Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5738. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5738. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
Au sortir du chabbat de la paracha 'Hayé Sarah, chabbat Mévar'him du mois de Kislev - dans sa chambre, 5738 [1977]
Avec l'aide du Ciel. À l'issue du Chabbat de la paracha 'Hayé Sarah, Chabbat où l'on bénit le mois de Kislev, dans sa chambre, 5738 [1977].
« Et Avraham était vieux [zaken], avancé en jours [ba bayamim], et Hachem avait béni Avraham en tout. »
« Et Avraham était vieux, avancé en jours », etc. Dans Torah Or, sur notre paracha, l'Admour Hazakène cite, dans le maamar qui commence par « Pour comprendre ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : "Une seule heure de téchouva et de bonnes actions dans ce monde-ci vaut mieux que toute la vie du monde à venir" » (et avant le développement, qui « se rattache au verset [passouk] "Et Avraham était vieux, avancé en jours" »), la parole du Zohar sur ce passouk : « [il était entré] dans ces jours supérieurs [beinoun yomin ilaïn] », etc. Ce sont les vêtements de la Torah et des mitsvot (la téchouva et les bonnes actions), grâce auxquels l'âme pourra jouir de l'éclat de la Chekhina dans le monde à venir.
Ce thème concerne aussi les jours au sens simple : tous les jours doivent être complets, c'est-à-dire que chaque jour soit rempli par l'accomplissement d'une mitsva (« jours supérieurs »). On connaît la parole du Baal Chem Tov : « Qu'il ne laisse passer aucun jour sans accomplir une mitsva, etc. » Tel est le sens de « avancé en jours » : Avraham, notre père, accomplissait son service chaque jour, si bien que tous ses jours étaient des « jours complets » (et non déficients, à D.ieu ne plaise). C'est ainsi qu'il était « avancé en jours, dans ces jours supérieurs ».
On connaît la difficulté que soulève ce point. L'essentiel, ce sont les vêtements des mitsvot (les « jours supérieurs ») : en quoi la question des jours (au sens simple) importe-t-elle ici, au point qu'il ne faille laisser passer aucun jour sans accomplir une mitsva, etc. ? Ne pourrait-on pas, le lendemain, en accomplir deux ? Apparemment, en effet, celui qui accomplit plusieurs mitsvot en une seule journée en possède le même nombre que s'il les avait accomplies sur plusieurs jours. Dès lors, qu'importe d'accomplir une mitsva précisément chaque jour, au point que, lorsqu'il lui manque un jour, il lui manque un vêtement ?
2) Or, cette qualité d'Avraham (« avancé en jours ») vient dans le texte après tant et tant de ses qualités, énoncées dans les passoukim précédents ; et dans ce passouk même, il est d'abord dit « Et Avraham était vieux », puis il est ajouté « avancé en jours ». On en comprend que « avancé en jours » est une qualité plus grande encore que la qualité de « vieux ».
Certes, « Et Avraham était vieux » signifie qu'il se trouvait à un degré d'élévation tout à fait prodigieux. Comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie, HaKadoch Barou'h Hou dit à Avraham : « Viens, revêts Mon vêtement » (le vêtement de HaKadoch Barou'h Hou, qui est appelé Atik Yomin [l'Ancien des jours]), ainsi qu'il est dit : « Et Avraham était vieux ». Autrement dit, « Et Avraham était vieux » désigne la qualité d'Avraham qui revêt le vêtement de HaKadoch Barou'h Hou, tel que HaKadoch Barou'h Hou se trouve au niveau d'Atik Yomin. Et pourtant, « avancé en jours » est plus élevé encore.
Il faut donc comprendre en quoi consiste la grande élévation de « avancé en jours », c'est-à-dire des vêtements des mitsvot [en particulier le fait d'accomplir une mitsva précisément chaque jour, bien que cela n'ajoute rien au nombre des mitsvot], au point d'être plus élevée que « (Et Avraham était) vieux », qui est le niveau (du vêtement) d'Atik Yomin.
3) On le comprendra en exposant d'abord l'explication connue : l'âme a besoin des vêtements de la Torah et des mitsvot pour pouvoir jouir de l'éclat de la Chekhina. L'âme, en effet, est une créature [comme il est expliqué en plusieurs endroits, l'âme est comme la Divinité devenue créature, au point que son attachement à la Divinité est un attachement imperceptible], et il est impossible à une créature de saisir quoi que ce soit de l'Or Ein Sof [lumière infinie], béni soit-Il. C'est pourquoi, pour pouvoir jouir de l'éclat de la Chekhina, qui est un rayonnement de l'Or Ein Sof, béni soit-Il [et en particulier pour « contempler la douceur de Havayé »], l'âme a besoin de vêtements. C'est comme une lumière intense [extrêmement intense, comme la lumière du soleil, le niveau de « soleil de Havayé »] : on ne peut la regarder, mais un écran (qui est comme un vêtement) permet de recevoir [et de capter] la lumière.
Que la Divinité devient à l'état d'un être créé, au point que son attachement à la Divinité est un attachement imperceptible] ; et il est impossible à un être créé de saisir quoi que ce soit de l'Or Ein Sof [lumière infinie], béni soit-Il,
C'est pourquoi, pour que l'âme puisse jouir de l'éclat de la Chekhina, qui est une illumination de l'Or Ein Sof, béni soit-Il], il lui faut des vêtements. C'est l'image d'une grande lumière que l'on ne peut regarder en face : à travers un écran (qui est comme un vêtement), on peut recevoir la lumière.
Or, on sait que tout intermédiaire qui relie deux choses doit être composé de l'une et de l'autre. On comprend dès lors, à propos des vêtements que sont la Torah et les mitsvot [qui sont comme un intermédiaire reliant l'éclat de la Chekhina (illumination de l'Or Ein Sof, qui est illimité) à l'âme (qui est créée et limitée)], qu'ils participent des deux aspects.
Car leur racine (celle de la Torah et des mitsvot) est la Volonté suprême et la sagesse du Très-Haut, qui sont unies à Lui (car Lui, Sa sagesse et Sa volonté ne font qu'un) : c'est l'aspect de l'illimité [au point que la Volonté suprême et la sagesse du Très-Haut (racine de la Torah et des mitsvot) se tiennent au-delà même de l'éclat de la Chekhina]. Mais parce qu'elles sont descendues en bas, dans ce monde matériel - les tsitsit dans une laine matérielle, les téfilines dans un parchemin matériel, et ainsi de toutes les mitsvot [il en va de même de la Torah, qui s'est revêtue dans l'intellect humain, jusque dans des arguments mensongers, et qui est écrite à l'encre dans un livre] -, elles relèvent de la mesure et de la limite, jusqu'à celles de ce monde matériel, le plus bas de tous,
Dès lors, grâce à ces deux aspects de la Torah et des mitsvot [l'illimité qu'elles tiennent de leur racine, et la limite qu'elles tiennent de leur descente en bas], elles deviennent un vêtement et un intermédiaire. Ce vêtement relie l'âme, qui est créée et limitée (telle qu'elle est revêtue dans un corps matériel), à l'éclat de la Chekhina, et jusqu'au niveau de « la douceur de Havayé » [noam Havayé], qui est au-delà de toute mesure et de toute limite.
… matériel, au-dessous duquel il n'est rien de plus bas. Par ces deux aspects de la Torah et des mitsvot [l'illimité [bli gvoul] qui est en elles du fait de leur racine, et la limite qui est en elles du fait de leur descente ici-bas], elles deviennent un vêtement et un intermédiaire. Ce vêtement relie l'âme, qui est une créature et qui est limitée (de même qu'elle est revêtue d'un corps matériel), au niveau de l'éclat de la Chekhina [ziv haChekhina], et jusqu'au niveau de la douceur de Havayé [noam Havayé], qui est au-delà de toute mesure et de toute limitation.
Or, puisque la Torah et les mitsvot se revêtent des réalités de ce monde-ci matériel, mauvais dans sa quasi-totalité [litt. : « dont la plus grande part est comme le tout »], il faut les nettoyer de tout déchet qui s'y dépose. Il en est ainsi de l'étude de la Torah : la Torah s'étant revêtue de l'intellect humain et de réalités matérielles, il se peut que l'étude d'un homme soit chelo lichma [qui n'est pas pour elle-même], et cela jusqu'au degré le plus bas du chelo lichma. Il en va de même pour les mitsvot.
C'est pourquoi les vêtements de la Torah et des mitsvot ont besoin d'être lavés et nettoyés, pour être des vêtements propres, etc. (même s'ils ne sont pas dans l'état décrit par « Mes vêtements, Je les ai souillés »). Ils sont en cela semblables au vêtement matériel, qu'il faut laver et nettoyer pour qu'il soit net et propre.
[Et même après que l'homme a lavé les vêtements de la Torah et des mitsvot pour qu'ils soient propres de tout déchet, etc., ils doivent encore, pour monter en haut, être affinés [zikoukh] par les anges, qui « les étreignent et les embrassent ».
Voici l'explication. Il est écrit : « Il n'est pas de tsadik sur la terre qui fasse le bien sans fauter. » Puisque l'homme se trouve sur la terre, dans ce monde-ci matériel, il y a en lui un 'hèt [faute], le mot 'hèt devant s'entendre au sens de manque ['hissaron] (à tout le moins).
Certes, ce 'hèt (ce manque) n'est pas de sa faute, à D.ieu ne plaise, puisque « Ton peuple, tous sont des tsadikim ». Il vient de ce qui est écrit : « Redoutable en desseins envers les fils de l'homme » : HaKadoch Barou'h Hou veut que l'homme se trouve dans un tel monde [à l'image d'un roi qui envoya son fils dans un pays lointain pour montrer la sagesse de son fils, qui, même dans ce pays lointain, reconnaîtra la vérité ; c'est le niveau de « et la vérité de Havayé est à jamais »]. Néanmoins, il y a bel et bien en lui un manque (un 'hèt, au sens de manque), et sa Torah et ses mitsvot ne sont pas parfaites non plus. Il est écrit en effet : « Il n'est pas de tsadik sur la terre qui fasse le bien sans fauter » : le manque (« fauter ») atteint aussi sa Torah et ses mitsvot (« qui fasse le bien »). C'est pourquoi, pour que sa Torah et ses mitsvot montent en haut, il a besoin de l'aide des anges].
Or, si la Torah et les mitsvot de ce monde-ci matériel ont besoin de l'aide des anges et la requièrent, ce n'est pas seulement parce que ce monde matériel est mauvais dans sa quasi-totalité. C'est (aussi) à cause de la matérialité de ce monde : parce qu'il est matériel, il est sans commune mesure avec les mondes supérieurs (spirituels).
Il en va comme de ce que l'on sait de l'âme de l'homme. Même un tsadik parfait, lorsqu'il monte au Gan Eden, doit s'immerger dans le Nehar Dinour [fleuve de feu] pour oublier les visions de ce monde-ci ['hezou dehaï alma]. Car ce monde-ci matériel est sans commune mesure avec le Gan Eden, si bien que la moindre parcelle des réalités de ce monde empêche de monter au Gan Eden
[À l'image des élévations d'un degré à l'autre du Gan Eden, du Gan Eden inférieur au Gan Eden supérieur, etc. : ces élévations étant sans commune mesure, il faut d'abord que la compréhension [hassaga] du Gan Eden inférieur soit annulée. On connaît l'exemple tiré de la compréhension intellectuelle : pour accéder à une compréhension supérieure, sans commune mesure avec la précédente (bien que cette compréhension supérieure se situe, elle aussi, dans ce monde-ci matériel), il faut d'abord que la compréhension précédente soit annulée. C'est ainsi que Rabbi Zeira, lorsqu'il monta en Terre d'Israël, observa cent jeûnes (ou quarante jeûnes) pour oublier la Guemara de Babylone, afin de pouvoir étudier la Guemara de Jérusalem],
il en va de même pour la Torah et les mitsvot de l'homme : parce qu'elles sont revêtues de réalités matérielles, il faut d'abord qu'elles soient affinées et dépouillées de leur matérialité par les anges.
On peut proposer, à titre d’hypothèse, l’explication suivante. L’affinement [hizdakekhout] de la Torah et des mitsvot et leur élévation s’accomplissent certes par les anges. Néanmoins, la perfection ultime de toute chose est atteinte lorsqu’elle s’accomplit par le service de l’homme (c’est pourquoi « un homme veut précisément son propre kav [mesure de capacité] »). Dès lors, pour l’affinement de la Torah et des mitsvot lui aussi, le commencement se fait par le service de l’homme.
C’est ce qui est rapporté dans le Torah Or : le lavage et l’affinement [zikoukh] de la Torah et des mitsvot s’accomplissent par le service de la prière. Cela signifie (non seulement que, par la prière, l’homme nettoie la Torah et les mitsvot de tout déchet, afin qu’elles ne soient pas accomplies de manière intéressée [chelo lichma] ou d’une façon semblable, mais encore) que la prière opère aussi (le commencement de) leur affinement : elles s’affinent de leur matérialité et montent vers le haut.
En effet, la prière est « סולם מוצב ארצה וראשו מגיע השמימה, une échelle posée à terre [artsa], dont le sommet atteint le ciel [hachamayma] ». Autrement dit, la prière relie les deux extrémités, la terre et le ciel (le bas et le haut). Cela est d’autant plus vrai selon ce que l’on sait : artsa (avec l’ajout d’un hé) désigne le degré le plus bas de cette terre matérielle elle-même ; chamayma (avec l’ajout d’un hé) désigne le degré le plus élevé des cieux (les cieux des cieux) ; et hachamayma (avec l’ajout d’un hé au début également) se situe plus haut encore que chamayma. Tel est le sens de « une échelle posée à terre, dont le sommet atteint le ciel » : par la prière, « peut s’élever même (l’homme) qui se trouve à terre, aux degrés les plus bas de cette terre matérielle, jusqu’à hachamayma, aux degrés les plus élevés et les plus merveilleux ».
Or, de même que la prière agit sur l’homme, qui peut s’élever jusqu’à hachamayma même lorsqu’il se trouve à terre (encore faut-il aussi l’aide des anges qui l’étreignent, etc.), elle agit de la même manière sur tous les domaines de l’homme, et en particulier sur sa Torah et ses mitsvot. Par les quatre échelons de la prière (qui correspondent aux quatre mondes), elles montent de monde en monde, jusqu’à atteindre le niveau de hachamayma, qui est au-dessus des mondes, et jusqu’à monter véritablement à Son essence et à Son être mêmes, béni soit-Il.
Même lorsqu’il se trouve à terre [artsa], il peut s’élever vers le ciel [hachamayma] (il faut seulement, en plus, l’aide des anges « qui l’étreignent », etc.). De la même manière, elle agit aussi dans toutes les affaires de l’homme, et en particulier dans sa Torah et ses mitsvot : par les quatre échelons de la prière (qui correspondent aux quatre mondes), celles-ci montent de monde en monde, jusqu’à monter au niveau de « vers le ciel » [hachamayma], qui est au-dessus des mondes, et jusqu’à monter vers Son Être et Son Essence mêmes, béni soit-Il.
C’est là l’une des explications du lien entre les vêtements des mitsvot et les jours (au sens simple du mot). L’élévation des mitsvot se fait en effet par la prière, et la prière est « le service du jour » [comme on le comprend aussi de l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie : « Les prières, ils les ont instituées en correspondance avec les offrandes perpétuelles [temidin] » ; « l’offrande ’ola perpétuelle [’olat tamid, offrande entièrement consumée], offerte chaque jour » ; « deux par jour »]. Chaque jour, la prière opère le birour [tri] des étincelles qui se sont renouvelées en ce jour, et les élève. C’est pourquoi les dont l’élévation se fait par la prière [mitsvot] ont besoin du « service du jour ».
Toutefois, cette explication n’éclaire que le lien des mitsvot avec les jours. On ne comprend pas encore pourquoi il est nécessaire d’accomplir les mitsvot précisément chaque jour. À première vue en effet, même si l’on manque un jour et que le lendemain on accomplit deux mitsvot, ces mitsvot seront affinées [zikoukh] par la prière du lendemain.
On ne peut pas dire que la prière ne puisse affiner [zikoukh] et élever que les mitsvot qui relèvent de ce jour-là : une telle distinction n’a aucune raison d’être. De plus, il existe la notion de prière de compensation [tachloumin] (le jour suivant, dans la prière qui lui est adjacente), et « l’on ne dit pas : puisque son jour est passé, son korban [offrande] est batel [annulé] ». Bien plus (pour ce qui est de l’intention de la prière), une seule prière, composée des prières de toute l’année, élève les prières de toute l’année. On en déduit, pour l’élévation des mitsvot qui se fait par la prière, que la prière élève aussi les mitsvot du jour voisin, etc. Et la chose trouve un appui dans les prières du chabbat, qui élèvent les prières de tous les jours de semaine, avec toute la Torah et les actes de bien [ma’assim tovim] qui y étaient inclus.
Mais voici ce qu’il en est. On sait que la finalité de la Torah et des mitsvot est d’opérer un birour [tri] et un affinement dans ce monde matériel. C’est le sens de « elle n’est pas dans le ciel », et de « toute la Torah a été donnée pour faire la paix dans le monde ». À plus forte raison les mitsvot, qui « n’ont été données que pour épurer par elles les créatures ». Au point que la mitsva de tsédaka équivaut à toutes les mitsvot (et qu’elle est appelée simplement « la mitsva »). En effet, la finalité des comme la finalité de la descente de la Nechama ici-bas [mitsvot] n’est [pas pour la Nechama, mais] que de rectifier le corps, l’âme animale [Néfech habehamit] et sa part dans le monde ; or cette finalité s’accomplit par la mitsva de tsédaka (davantage que par toutes les autres mitsvot), comme il est expliqué dans le Tanya.
C’est pourquoi il faut précisément des « jours complets » [yomin chlemin] : chaque jour doit comporter l’accomplissement d’une mitsva. Puisque le monde se définit par l’espace et le temps, il est clair que la Torah et les mitsvot (dont la finalité est de rectifier le monde) doivent rectifier aussi le temps. Il est donc nécessaire qu’une mitsva soit accomplie chaque jour (même si, lorsqu’il lui manque un jour, l’homme peut faire le vêtement en accomplissant le lendemain deux mitsvot). Car pour rectifier les jours (le temps) eux-mêmes, il faut que « chaque jour accomplisse son œuvre » [kol yoma veyoma avid avidtei].
Tel est le sens de « Avraham était vieux, avancé en jours [ba bayamim] » : après « Avraham était vieux », il est aussi « avancé en jours », qualité plus grande encore que celle de « vieux ». En effet, l’intention véritable de la venue à l’existence des mondes (au niveau de l’Essence de l’Ein Sof [l’Infini]) est que HaKadoch Barou’h Hou a désiré avoir, béni soit-Il, une demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim] précisément. Cette intention s’accomplit par le service de l’homme, « vous êtes appelés adam [homme] », car seul l’homme peut accomplir cette intention. C’est pourquoi il porte le nom d’adam, d’après ses deux extrêmes : il est « semblable [edamé] au Très-Haut », et il a été formé de la terre [adama]. Son corps a été fait de la terre elle-même, et de telle sorte qu’il fut d’abord un minéral [domem] à part entière (sans aucune âme vitale en lui), comme le dit le verset [passouk] : « Ma masse informe [golmi], Tes yeux l’ont vue » (à la différence du corps du végétal et de l’animal). Car cet aspect du nom adam (d’après la terre) indique lui aussi sa grandeur : il opère le birour [tri], rectifie et élève même le minéral, qui est le plus bas de tout, au-dessous duquel il n’y a rien de plus bas.
« Je ressemblerai au Très-Haut » [adamé la'Elyon], et qu'il est formé de la terre [adama] : son corps a été fait de la terre elle-même, de telle sorte qu'il fut d'abord inanimé [domem], en lui-même (sans la moindre âme vitale en lui), comme il est écrit : « Ma masse informe [golmi], Tes yeux l'ont vue » (et non comme le corps du végétal et de l'animal). Car cet aspect-là aussi du nom « Adam » (tiré de la terre [adama]) indique sa supériorité : il opère le birour [tri et raffinement], il répare et il élève même le minéral, qui est ce qu'il y a de plus inférieur, au point que rien d'inférieur n'existe au-dessous de lui.
Et cette supériorité qui est en lui se réalise en acte précisément par le service « avancé en jours » [ba bayamim]. Par le service du « vieux » [zaken] (à lui seul), il a certes, lui aussi, fait le birour [tri et raffinement] de sa part dans le monde (l'espace) et l'a réparée. Néanmoins, comme il n'a pas encore réparé le temps, il n'a pas encore accompli l'intention de la demeure dans les mondes inférieurs [dira betachtonim]. C'est pourquoi, bien que ce service atteigne le niveau d'Atik Yomin [le degré le plus intérieur du Kéter], qui est en retrait [ha'atakah] (et en séparation) du niveau de yomin [les jours], ce n'est pas là la perfection ultime.
Il en va autrement du service « avancé en jours ». L'homme œuvre alors à réparer les jours, jusqu'à [réaliser] « Le nombre de tes jours, Je le remplirai », où mispar [nombre] s'entend par référence à even sapir [pierre de saphir] (comme il est écrit dans Torah Or : « le nombre de tes jours » est comme « les cieux racontent [mesaperim] », que le Zohar interprète par « ils éclairent, scintillent et resplendissent [sapirin] »). Autrement dit, l'homme illumine les jours (le temps) de la lumière de la Torah et des mitsvot. Par là, il accomplit l'intention de la demeure dans les mondes inférieurs (dans ce qu'il y a de plus inférieur en ce monde-ci même). Et cela (l'accomplissement de cette intention) constitue la perfection ultime de la supériorité de l'homme, comme on l'a dit plus haut.