Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5740. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5740. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
« Rava avait coutume de dire » - 5740 [1979-1980] -
מרגלא בפומי' דרבא - תש"מ -
Rava avait coutume de dire : « Le but de la sagesse, c'est la téchouva et les maassim tovim. Que l'homme ne lise ni n'étudie tout en se rebellant contre son père, sa mère, son maître et celui qui lui est supérieur en sagesse et en nombre, ainsi qu'il est dit : "Le commencement de la sagesse est la crainte de Hachem ; bonne intelligence pour tous ceux qui les font ; Sa louange subsiste à jamais." Il n'est pas dit "ceux qui les étudient", mais "ceux qui les font" : ceux qui les font lichma [pour elle-même], et non ceux qui les font chelo lichma [sans que ce soit pour elle-même]. Et quiconque les fait chelo lichma, mieux vaudrait pour lui ne pas avoir été créé. »
Avec l'aide du Ciel. Chabbat de la paracha Vayichla'h, 18 Kislev 5740 [1979]. Rava avait coutume de dire : « Le but de la sagesse, c'est la téchouva et les maassim tovim, etc., ainsi qu'il est dit : "Le commencement de la sagesse est la crainte de Havayé ; bonne intelligence pour tous ceux qui les font." Il n'est pas dit "ceux qui les étudient", mais "ceux qui les font". » Sa Sainteté mon beau-père l'Admour, dans son maamar commençant par ces mots, prononcé le Chabbat de la paracha Vayichla'h 5689 [1928] (imprimé dans le kountrass Derouchei 'Hatouna 5689), cite l'explication de Rachi : la sagesse, c'est la Torah ; et « le but de la sagesse », l'essentiel de la Torah, c'est qu'elle soit accompagnée de téchouva et de maassim tovim.
Le maamar relève avec précision : l'essentiel de la Torah, c'est la compréhension et la saisie [hassaga], que l'on comprenne et saisisse ce que l'on étudie [en particulier dans la Torah orale : lorsqu'on ne comprend pas ce que l'on étudie, cela n'est pas du tout considéré comme une étude]. Or, dans cette parole de nos Sages, de mémoire bénie, il est dit que l'essentiel de la Torah, c'est la téchouva et les maassim tovim.
On peut proposer l'explication suivante. Si le maamar cite l'explication de Rachi sur « le but de la sagesse », c'est que le sens de takhlit [but], dans la plupart des cas, est « le but de l'intention », ou quelque chose de semblable. D'après cela, « le but de la sagesse, c'est la téchouva et les maassim tovim » signifierait que le but visé par l'étude de la Torah (la sagesse) est qu'elle conduise à la téchouva et aux maassim tovim.
C'est pourquoi le maamar cite l'explication de Rachi selon laquelle « le but de la sagesse » est l'essentiel de la Torah : non seulement l'intention de l'étude de la Torah est qu'elle conduise à la téchouva et aux maassim tovim, mais la teneur même de la Torah [bien plus, sa teneur essentielle] est la téchouva et les maassim tovim. Voilà pourquoi il relève la difficulté : la sagesse (la Torah) d'un côté, la téchouva et les maassim tovim de l'autre, sont apparemment deux choses différentes.
On peut peut-être ajouter que la sagesse (la Torah) d'une part, la téchouva et les maassim tovim d'autre part, ne sont pas seulement des choses différentes : elles sont aussi comme des contraires.
Car dans l'étude de la Torah, c'est l'existence propre [metsiout] de l'homme qui s'occupe de la Torah qui est mise en relief : la mitsva de l'étude de la Torah consiste à comprendre et saisir (ce que l'on étudie) par son propre intellect. Au point que, même pour trancher la loi, il faut trancher précisément selon sa propre compréhension. C'est ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Ils étaient en désaccord dans l'académie céleste, etc. HaKadoch Barou'h Hou dit, etc., et toute l'académie céleste dit, etc. » Si l'académie céleste a tranché la loi autrement que HaKadoch Barou'h Hou, c'est que, selon les règles de la Torah, ils doivent trancher la loi selon leur propre compréhension.
Ce principe vaut même pour l'étude de la Torah dans l'académie céleste. À plus forte raison pour l'étude de la Torah de l'homme ici-bas, puisque « la Torah n'est pas dans le ciel », et que « HaKadoch Barou'h Hou sourit et dit : Mes fils M'ont vaincu, Mes fils M'ont vaincu ».
Dans la téchouva et les maassim tovim, au contraire, c'est l'annulation de soi [bitoul] de l'homme qui est mis en relief. La téchouva consiste en ce que l'homme sort de son existence propre et s'annule : « elle est interdite à partir d'ici ». Il en va de même des mitsvot (les maassim tovim). Non seulement l'accomplissement des mitsvot doit se faire (non selon la raison, mais) à la manière du service d'un serviteur, mais l'effet produit par l'accomplissement des mitsvot est aussi que les membres du corps de l'homme qui accomplit la mitsva deviennent une merkava pour la Volonté suprême ; or la merkava, c'est le bitoul.
Le point central de l'explication (dans le maamar) repose sur ce qui est dit dans le Zohar : « Aucune pensée ne Te saisit du tout », mais « Il est saisi par la volonté du cœur [re'outa deliba] ». Car la pensée [la saisie de Bina, mais aussi la 'Hokhma, qui est au-dessus de la saisie de Bina, y compris la vision de 'Hokhma] ne saisit que les révélations, et non l'essence [Atsmout] ; tandis que par la volonté du cœur on saisit l'essence.
Voici l'explication : dans l'amour, il y a, de manière générale, deux degrés. Un amour fondé sur la raison et la connaissance, et un amour essentiel, qui procède de l'essence de l'âme, laquelle est liée à l'essence. Il en est comme de l'amour d'un fils pour son père : c'est un amour essentiel, de l'essence du fils à l'essence du père. Cet amour est appelé « volonté du cœur ».
C'est le sens de « Il est saisi par la volonté du cœur ». De même que le fils éveille l'essence même du père (lorsque le fils crie « Aba ! », le père est remué dans tout son être), de même en est-il dans ce que l'image illustre : l'amour essentiel, qui procède de l'essence de l'âme, saisit l'essence.
Voilà pourquoi le but et l'essentiel de la sagesse sont la téchouva et les maassim tovim : la sagesse ne saisit que les révélations (comme on l'a dit plus haut), et saisir l'essence se fait par la téchouva et les maassim tovim.
Il reste cependant à comprendre. Ce point (la sagesse saisit les révélations, et saisir l'essence se fait par la téchouva et les maassim tovim) n'explique que la supériorité de la téchouva et des maassim tovim par rapport à la sagesse. Au niveau des facultés de l'âme humaine, l'étude de la Torah est certes plus élevée que la téchouva et les maassim tovim : l'étude de la Torah se fait par l'intellect, tandis que la téchouva et les maassim tovim relèvent des attributs affectifs de l'âme [midot] du cœur et de la faculté d'agir [la téchouva, des midot du cœur ; les maassim tovim, de la faculté d'agir]. Néanmoins, la téchouva et les maassim tovim ont cette supériorité que c'est précisément par elles que l'on saisit l'essence.
Mais cette explication ne vaut apparemment que si l'on comprend « le but de la sagesse » comme le sommet de l'élévation de la sagesse. Puisque c'est par la téchouva et les maassim tovim que l'on saisit l'essence, la sagesse, en conduisant à la téchouva et aux maassim tovim, s'en trouve elle-même élevée [à l'image de « grande est l'étude, car elle conduit à l'action » : parce que l'étude conduit à l'action, elle est plus grande qu'elle ne l'est en elle-même].
Et de la suite des thèmes du maamar, il ressort que ce point (la sagesse ['Hokhma] saisit les révélations, alors que pour saisir l'essence, cela passe par la téchouva et les bonnes actions [maassim tovim]) explique aussi pourquoi l'essentiel de la Torah est la téchouva et les bonnes actions.
On le comprendra en posant d'abord ceci. Le maamar dit, à la suite du thème « Il est saisi par le désir du cœur » [nitpas ihou bire'outa deliba], que par la téchouva et les bonnes actions on saisit l'essence. On peut l'expliquer d'après ce qui est exposé en plusieurs endroits : l'accomplissement de la Torah et des mitsvot qui fait suite au désir du cœur se situe à un degré plus élevé (comme on le verra plus loin).
Sur cette base, on peut dire que la parole du Zohar « Il est saisi par le désir du cœur » comporte deux aspects. D'une part, Il est saisi dans le désir du cœur lui-même. D'autre part, le désir du cœur est le préalable à l'accomplissement de la Torah et des mitsvot, par lesquelles l'essence même est saisie. Autrement dit, c'est (principalement) par l'accomplissement de la Torah et des mitsvot que l'on saisit l'essence même. Seulement, la pratique des mitsvot ne saisit l'essence que lorsque l'action s'accomplit dans l'annulation de soi [bitoul]. Et le bitoul dans la pratique des mitsvot existe lorsque l'amour qui conduit à les accomplir est un amour essentiel, au-delà de la raison et de la compréhension : le désir du cœur.
Car lorsque l'amour [celui du moment de la téfila] procède de la raison et de la compréhension, l'accomplissement des tout au long de la journée [mitsvot] vise à attirer une révélation de Divinité. Et même lorsque l'amour naît de la méditation sur la transcendance [hafla'a] de l'Or Ein Sof [lumière infinie], qui mène à l'« amour immense » [ahava raba] de « Qui ai-je au ciel ? » [mi li bachamayim], où l'on ne veut aucune des révélations mais seulement l'essence, son accomplissement des mitsvot (tout au long de la journée) comporte encore une visée : attirer la révélation de l'essence de l'Or Ein Sof.
Alors que l'accomplissement des mitsvot qui suit l'éveil de l'amour essentiel (le désir du cœur) se fait sans aucune visée [pas même celle d'attirer la révélation de l'essence de l'Or Ein Sof], seulement pour accomplir Sa volonté, béni soit-Il, dans un esprit de kabalat ol [acceptation du joug]. Le bitoul que comporte un tel accomplissement des mitsvot dépasse encore celui du désir du cœur. Et c'est par un tel accomplissement des mitsvot que l'essence est attirée.
On peut proposer l'explication suivante : même par le désir du cœur [re'outa deliba], on ne saisit pas l'essence [Atsmout] elle-même [et, pour saisir l'essence, il faut précisément l'accomplissement des mitsvot qui suit le désir du cœur]. La raison en est que l'essence est séparée de toute chose. Il est donc impossible de La saisir par quelque chose que ce soit, sinon par Sa propre volonté (celle de l'essence). Or même l'amour essentiel, qui procède de l'essence de l'âme (le désir du cœur), est un amour et une volonté de l'homme. Ce n'est donc pas l'essence elle-même qui est saisie par là.
Telle est la supériorité du service de la kabalat ol [acceptation du joug] sur le désir du cœur. Le désir du cœur est la volonté de l'homme. Même quand sa volonté est dans l'annulation de soi [bitoul], qu'il ne veut rien du tout pour lui-même et que toute sa volonté est (que s'accomplisse) la volonté de HaKadoch Barou'h Hou, cette volonté reste néanmoins la volonté de l'homme : une existence [metsiout].
Le service de la kabalat ol, en revanche, consiste à prendre sur soi d'exécuter l'injonction de Hachem même quand elle va contre sa volonté, à la manière d'un serviteur, car un serviteur est contraint d'accomplir la volonté de son maître. Ce service ne procède pas de son existence (sa volonté), mais du joug de la royauté céleste [malkhout chamayim] qui lui est imposé.
Toutefois, malgré cela, même le bitoul de la kabalat ol ne saisit pas l'essence elle-même. Pour saisir l'essence, il faut précisément l'accomplissement de la Torah et des mitsvot. En effet, toutes choses sont sans commune mesure avec Lui, béni soit-Il, et comptent pour néant devant Lui. Il ne peut donc exister aucune chose par laquelle on pourrait Le saisir, béni soit-Il. On ne saisit l'essence que parce que l'essence le veut.
C'est pourquoi l'accomplissement de la Torah et des mitsvot permet de saisir l'essence : les mitsvot sont la volonté de l'essence. Autrement dit, si l'on saisit l'essence par la Torah et les mitsvot, ce n'est pas en vertu de la qualité de la Torah et des mitsvot elles-mêmes, mais parce qu'elles sont la volonté de l'essence.
Et si l'accomplissement des mitsvot doit se faire dans le bitoul [bien que, par rapport à l'essence, bitoul et existence soient exactement à égalité], c'est afin que l'épanchement de l'essence attiré par l'accomplissement des mitsvot soit dévoilé. Quand l'homme accomplit la mitsva de sorte que son existence se fait sentir, c'est-à-dire qu'il se sent celui qui accomplit la mitsva, ce sentiment de l'existence contredit, pour ainsi dire, le dévoilement de l'essence.
Or, puisque l'existence de l'homme se fait sentir quand il accomplit les mitsvot par sa propre volonté, même si cette volonté est de parfaire la volonté de HaKadoch Barou'h Hou, l'épanchement de l'essence attiré par l'accomplissement des mitsvot ne peut être dévoilé que si cet accomplissement se fait sur le mode de la kabalat ol : non par sa propre volonté, mais du fait du joug de la royauté céleste [malkhout chamayim] qui lui est imposé.
Or, il est connu que les deux aspects de fils et de serviteur se trouvent, de manière générale, dans l'étude de la Torah et dans l'accomplissement des mitsvot. On peut peut-être l'expliquer ainsi. La différence entre le fils et le serviteur est que le serviteur est batel [annulé] devant son maître, tandis que le propre du fils est que son existence est le père. Comme il est expliqué dans le Hemchekh 5666 [1905-1906] : ce qui est la volonté du père est aussi la volonté du fils, et ce que l'intellect du père impose, l'intellect du fils l'impose aussi.
Ces aspects (fils et serviteur), présents en chaque Juif, se révèlent par l'étude de la Torah et l'accomplissement des mitsvot. Accomplir les mitsvot, c'est exécuter l'injonction de Hachem sur le mode de la kabalat ol : c'est là que se révèle le serviteur qui est en lui. L'étude de la Torah, elle, doit se faire précisément dans la compréhension et la saisie, de sorte que l'intellect de l'homme qui étudie la Torah soit en accord avec la sagesse de HaKadoch Barou'h Hou : c'est là que se révèle le fils qui est en lui.
On peut ajouter que la décision halakhique [psak din] de l'homme qui étudie la Torah doit être conforme à sa compréhension humaine, car la Torah « n'est pas dans le ciel ». Cela aussi procède de l'aspect de fils qui est en Israël. Comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « HaKadoch Barou'h Hou sourit et dit : Mes enfants M'ont vaincu, Mes enfants M'ont vaincu. » La raison pour laquelle « ils M'ont vaincu » est qu'ils sont « Mes enfants ».
En effet, la racine du fils se trouve dans l'essence du père, au-delà de ses facultés révélées. Il en va de même pour Israël, les enfants de HaKadoch Barou'h Hou : leur racine est dans Son essence, béni soit-Il, au-delà de la manière dont Il S'est contracté sous le titre de « HaKadoch Barou'h Hou ». C'est pourquoi ils connaissent et saisissent la vérité de la Torah telle qu'elle est enracinée dans l'essence, au-delà du degré de la Torah telle qu'elle s'est épanchée dans la connaissance de HaKadoch Barou'h Hou.
Or, en plus des deux aspects de fils et de serviteur, le service de l'homme comporte encore un autre aspect : l'accomplissement des mitsvot. Comme on l'a expliqué plus haut (§ 4), l'accomplissement des mitsvot comporte deux aspects : le bitoul de la kabalat ol présent dans l'accomplissement de la mitsva, et l'accomplissement de la mitsva lui-même.
L'essentiel de l'épanchement de l'essence [Atsmout] se fait par l'accomplissement de la mitsva elle-même, qui est la volonté de l'essence. Toutefois, pour que l'épanchement de l'essence dans l'accomplissement de la mitsva soit manifeste, celle-ci doit être accomplie par kabalat ol [acceptation du joug] : c'est le serviteur. Et ce mode d'accomplissement atteint sa plénitude (accomplir les mitsvot sans rien rechercher, uniquement pour accomplir Sa volonté, béni soit-Il, par kabalat ol) lorsqu'un éveil de l'amour essentiel (le désir du cœur [re'outa deliba]) le précède : c'est le fils.
On peut proposer que ces trois choses soient les trois que désigne l'expression « sagesse, téchouva et maassim tovim ». La sagesse (la Torah) relève du fils (voir plus haut, § 5). La téchouva consiste pour l'homme à s'extraire de son existence propre et à s'annuler (voir plus haut, § 2) : elle est donc de l'ordre de kabalat ol, le serviteur. Quant aux maassim tovim, ce sont les mitsvot elles-mêmes, la volonté de l'essence.
On peut rattacher cela à l'explication bien connue de l'expression « téchouva et maassim tovim » : par la téchouva, les actes (l'accomplissement des mitsvot) deviennent bons et lumineux [maassim tovim oumeïrim]. L'épanchement de l'essence se trouve en effet (principalement) dans l'accomplissement des mitsvot (les actions), et non dans l'annulation de soi [bitoul] de la téchouva (ni dans celui de kabalat ol). Mais pour que les actions soient bonnes et lumineuses, autrement dit pour que l'épanchement de l'essence qui s'y trouve soit manifeste, il faut le bitoul de la téchouva et de kabalat ol.
Or, l'étude de la Torah [esek haTorah] a beau consister à mettre l'existence de l'homme (sa compréhension et sa saisie) en accord avec la Torah, l'étude de la Torah doit pourtant comporter, elle aussi, le bitoul du serviteur : le joug de la Torah. C'est ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « On ne peut comparer celui qui révise son chapitre cent fois à celui qui le révise cent et une fois. » Cette fois supplémentaire change en effet sa nature et son habitude : dans la Torah aussi, le bitoul du serviteur est nécessaire.
Le point central de l'explication est le suivant. Que le fils et le serviteur soient deux choses distinctes, cela vaut pour l'âme telle qu'elle descend par épanchement. Mais à la racine de l'âme, là où elle est enracinée dans l'essence même, ses deux aspects ne font qu'un. Il en va de même pour la Torah et les mitsvot : telles qu'elles sont dans l'essence, toutes deux ne sont qu'une seule et même chose.
C'est pourquoi l'étude de la Torah doit, elle aussi, comporter le bitoul du serviteur. Si l'on étudie la Torah au seul niveau du fils, l'attachement d'Israël à la Torah [Oraïta] se situe au degré de la Torah telle qu'elle descend par épanchement [où la Torah et les mitsvot sont devenues deux choses]. Pour que l'attachement porte sur l'essence de la Torah, telle qu'elle est enracinée dans l'essence [où la Torah et les mitsvot ne font qu'un], il faut que les deux aspects ressortent dans son étude de la Torah.
Car « la Torah n'est pas dans les cieux » : elle a été remise en son pouvoir. Ses décisions de halakha suivent donc précisément sa propre compréhension, et « l'on ne tient pas compte d'une voix céleste [bat kol] ». C'est le propre du fils. En même temps, il prend sur lui le joug de la Torah : la Torah est son « maître », et il est batel [annulé] devant elle, comme un serviteur sur qui pèse le joug de son maître.
Et c'est là le sens de « le but de la sagesse, c'est la téchouva et les maassim tovim » : l'essentiel de la Torah est qu'elle soit accompagnée de téchouva et de maassim tovim. La Torah conduit à la téchouva et aux maassim tovim, mais il y a plus : la téchouva et les maassim tovim doivent l'accompagner, elle, la Torah elle-même. Dans l'étude de la Torah doit donc se trouver aussi l'annulation de soi [bitoul] de la téchouva et des maassim tovim.
[On peut proposer l'explication suivante. S'il est dit que la téchouva et les maassim tovim doivent l'accompagner, c'est que le bitoul de la téchouva (l'homme sort de sa propre existence, « je me détournerai d'ici ») procède de ce qu'il ressent. C'est pourquoi, dans ce bitoul même, son existence propre reste mêlée (de façon subtile).
Le bitoul véritable est celui des maassim tovim : si l'on accomplit les mitsvot dans un esprit de kabalat ol [acceptation du joug], ce n'est pas en vertu de sa propre volonté, mais en vertu du joug de la royauté céleste [malkhout chamayim] qui lui est imposé (comme expliqué plus haut, à la fin du paragraphe 4).
C'est d'autant plus vrai selon l'explication donnée plus haut (paragraphe 6), d'après laquelle les maassim tovim désignent les mitsvot (les actes) elles-mêmes. Selon cette explication, le bitoul des maassim tovim consiste en ce que l'homme ne ressent même plus qu'il est batel [annulé] devant le maître : seule la Volonté suprême est ressentie. Et le but de la sagesse est que la téchouva et les maassim tovim l'accompagnent : que dans son étude de la Torah se trouvent le bitoul de la téchouva et aussi le bitoul des maassim tovim].
Et cela est l'essentiel de la Torah : par ce moyen, on saisit l'essentiel et la racine de la Torah, telle qu'elle est enracinée dans l'essence [Atsmout].
On peut ajouter la raison pour laquelle cette parole (« le but de la sagesse, c'est la téchouva et les bonnes actions ») était habituelle dans la bouche de Rava précisément. L'étude de la Torah connaît, de manière générale, deux voies : la manière d'étudier d'Abayé et celle de Rava [c'est pourquoi les débats [havayot] d'Abayé et de Rava englobent tous les sujets de la Torah orale].
La différence entre ces deux voies est celle que rapporte la Guemara : « Plutôt que de ronger des os chez Abayé, venez manger de la viande grasse chez Rava. » L'étude de la Torah de Rava était de l'ordre de la « viande grasse » (des halakhot lumineuses et amples), et une étude de cette sorte met en relief l'existence de l'homme qui étudie. De plus, il avait pour habitude, avant de commencer son enseignement aux Sages, de dire une parole plaisante. C'est pourquoi cette parole était habituelle dans sa bouche : « le but de la sagesse, c'est la téchouva et les maassim tovim ». Dans l'étude de la Torah doit se trouver aussi le bitoul de la téchouva et celui des maassim tovim.
Or, il est connu que tout ce que contiennent les discours des Rebbeïm précédents, y compris le moment où ils furent prononcés, est d'une précision absolue. On peut donc dire que si Sa Sainteté mon beau-père l'Admour a prononcé ce discours le chabbat de la paracha Vayichla'h, le chabbat qui précède Youd-Tèt Kislev, c'est notamment parce que le sujet exposé plus haut est évoqué en allusion dans le passouk « Il a délivré mon âme en paix, etc. », lié à Youd-Tèt Kislev, et dans le passouk « Je suis trop petit pour toutes les bontés et pour toute la vérité, etc. », qui figure dans la paracha Vayichla'h et se rattache lui aussi à la guéoula de Youd-Tèt Kislev.
En voici l'explication. Les trois éléments de la parole de nos Sages citée plus haut [sagesse, téchouva et maassim tovim] correspondent aux trois piliers : la Torah, le service [avoda] et les actes de bonté [guemilout 'hassadim]. La sagesse correspond à la Torah. La téchouva correspond au service, car la prière (le service) est le bitoul même : l'homme qui prie est comme un serviteur devant son maître. Les maassim tovim correspondent à la guemilout 'hassadim, car la guemilout 'hassadim englobe toutes les mitsvot.
Or, nos Sages ont enseigné sur « Il a délivré mon âme en paix, etc. » : « Quiconque s'occupe de Torah et de guemilout 'hassadim, et prie avec la communauté, etc., c'est comme s'il M'avait délivré, Moi et Mes enfants, d'entre les nations. » La délivrance s'accomplit donc par les trois éléments : la Torah, la guemilout 'hassadim et la prière (en communauté).
Il en va de même du verset [passouk] : « Je suis trop petit pour toutes les bontés et pour toute la vérité ». Les « bontés » [‘hassadim], au pluriel, sont les deux lignes de guemilout ‘hassadim [actes de bonté] et de la téfila [prière]. Comme on le sait, la prière fait elle-même partie de guemilout ‘hassadim. [Le passouk dit « les bontés » au pluriel parce que le ‘hessed de guemilout ‘hassadim (les mitsvot) et le ‘hessed de la prière sont deux ‘hassadim distincts. C’est d’autant plus vrai que, comme on le sait, la prière se situe dans la ligne de la rigueur [Guevoura] : elle est une élévation d’en bas vers le haut. On en déduit que le ‘hessed de la prière n’est pas de même nature que celui de guemilout ‘hassadim.] Quant à la « vérité », c’est la Torah : « il n’est de vérité que la Torah ».
Et il dit : « Je suis trop petit pour toutes les bontés et pour toute la vérité ». L'annulation de soi [bitoul] (« je suis trop petit ») ne s’exerce donc pas seulement à l’égard de « toutes les bontés », c’est-à-dire des lignes de la prière et de guemilout ‘hassadim (la téchouva et les bonnes actions). Il s’exerce aussi à l’égard de « toute la vérité », la Torah ('Hokhma).
Il en va de même de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie, sur le passouk « Il a racheté en paix mon âme ». Les Sages disent précisément « quiconque s’occupe de la Torah » (et non « quiconque étudie la Torah »). En effet, « s’occuper de la Torah » signifie (comme l’explique Sa Sainteté mon beau-père l’Admour) qu’en plus d’étudier pour lui-même, il s’efforce par tous les moyens d’amener le public à étudier la Torah. Or, ne pas se contenter d’étudier soi-même mais s’efforcer d’amener le public à l’étude de la Torah, surtout quand on y consacre une part de son temps qu’on aurait pu employer à sa propre étude, cela vient du bitoul que l’on éprouve envers la Torah.
10) Or, il a été expliqué plus haut (section 7) que l’union des deux aspects, le fils et le serviteur, s’opère par la révélation de l’essence de l’âme telle qu’elle est enracinée en Hachem Lui-même [haAtsmout]. Car dans l’essence de l’âme, les deux aspects du fils et du serviteur ne font qu’un.
Cela permet d’expliquer l’ordre de l’enseignement de nos Sages cité plus haut (« quiconque s’occupe de la Torah et de guemilout ‘hassadim, et prie avec la communauté »), qui place la Torah avant guemilout ‘hassadim et la téfila. Pourtant, dans l’ordre du service de l’homme en général, l’étude de la Torah vient (principalement) après la prière [la prière elle-même venant après guemilout ‘hassadim, qui la précède, selon l’enseignement de nos Sages : « il donne une pérouta au pauvre, puis il prie »],
car le sens véritable de « Il a racheté en paix mon âme » se réalise par la révélation de la Yé’hida. Il en va de même pour « Il M’a racheté, Moi et Mes enfants, d’entre les nations » : si cela doit se produire précisément à la venue du Machia’h, c’est parce que le Machia’h est la Yé’hida de l’ensemble de l’ordre naturel de la création [héb. hichtalchelout].
C’est pourquoi la Torah est placée avant guemilout ‘hassadim et la prière : l’essence de l’âme se révèle chez « celui qui s’occupe de la Torah » [car si la Torah (le fils) s’accomplit sur le mode du « s’occuper » (le serviteur), cela vient de l’essence de l’âme]. Voilà pourquoi c’est là la préparation principale à la venue du Machia’h, la Yé’hida de l’ensemble de l’ordre naturel de la création.
Ajoutons que la révélation de la Yé’hida de l’ensemble de l’ordre naturel de la création, qui aura lieu dans le futur, apportera une élévation supplémentaire à chacun des trois aspects ('Hokhma, la téchouva et les bonnes actions), jusqu’à une élévation sans commune mesure.
En effet, pour la Torah (la sagesse), nos Sages, de mémoire bénie, ont dit que la Torah d’aujourd’hui n’est que vanité au regard de la Torah du Machia’h. Pour la téchouva, on sait que « le Machia’h vient amener les tsadikim à la téchouva », et la téchouva des tsadikim est plus élevée que la téchouva au sens simple. Pour les bonnes actions enfin, on sait qu’à la venue du Machia’h les mitsvot seront accomplies dans une perfection absolue.
On peut ajouter que la perfection des actions « bonnes et lumineuses » qui se réalisera alors implique aussi que toutes les réalités du monde d’Assia [Action] deviendront lumineuses, au point que « la nuit brillera comme le jour ». Cela se fera dans la guéoula véritable et complète, par notre juste Machia’h, de sorte qu’« aussitôt ils sont délivrés ».
Comme nos Sages, de mémoire bénie, l'ont dit sur le passouk (Michlé 11, 17) « L'homme de bonté ['Hessed] fait du bien à son âme » - voir le commentaire de Rachi, s.v. « H.G. » - Chabbat 127, début de la page b. Likouteï Torah, Vayikra 5a. Or HaTorah, Michpatim, p. 1156. Et en de nombreux endroits.
Les trois choses sur lesquelles le monde repose correspondent aux trois lignes 'Hessed, Guevoura et Tiferet : Or HaTorah (Yahel Or) sur Tehilim, sur le passouk, 62 (p. 204). Maamar commençant par « Pada beChalom » 5678 [5707], chapitre 1 et suivants (Sefer HaMaamarim 5678, p. 93 et suivantes ; 5707, p. 202 et suivantes). Et en de nombreux endroits.
Yerouchalmi, Roch Hachana, chapitre 3, halakha 8. Et ailleurs.
יְרוּשַׁלְמִי ר"ה פ"ג ה"ח. וְעוֹד.
Maamar commençant par « Hasket ouchma Israël » 5693, § 2 et suivants (Sefer HaMaamarim Kountrassim, vol. 1, 259a). Voir aussi la fin du maamar commençant par « Rabbi Yehochoua ben Lévi a dit : cette chose est écrite, etc. » et la fin du maamar commençant par « Rabbi Yehochoua ben Lévi a dit : chaque jour, etc. », de 5688 (Sefer HaMaamarim 5688, p. 112 ; ibid., p. 127).
Voir la fin du traité Berakhot. Tour et Choul'han Aroukh (ainsi que celui de l'Admour Hazakène), Ora'h 'Haïm, début du chapitre 155. Likouteï Torah, Berakha 96b. Et ailleurs. Voir aussi plus loin, p. 152 et suivantes.
רְאֵה סוֹף מס' בְּרָכוֹת. טושו"ע (ודאדה"ז) או"ח ר"ס קנה. לקו"ת בְּרָכָה צו, ב. וְעוֹד. וּרְאֵה גַּם לקמן ע' קנב וְאֵילָךְ.
Bava Batra 10a. Rambam, Lois des dons aux pauvres, chapitre 10, halakha 15. Tour et Choul'han Aroukh (ainsi que celui de l'Admour Hazakène), Ora'h 'Haïm, fin du chapitre 92. Tour et Choul'han Aroukh, Yoré Dé'a, chapitre 249, § 14.
Maamar commençant par « Pada beChalom », dans Chaaré Téchouva, vol. 1 (Chaar HaTefila), fin du chapitre 6 (52c) et suivants. Voir longuement le maamar du même titre de 5739, § 4 et suivants (plus haut, p. 41 et suivantes).
Cité dans Likouteï Torah, Discours pour Chemini Atséret 92b ; Chir HaChirim 50, fin de la page b. Et dans les références indiquées dans Maamareï Admour HaEmtsaï, Devarim, vol. 3, p. 1129. Voir Zohar III, 153b.
18 Kislev 5740 [1979], Chabbat de la paracha Vayichla'h
ח"י כִּסְלֵו ה'תש"מ, ש"פ וַיִּשְׁלַח
Avec l'aide de D.ieu
Pour l'élévation de l'âme de
le Rav 'hassid, le Rav intègre, homme craignant D.ieu, l'homme éminent et honoré, dévoué aux besoins de la communauté,
Rabbi Daniel Yits'hak, que la paix soit sur lui,
fils de Rabbi Ephraïm (qu'il soit distingué pour une vie bonne et longue), qu'il vive de longs et bons jours, amen,
Moskowitz,
chalia'h de Sa Sainteté l'Admour, que son mérite nous protège,
pour l'État de l'Illinois,
décédé le 2 Adar II 5774 [2014].
Que son âme soit liée au faisceau de la vie.
« Et moi, Daniel, je fus accablé ... puis je me levai et accomplis l'ouvrage du roi »