוּבָא לְעֵיל (סְעִיף ד) דְּזֶה שֶׁצִּעֵר אוֹתָם הוּא בִּכְדֵי שעי"ז יִתְמָרֵק עֲוֹנָם], כֵּן אָנוּ מְבַקְּשִׁים מהקב"ה שֶׁיִּמְחוֹל לָנוּ עַל כָּל עֲוֹנֹתֵינוּ.
Car le pardon de la faute de la vente de Yossef est venu par la souffrance qu'ils ont endurée. Nous, nous demandons que HaKadoch Barou'h Hou nous pardonne nos fautes sans passer par les souffrances. Comme l'écrit le Tséma'h Tsédek, HaKadoch Barou'h Hou est tout-puissant pour pardonner sans souffrances. C'est dans la ligne de ce que disent nos Sages, de mémoire bénie : on a interrogé HaKadoch Barou'h Hou, et Il a répondu : « Qu'il fasse téchouva, et il obtiendra le pardon. » Du côté de HaKadoch Barou'h Hou, qui est au-dessus de l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout], le pardon peut venir sans souffrances (et même sans korban [offrande]), par la seule téchouva.
שֶׁהַכַּפָּרָה דַּעֲוֹן מְכִירַת יוֹסֵף הָיְתָה ע"י שהי' לָהֶם צִעֵר, וְאָנוּ מְבַקְּשִׁים שהקב"ה יְכַפֵּר לָנוּ אֵת עֲוֹנֹתֵינוּ שֶׁלֹּא ע"י יִסּוּרִים. וכמ"ש הצ"צ, שהקב"ה הוּא כָּל יָכוֹל לִמְחוֹל בְּלִי יִסּוּרִים. וְהוּא ע"ד שֶׁאָמְרוּ רז"ל שֶׁאִלּוּ להקב"ה וְאָמַר יַעֲשֶׂה תְּשׁוּבָה וְיִתְכַּפֵּר לוֹ. שֶׁמִּצַּד הקב"ה שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת אֶפְשָׁר לִהְיוֹת הַכַּפָּרָה בְּלִי יִסּוּרִים (וַאֲפִילוּ בְּלִי קָרְבָּן) אֶלָּא ע"י תְּשׁוּבָה בִּלְבָד.
Et de même que Yossef s'est efforcé de les amener à faire téchouva [l'une des raisons pour lesquelles il les a fait souffrir était de les amener à faire téchouva, et de fait, après qu'il les eut fait souffrir, ils dirent : « En vérité, nous sommes coupables… »], nous demandons à HaKadoch Barou'h Hou de nous éveiller à revenir vers Lui [et que l'éveil à la téchouva vienne sans passer par les souffrances].
וּכְמוֹ שֶׁיּוֹסֵף הִשְׁתַּדֵּל שֶׁיַּעֲשׂוּ תְּשׁוּבָה [דְּמֵהַטְּעָמִים שֶׁצִּעֵר אוֹתָם הוּא בִּכְדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ תְּשׁוּבָה, שֶׁלְּאַחַר שֶׁצִּעֵר אוֹתָם אִמְרוּ אֲבָל אֲשֵׁמִים אֲנַחְנוּ גו'], כֵּן אָנוּ מְבַקְּשִׁים מהקב"ה שֶׁיְּעוֹרֵר אוֹתָנוּ לָשׁוּב אֵלָיו [וְשֶׁהַהִתְעוֹרְרוּת לִתְשׁוּבָה תהי' שֶׁלֹּא ע"י יִסּוּרִים].
Et de même que Yossef consola ses frères en leur disant : « Ne vous affligez pas, etc., de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver la vie [lemi'hya] que D.ieu m'a envoyé devant vous » (il leur fit ainsi connaître et leur révéla l'intention intérieure du fait qu'ils l'avaient vendu en Égypte : non seulement cela n'allait pas contre la volonté suprême, mais au contraire, c'était la volonté suprême, afin que l'exil s'en trouve allégé, comme on l'a vu plus haut au paragraphe 5), de même nous demandons à HaKadoch Barou'h Hou non seulement de nous pardonner nos fautes, mais, bien plus, que se révèle que l'intention intérieure des fautes est la supériorité de la téchouva. Et parce que se révèlent l'intention et le but des fautes, celles-ci se transforment en mérites.
וּכְמוֹ שֶׁיּוֹסֵף נִחֵם אֵת אֶחָיו וְאָמַר לָהֶם אֶל תֵּעָצְבוּ גו' כִּי מְכַרְתֶּם אוֹתִי הִנֵּה כִּי למחי' שְׁלָחַנִי אֱלֹקִים לִפְנֵיכֶם, שֶׁהוֹדִיעַ וְגִילָה לָהֶם הַכַּוָּונָה הַפְּנִימִית בָּזֶה שֶׁמָּכְרוּ אוֹתוֹ לְמִצְרַיִם, דְּלֹא רַק שֶׁאֵין זֶה הֵפֶךְ רְצוֹן הָעֶלְיוֹן אֶלָּא אַדְּרַבָּה זֶה הי' רְצוֹן הָעֶלְיוֹן בִּכְדֵי שעי"ז יוּקַל הַגָּלוּת (כנ"ל סְעִיף ה), כֵּן אָנוּ מְבַקְּשִׁים מהקב"ה, דְּלֹא רַק שֶׁיִּמְחוֹל לָנוּ אֵת עֲוֹנֹתֵינוּ אֶלָּא יְתֵירָה מִזֶּה שֶׁיִּתְגַּלֶּה שֶׁהַכַּוָּונָה הַפְּנִימִית דְּהַחֲטָאִים הִיא הַמַּעֲלָה דִּתְשׁוּבָה, וע"י שֶׁמִּתַּגְלִית הַכַּוָּונָה וְהַתַּכְלִית דְּהַחֲטָאִים, נֶהְפָּכִים הֵם לִזְכֻיּוֹת.
Or, bien que, de manière générale, le service de la téchouva soit plus élevé que le service de la Torah et des mitsvot (c'est pourquoi « à l'endroit où se tiennent les ceux qui reviennent vers Hachem [baalei téchouva], les tsadikim parfaits ne peuvent se tenir »), l'intention d'une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim] s'accomplit néanmoins précisément par le service des tsadikim.
ח) וְהִנֵּה אַף שֶׁבִּכְלָל עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה הִיא נַעֲלֵית יוֹתֵר מֵהָעֲבוֹדָה דתומ"צ, שֶׁלָּכֵן מָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה עוֹמְדִין אֵין צַדִּיקִים גְּמוּרִין יְכוֹלִין לַעֲמוֹד בּוֹ, מ"מ הַכַּוָּונָה דְּדִירָה בַּתַּחְתּוֹנִים נִשְׁלֶמֶת ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים דַּוְקָא.
C'est ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : si le Beth HaMikdach se trouvait précisément dans la part de Binyamin, c'est parce que Binyamin n'avait pas pris part à la vente de Yossef. À première vue, cela ne se comprend pas : les tribus ont fait téchouva pour avoir vendu Yossef, et « à l'endroit où se tiennent les baalei téchouva, les tsadikim parfaits ne peuvent se tenir ». Pourquoi donc le Beth HaMikdach fut-il bâti précisément dans la part de Binyamin ?
וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ רז"ל דְּהַטַּעַם עַל זֶה שביהמ"ק הי' בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין דַּוְקָא הוּא כִּי בִּנְיָמִין לֹא הי' בִּמְכִירַת יוֹסֵף, דְּלִכְאוֹרָה אֵינוֹ מוּבָן, הֲרֵי הַשְּׁבָטִים עֵשָׂו תְּשׁוּבָה עַל זֶה שֶׁמָּכְרוּ אֵת יוֹסֵף, וּבְמָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה עוֹמְדִין אֵין צַדִּיקִים גְּמוּרִין יְכוֹלִין לַעֲמוֹד בּוֹ, וְלָמָּה נִבְנֶה ביהמ"ק בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין דַּוְקָא.
Il est expliqué dans la 'Hassidout que la supériorité des baalei téchouva sur les tsadikim consiste en ce que la téchouva fait atteindre plus haut. Mais pour qu'il y ait un épanchement de la révélation de la Divinité en bas, une demeure dans les mondes inférieurs, il faut le service des tsadikim. Et puisque le Beth HaMikdach est précisément une demeure dans les mondes inférieurs, il se trouvait dans la part de Binyamin.
וּמְבֹאָר בַּחֲסִידוּת, שֶׁהַמַּעֲלָה דְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה עַל צַדִּיקִים הִיא שע"י הַתְּשׁוּבָה מַגִּיעִים לְמָעְלָה יוֹתֵר, אֲבָל בִּכְדֵי שתהי' הַמְשָׁכַת גִּילּוּי אֱלֹקוּת לְמַטָּה, דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים, הוּא ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים. וְכֵיוָן שביהמ"ק הו"ע דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים, לָכֵן הי' בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין.
Voici de quoi il s'agit : la supériorité des baalei téchouva par rapport aux tsadikim est qu'ils soumettent leur penchant [yétser], ce qui est la qualité de l'itkafia [soumission] ; la supériorité des tsadikim est qu'ils transforment leur penchant, ce qui est la qualité de l'it'hapkha [transformation].
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּמַעֲלַת הַבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה לְגַבֵּי צַדִּיקִים הִיא שֶׁהֵם כּוֹבְשִׁים אֵת יִצְרָם, הַמַּעֲלָה דְּאִתְכַּפְּיָא, וּמַעֲלַת הַצַּדִּיקִים הִיא שֶׁהֵם מְהַפְּכִים אֵת יִצְרָם, הַמַּעֲלָה דְּאִתְהַפְכָא.
Parmi les différences entre itkafia et it'hapkha, il y a celle-ci : l'itkafia attire l'épanchement de la lumière infinie [Or Ein Sof] qui est au-dessus de l'ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout] [selon le propos : « Quand l'autre côté [sitra a'hra] est soumis, la gloire du Saint, béni soit-Il, s'élève [istalek] dans tous les mondes », c'est-à-dire l'épanchement de la lumière qui se trouve de manière égale dans tous les mondes, une lumière au-delà de tout rapport aux mondes]. Mais la révélation de l'épanchement obtenu par l'itkafia se produit de telle sorte que l'inférieur n'en est pas le récipient [keli] [car du fait même que l'inférieur se trouve dans un état où il doit se contraindre contre sa volonté et sa nature, on comprend qu'il n'est pas un récipient pour la révélation de la Divinité]. Pour que l'inférieur devienne récipient de la révélation, il faut le service de l'it'hapkha.
וּמֵהַחִלּוּקִים שֶׁבֵּין אִתְכַּפְיָא וְאִתְהַפְּכָא הוּא, שע"י אִתְכַּפְיָא הוּא הַמְשָׁכַת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת [כְּמַאֲמַר כַּד אִתְכַּפְיָא סט"א אִסְתַּלֵּק יִקָּרֵא דקוב"ה בְּכוּלְּהוּ עָלְמִין, הַמְשָׁכַת הָאוֹר שֶׁהוּא בְּכוּלְּהוּ עָלְמִין בְּשָׁוֶה, אוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מִשַּׁיָּכוּת לְעוֹלָמוֹת], אֲבָל הַגִּילּוּי דְּהַהַמְשָׁכָה שע"י אִתְכַּפְיָא הִיא בְּאֹפֶן שֶׁהַתַּחְתּוֹן אֵינוֹ כְּלִי לָזֶה [דְּמִזֶּה עַצְמוֹ שֶׁהַתַּחְתּוֹן הוּא בְּמַצָּב שֶׁצָּרִיךְ לִכְפּוֹת אֵת עַצְמוֹ נֶגֶד רְצוֹנוֹ וְטִבְעוֹ, מוּבָן שֶׁאֵינוֹ כְּלִי לְגִלּוּי אֱלֹקוּת], וּבִכְדֵי שֶׁהַתַּחְתּוֹן יהי' כְּלִי לְהַגִּלּוּי הוּא ע"י הָעֲבוֹדָה דְּאִתְהַפְכָא.
Or, comme on le sait, quiconque accomplit les mitsvot (même s'il est au niveau du bénoni [intermédiaire], et même en dessous du bénoni) est appelé tsadik [car l'ensemble des mitsvot est appelé tsédaka, et c'est pourquoi celui qui accomplit les mitsvot est appelé tsadik, du nom de la tsédaka (les mitsvot)]. On peut donc dire que l'it'hapkha ne concerne pas seulement les tsadikim au sens simple, mais aussi, de manière générale, tous ceux qui accomplissent les mitsvot.
וע"פ הַיָּדוּעַ שֶׁכָּל אַחַד (גַּם כְּשֶׁהוּא בְּדַרְגַּת בֵּינוֹנִי וַאֲפִילוּ לְמַטָּה מִבֵּינוֹנִי) שֶׁמְּקַיֵּם מִצְווֹת נִקְרָא בְּשֵׁם צַדִּיק [כִּי כְּלָלוּת הַמִּצְווֹת נק' בְּשֵׁם צְדָקָה, וְלָכֵן הַמְקַיֵּם אֵת הַמִּצְווֹת נִקְרָא בְּשֵׁם צַדִּיק עַל שֵׁם הַצְּדָקָה (מִצְווֹת)], יֵשׁ לוֹמַר, שֶׁהָעִנְיָן דְּאִתְהַפְכָא הוּא לֹא רַק בַּצַּדִּיקִים כִּפְשׁוּטָם אֶלָּא גַּם בִּמְקַיְּמֵי מִצְווֹת בִּכְלָל.
Car puisque « les mitsvot n'ont été données que pour affiner par elles les créatures [letsaref et habriyot] » (tsirouf [affinage] au sens de birour [tri du bien et du mal] et de zikoukh [affinement]), chaque fois qu'un homme accomplit une mitsva, un détail du corps et du Néfech habéhamit [âme animale] fait l'objet d'un birour [tri du bien et du mal]. Pour ce détail déjà trié, il est donc au niveau de tsadik, celui de l'it'hapkha.
דְּכֵיוָן שֶׁלֹּא נִיתְּנוּ הַמִּצְווֹת אֶלָּא לְצָרֵף בָּהֶן אֵת הַבְּרִיּוֹת (צִירוּף מִלְּשׁוֹן בֵּירוּר וְזִיכּוּךְ), וּבְכָל פַּעַם כְּשֶׁאָדָם מְקַיֵּים מִצְוָה נִתְבָּרֵר פְּרָט שֶׁל הַגּוּף ונה"ב, הֲרֵי בְּנוֹגֵעַ לְפָרֵט זֶה שֶׁנִּתְבָּרֵר כְּבָר הוּא בְּחִינַת צַדִּיק, אִתְהַפְּכָא.
Il faut relier cela à ce qu'explique le maamar commençant par « Pour comprendre le thème de Pessa'h Chéni » (du Tséma'h Tsédek) : la différence entre le premier Pessa'h et Pessa'h Chéni correspond à la différence entre le mois de Nissan et le mois d'Iyar. Le service du mois de Nissan, dont le thème est la sortie d'Égypte, est le service de « s'écarter du mal » : le mal est dans toute sa force, et le service consiste à s'écarter du mal, à sortir du mal et à le fuir. C'est l'itkafia. Le service du mois d'Iyar, lui, est le service de l'it'hapkha [transformation].
ט) וְיֵשׁ לְקַשֵּׁר זֶה עַם הַמְבוֹאָר בְּהַמַּאֲמָר ד"ה לְהָבִין עִנְיָן פֶּסַח שֵׁנִי (להצ"צ), דְּהַחִלּוּק בֵּין פֶּסַח רִאשׁוֹן לְפֶסַח שֵׁנִי הוּא בְּהֶתְאֵם לְהַחִלּוּק שֶׁבֵּין חוֹדֶשׁ נִיסָן לַחוֹדֶשׁ אִיָּיר. שֶׁהָעֲבוֹדָה דְּחֹדֶשׁ נִיסָן, שֶׁעִנְיָנוֹ הוּא יְצִיאַת מִצְרַיִם, הִיא הָעֲבוֹדָה דְּסוּר מֵרָע, הַיְינוּ שֶׁהָרָע הוּא בְּתָקְפּוֹ וְהָעֲבוֹדָה הִיא לִהְיוֹת סוּר מֵרָע, לְצֵאת וְלִבְרֹחַ מֵהָרָע, אִתְכַּפְיָא. וְהָעֲבוֹדָה דְּחֹדֶשׁ אִיָּיר הִיא הָעֲבוֹדָה דְּאִתְהַפְכָא.
C'est ce qu'explique le Likouteï Torah à propos du verset [passouk] « le premier du second mois [...] de leur sortie du pays d'Égypte » : le premier service de la sortie d'Égypte, celui du premier mois, est l'itkafia de la Sitra A'hra [l'autre côté] ; vient ensuite un second service dans la sortie d'Égypte, celui du second mois : l'it'hapkha. Voilà pourquoi le thème propre au mois d'Iyar est le compte de l'omer, dont le thème est le birour [tri et clarification] des attributs affectifs de l'âme [midot] et leur transformation en sainteté : l'it'hapkha.
וּכַמְבוֹאָר בלקו"ת בְּפֵירוּשׁ הַכָּתוּב בְּאֶחָד לַחוֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי גו' לְצֵאתָם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, שֶׁעֲבוֹדָה הָרִאשׁוֹנָה דִּיצִיאַת מִצְרַיִם, חוֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן, הִיא אִתְכַּפְיָא סט"א, וּלְאַחֲרֵי זֶה בָּאָה עֲבוֹדָה שני' בִּיצִיאַת מִצְרַיִם, חוֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי, אִתְהַפְּכָא. וְזֶהוּ שֶׁעִנְיָנוֹ הַמְיוּחָד שֶׁל חוֹדֶשׁ אִיָּיר הוּא סְפִירַת הָעֹמֶר, שֶׁעִנְיָנוֹ הוּא בֵּירוּר הַמִּדּוֹת וַהֲפִיכָתָם לִקְדוּשָּׁה, אִתְהַפְּכָא.
Sur cette base, le maamar explique pourquoi, au premier Pessa'h, le 'hamets est interdit au titre de « il ne sera pas vu » et « il ne sera pas trouvé », alors qu'à Pessa'h Chéni, « 'hamets et matsa sont avec lui dans la maison ». Au premier Pessa'h, les midot ne sont pas encore triées (et le service n'est alors que l'itkafia) : il faut donc se garder du mal avec un surcroît de vigilance, d'où « il ne sera pas vu, il ne sera pas trouvé ». À Pessa'h Chéni (en Iyar), on est déjà sorti du mal (it'hapkha) : il devient possible d'opérer le birour [tri], d'affiner [zikoukh] et d'élever aussi le 'hamets.
ועפ"ז מְבָאֵר בְּהַמַּאֲמָר הַטַּעַם עַל זֶה שֶׁבְּפֶסַח רִאשׁוֹן חָמֵץ אָסוּר בְּבַל יִרְאָה וּבַל יִמָּצֵא וּבְפֶסַח שֵׁנִי חָמֵץ וּמַצָּה עִמּוֹ בְּבֵית, כִּי בְּפֶסַח רִאשׁוֹן, שֶׁהַמִּדּוֹת עֲדַיִין אֵינָן מְבוֹרָרוֹת (וְהָעֲבוֹדָה אָז הִיא רַק אִתְכַּפְיָא), צָרִיךְ לִזָּהֵר בְּיוֹתֵר מֵהָרָע – בַּל יִרְאָה וּבַל יִמָּצֵא, וּבְפֶסַח שֵׁנִי (אִיָּיר), שֶׁכְּבָר יָצָא מֵהָרָע (אִתְהַפְּכָא), אֶפְשָׁר לְבָרֵר לְזַכֵּךְ וּלְהַעֲלוֹת גַּם אֵת הֶחָמֵץ.
[À noter : la différence entre les tsadikim (it'hapkha) et les ceux qui reviennent vers Hachem [baalei téchouva] (itkafia) est du même ordre. Le tsadik doit dire « je le voudrais, mais que puis-je faire, mon Père céleste me l'a imposé par décret » ; le baal téchouva, lui, doit dire « je ne le veux pas », car il a besoin d'une garde accrue.]
[וּלְהָעִיר, שעד"ז הוּא הַחִילּוּק דְּצַדִּיקִים (אִתְהַפְּכָא) וּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה (אִתְכַּפְיָא), שֶׁצַּדִּיק צָרִיךְ לוֹמַר אֶפְשִׁי וּמַה אֶעֱשֶׂה וְאָבִי שֶׁבַּשָּׁמַיִם גָּזַר עָלַי, משא"כ בַּעַל תְּשׁוּבָה צָרִיךְ לוֹמַר אִי אֶפְשִׁי, שֶׁצָּרִיךְ לִשְׁמִירָה יְתֵירָה].
Il en ressort que l'it'hapkha peut aussi porter sur un point particulier. En effet, Pessa'h Chéni tombe au milieu des jours du compte, et il reste encore des midot à trier ; le maamar dit pourtant qu'à Pessa'h Chéni se trouve l'it'hapkha. C'est que, pour les midot triées pendant les jours qui précèdent Pessa'h Chéni, on est déjà sorti du mal : c'est l'it'hapkha.
וּמִזֶּה מוּכָח שֶׁהָעִנְיָן דְּאִתְהַפְכָא הוּא גַּם בְּנוֹגֵעַ לְעִנְיַן פְּרָטֵי. שֶׁהֲרֵי פֶּסַח שֵׁנִי הוּא בְּאֶמְצַע יְמֵי הַסְּפִירָה וְנִשְׁאֲרוּ עֲדַיִין מִדּוֹת שֶׁצָּרִיךְ לְבָרְרָם, ומ"מ אוֹמֵר בְּהַמַּאֲמָר שֶׁבְּפֶסַח שֵׁנִי הוּא הָעִנְיָן דְּאִתְהַפְכָא, כִּי בְּנוֹגֵעַ לְהַמִּדּוֹת שֶׁנִּתְבָּרְרוּ בְּהַיָּמִים שֶׁלִּפְנֵי פֶּסַח שֵׁנִי כְּבָר יָצָא מֵהָרָע, אִתְהַפְּכָא.
Or, si la sortie d'Égypte se fait sur le mode de l'itkafia et le compte de l'omer sur le mode de l'it'hapkha, c'est que la sortie d'Égypte procédait d'un éveil d'en haut. Or la révélation attirée d'en haut (sans passer par le service de l'homme) n'est pas attirée aussi profondément dans l'intériorité. Le compte de l'omer, lui, est le service de l'homme, l'éveil d'en bas, et la révélation attirée d'en haut par le service de l'homme [l'éveil d'en haut suscité par l'éveil d'en bas] pénètre dans l'intériorité.
וְהִנֵּה הַטַּעַם עַל זֶה שֶׁיְּצִיאַת מִצְרַיִם הִיא בְּאֹפֶן דְּאִתְכַּפְּיָא וּסְפִירַת הָעֹמֶר הִיא בְּאֹפֶן דְּאִתְהַפְכָא, הוּא, כִּי יְצִיאַת מִצְרַיִם הָיְתָה מִצַּד אִתְעֲרוּתָא דִלְעֵילָא, וְהַגִּילּוּי הַנִּמְשָׁךְ מִלְמַעְלָה (שֶׁלֹּא ע"י עֲבוֹדַת הָאָדָם) אֵינוֹ נִמְשָׁךְ בִּפְנִימִיּוּת כ"כ, וּסְפִירַת הָעֹמֶר הִיא עֲבוֹדַת הָאָדָם, אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא, וְהַגִּילּוּי הַנִּמְשָׁךְ מִלְמַעְלָה ע"י עֲבוֹדַת הָאָדָם [אִתְעֲרוּתָא דִלְעֵילָא שע"י אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא] הוּא בִּפְנִימִיּוּת.
Et bien que la révélation qui vient d'en haut soit plus élevée que celle qui est attirée par le service de l'homme [car la créature, par son service, ne peut atteindre que sa racine], et qu'il en aille de même pour la sortie d'Égypte et le compte de l'omer (lors de la sortie d'Égypte, la révélation fut que « se révéla à eux le Roi des rois des rois, HaKadoch Barou'h Hou, dans Sa gloire et en personne », tandis que le mois d'Iyar porte le nom de « mois de Ziv » parce que la révélation attirée en ce mois n'est qu'un rayonnement
והֲגַם שֶׁהַגִּילּוּי שֶׁבָּא מִלְמַעְלָה הוּא נַעֲלֶה יוֹתֵר מֵהַגִּלּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עֲבוֹדַת הָאָדָם [כִּי הַנִּבְרָא בַּעֲבוֹדָתוֹ יָכוֹל לְהַגִּיעַ רַק עַד שָׁרְשׁוֹ], דכמו"כ הוּא גַּם בְּנוֹגֵעַ ליצי"מ וּסְפִירַת הָעֹמֶר, שֶׁהַגִּילּוּי שהי' בִּיצִיאַת מִצְרַיִם הוּא שֶׁנִּגְלָה עֲלֵיהֶם מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הקב"ה בִּכְבוֹדוֹ וּבְעַצְמוֹ, וְחֹדֶשׁ אִיָּיר נִקְרָא בְּשֵׁם חוֹדֶשׁ זִיו כִּי הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ בַּחוֹדֶשׁ זֶה הוּא הֶאָרָה בִּלְבָד
[On peut dire que la révélation attirée par le service de l'homme est déjà inférieure à celle qui est attirée par voie d'éveil d'en haut, venant de lui-même ; mais pour la révélation attirée par le service du compte de l'omer, cela vaut plus encore.
[וְיֵשׁ לוֹמַר, דְּנוֹסָף לָזֶה שֶׁהַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עֲבוֹדַת הָאָדָם הוּא לְמַטָּה מֵהַגִּלּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ בְּדֶרֶךְ אִתְעֲרוּתָא דִלְעֵילָא מִצַּד עַצְמָהּ, בְּנוֹגֵעַ לְהַגִּלּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה דִּסְפִירַת הָעֹמֶר הוּא עוֹד יוֹתֵר.
Puisque le service de la Séfirat HaOmer [compte de l'Omer] se situe (comme une préparation et) avant le Matan Torah [le don de la Torah], la révélation attirée par le service de la Séfirat HaOmer est à l'image de la révélation obtenue par le service des Patriarches avant le Matan Torah (quand existaient le décret et la cloison entre les êtres supérieurs et les êtres inférieurs). Or cette révélation est inférieure à celle qu'attire le service accompli après le Matan Torah (même si, aujourd'hui encore, la révélation attirée par l'éveil d'en bas reste inférieure à celle qui s'épanche d'en haut, de son propre fait). C'est pourquoi le mois d'Iyar est appelé du nom de Ziv : en lui naquirent les « éclatants du monde » [zivtanei olam], c'est-à-dire les Patriarches, dont les mitsvot étaient des « parfums »],
כִּי כִּיוֵּן שֶׁהָעֲבוֹדָה דִּסְפִירַת הָעֹמֶר הִיא (הֲכָנָה ו) קוֹדֵם מַתַּן תּוֹרָה, לָכֵן, הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה דִּסְפִירַת הָעֹמֶר הוּא דּוּגְמַת הַגִּילּוּי שע"י עֲבוֹדַת הָאָבוֹת לִפְנֵי מַתַּן תּוֹרָה (כְּשֶׁהָיְתָה הַגְּזֵירָה וְהַמְּחִצָּה בֵּין עֶלְיוֹנִים וְתַחְתּוֹנִים) שֶׁהוּא לְמַטָּה יוֹתֵר מֵהַגִּלּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה לְאַחֲרֵי מַתַּן תּוֹרָה (אַף שֶׁגַּם הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא עַכְשָׁיו הוּא לְמַטָּה מֵהַגִּלּוּי הַנִּמְשָׁךְ מִלְמַעְלָה מִצַּד עַצְמוֹ). וְזֶהוּ שֶׁחֹדֶשׁ אִיָּיר נִקְרָא בְּשֵׁם זִיו לְפִי שֶׁבּוֹ נוֹלְדוּ זֵיוְתָנֵי עוֹלָם הֵם הָאָבוֹת, שֶׁהַמִּצְווֹת שֶׁלָּהֶם רֵיחוֹת הָיוּ],
Toutefois, en ce qui concerne l'homme, la révélation qui vient d'en haut n'est ressentie (principalement) que dans la Néfech haélokit, et non dans la Néfech habéhamit. C'est pourquoi le service que suscite cette révélation n'est qu'itkafia. En revanche, par le service de l'homme, et en particulier par la révélation que ce service attire, s'opère le birour [tri] de l'âme animale et sa transformation en sainteté : l'it'hapkha [transformation].
מ"מ, בְּנוֹגֵעַ לְהָאָדָם, הַגִּילּוּי הַבָּא מִלְמַעְלָה נִרְגָּשׁ (בְּעִיקָר) רַק בְּנֶפֶשׁ הָאֱלֹקִית וְאֵינוֹ נִרְגָּשׁ בְּנֶפֶשׁ הַבַּהֲמִית, וְלָכֵן הָעֲבוֹדָה שע"י גִּילּוּי זֶה הִיא רַק אִתְכַּפְיָא, וע"י עֲבוֹדַת הָאָדָם וּבִפְרָט ע"י הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה, נַעֲשֶׂה הַבֵּירוּר דְּנֶפֶשׁ הַבַּהֲמִית וַהֲפִיכָתָהּ לִקְדוּשָּׁה, אִתְהַפְּכָא.
10) Or, il en est de la révélation qui conduit à l'itkafia et à l'it'hapkha comme suit : la supériorité de la révélation qui conduit à l'itkafia est d'être une révélation plus élevée, et la supériorité de la révélation qui conduit à l'it'hapkha est d'être attirée de manière intérieure dans l'homme [c'est pourquoi elle est une chose durable]. De même en est-il de la révélation attirée par le service d'itkafia et par celui d'it'hapkha,
יו"ד) וְהִנֵּה כְּמוֹ שֶׁהוּא בְּנוֹגֵעַ לְהַגִּלּוּי שֶׁמֵּבִיא לְאִתְכַּפְּיָא וּלְאִתְהַפְכָא, שֶׁהַמַּעֲלָה בְּהַגִּילּוּי שֶׁמֵּבִיא לְאִתְכַּפְּיָא הִיא שֶׁהוּא גִּילּוּי נַעֲלֶה יוֹתֵר וְהַמַּעֲלָה בְּהַגִּילּוּי שֶׁמֵּבִיא לְאִתְהַפְכָא הִיא שֶׁנִּמְשַׁךְ בִּפְנִימִיּוּת בְּהָאָדָם [שֶׁלָּכֵן הוּא דָּבָר הַמִּתְקַיֵּם], עד"ז הוּא בְּהַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה דְּאִתְכַּפְּיָא וְאִתְהַפְּכָא,
car la supériorité de la révélation attirée par le service d'itkafia est d'être une révélation extrêmement élevée [comme on l'a vu plus haut, au paragraphe 8 : la lumière attirée par l'itkafia est « dans tous les mondes de manière égale », une lumière qui dépasse tout rapport avec les mondes]. Et la supériorité de la révélation attirée par le service d'it'hapkha est que son épanchement dans l'homme et dans le monde se fait sur le mode de l'intériorité.
דְּמַעֲלַת הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה דְּאִתַּכַּפְּיָא הִיא גִּילּוּי נַעֲלֶה בְּיוֹתֵר [וכנ"ל סְעִיף ח שֶׁהָאוֹר שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י אִתְכַּפְיָא הוּא בְּכוּלְּהוּ עָלְמִין בְּשָׁוֶה, אוֹר שֶׁלְּמַעְלָה מִשַּׁיָּכוּת לְעוֹלָמוֹת], וּמַעֲלַת הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י הָעֲבוֹדָה דְּאִתְהַפְכָא הִיא שֶׁהַמְשָׁכָתוֹ בְּהָאָדָם וּבְהָעוֹלָם הוּא בִּבְחִינַת פְּנִימִיּוּת.
Cela permet d'expliquer ce qu'écrit Rachi : si le mois d'Iyar est appelé du nom de Ziv parce qu'en lui naquirent les « éclatants du monde » (alors que les Patriarches sont nés en Nissan), c'est que, « lorsque Iyar commença, ils étaient déjà nés », en Nissan. Il faut en effet comprendre : que les Patriarches aient été les « éclatants du monde » au mois d'Iyar n'est qu'une conséquence de leur naissance au mois de Nissan. Pourquoi donc Iyar est-il appelé du nom de Ziv ?
ועפ"ז יֵשׁ לְבָאֵר מ"ש רש"י דְּזֶה שֶׁחֹדֶשׁ אִיָּיר נִקְרָא בְּשֵׁם זִיו לְפִי שֶׁבּוֹ נוֹלְדוּ זֵיוְתָנֵי עוֹלָם (אַף שֶׁהָאָבוֹת נוֹלְדוּ בְּנִיסָן) הוּא כִּי כְּשֶׁנִּתְחַדֵּשׁ אִיָּיר נוֹלְדוּ כְּבָר בְּנִיסָן, דְּצָרִיךְ לְהָבִין, הֲרֵי זֶה שֶׁבְּחֹדֶשׁ אִיָּיר הָיוּ זֵיוְתָנֵי עוֹלָם הוּא רַק תּוֹצָאָה מִזֶּה שֶׁנּוֹלְדוּ בַּחוֹדֶשׁ נִיסָן, וְלָמָּה נִקְרָא אִיָּיר בְּשֵׁם זִיו.
On peut proposer l'explication suivante : le propre du ziv, c'est-à-dire de la révélation attirée par le service, est d'éclairer le monde de manière intériorisée et durable. Or la révélation des Patriarches (les « éclatants du monde ») de manière intérieure et assise dans le monde eut lieu le mois qui suivit leur naissance : « lorsque Iyar commença, ils étaient déjà nés ».
וְיֵשׁ לוֹמַר הַבֵּיאוּר בָּזֶה, דְּעִנְיָנוֹ שֶׁל הַזִּיו, הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עֲבוֹדָה, הוּא שֶׁיָּאִיר בָּעוֹלָם בִּפְנִימִיּוּת וּבְהִתְיַשְּׁבוּת, וְהַגִּילּוּי דְּהָאָבוֹת (זֵיוְתָנֵי עוֹלָם) בִּפְנִימִיּוּת וּבְהִתְיַשְּׁבוּת בְּהָעוֹלָם הי' בְּהַחֹדֶשׁ לְאַחֲרֵי שֶׁנּוֹלְדוּ, כְּשֶׁנִּתְחַדֵּשׁ אִיָּיר נוֹלְדוּ כְּבָר.
11) De même, telle est la différence entre la révélation attirée par le service des tsadikim et la révélation attirée par le service de la téchouva. Quant au degré de la révélation, celle qu'attire le service de la téchouva est plus élevée. Mais l'épanchement vers le bas, dans le monde (de manière intérieure et assise), se fait par le service des tsadikim.
יָא) ועד"ז הוּא הַחִילּוּק בֵּין הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים לְהַגִּלּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ עַל יְדֵי עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה, דְּבַנּוֹגֵעַ לְדַרְגַּת הַגִּילּוּי – הַגִּילּוּי שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה הוּא נַעֲלֶה יוֹתֵר, אֲבָל הַהַמְשָׁכָה לְמַטָּה בָּעוֹלָם (בִּפְנִימִיּוּת וּבְהִתְיַשְּׁבוּת) הִיא ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים.
L'explication en est la suivante : la téchouva consiste pour l'homme à sortir de sa propre existence [metsiout]. C'est pourquoi la téchouva attire l'Essence de l'Or Ein Sof [lumière infinie], qui est au-delà du cadre de l'existence.
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּכֵיוָן שֶׁעִנְיָן הַתְּשׁוּבָה הוּא שֶׁהָאָדָם יוֹצֵא מֵהַמְּצִיאוּת שֶׁלּוֹ, לָכֵן, ע"י הַתְּשׁוּבָה הוּא הַמְשָׁכַת עַצְמוּת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מִגֶּדֶר מְצִיאוּת.
Tandis que la lumière attirée par le service des tsadikim est une lumière qui relève du cadre de la révélation. Même lorsque leur service se fait dans l'annulation de soi [bitoul] (et l'épanchement qu'attire un tel service est alors plus élevé), il relève néanmoins du cadre de la révélation.
דְּהָאוֹר שֶׁנִּמְשַׁךְ ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים הוּא אוֹר שֶׁבְּגֶדֶר גִּילּוּי. וְגַם כְּשֶׁהָעֲבוֹדָה שֶׁלָּהֶם הִיא בְּבִיטּוּל, דְּהַהַמְשָׁכָה שע"י עֲבוֹדָה זוֹ הִיא הַמְשָׁכָה נַעֲלֵית יוֹתֵר, מ"מ, הִיא בְּגֶדֶר גִּילּוּי.
C'est le sens du passouk « Les humbles ajouteront [veyasfou] en Havayé » : par l'humilité et le bitoul des tsadikim s'attire un surcroît de lumière en Havayé, car l'épanchement provient de l'Or Ein Sof, qui est au-dessus de Havayé. Mais cet épanchement relève néanmoins, lui aussi, du cadre de la révélation [comme on l'a vu plus haut, au paragraphe 3 : on peut dire que « les humbles ajouteront en Havayé » désigne l'épanchement du niveau de « Ma grandeur » [guedoulati], qui est au-dessus de « votre grandeur », car la grandeur (y compris le niveau de « Ma grandeur ») relève de l'expansion et de la révélation]. Le propre de cet épanchement est que, par lui, la révélation de Havayé s'accroît (« ajouteront… en Havayé »).
וְזֶהוּ וְיָסְפוּ עֲנָוִים בהוי', דע"י הָעֲנָוָה וְהַבִּטּוּל שֶׁל הַצַּדִּיקִים נִמְשָׁךְ תּוֹסֶפֶת אוֹר בהוי' לְפִי שֶׁהַהַמְשָׁכָה הִיא מאוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מהוי', אֲבָל מ"מ גַּם הַמְשָׁכָה זוֹ הִיא בְּגֶדֶר גִּילּוּי [וכנ"ל סְעִיף ג דְּיֵשׁ לוֹמַר שֶׁעִנְיָן וְיָסְפוּ עֲנָוִים בהוי' הוּא הַמְשָׁכַת בְּחִינַת גְּדֻלָּתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִגְּדֻלַּתְכֶם, דְּעִנְיַן הַגְּדוֹלָה (גַּם בְּחִינַת גְּדֻלָּתִי) שַׁיָּךְ לְהִתְפַּשְּׁטוּת וְגִילּוּי], וְעִנְיָנָהּ שֶׁל הַהַמְשָׁכָה הוּא שֶׁעַל יָדָהּ יִתּוֹסֵף בְּהַגִּילּוּי דהוי' (וְיָסְפוּ גו' בהוי').
Quant à l'épanchement du niveau de « Saint d'Israël » [Kedoch Israël], l'Essence qui est séparée de toute révélation, il se fait par le service de la téchouva.
וְהַמְשָׁכַת בְּחִינַת קָדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל, הָעֶצֶם שֶׁמֻּבְדָּל מִגִּילּוּי, הוּא ע"י עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה.
On peut expliquer cela d'après ce que l'on sait : l'humilité ne consiste pas à ignorer ses propres qualités. Elle consiste en ceci que, tout en connaissant ses qualités, on ne s'en attribue pas le mérite, parce que l'on sait que les qualités que l'on possède ont été données d'en haut. Le bitoul de l'humilité ne nie donc pas l'existence de la personne (puisqu'elle connaît ses qualités) : il signifie seulement que son existence ne vient pas d'elle-même, mais uniquement de la Divinité. C'est pourquoi l'épanchement qu'attire le bitoul de l'humilité est lui aussi une révélation dans le monde (l'existence). Simplement, cette révélation dans le monde est telle qu'elle est du point de vue de sa racine : le niveau de « Ma grandeur ».
וְיֵשׁ לְבָאֵר זֶה ע"פ הַיָּדוּעַ דְּעִנְיַן הָעֲנָוָה הוּא (לֹא שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ אֵת הַמַּעֲלוֹת שֶׁלּוֹ אֶלָּא) שֶׁהֲגַם שֶׁיּוֹדֵעַ אֵת הַמַּעֲלוֹת שֶׁלּוֹ מ"מ אֵינוֹ מַחֲזִיק טוֹבָה לְעַצְמוֹ מִפְּנֵי שֶׁיּוֹדֵעַ שֶׁהַמַּעֲלוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ נִיתְּנוּ לוֹ מִלְמַעְלָה. וְכֵיוָן שֶׁהַבִּטּוּל דַּעֲנָוָה אֵינָהּ שׁוֹלֶלֶת אֵת מְצִיאוּתוֹ (שֶׁהֲרֵי הוּא יוֹדֵעַ אֵת הַמַּעֲלוֹת שֶׁלּוֹ) אֶלָּא שֶׁמְּצִיאוּתוֹ הִיא לֹא מִצַּד עַצְמוֹ וְרַק מִצַּד הָאֱלֹקוּת, לָכֵן גַּם הַהַמְשָׁכָה שע"י הַבִּיטּוּל דַּעֲנָוָה הִיא גִּילּוּי בָּעוֹלָם (מְצִיאוּת), אֶלָּא שֶׁהַגִּילּוּי בָּעוֹלָם הוּא כְּמוֹ שֶׁהוּא מִצַּד שָׁרְשׁוֹ, בְּחִינַת גְּדֻלָּתִי.
Pour attirer le niveau de « Saint d'Israël », séparé de toute révélation, il faut en revanche le bitoul des « pauvres d'entre les hommes » [evyonei adam]. En se sentant pauvre, dépourvu de toute qualité, l'homme s'annule en tant qu'existence propre, et c'est ainsi que s'attire le niveau de « Saint d'Israël ».
וּבִכְדֵי לְהַמְשִׁיךְ בְּחִינַת קָדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל שֶׁמֻּבְדָּל מִגִּילּוּי, הוּא ע"י הַבִּיטּוּל דְּאֶבְיוֹנֵי אָדָם, דע"י הַהֶרְגֵּשׁ שֶׁהוּא אֶבְיוֹן, שֶׁאֵין בּוֹ שׁוּם מַעְלָה, הוּא בִּטֵּל מִמְּצִיאוּתוֹ, ועי"ז נִמְשָׁךְ בְּחִינַת קָדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל.
12) Or, tout cela concerne l'épanchement lui-même. Mais pour que la révélation se fasse dans le monde, ce qui est une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim], il faut le service des tsadikim. En effet, la dira betachtonim consiste en ce qu'il y ait une révélation de la Divinité telle qu'elle est dans sa réalité propre [kemo chéhou bimetsiouto]. Or la téchouva consiste à sortir de son existence. C'est pourquoi la dira betachtonim s'accomplit par le service des tsadikim.
יב) וְהִנֵּה כָּל זֶה הוּא בְּנוֹגֵעַ לְהַהַמְשָׁכָה עַצְמָהּ. אֲבָל בִּכְדֵי שיהי' הַגִּילּוּי בָּעוֹלָם, דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים, הוּא ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים. כִּי עִנְיָן דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים הוּא שיהי' גִּילּוּי אֱלֹקוּת כְּמוֹ שֶׁהוּא בִּמְצִיאוּתוֹ, וְכֵיוָן שֶׁעִנְיָן הַתְּשׁוּבָה הוּא שֶׁיּוֹצֵא מִמְּצִיאוּתוֹ, לָכֵן הָעִנְיָן דְּדִירָה בַּתַּחְתּוֹנִים הוּא ע"י עֲבוֹדַת הַצַּדִּיקִים.
Tel est le sens de « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère », « comme Yossef envers Binyamin ». La demande est que HaKadoch Barou'h Hou soit pour nous comme un frère, alors même que notre conduite n'a pas été ce qu'elle devait être. Néanmoins, nous demandons qu'Il soit « comme Yossef envers Binyamin ». On peut dire qu'il y a là une allusion : le service de la téchouva, lui aussi, doit se faire de telle sorte que la révélation suscitée par la téchouva (qui est au-dessus du cadre de l'existence [metsiout]) soit attirée dans le monde de manière posée [hityachvout], ce qui est la qualité des tsadikim, « comme Yossef envers Binyamin ».
וְזֶהוּ מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין, דַּהֲגַם שֶׁהַבַּקָּשָׁה הִיא שהקב"ה יהי' לָנוּ כְּאָח אַף שֶׁהַנְהָגָתֵנוּ הָיְתָה שֶׁלֹּא כָּרָאוּי, מ"מ מְבַקְּשִׁים שיהי' כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין, דְּיֵשׁ לוֹמַר, שֶׁבָּזֶה מְרַמֵּז, שֶׁגַּם עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה תהי' בְּאֹפֶן שֶׁהַגִּילּוּי שע"י הַתְּשׁוּבָה (שֶׁלְּמַעְלָה מִגֶּדֶר מְצִיאוּת) יֻמְשַׁךְ בָּעוֹלָם בְּהִתְיַשְּׁבוּת, מַעֲלַת הַצַּדִּיקִים, כְּיוֹסֵף לְבִנְיָמִין.
C'est aussi là le lien entre les deux explications de « Ah ! si tu étais pour moi comme un frère », l'une qui se rapporte aux tsadikim, l'autre aux ceux qui reviennent vers Hachem [baalei téchouva] (comme exposé plus haut, section 4) : les deux choses doivent se joindre et s'intégrer l'une à l'autre.
וְזֶהוּ גַּם הַקֶּשֶׁר דִּשְׁנֵי הַפֵּירוּשִׁים בְּמֵי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי שֶׁקָּאֵי עַל צַדִּיקִים וְשֶׁקָּאֵי עַל בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה (כנ"ל סְעִיף ד), שיהי' הַחִיבּוּר וְהַהִתְכַּלְּלוּת דִּשְׁנֵי הָעִנְיָנִים.
13) Tel est le sens de « Soyez saints, car Je suis saint » : « Ma sainteté est au-dessus de votre sainteté ». Le Likouteï Torah explique que « Ma sainteté, qui est au-dessus de votre sainteté », est attirée sans éveil d'en bas, bien qu'elle soit attirée par le service de la téchouva. En effet, le service de la téchouva consiste à ne pas être une existence [metsiout] ; dès lors, ce n'est pas un éveil d'en bas.
יג) וְזֶהוּ קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי, קְדֻשָּׁתִי לְמָעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם, וּמְבֹאָר בלקו"ת דִּקְדֻשָּׁתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִקְּדֻשַּׁתְכֶם נִמְשֶׁכֶת שֶׁלֹּא עַל יְדֵי אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא, הֲגַם שֶׁהִיא נִמְשֶׁכֶת עַל יְדֵי עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה, כִּי עִנְיָן עֲבוֹדַת הַתְּשׁוּבָה הוּא שֶׁאֵינוֹ מְצִיאוּת, וּבְמֵילָא אֵין זֶה עִנְיָן שֶׁל אִתְעֲרוּתָא דִלְתַתָּא.
C'est pourquoi le Midrach fait précéder ce passouk du thème « Ma grandeur est au-dessus de votre grandeur » (bien que, à première vue, cela ne s'y rapporte pas). « Ma grandeur », bien qu'elle soit au-dessus de votre grandeur, relève de la révélation (et se rapporte à ce qui est en bas). De même, l'épanchement du degré de « Ma sainteté » doit être révélé dans le monde (et comporter aussi la qualité de l'éveil d'en bas). Ainsi s'accomplira l'intention d'une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim].
וְזֶהוּ מַה שֶׁמַּקְדִּים בַּמִּדְרָשׁ הָעִנְיָן דִּגְדֻלָּתִי שֶׁלְּמַעְלָה מִגְּדֻלַּתְכֶם (אַף שֶׁאֵין זֶה שַׁיָּךְ לִכְאוֹרָה לִפְסוֹק זֶה), דִּכְמוֹ שֶׁגְּדֻלָּתִי, אַף שֶׁהִיא לְמָעְלָה מִגְּדֻלַּתְכֶם, הִיא עִנְיָן הַגִּילּוּי (וְשַׁיֶּכֶת לְהַמִּטָּה), עד"ז יהי' גַּם בְּהַהַמְשָׁכָה דִּבְחִינַת קְדֻשָּׁתִי, שתהי' בְּגִילּוּי בְּהָעוֹלָם (ושיהי' בָּזֶה גַּם הַמַּעֲלָה דְּאִתְעָרוּתָא דִלְתַתָּא), שעי"ז תֻּשְׁלַם הַכַּוָּונָה דְּדִירָה בַּתַּחְתּוֹנִים.
Avec l'aide de D.ieu À la mémoire du Rav, 'hassid et tamim, homme craignant D.ieu, noble et distingué, qui s'occupait des besoins de la communauté, Rabbi Daniel Yits'hak, que la paix soit sur lui, fils de - qu'il soit distingué pour une longue et bonne vie - Rabbi Efraïm chlita Moskowitz chalia'h de Sa Sainteté l'Admour, que son mérite nous protège, dans l'État de l'Illinois quitta ce monde le 2 Adar Chéni 5774 [2014] Que son âme soit liée au faisceau de la vie. « Et moi, Daniel, je fus… puis je me levai et j'accomplis l'ouvrage du roi »
ב"ה לע"נ הרה"ח הרה"ת אי"א נו"נ עוסק בצ"צ ר' דניאל יצחק ע"ה בן יבלחט''א ר' אפרים שליט''א מאסקאוויץ שליח כ"ק אדמו"ר זי"ע למדינת אילינוי נלב"ע ב' אדר שני ה'תשע"ד ת.נ.צ.ב.ה ואֲנִי דָנִיֵּאל נִהְיֵיתִי ...וָאָקּום וָאֶעֱשֶׂה אֶת מְלֶאכֶת הַמֶּלֶךְ