Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5741. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5741. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.
Nuit précédant le jeudi de la paracha 'Hayé Sarah, 20 Mar'hechvan 5741 [1980].
אוֹר לְיוֹם ה' פ' חַיֵּי שָׂרָה, כ"ף מַרְחֶשְׁוָן, ה'תשמ"א
« Et la vie de Sarah fut de cent ans, vingt ans et sept ans : les années de la vie de Sarah. »
« Et la vie de Sarah fut de cent ans, vingt ans et sept ans : les années de la vie de Sarah ». Sa Sainteté l'Admour Rachab, dont l'âme est en Éden et dont c'est aujourd'hui l'anniversaire, relève dans son maamar qui commence par ces mêmes mots, de l'année « Ataret » : que signifie l'expression « les années de la vie de Sarah » ? Il a déjà été dit « Et la vie de Sarah fut » [en détaillant ses années par centaines, dizaines et unités]. Pourquoi, dès lors, répéter encore « les années de la vie de Sarah » ?
Il faut également comprendre (comme le relève le Zohar) pourquoi c'est précisément à propos de Sarah qu'il est dit « les jours des années de sa vie » [au point que toute la paracha ('Hayé Sarah) porte ce nom, ce qui indique que c'est là le contenu de toute la section], alors que cela n'est pas dit des autres Matriarches.
Il cite à ce propos ce passage du Zohar : « 'Hava vint au monde et s'attacha au serpent, etc. Noa'h vint au monde : qu'est-il écrit à son sujet ? "Il but du vin et s'enivra", etc. Sarah vint, descendit et remonta [sans s'y attacher], comme il est dit : "Avram monta de l'Égypte, lui et sa femme" ; c'est pourquoi elle mérita les 'hayin ilaïn [vie supérieure]. » Et le Zohar conclut (ibid.) : « Et c'est pourquoi la vie fut sienne [dilah havou 'hayin]. »
Sur cette base, Sa Sainteté l'Admour Rachab, dont l'âme est en Éden, explique dans son maamar précité les deux points relevés plus haut. Si c'est précisément à propos de Sarah qu'il est dit « les jours des années de sa vie » (ce qui n'est pas dit des autres Matriarches), c'est parce que Sarah seule, en descendant et en remontant, mérita les 'hayin ilaïn [vie supérieure]. Et si le verset [passouk] répète encore « les années de la vie de Sarah », bien qu'il ait déjà dit au début « Et la vie de Sarah fut », c'est que « Et la vie de Sarah fut » désigne le fait qu'elle mérita les 'hayin ilaïn, tandis que « les années de la vie de Sarah » correspond à « la vie fut sienne » : non seulement elle mérita les 'hayin ilaïn, mais cette vie devint la sienne — « dilah havou ».
Il faut aussi comprendre ceci. Les termes du Zohar — « 'Hava vint », « Noa'h vint », « Sarah vint » — montrent qu'il existe un lien entre ces trois cas : 'Hava et Noa'h voulurent accomplir cela même qu'accomplit Sarah, mais ils n'y parvinrent pas ; bien plus, il en résulta pour eux une descente [yerida] (« elle s'attacha au serpent », « il s'enivra »). Il n'en va pas ainsi de Sarah : bien qu'elle aussi ait (d'abord) connu une descente, c'est par cette descente même que vint ensuite l'élévation [aliya] — « elle descendit et remonta ». Il faut donc comprendre le lien entre ces trois cas.
« Et la vie de Sarah fut de cent ans, vingt ans et sept ans : les années de la vie de Sarah ». Sa Sainteté l’Admour Rachab, dont l’âme est en Éden et dont c’est aujourd’hui l’anniversaire, s’arrête sur la formulation du verset [passouk] dans son maamar qui commence par le mot « Zeh », de l’année 5679 [1918]. Il demande : que signifie l’expression « les années de la vie de Sarah » ? Il a déjà été dit « Et la vie de Sarah fut » [en détaillant ses années en centaines, en dizaines et en unités]. Pourquoi la répéter en disant encore « les années de la vie de Sarah » ?
De même, il faut comprendre (comme le relève le Zohar) pourquoi « les jours des années de sa vie » n’est dit qu’à propos de Sarah [au point que toute la paracha ('Hayé Sarah) porte ce nom, ce qui indique que c’est là le contenu de toute la section], alors que cela n’est pas dit pour les autres Mères.
Il cite à ce sujet ce passage du Zohar : « 'Hava vint au monde et s’attacha au serpent, etc. Noa'h vint au monde ; qu’est-il écrit à son sujet ? “Il but du vin et s’enivra”, etc. Sarah vint, descendit et remonta [et ne s’attacha pas à lui], comme il est dit : “Avram monta de l'Égypte, lui et sa femme.” C’est pourquoi elle mérita les 'hayin ilaïn [vie supérieure]. » Et le Zohar conclut (au même endroit) : « Et c’est pourquoi la vie fut sienne. »
Sur cette base, Sa Sainteté l’Admour Rachab, dont l’âme est en Éden, explique dans son maamar précité les deux précisions relevées plus haut. « Les jours des années de sa vie » n’est dit qu’à propos de Sarah (et non des autres Mères) parce que Sarah seule, en descendant puis en remontant, a mérité les 'hayin ilaïn [vie supérieure].
Quant à la répétition « les années de la vie de Sarah », alors qu’il a déjà été dit au début « Et la vie de Sarah fut », elle s’explique ainsi : « Et la vie de Sarah fut » désigne le fait qu’elle a mérité les 'hayin ilaïn [vie supérieure], tandis que « les années de la vie de Sarah » correspond à « la vie fut sienne ». Non seulement elle a mérité les 'hayin ilaïn, mais cette vie est devenue la sienne : elle « fut sienne ».
Il faut aussi comprendre ceci. La formulation du Zohar – « 'Hava vint », « Noa'h vint », « Sarah vint » – montre qu’il existe un lien entre ces trois épisodes. 'Hava et Noa'h voulaient en effet accomplir ce que Sarah a accompli, mais ils n’y sont pas parvenus. Bien plus, leur tentative a entraîné pour eux une descente (« elle s’attacha au serpent », « il s’enivra »). Il n’en va pas de même pour Sarah. Elle aussi a connu (d’abord) une descente, mais c’est cette descente même qui a produit ensuite l’élévation : « elle descendit et remonta ». Il faut donc comprendre le lien entre ces trois épisodes.
Or, « les actes des Pères sont un signe pour les enfants ». On sait que ce « signe » n’est pas seulement un signe et un enseignement : il est aussi un don de force. On connaît de même ce qui est dit à propos de la formule « Rabbi Untel a ouvert », etc. Une fois qu’il a ouvert le canal et le chemin, et à plus forte raison une fois qu’il a frayé la route, chacun reçoit la force d’accomplir ce service divin. Il n’a plus besoin d’un effort aussi grand (que la première fois).
À plus forte raison en est-il ainsi des actes des Patriarches : ils sont les pères de chaque Juif, et leurs accomplissements comme leur service divin se transmettent en héritage à chaque Juif. Il en va de même pour les Mères, et en particulier pour Sarah notre mère, la première des quatre Mères, dont il est écrit : « Tout ce que Sarah te dira, écoute sa voix. »
On en déduit que l’épisode rapporté plus haut – « Sarah vint, descendit et remonta » – est (comme tous les actes des Pères et des Mères) un enseignement pour le service divin de chaque Juif. Il lui donne aussi la force de l’accomplir. Il faut donc comprendre ce que « elle descendit et remonta » enseigne sur le service des enfants après le don de la Torah.
Le point essentiel est celui qu’explique, dans son maamar précité, celui dont c’est aujourd’hui l’anniversaire : la avoda [service de D.ieu] doit se faire précisément dans la joie, comme il est écrit : « Servez Hachem dans la joie. » La joie dans la avoda est même un principe capital. On connaît l’explication que donne l’Arizal, rapportée dans le Tanya, sur le passouk : « Parce que tu n’as pas servi Hachem ton D.ieu dans la joie », etc. Et le Torah Or rapporte que l’Arizal a mérité le Roua'h hakodech [l’inspiration divine] grâce à la joie de la mitsva. [Puisque c’est un récit de la Torah (orale), et que le mot « Torah » dérive de hora'a, « enseignement », c’est un enseignement pour chaque Juif.] Car lorsque le service se fait dans la joie, il est alors accompli dans sa perfection
[et le monde lui aussi parvient ainsi à sa perfection. La finalité de la création, en effet, est Israël, appelé « commencement ». Et « pour Israël » signifie : pour le service divin d’Israël [qui constitue l’essentiel de son existence, comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Je n’ai été créé que pour servir mon Créateur »]. Autrement dit, par leur service, les enfants d’Israël amènent le monde à sa perfection ultime.
Certes, le monde a été créé dans sa plénitude. On sait d’ailleurs que l’une des raisons de la création du monde est que ce fut la volonté de D.ieu, béni soit-Il, de faire du bien à Ses créatures, car il est dans la nature du bon de faire le bien. On en conclut que le monde a été créé parfait (dès l’origine). Pourtant, cette volonté même de faire du bien à Ses créatures est l’une des raisons pour lesquelles D.ieu, béni soit-Il, a voulu que la création soit pour Israël et pour la Torah. Ainsi, les créatures recevraient la plénitude du bien, parce que les enfants d’Israël, par leur service, ajouteraient au monde une perfection plus élevée que celle qu’il possède du fait de sa création. Et puisque le service atteint sa perfection lorsqu’il se fait dans la joie, la joie accroît aussi la perfection que le service d’Israël confère au monde.]
Non seulement le service atteint sa perfection lorsqu’il se fait dans la joie, mais la joie en est aussi une condition nécessaire. C’est pourquoi, lorsque la joie manque dans la avoda [service de D.ieu], il en résulte une punition, à D.ieu ne plaise, comme il est écrit : « Parce que tu n’as pas servi Hachem ton D.ieu dans la joie », etc. Le but du service divin est en effet d’attirer ici-bas la révélation de la Divinité, et c’est par la joie que cela s’accomplit.
Cependant, il est aussi écrit : « Servez Hachem avec crainte. » Ce même passouk poursuit toutefois : « et réjouissez-vous en tremblant » : il faut donc de la joie. Mais une joie ressentie peut conduire à un sentiment d’existence propre [yechout], et celui-ci à plusieurs choses indésirables qui en découlent. C’est pourquoi il faut « servir Hachem avec crainte et se réjouir en tremblant ». La joie sera alors (non pas ressentie, mais) empreinte d'annulation de soi [bitoul] et d’humilité, selon les termes du passouk : « Les humbles accroîtront leur joie en Hachem ». La joie accompagne alors l’humilité et le bitoul, ou même en procède (comme on le verra plus loin, au paragraphe 6).
Sur cette base, celui dont c’est l’anniversaire de naissance explique, dans son maamar cité plus haut, le passage « Vint Ève, etc. ; vint Sara, etc. » : ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils voulurent susciter la joie. Nos Sages, de mémoire bénie, disent en effet à propos d’Ève : « Elle pressa une grappe de raisin et la lui donna. » Et à propos de Noa’h, il est écrit : « Il planta une vigne et but du vin. » Or le vin, c’est la joie, comme il est écrit : « le vin qui réjouit D.ieu et les hommes ».
Seulement, chez Ève, la joie relevait du ressenti [héb. morgach]. À son sujet, il est écrit en effet : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et qu’il était désirable, etc. », et c’est là le ressenti. Noa’h, lui, voulut réparer par le ressenti la faute de l’arbre de la connaissance, qui relève du ressenti, et il n’y parvint pas. Car « il but du vin » le conduisit (non pas à la joie qui relève de l'annulation de soi [bitoul], celle du « vin qui réjouit », mais) à « il s’enivra » : le vin qui enivre.
Certes, l’ivresse est une absence de ressenti. Mais cette absence ne procède pas de l’humilité et du bitoul : elle vient du trouble de l’esprit (et du ressenti).
La réparation de la faute de l’arbre de la connaissance (qui relève du ressenti) s’est accomplie précisément par Sara [comme l’explique la Kabbalah, Sara a réparé ce qu’Ève avait abîmé]. Car Sara est l’aspect de royauté [Malkhout] [c’est pourquoi elle se nomme Sara, de serara, « autorité »], c’est-à-dire le bitoul. Voilà pourquoi c’est précisément par elle que la réparation s’est faite : une joie qui relève du bitoul.
Tel est le sens de « Vint Sara, elle descendit et remonta ». En vertu du bitoul propre à Malkhout, même quand elle descend ici-bas, la descente (« elle descendit ») a pour but l’élévation (« et remonta »). En effet, Malkhout descend ici-bas pour faire le birour [tri et affinage] des étincelles de sainteté qui s’y trouvent, les réparer et les élever vers le haut.
Il en va de même de la descente (d’Avraham et) de Sara en Égypte (au sens matériel). Elle eut lieu pour que la montée hors d’Égypte, « Avram monta d’Égypte, lui et sa femme », se fasse de telle sorte qu’« Avram était très chargé de bétail, d’argent et d’or ». Et cela s’accomplit par Sara, comme il est écrit : « Et il traita bien Avram à cause d’elle. »
Par là, elle mérita les 'hayin ilaïn [vie supérieure], au point que « la vie était sienne » : la vie lui appartenait (même) dans le ressenti. Comme Malkhout est par essence dans l’état de bitoul, ce qu’elle ressent relève lui aussi du bitoul.
Dans le service de Hachem, cela signifie que la joie, même manifeste, relève néanmoins du bitoul [à l’image d’un roi qui, malgré sa grandeur et sa joie, « force et allégresse sont en son lieu », n’est pas pour autant dans la yéchout [affirmation de soi]]. Aussi une telle joie ne peut-elle entraîner de conséquences indésirables (comme ce fut le cas pour Ève et pour Noa’h). Bien plus, elle conduit à l’élévation ultime, jusqu’à un degré semblable à celui du temps à venir. Le maamar (de celui dont c’est l’anniversaire) l’explique ainsi : « la vie était sienne » est à l’image de « et nous vivrons devant Lui », qui s’accomplira dans le temps à venir, une vie d’une perfection absolue.
Chant des montées. Quand Hachem ramena les exilés de Sion, nous étions comme des rêveurs.
Alors notre bouche s’emplira de rire, et notre langue de chants de joie ; alors on dira parmi les nations : « Hachem a fait de grandes choses pour ceux-là. »
On peut rattacher cela au verset [passouk] « Alors notre bouche s’emplira de rire ». Dans le temps à venir, la joie atteindra sa perfection ultime. Au point que la joie d’aujourd’hui, même à sa pleine perfection (autant qu’elle peut l’être à présent), est sans commune mesure avec la joie et le rire du temps à venir : « Alors notre bouche s’emplira de rire. »
Certes, la joie du temps à venir viendra (comme tout ce qui concerne le temps à venir) de la avoda [service de D.ieu] dans la joie durant la galout. Pourtant, la récompense qui en résultera dans le temps à venir (« Alors notre bouche s’emplira de rire ») est hors de proportion, et même totalement hors de proportion, au point de dépasser la notion même de récompense.
Cela permet d’expliquer pourquoi le fils de Sara, pour lequel Sara pria tout particulièrement (plus encore qu’Avraham, notre père), reçut le nom de Yits’hak, d’après « D.ieu m’a fait un rire [ts’hok] ». En effet, « la vie était sienne » (celle de Sara) est comme « et nous vivrons devant Lui », qui s’accomplira dans le temps à venir (comme on l’a vu plus haut dans le maamar de celui dont c’est l’anniversaire). C’est pourquoi le fils de Sara est Yits’hak, dont l’essence est le rire et la joie, jusqu’au rire et à la joie semblables à « notre bouche s’emplira de rire » du temps à venir. Voilà pourquoi, dans le temps à venir, c’est à Yits’hak (précisément) que l’on dira : « Car c’est toi notre père. »
L’explication de la joie qui relève du bitoul (au point que, même manifeste, elle relève encore du bitoul) est la suivante. La joie véritable naît de l’humilité et du bitoul, comme il est écrit : « Les humbles accroîtront leur joie en Hachem. »
Le lien entre l’humilité et la joie, qui semblent pourtant deux choses opposées, Sa Sainteté l’Admour Hazakène l’explique dans le discours commençant par « Les humbles accroîtront leur joie en Hachem » [ainsi que dans plusieurs discours des Rebbeïm précédents, qui vinrent après lui, et aussi dans le maamar cité plus haut de celui dont c’est l’anniversaire]. L’humilité ne consiste pas pour l’humble à se méprendre sur lui-même et à ignorer ses qualités. Il connaît ses qualités, et même toutes ses qualités [car tout Juif, même celui dont la conduite n’est pas du tout celle qui convient, n’a pas seulement des mitsvot : les mitsvot emplissent tout son être. Selon l’expression de nos Sages, de mémoire bénie, ils sont « remplis de mitsvot comme une grenade ». D’autant plus que « Ton peuple, tous sont des tsadikim », et que tout Juif est présumé intègre]. Et pourtant, il ne devient pas pour autant une entité à ses propres yeux, et encore bien moins est-il dans la yéchout. Car il sait la vérité : les qualités qu’il possède ne sont pas « sa force et la puissance de sa main ». Elles lui ont été données d’En haut (les forces pour cela), et si l’on avait donné ces forces à un autre, celui-ci aurait atteint le même degré. De plus, son humilité et son bitoul lui font penser que, si ces forces avaient appartenu à un autre, celui-ci les aurait révélées davantage encore.
Cette humilité [puisqu’il connaît ses qualités, sans pour autant devenir une entité] non seulement ne conduit pas au contraire de la joie, mais bien plus, son humilité et son bitoul (il pense que rien ne lui est dû) le conduisent à une joie grande et entière. Car la joie parfaite ne se trouve précisément que chez celui qui est batel [annulé], comme le maamar l’explique longuement. Et puisque la joie naît de l’humilité et du bitoul, la joie elle-même (même manifeste) relève elle aussi du bitoul.
C’est là le sens de « Et la vie de Sarah fut, etc. : les années de la vie de Sarah ». « Et la vie de Sarah fut », c’est qu’elle a mérité 'hayin ilaïn [vie supérieure]. Le texte y détaille « cent ans, vingt ans et sept ans », ce qui se rapporte à l’ensemble des attributs divins [séfirot]. Comme il est expliqué dans le maamar, « cent ans » désigne le niveau d’Arikh Anpin tel que le niveau d’Atik [le degré le plus intérieur du Kéter] y brille ; c’est pourquoi il est dit « (cent) an », au singulier. Et l’on peut dire que, dans le cas qui nous occupe, il s’agit de ce qui est au-dessus même du niveau de l’« un ». « Vingt ans » désigne le niveau de 'Hokhma et Bina, et « sept ans » le niveau des sept attributs affectifs de l’âme [midot], les sept jours de la construction.
Ensuite, il ajoute « les années de la vie de Sarah » : « la vie était sienne » [dilah havou 'hayin], c’est-à-dire que la vie lui appartient (même dans ce qui est ressenti). Dans le service divin, c’est l'annulation de soi [bitoul] dans la joie, (même) telle qu’elle se manifeste ouvertement (comme mentionné plus haut d’après le maamar de celui dont c’est l’anniversaire).
Voilà aussi la raison pour laquelle, dans la conclusion « les années de la vie de Sarah », le texte ne détaille pas les nombres cent, vingt et sept. Que même ce qui est ressenti soit en bitoul — union de deux réalités opposées (le ressenti et le bitoul) — procède en effet du niveau qui est au-dessus de la division. C’est là la supériorité de « les années de la vie de Sarah » sur « la vie de Sarah : cent ans, etc. ». Cent ans, vingt ans et sept ans, si élevés soient-ils — comme on le comprend aussi du commentaire de Rachi sur ce verset [passouk] —, n’en restent pas moins trois réalités distinctes. « Les années de la vie de Sarah », en revanche, signifie qu’elles sont toutes égales, au-dessus de la division. Et du fait de ce niveau (qui est au-dessus de la division), même le ressenti est en bitoul : « la vie était sienne ».
On peut dire que, par « la vie était sienne » dans le service divin — que même le ressenti (la joie manifeste) soit en bitoul (selon l’explication que donne celui dont c’est l’anniversaire de « en elle était la vie » [bedidah havou 'hayin]) —, « la vie était sienne » se réalise aussi au sens simple : la vie est à elle, et elle devient maîtresse de la vie.
Car la joie brise toutes les limites. C’est pourquoi la joie manifeste (vécue dans le bitoul) produit un renforcement de la vie (au-delà de toute limite et de toute restriction). Il en va ainsi de ce que l’on sait au sujet d’Yits'hak [dont la dimension est le rire et la joie, comme mentionné plus haut] : les guevourot [rigueurs] d’Yits'hak sont le renforcement de la vitalité (et le renforcement des bénédictions), jusqu’à la vie dans sa perfection absolue, à l’image de « et nous vivrons devant Lui », qui se réalisera dans le temps à venir.
Or, les actes des Patriarches sont un signe pour les enfants : le service de Sarah est un enseignement et un don de force pour chacun d’Israël [au point que cette dimension est présente en chacun d’Israël (comme toutes les dimensions des Patriarches et des Mères) par héritage], afin qu’il puisse servir Hachem dans une joie manifeste, une joie fondée sur le bitoul : « et que mon âme soit comme la poussière pour tous ».
C’est pourquoi il n’y a pas à craindre qu’il en découle quoi que ce soit d’indésirable, à D.ieu ne plaise. Au contraire : puisque la joie brise la limite, la joie lui fera redoubler de vigueur dans son service, avec toujours plus d’élévation et de force, jusqu’à un service au-delà de toute mesure et de toute limite — le renforcement de la vitalité dans le service. Et par là se produit aussi le renforcement de la vie au sens propre : de longs jours et de bonnes années, au sens simple.
On peut relier cela à l’anniversaire de Sa Sainteté l’Admour, que son âme repose en Éden, cette année : (la conclusion et le sceau de) la cent-vingtième année. Il est rapporté en effet dans le Zohar, sur le passouk « et ses jours seront de cent vingt ans », que c’est une allusion à Moché, etc., qui attire la vie aux êtres humains (à chacun d’Israël) depuis cet Arbre de Vie — ce qui inclut aussi la longévité au sens simple. C’est ce que rapporte le Zohar au même endroit (un peu avant) : « Bechagam : c’est Moché, etc. », et « par la force de celui-ci, les êtres humains subsistent dans le monde de nombreux jours ».
Et cela, Moché l’attire aussi maintenant, comme le Zohar poursuit au même endroit : « Moché n’est pas mort, etc. ». Et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « De même que là-bas il se tient et officie, de même ici il se tient et officie. »
Et de même qu’il en est pour Moché notre maître, le Berger fidèle, il en est ainsi pour les bergers d’Israël de chaque génération, jusqu’à celui dont c’est l’anniversaire et son fils, Sa Sainteté mon beau-père l'Admour, qui lui a succédé [litt. : « qui remplit sa place »]. On connaît la lettre de Sa Sainteté mon beau-père l'Admour (au sujet de son père ; on en comprend qu’il en va de même pour lui) : les bergers d’Israël ne se séparent pas, à D.ieu ne plaise, du troupeau qu’ils font paître. C’est à l’image de la parole de nos Sages, de mémoire bénie, citée plus haut au sujet de Moché : « De même que là-bas il se tient et officie, de même ici il se tient et officie. » Maintenant aussi, en effet, il (celui dont c’est l’anniversaire, et par conséquent, on le comprend, son fils qui lui a succédé) plaide en faveur de chacun et de chacune d’Israël et leur attire bénédictions, réussites et délivrances, au point d’attirer, depuis le niveau d’ilana de'hayin (l’Arbre de Vie), la longévité aussi, au sens simple, pour chacun et chacune d’Israël.
Or, de même que « la vie était sienne » (pour Sarah) est à l’image de « et nous vivrons devant Lui », qui se réalisera dans le futur (comme mentionné plus haut, à la fin de la section 4 et à la section 5 du maamar de celui dont c’est l’anniversaire), il en va de même du don de force qui en découle pour chacun d’Israël en vue du service dans la joie (comme mentionné plus haut, section 8) : par le service dans la joie, nous mériterons, très bientôt, l’accomplissement de la promesse « au troisième jour, Il nous relèvera et nous vivrons devant Lui ».
Voici l’explication. Il est exposé dans le Likouteï Torah (maamar « Il nous fera revivre après deux jours ; au troisième jour, Il nous relèvera et nous vivrons devant Lui ») que les « deux jours » sont les niveaux de memalé kol almin [la lumière qui remplit tous les mondes] et de sovev kol almin [la lumière qui entoure tous les mondes], tandis que « au troisième jour » est un niveau supérieur même à celui de sovev kol almin : il ne comporte aucune mesure ni aucune limite, pas même la mesure propre à sovev kol almin. Or la joie brise la limite, et par la joie on parvient (comme mentionné plus haut, section 8) à un service au-delà de toute mesure et de toute limite. C’est pourquoi la joie (dans la avoda [service de D.ieu]) est une préparation immédiate et un récipient [keli] pour la révélation du niveau « au troisième jour » (« Il nous relèvera et nous vivrons devant Lui »), niveau supérieur (même) à celui de sovev kol almin. Cette révélation aura lieu dans le troisième Beth HaMikdach, selon l’explication d’après laquelle « au troisième jour » se rapporte au troisième Beth HaMikdach, que bâtira le roi Machia'h, roi issu de la maison de David.
Cela aussi est lié tout particulièrement à la joie. On le comprend du fait que le Rambam, pour établir que l’homme (tout homme) doit se réjouir dans l’accomplissement de la mitsva, apporte la preuve de David, roi d’Israël, dont il est écrit : « Et David HaMélekh sautait et dansait devant Hachem, etc. »
On peut en proposer l’explication suivante. David, roi d’Israël, correspond à la séfira de royauté [Malkhout]. C’est pourquoi il était dans un bitoul absolu — « J’ai apaisé et fait taire… » —, car Malkhout est le niveau du bitoul, comme mentionné plus haut (section 4). Voilà pourquoi son service se faisait dans une grande joie — « et David HaMélekh sautait et dansait devant Hachem » : du fait du bitoul propre à Malkhout, même lorsque la joie est manifeste, il ne peut rien en découler d’indésirable.
Et puisque « David, roi d’Israël, est vivant et subsiste » — c’est-à-dire qu’il vit et subsiste (en chacun d’Israël) en tant que David, roi d’Israël (le bitoul de Malkhout) —, il donne à chacun d’Israël la force de se réjouir dans l’accomplissement de la mitsva (bien que ce soit un grand service), et de faire en sorte que cette joie soit de la manière souhaitable.
Et par la joie dans l’accomplissement de la mitsva — y compris dans l’accomplissement de l’injonction « que toutes tes actions soient au nom du Ciel [et sans intérêts personnels] » et « dans toutes tes voies, connais-Le » —, on brisera les limites de la galout, et « viendra le maître, c’est le roi Machia'h », David, roi d’Israël, avec Moché notre maître, le Berger fidèle — car le premier libérateur est le dernier libérateur —, et avec lui aussi le Berger fidèle de chaque génération, jusqu’au Berger fidèle de notre génération, Sa Sainteté mon beau-père l'Admour, le Nassi [guide] de notre génération,
car très bientôt s’accomplira la promesse « Réveillez-vous et chantez, vous qui demeurez dans la poussière », et avec eux, ensemble, nous irons accueillir notre juste Machia'h, « et une joie éternelle sera sur leur tête », rapidement, de nos jours, vraiment.