HASSIDUITÉב״ה
Maamarim du Rabbi5717
MAAMARמאמר
הוי' לִי בְּעוֹזְרָי
« Havayah est pour moi parmi ceux qui m'aident »
12 Tamouz 5717 [1957]
Hébreu
texte intégral, vocalisé
Français
traduction littérale en regard
Explications
encadrés adaptés de Simply Chassidus et synthèse
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Maamarim du Rabbiתשי"ז · 1957
MAAMARמאמר

ה' לי בעוזרי

« Havayah est pour moi parmi ceux qui m'aident »

12 Tamouz 5717 [1957]

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Texte hébreu intégral vocalisé, traduction française en vis-à-vis, encadrés explicatifs adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5717. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

Hassiduité — traduction et vocalisation assistées par intelligence artificielle, relues par une seconde intelligence artificielle. Texte hébreu : éditions Kehot, via chabad.org. Le Rabbi a dit ce maamar en 5717. Traduction française littérale en regard ; les encadrés explicatifs sont adaptés du travail de Simply Chassidus.

« Havayé est pour moi parmi ceux qui m’aident, et moi, je verrai mes ennemis. » Sa Sainteté mon beau-père l’Admour, celui dont on célèbre la joie et la guéoula [délivrance], relève une précision dans son maamar qui commence par ces mots (prononcé lors du premier Youd-Beth Tamouz, en 5687 [1927]). Selon le sens des mots, « Havayé est pour moi parmi ceux qui m’aident » signifie qu’il existe d’autres auxiliaires, et la demande est que HaKadoch Barou'h Hou soit, Lui aussi, parmi ceux qui aident. Or cela ne se comprend pas. Tout Israël croit, d’une émouna simple, que Lui seul, béni soit-Il, est Celui qui aide l’homme et le sauve dans toutes ses affaires. Comment donc dire « Havayé est pour moi parmi ceux qui m’aident » ? D’après le sens des mots, il existerait d’autres auxiliaires, qui seraient les véritables auxiliaires, et HaKadoch Barou'h Hou se joindrait à eux.
הוי' לִי בְּעוֹזְרָי וַאֲנִי אֶרְאֶה בְשֹׂנְאָי, וּמְדַיֵּק כ"ק מו"ח אדמו"ר בַּעַל הַשִּׂמְחָה וְהַגְּאוּלָּה בְּמַאֲמָרוֹ ד"ה זֶה (שֶׁאָמְרוּ בי"ב תַּמּוּז הָרִאשׁוֹן, תרפ"ז), דְּמַשְׁמָעוּת הַלָּשׁוֹן הוי' לִי בְּעוֹזְרָי הוּא שֶׁיֶּשְׁנָם עוֹזְרִים אֲחֵרִים, וְהַבַּקָּשָׁה הִיא שֶׁגַּם הקב"ה יהי' בֵּין הָעוֹזְרִים, וְאֵינוֹ מוּבָן, הֲרֵי כָּל יִשְׂרָאֵל מַאֲמִינִים בֶּאֱמוּנָה פְּשׁוּטָה שֶׁהוּא ית' לְבַדּוֹ הוּא הָעוֹזֵר וְהַמּוֹשִׁיעַ לְהָאָדָם בְּכָל עִנְיָנָיו, וְהֵיאַךְ אוֹמֵר הוי' לִי בְּעוֹזְרָי, דְּמַשְׁמָעוּת הַלָּשׁוֹן הוּא שֶׁיֶּשְׁנָם עוֹזְרִים אֲחֵרִים, שֶׁהֵם הָעוֹזְרִים הָאֲמִתִּים, והקב"ה מִצְטָרֵף עִמָּהֶם.
Il faut aussi comprendre le sens de la demande « et moi, je verrai mes ennemis » (c’est-à-dire voir la vengeance s’exercer sur ses ennemis). À première vue, il aurait dû demander que les adversaires et ceux qui le haïssent se changent en amis.
וְגַם צ"ל מַהוּ הַבַּקָּשָׁה וַאֲנִי אֶרְאֶה בְשׂוֹנְאָי (שֶׁיִּרְאֶה נְקָמָה בְּשׂוֹנְאָיו), דְּלִכְאוֹרָה הָוֵי לי' לְבַקֵּשׁ שֶׁהָאוֹיְבִים וְהַשּׂוֹנְאִים יֵהָפְכוּ לְאוֹהֲבִים.
Certes, la haine de David ne visait que ceux qui haïssent Havayé, comme le dit le verset [passouk] : « Ceux qui Te haïssent, Havayé, ne les haïrais-je pas ? Contre ceux qui se dressent contre Toi, ne lutterais-je pas ? »
והֲגַם דְּשִׂנְאָתוֹ שֶׁל דָּוִד הָיְתָה רַק לְשׂוֹנְאֵי הוי' כמ"ש הֲלֹא מְשַׂנְאֶיךָ הוי' אֶשְׂנָא וּבִתְקוֹמְמֶיךָ אֶתְקוֹטָט,
Néanmoins, le passouk dit : « Que disparaissent les fautes » [‘hataïm], et non ceux qui fautent [‘hotim] [cela vaut aussi pour ceux qui haïssent Havayé. Nous l’avons vu dans la conduite des Rebbeïm précédents, et en particulier chez celui dont on célèbre la guéoula : ils ont rapproché même ceux qui appartiennent à la catégorie dont parle le Tanya à la fin du chapitre 32, et les ont ramenés au bien]. Il aurait donc dû demander qu’ils fassent téchouva. Que signifie alors la demande « et moi, je verrai mes ennemis » ?
מ"מ, הֲרֵי כְּתִיב יִתַּמּוּ חֲטָאִים וְלֹא חוֹטְאִים [דְּעִנְיַן זֶה הוּא גַּם בְּשׂוֹנְאֵי הוי', וּכְמוֹ שֶׁרָאִינוּ בְּהַנְהָגַת רַבּוֹתֵינוּ נְשִׂיאֵינוּ, וּבִמְיוּחָד בְּבַעַל הַגְּאוּלָּה, שֶׁקֵּרְבוּ גַּם אֵת אֵלּוּ שֶׁנִּכְלָלִים בְּהַסּוּג הַמְדוּבָּר בְּתַנְיָא פֶּרֶק לב בְּסוֹפוֹ, וְהֶחֱזִירוֹ אוֹתָם לְמוּטָב], וַהֲוָה לי' לְבַקֵּשׁ שֶׁיַּעֲשׂוּ תְּשׁוּבָה, וּמַהִי הַבַּקָּשָׁה וַאֲנִי אֶרְאֶה בְשׂוֹנְאָי.
b) Pour comprendre cela, le maamar commence par ce qu’a dit David : « Tes décrets ['houkim] ont été pour moi des chants [zemirot] dans la demeure de mes errances [megouraï]. » Au temps où il était errant et vagabond, ballotté dans sa condition d’étranger (megouraï, de la racine de guérout, « séjour d’étranger »), et rempli de frayeurs (megouraï, de la racine de magor, « crainte et peur ») à cause de ses ennemis et de ses persécuteurs, il se délectait des paroles de la Torah (« Tes 'houkim ») et s’en réjouissait. Elles lui étaient agréables et douces comme des chants et des nigounim.
ב) וּלְהָבִין זֶה מַקְדִּים בְּהַמַּאֲמָר מַה שֶׁאָמַר דָּוִד זְמִרוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ בְּבֵית מְגוּרָי, שִׁבְעַת הֱיוֹתוֹ נָע וָנָד מְטֻלְטָל בְּגֵרוּת (מְגוּרָי מִלְּשׁוֹן גֵירוּת) וּמָלֵא פְּחָדִים (מְגוּרָי מִלְּשׁוֹן מָגוֹר וּפַחַד) מִשּׂוֹנְאָיו וּמֵרוֹדְפָיו, הי' מִתְעַנֵּג וְשָׂמֵחַ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה (חֻקֶּיךָ), שֶׁהָיוּ עֲרֵבִים וּמְתוּקִים לוֹ כְּמוֹ זְמִירוֹת וְנִגּוּנִים.
Or il faut comprendre : il existe de nombreuses sortes de délices [taanoug]. Pourquoi David compare-t-il le délice qu’il trouvait dans les paroles de la Torah précisément à celui des chants ?
וְצָרִיךְ לְהָבִין, הֲרֵי יֵשׁ רִיבּוּי מִינֵי תַּעֲנוּגִים, וּמַדּוּעַ מְדַמֶּה דָּוִד הַתַּעֲנוּג שהי' לוֹ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה לְהַתַּעֲנוּג שֶׁבַּזְּמִירוֹת דַּוְקָא.
Il faut aussi comprendre ceci : il y a trois catégories de mitsvot, les jugements [michpatim], les édout [témoignages] et les 'houkim.
וְגַם צָרִיךְ לְהָבִין, הֲרֵי בְּמִצְווֹת יֵשׁ ג' סוּגִים, מִשְׁפָּטִים עֵדוּת וְחֻקִּים,
Les michpatim sont les mitsvot auxquelles la raison elle-même oblige (comme le brigandage, le vol, la tromperie, le respect dû au père et à la mère). Les édout sont les mitsvot qui sont un signe et un souvenir (comme le chabbat, Pessa'h, la soucca et les téfilines). Ces mitsvot aussi ont leur place dans la raison.
מִשְׁפָּטִים הֵם הַמִּצְווֹת שֶׁמְּחֻיָּבִים גַּם מִצַּד הַשֵּׂכֶל (כְּמוֹ גֶּזֶל גְּנֵבָה אוֹנָאָה כִּיבּוּד אָב וָאֵם). עֵדוּת הֵם הַמִּצְווֹת שֶׁהֵם אוֹת וְזִכָּרוֹן (כְּמוֹ שַׁבָּת פֶּסַח סוּכָּה וּתְפִלִּין), דְּגַם מִצְווֹת אֵלּוּ יֵשׁ לָהֶם מָקוֹם בְּשֵׂכֶל.
En effet, la raison livrée à elle-même (si la Torah ne l’avait pas ordonné) ne les aurait pas exigées [à la différence des mitsvot de la catégorie des michpatim : même si la Torah n’avait pas été donnée, nous aurions appris la pudeur du chat, et de la fourmi à ne pas voler]. Mais une fois que la Torah les a ordonnées, la raison, elle aussi, y consent.
דַּהֲגַם שֶׁהַשֵּׂכֶל מִצַּד עַצְמוֹ (לוּלֵי צִיוּוּי הַתּוֹרָה) לֹא הי' מְחַיְּבָם [וּדְלֹא כְּהַמִּצְווֹת דְּמִשְׁפָּטִים שֶׁגַּם אִלְמָלֵא נִיתְּנָה תּוֹרָה הַיְינוּ לְמֵידִין צְנִיעוּת מֵחָתוּל וְגֶזֶל מִנְּמָלָה], מ"מ, לְאַחֲרֵי שֶׁהַתּוֹרָה צִוְּתָה עֲלֵיהֶם, גַּם הַשֵּׂכֶל מַסְכִּים לָזֶה.
Il n’en va pas de même des 'houkim : ce sont les mitsvot qui ne reposent sur aucune raison, mais seulement sur le mode de « J’ai promulgué un décret, J’ai arrêté une décision ».
משא"כ חוּקִּים, הֵם הַמִּצְווֹת שֶׁאֵינָם ע"פ טַעַם, וְרַק בְּדֶרֶךְ חֻקָּה חָקַקְתִּי גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי.
Il faut donc comprendre les mots « Tes 'houkim ont été pour moi des chants ». Il va de soi que le délice et la joie que David HaMélekh trouvait dans l’étude de la Torah s’étendaient à toutes les lois de la Torah (y compris celles des édout et des michpatim). Pourquoi dit-il alors « Tes 'houkim ont été pour moi des chants », précisément « Tes 'houkim » ?
וְצָרִיךְ לְהָבִין מ"ש זְמִרוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ, הֲרֵי פָּשׁוּט שֶׁהַתַּעֲנוּג וְהַשִּׂמְחָה שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה הי' בְּכָל דִּינֵי הַתּוֹרָה (גַּם בְּהַדִּינִים דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים), וּמַהוּ אוֹמְרוֹ זְמִרוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ, חֻקֶּיךָ דַּוְקָא.
c) Voici l’explication : zemirot désigne aussi la louange. Le Tanya l’enseigne : si David a appelé les paroles de la Torah « chants » [zemirot], c’est pour faire la louange de la Torah [chiv'ha deOraïta]. David louait la Torah en ceci que la vitalité de tous les mondes dépend d’un seul de ses détails les plus fins [dikdouk].
ג) וְהָעִנְיָן הוּא, דִּזְמִירוֹת הוּא גַּם עִנְיָן שֶׁבַח. כִּדְאִיתָא בְּתַנְיָא, דְּמַה שִׁדּוּד קְרָא דִּבְרֵי תּוֹרָה בְּשֵׁם זְמִירוֹת הו"ע שבחא דְּאוֹרַיְיתָא. שִׁדּוּד הי' מְשַׁבֵּחַ אֵת הַתּוֹרָה בָּזֶה שֶׁחַיּוּת כָּל הָעוֹלָמוֹת תָּלוּי בְּדִקְדּוּק אַחַד מִדִּקְדּוּקֵי הַתּוֹרָה.
Le lien entre cette explication et le sens simple de « Tes 'houkim ont été pour moi des chants… » est le suivant. David méditait sur la grandeur et la louange de la Torah : tous les mondes sont batel [annulés] dans leur existence même face à un seul détail de la Torah. Par cette méditation, il obtint de lui-même qu’aucune des choses du monde n’occupe de place en lui. Et même quand tout allait mal pour lui sur le plan matériel, il étudiait la Torah avec une grande joie.
וְהַשַּׁיָּיכוּת דְּפֵרוּשׁ זֶה לְפֵירוּשׁ הַפָּשׁוּט בִּזְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ גו', הוּא, דע"י הַהִתְבּוֹנְנוּת בְּמַעֲלַת וְשֶׁבַח הַתּוֹרָה שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת בְּטֵלִים בִּמְצִיאוּת לְגַבֵּי דִּקְדּוּק אַחַד מִדִּקְדּוּקֵי תּוֹרָה, עי"ז פָּעַל בְּעַצְמוֹ שֶׁכָּל עִנְיְנֵי הָעוֹלָם לֹא יִתְפְּסוּ מָקוֹם אֶצְלוֹ, וְגַם כשהי' לֹא-טוֹב לוֹ בְּגַשְׁמִיּוּת, הי' עוֹסֵק בַּתּוֹרָה בְּשִׂמְחָה גְּדוֹלָה.
Dans le maamar de celui dont on célèbre la guéoula, une autre explication de « Tes 'houkim ont été pour moi des chants » est donnée : zemirot vient d’une racine qui signifie « tailler, retrancher », comme dans « tailler [lezamer] les tyrans ». Par l’étude de la Torah de David HaMélekh, tous ses ennemis et ses persécuteurs furent réduits à néant. Comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie : « Rends-toi tôt le matin et tard le soir à la maison d’étude à leur sujet, et ils disparaîtront d’eux-mêmes. »
וּבְהַמַּאֲמָר דְּבַעַל הַגְּאוּלָּה מְבָאֵר עוֹד פֵּירוּשׁ בִּזְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ, זְמִירוֹת הוּא מִלְּשׁוֹן חִתּוּךְ וּכְרִיתָה, כְּמוֹ לְזַמֵּר עָרִיצִים. דע"י עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ, נִתְבַּטְּלוּ כָּל שׂוֹנְאָיו וְרוֹדְפָיו. וכמארז"ל הַשְׁכֵּם וְהַעֲרֵב עֲלֵיהֶן לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵן כָּלִין מֵאֵלֵיהֶן.
On peut relier les deux explications. David étudiait la Torah sur le mode des zemirot, au sens que leur donne le Tanya : il ressentait que la vitalité de tous les mondes dépend d’un seul détail de la Torah. Il en résulta que ce qui ne s’accordait pas avec la Torah, et à plus forte raison ce qui s’y opposait, n’avait plus de vitalité : zemirot au sens de « tailler les tyrans ».
וְיֵשׁ לְקַשֵּׁר שֵׁנִי הַפֵּירוּשִׁים, דע"י עֵסֶק הַתּוֹרָה בְּאֹפֶן דִּזְמִירוֹת כְּהַפֵּרוּשׁ בְּתַנְיָא, שהי' נִרְגָּשׁ אֶצְלוֹ שֶׁחַיּוּת כָּל הָעוֹלָמוֹת תָּלוּי ב(דִּקְדּוּק אַחַד שֶׁל) תּוֹרָה, עי"ז נַעֲשֶׂה, דְּמַה שֶׁאֵינוֹ מַתְאִים לְתוֹרָה, ומכ"ש מַה שֶׁמְּנַגֵּד לְתוֹרָה, לֹא יהי' לוֹ חַיּוּת, זְמִירוֹת מִלְּשׁוֹן לְזַמֵּר עָרִיצִים.
Cela permet de comprendre aussi les mots « Tes 'houkim ont été pour moi des chants » (précisément « Tes 'houkim ») : les deux aspects des zemirot de la Torah exposés plus haut (la louange de la Torah, et « tailler les tyrans ») tiennent essentiellement à la dimension des 'houkim de la Torah.
ועפ"ז יוּבַן גַּם מ"ש זְמִרוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ (חֻקֶּיךָ דַּוְקָא), כִּי שֵׁנִי עִנְיָנִים הנ"ל שֶׁבִּזְמִירוֹת דְּתוֹרָה (שבחא דְּאוֹרַיְיתָא, וּלְזַמֵּר עָרִיצִים), הֵם, בְּעִיקָר, מִצַּד עִנְיָן הַחוּקִּים שֶׁבַּתּוֹרָה.
d) Voici l’explication : les mitsvot se divisent en deux grandes catégories. D’un côté, les mitsvot des édout et des michpatim, qui ont une raison ; de l’autre, les mitsvot des 'houkim, qui sont au-dessus de la raison. Elles correspondent à deux dimensions générales de la avoda [service de D.ieu] : le service fondé sur la raison et la connaissance (les michpatim), et le service par la kabalat ol [acceptation du joug] (les 'houkim). Ces deux dimensions doivent être présentes dans chaque mitsva.
ד) וְהָעִנְיָן הוּא, דִּשְׁתֵּי חֲלוּקוֹת הַכְּלָלִיּוֹת שֶׁבַּמִּצְווֹת, מִצְווֹת דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים שֶׁיֵּשׁ עֲלֵיהֶם טַעַם וּמִצְווֹת דְּחוּקִּים שֶׁלְּמַעְלָה מֵהַטַּעַם, הֵם שֵׁנִי עִנְיָנִים כְּלָלִיִּים בַּעֲבוֹדַת ה', הָעֲבוֹדָה דְּטַעַם וָדַעַת (מִשְׁפָּטִים) וְהָעֲבוֹדָה דְּקַבָּלַת עוֹל (חוּקִּים), שֶׁצְּרִיכִים לִהְיוֹת בְּכָל מִצְוָה וּמִצְוָה.
L’explication est la suivante : il y a dans les mitsvot deux aspects. Le premier : les mitsvot sont Sa volonté, béni soit-Il, une volonté qui est au-dessus de la raison. Cet aspect est le même dans toutes les mitsvot.
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּבְמִצְווֹת יֵשׁ שֵׁנִי עִנְיָנִים. א', שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם רְצוֹנוֹ ית', רְצוֹן שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם. דְּעִנְיַן זֶה הוּא בְּכָל הַמִּצְווֹת בְּשָׁוֶה.
Le second : une fois que la volonté s’est revêtue de la sagesse (de la Torah), une raison s’ajoute de ce fait à chaque mitsva. De plus, chaque mitsva attire une lumière et une révélation particulière. C’est le sens de l’enseignement selon lequel « les deux cent quarante-huit préceptes [pikoudin] sont les deux cent quarante-huit membres du Roi » : chaque membre est un récipient [keli] pour une force particulière. Ces raisons relèvent de la sagesse de la Torah telle qu’elle est en haut.
וב', דִּלְאַחֲרֵי שֶׁהָרָצוֹן נִתְלַבֵּשׁ בְּחָכְמָה (דְּתוֹרָה), הִנֵּה עי"ז נוֹסָף טַעַם לְכָל מִצְוָה, וג"ז שע"י כָּל מִצְוָה נִמְשָׁךְ אוֹר וְגִילּוּי פְּרָטֵי. דְּזֶהוּ מַה שרמ"ח פִּקּוּדִין הֵם רמ"ח אֵבָרִים דְּמַלְכָּא, דְּכָל אֵבֶר הוּא כְּלִי לְכֹחַ פְּרָטֵי. וּטְעָמִים אֵלּוּ הֵם מִצַּד חָכְמָה דְּתוֹרָה כְּמוֹ שֶׁהִיא לְמָעְלָה.
C’est de là que sont issues (au terme de nombreux degrés d’enchaînement [hichtalchelout]) les raisons des mitsvot telles qu’elles figurent dans la partie révélée de la Torah (les raisons des edout [mitsvot de témoignage] et des mitsvot rationnelles [michpatim], prises au sens simple).
וּמִזֶּה נִמְשְׁכוּ (ע"י רִיבּוּי הִשְׁתַּלְשְׁלוּת) טַעֲמֵי הַמִּצְווֹת שֶׁבְּגַלְיָא דְּתוֹרָה (הַטְּעָמִים דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים כְּמוֹ שֶׁהֵם בְּפַשְׁטוּת).
C’est pourquoi l’accomplissement des mitsvot requiert deux intentions, une intention générale et une intention particulière. Du côté de la volonté (qui est au-dessus de la raison), il faut l’intention générale (la kabalat ol [acceptation du joug]) d’accomplir la volonté de D.ieu. Du côté des raisons des mitsvot, il faut l’intention particulière propre à cette mitsva.
וְזֶהוּ מַה שֶׁבְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת צָרִיךְ לִהְיוֹת שְׁתֵּי כַּוָּנוֹת, כַּוָּנָה כְּלָלִית וְכַוָּנָה פְּרָטִית, שֶׁמִּצַּד הָרָצוֹן (שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם) צ"ל הַכַּוָּונָה כְּלָלִית (קב"ע) לְקַיֵּים רְצוֹן ה', וּמִצַּד הָעִנְיָן דְּטַעְמֵי הַמִּצְווֹת צ"ל הַכַּוָּונָה פְּרָטִית הַשַּׁיֶּיכֶת לְאוֹתָהּ הַמִּצְוָה.
C’est aussi pourquoi les deux aspects de 'houkim [mitsvot sans raison donnée] et de michpatim sont deux aspects généraux présents dans chacune des mitsvot. En effet, les mitsvot d’edout et de michpatim, qui ont pourtant une raison, doivent elles aussi être accomplies (avant tout) parce qu’elles sont la volonté de D.ieu, comme les 'houkim.
ה) וְזֶהוּ מַה שֶׁשְּׁנֵי הָעִנְיָנִים דְּחוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים הֵם שֵׁנִי עִנְיָנִים כְּלָלִיִּים שֶׁבְּכָל מִצְוָה וּמִצְוָה. שֶׁגַּם הַמִּצְווֹת דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים שֶׁיֵּשׁ עֲלֵיהֶם טַעַם צָרִיךְ לְקַיֵּים (בְּעִיקָר) מִפְּנֵי שֶׁהֵם רְצוֹן ה', כְּמוֹ הַחוּקִּים.
Et de même, inversement : les mitsvot de 'houkim, elles aussi, comportent une raison et une intention particulière qui leur sont propres, puisque chaque mitsva (y compris les mitsvot de 'houkim) attire une lumière et une révélation particulière.
וְכֵן לְאִידָךְ, שֶׁגַּם בְּהַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים יֵשׁ הַטַּעַם וְהַכַּוָּנָה פְּרָטִית שֶׁבָּהֶם, מַה שע"י כָּל מִצְוָה (גַּם הַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים) נִמְשָׁךְ אוֹר וְגִילּוּי פְּרָטֵי.
Bien plus : chacun de ces deux aspects ('houkim et michpatim) est une notion générale du service de l’homme, non seulement dans l’accomplissement des mitsvot, mais aussi dans l’ensemble de sa conduite.
וִיתֵירָה מִזּוֹ, דְּכָל אַחַד מִשְּׁנֵי עִנְיָנִים אֵלּוּ (חוּקִּים וּמִשְׁפָּטִים) הו"ע כְּלָלִי בַּעֲבוֹדַת הָאָדָם, לֹא רַק בְּקִיּוּם הַמִּצְווֹת אֶלָּא גַּם בִּכְלָלוּת הַנְהָגַת הָאָדָם.
Les michpatim, en effet, consistent (comme l’explique le maamar) à juger chaque chose : est-elle conforme à l’intellect et à la sagesse de la Torah ? Même quand une chose ne comporte en elle-même pas la moindre trace d’interdit, il faut bien peser si elle ne risque pas d’affaiblir une mitsva ou une coutume d’Israël. Dans ce cas, il faut la rejeter entièrement.
דְּעִנְיַן הַמִּשְׁפָּטִים הוּא (כַּמְבוֹאָר בְּהַמַּאֲמָר) לִשְׁפּוֹט כָּל דָּבָר, אִם זֶה מַתְאִים ע"פ שֶׁכָּל וְחָכְמַת הַתּוֹרָה, וְגַם כְּשֶׁהַדָּבָר מִצַּד עַצְמוֹ אֵין בּוֹ שׁוּם שֶׁמֶץ אִיסּוּר, צָרִיךְ לִשְׁקֹל הֵיטֵב אִם זֶה לֹא יִגְרֹם חֲלִישׁוּת בְּאֵיזֶה מִצְוָה אוֹ מִנְהַג יִשְׂרָאֵל, שֶׁאָז צָרִיךְ לִדְחוֹת אֵת הַדָּבָר מִכָּל וְכָל.
Les 'houkim, eux, correspondent au service de l’acceptation du joug de la royauté céleste [kabalat ol Malkhout chamayim]. Ce service doit avoir lieu non seulement au moment où l’on accomplit une mitsva, mais tout au long de la journée.
וְעִנְיָן חוּקִּים הוּא הָעֲבוֹדָה דְּקַבָּלַת עוֹל מַלְכוּת שָׁמַיִם, שֶׁצְּרִיכָה לִהְיוֹת לֹא רַק בְּעֵת קִיּוּם מִצְוָה אֶלָּא בְּמֶשֶׁךְ כָּל הַיּוֹם.
Tel est le sens de « Tes décrets ['houkekha] ont été pour moi des chants » (précisément « Tes décrets »). Par « Tes décrets », le passouk ne vise pas la catégorie des 'houkim [décrets], mais toutes les mitsvot. Lorsqu'on les accomplit (et de même lorsqu'on les étudie) parce que HaKadoch Barou'h Hou l'a ordonné et décrété (à la manière de « Tes décrets » : « J'ai institué une loi, J'ai décrété un décret »), alors, précisément, « ils ont été pour moi des chants ».
ו) וְזֶהוּ זְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ (חֻקֶּיךָ דַּוְקָא), דְּכַוָּנַת הַכָּתוּב בְּחֻקֶּיךָ הִיא (לֹא לְהַסּוּג דְּחוּקִּים, כ"א) לְכָל הַמִּצְווֹת, דְּכַאֲשֶׁר קִיּוּמָם (וְכֵן לִמּוּדָם) הוּא מִצַּד צִיוּוּי וּגְזֵירַת הקב"ה (בְּאֹפֶן דְּחֻקֶּיךָ, חֻקָּה חָקַקְתִּי גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי), אֲזַי דַּוְקָא זְמִירוֹת הָיוּ לִי.
L'explication en est la suivante. Si tous les mondes sont batel [annulés] dans leur existence même face à la Torah (face à un seul de ses détails), cela tient essentiellement à ce que la racine de la Torah se trouve dans le Kéter, qui est au-dessus de la 'Hokhma. À ce niveau, les mitsvot, ainsi que tous les détails des halakhot qu'elles comportent, existent parce qu'il en est monté ainsi dans Sa volonté, béni soit-Il : une volonté qui est au-delà de la raison.
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּזֶה שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת בְּטֵלִים בִּמְצִיאוּת לְגַבֵּי (דִּקְדּוּק אַחַד מִדִּקְדּוּקֵי) תּוֹרָה, הוּא בְּעִיקָר מִצַּד זֶה שֶׁשֹּׁרֶשׁ הַתּוֹרָה הוּא בְּכֶתֶר שֶׁלְּמַעְלָה מֵהֶחָכְמָה, שֶׁמִּצַּד בְּחִינָה זוֹ, הַמִּצְווֹת וְכֵן כָּל דִּקְדּוּקֵי הַהֲלָכוֹת שֶׁבָּהֶם, הֵם מִצַּד זֶה שֶׁכֵּן עָלָה בִּרְצוֹנוֹ ית', רְצוֹן שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם.
Car au niveau de la Torah telle qu'elle s'est épanchée dans la 'Hokhma, les mitsvot et leurs détails (vus depuis la 'Hokhma) relèvent de la raison : pour que les téfilines attirent dans les mondes les mo'hin [intellects] supérieurs, ils doivent être faits précisément de telle manière. Il y a donc nécessairement un certain rapport [érekh] avec les mondes, et ceux-ci y occupent une certaine place,
דְּבִבְחִינַת הַתּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁנִּמְשְׁכָה בְּחָכְמָה, מִכֵּיוָן שֶׁהַמִּצְווֹת וְהַדִּקְדּוּקִים שֶׁבָּהֶם (מִצַּד בְּחִינַת הַחָכְמָה) הֵם מִצַּד הַטַּעַם, שֶׁבִּכְדֵי שע"י הַתְּפִלִּין יוּמְשְׁכוּ מוֹחִין הָעֶלְיוֹנִים בְּעוֹלָמוֹת צְרִיכִים לִהְיוֹת בְּאֹפֶן כָּזֶה דַּוְקָא, הֲרֵי בְּהֶכְרֵחַ שֶׁיֵּשׁ אֵיזֶה עֵרֶךְ וּתְפִיסַת מָקוֹם לְהָעוֹלָמוֹת,
C'est pourquoi le passouk précise : « Tes décrets (précisément) ont été pour moi des chants dans la demeure de mes pérégrinations ». Quand quelqu'un étudie la Torah en sachant et en ressentant que tous ses détails existent parce qu'il en est monté ainsi dans Sa volonté, béni soit-Il (« Tes décrets »), il ressent alors combien tous les mondes sont annulés dans leur existence même face à un seul des détails de la Torah. Dès lors, les paroles de Torah qu'il étudie sont pour lui des chants (délice et délectation) même dans la demeure de ses pérégrinations, car toutes les persécutions que lui font subir ses ennemis n'occupent aucune place à ses yeux. Plus encore : par là, il en va de même dans le monde, où ennemis et persécuteurs s'annulent. En effet, zemirot [chants] est apparenté à l'expression « lezamer aritsim » [abattre les tyrans].
וְלָכֵן מְדַיֵּיק זְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ (דַּוְקָא) בְּבֵית מְגוּרָי, דִּכְשֶׁעֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁלּוֹ הוּא בְּאֹפֶן שֶׁיּוֹדֵעַ וּמַרְגִּישׁ שֶׁכָּל דִּקְדּוּקֵי הַתּוֹרָה הֵם מִצַּד זֶה שֶׁכֵּן עָלָה בִּרְצוֹנוֹ ית' (חֻקֶּיךָ), אֲזַי נִרְגָּשׁ אֶצְלוֹ אֵיךְ שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת בְּטֵלִים בִּמְצִיאוּת לְגַבֵּי דִּקְדּוּק אַחַד מִדִּקְדּוּקֵי תּוֹרָה, וּבְמֵילָא, הַדִּבְרֵי תּוֹרָה שֶׁלּוֹמֵד הֵם לוֹ זְמִירוֹת (תַּעֲנוּג וְשַׁעֲשׁוּעִים) גַּם בְּבֵית מְגוּרָיו, כִּי כָּל הָרְדִיפוֹת שֶׁסּוֹבֵל מִשּׂוֹנְאָיו אֵינָם תּוֹפְסִים מָקוֹם אֶצְלוֹ, וִיתֵירָה מִזּוֹ, שעי"ז נִמְשָׁךְ כֵּן גַּם בָּעוֹלָם, שֶׁהַשּׂוֹנְאִים וְהָרוֹדְפִים מִתְבַּטְּלִים, זְמִירוֹת מִלְּשׁוֹן לְזַמֵּר עָרִיצִים.
Pour expliquer la chose plus en profondeur, il faut d'abord présenter la notion de témoignage [édout]. Elle aussi concerne toutes les mitsvot (y compris celles de la catégorie des 'houkim et de celle des lois rationnelles [michpatim]), de la même manière que ce qui a été expliqué plus haut à propos des michpatim et des 'houkim.
ז) וּבֵאוּר הָעִנְיָן בְּעוֹמֶק יוֹתֵר, יוּבַן בְּהַקְדִּים תְּחִילָּה עִנְיָן עֵדוּת. שֶׁגַּם עִנְיָן זֶה הוּא בְּכָל הַמִּצְווֹת (גַּם בְּהַמִּצְווֹת דְּחוּקִּים וּדְמִשְׁפָּטִים), ע"ד שנת"ל בְּנוֹגֵעַ לַמִּשְׁפָּטִים וְחֻקִּים.
Voici de quoi il s'agit. Le Baal HaGuéoula [Sa Sainteté mon beau-père l'Admour] l'explique dans le maamar commençant par les mots « Il a établi un témoignage en Yaakov et nommé une Torah en Israël » : si les mitsvot (y compris celles de la catégorie des michpatim et des 'houkim) sont appelées témoignage [édout], c'est parce qu'elles attirent et révèlent le voilement essentiel de l'Essence de l'Or Ein Sof, qui est au-delà du voilement susceptible de se révéler.
וְהָעִנְיָן הוּא, כְּמוֹ שֶׁמְּבֹאָר בַּעַל הַגְּאוּלָּה בְּהַמַּאֲמָר ד"ה וַיָּקֶם עֵדוּת בְּיַעֲקֹב וְתוֹרָה שֵׁם בְּיִשְׂרָאֵל, דְּמַה שֶׁהַמִּצְווֹת (גַּם הַמִּצְווֹת דְּמִשְׁפָּטִים וּדְחוּקִּים) נק' עֵדוּת הוּא לְפִי שֶׁהֵם מַמְשִׁיכִים וּמְגַלִּים הֶעְלֵם הָעצמִי דְּעַצְמוּת אוא"ס, שֶׁלְּמַעְלָה מֵהַהֶעְלֵם הַשַּׁיָּיךְ לְגִלּוּי.
Car de même que, au sens simple, un témoignage porte précisément sur une chose cachée (sur une chose révélée, un témoignage n'a pas lieu d'être, puisqu'elle est révélée, et même pour « une chose appelée à se révéler » [milta de'avida le'igloyé], aucun témoignage n'est nécessaire),
דִּכְמוֹ שֶׁעִנְיָן הָעֵדוּת בְּפַשְׁטוּת הוּא עַל דָּבָר הַנֶּעְלָם דַּוְקָא, דְּעַל דָּבָר הַגִּלּוּי אֵין שַׁיָּךְ עֵדוּת, מִכֵּיוָן שֶׁהוּא גָּלוּי, וַאֲפִילוּ עַל מִילְּתָא דַעֲבִידָא לְאִגְלוּיֵי אֵין צָרִיךְ עֵדוּת,
De même en est-il dans le spirituel. La lumière qui remplit [Or HaMemalé] est une chose révélée, que l'intellect saisit, comme on le sait à propos de « De ma chair, je contemplerai D.ieu ». Un homme sait avec certitude qu'il possède une âme [Néfech] qui fait vivre son corps : il sent que son corps est vivant et sait donc clairement que cela ne vient pas du corps lui-même, mais d'une âme qui le fait vivre. Il en va de même pour le monde : en voyant un monde vivant, on sait avec certitude qu'une vitalité divine fait vivre le monde.
עד"ז הוּא בְּרוּחָנִיּוּת, דְּאוֹר הַמְמַלֵּא הוּא דָּבָר הַגִּלּוּי שֶׁמֻּשָּׂג מִצַּד הַשֵּׂכֶל, וְכַיָּדוּעַ בְּעִנְיַן וּמִבְּשָׂרִי אֶחֱזֶה אֱלוֹקַה, דִּכְמוֹ שֶׁבָּרוּר לָאָדָם שֶׁיֵּשׁ נֶפֶשׁ שמחי' אֵת גּוּפוֹ, דע"י שֶׁמַּרְגִּישׁ שֶׁגּוּפוֹ חַי הוּא יוֹדֵעַ בָּרוּר שֶׁאֵין זֶה מִצַּד הַגּוּף עַצְמוֹ אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ נֶפֶשׁ שמחי' אֵת גּוּפוֹ, כמו"כ הוּא גַּם בְּנוֹגֵעַ לְעוֹלָם, דע"י שֶׁרוֹאִים עוֹלָם חַי יוֹדְעִים בְּבֵרוּר שֶׁיֵּשׁ חַיּוּת אֱלֹקִי שמחי' אֵת הָעוֹלָם.
Quant à la lumière qui entoure [Or HaSovev], qui est au-delà de l'investissement dans les mondes, elle est « une chose appelée à se révéler » (un voilement susceptible de se révéler). Comme il est expliqué en plusieurs endroits, on saisit la lumière qui remplit, qui s'investit dans les mondes et n'est qu'un rayonnement (le fait même qu'elle s'investisse le prouve). De là, on en vient à savoir qu'il existe une lumière qui transcende les mondes, la source d'où s'épanche le rayonnement investi. C'est comparable à la manière dont l'intellect lui-même oblige à conclure qu'il existe quelque chose au-delà de l'intellect.
וְאוֹר הַסּוֹבֵב שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִתְלַבְּשׁוּת בְּעוֹלָמוֹת הוּא מִילְּתָא דַעֲבִידָא לְאִגְלוּיֵי (הֶעְלֵם שֶׁשַּׁיָּךְ לְגִלּוּי). וּכַמְבוֹאָר בכ"מ, דע"י הַהַשָּׂגָה בְּאוֹר הַמְמַלֵּא שֶׁמִּתְלַבֵּשׁ בְּעוֹלָמוֹת, שֶׁהוּא הֶאָרָה בִּלְבָד (כִּדְמוּכָח מִזֶּה גּוּפָא שֶׁהוּא בְּהִתְלַבְּשׁוּת), מִזֶּה בָּאִים לִידֵי יְדִיעָה שֶׁיֶּשְׁנוֹ אוֹר שֶׁהוּא מֻפְלָא מֵעוֹלָמוֹת, שֶׁהוּא הַמָּקוֹר שֶׁמִּמֶּנּוּ נִמְשָׁךְ הַהֶאָרָה שֶׁבְּהִתְלַבְּשׁוּת. וְהוּא ע"ד מַה שֶׁהַשֵּׂכֶל גּוּפָא מַכְרִיחַ שֶׁיֵּשׁ לְמָעְלָה מֵהַשֵּׂכֶל.
Le témoignage [édout] concerne l'Essence de l'Or Ein Sof [lumière infinie]. Cette Essence se situe au-dessus même du sovev [la lumière qui englobe] et elle est entièrement voilée. Aucune connaissance, aucune compréhension ne peut s'y appliquer, pas même la connaissance par la négation.
וְעִנְיָן הָעֵדוּת הוּא בְּעַצְמוּת אוא"ס, שֶׁלְּמַעְלָה גַּם מְסוּבָּב, שֶׁהוּא נֶעְלָם לְגַמְרֵי, וְאֵין שַׁיָּךְ בּוֹ שׁוּם יְדִיעָה וְהַשָּׂגָה, גַּם לֹא יְדִיעַת הַשְּׁלִילָה.
C'est pourquoi toutes les mitsvot sont appelées « témoignage » : elles attirent et révèlent l'Essence de l'Or Ein Sof, qui se situe au-dessus même du sovev.
וְזֶהוּ מַה שֶׁכָּל הַמִּצְווֹת נק' עֵדוּת, לְפִי שֶׁהֵם מַמְשִׁיכִים וּמְגַלִּים עַצְמוּת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה גַּם מְסוּבָּב.
Il faut comprendre : Les mitsvot sont un témoignage sur l'Essence de l'Or Ein Sof parce qu'elles sont Sa volonté, béni soit-Il, une volonté au-dessus de la raison. Dès lors, quelle différence y a-t-il entre le témoignage et les 'houkim [décrets] ?
ח) וְצָרִיךְ לְהָבִין, וַהֲרֵי זֶה שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם עֵדוּת עַל עַצְמוּת אוא"ס הוּא מִפְּנֵי שֶׁהֵם רְצוֹנוֹ ית', רְצוֹן שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם, וּמַהוּ הַחִילּוּק בֵּין עִנְיָן עֵדוּת לְעִנְיַן חוּקִּים.
Il faut aussi comprendre le lien entre deux choses. D'un côté, une catégorie de mitsvot est appelée « témoignage » parce que ces mitsvot sont un signe et un souvenir, ce qui relève de la raison. De l'autre, l'ensemble des mitsvot est un témoignage, au sens où elles témoignent de l'Essence de l'Or Ein Sof parce qu'elles sont une volonté au-dessus de la raison.
וְגַם צָרִיךְ לְהָבִין הַשַּׁיָּיכוּת שֶׁל הַסּוּג דְּמִצְווֹת שנק' עֵדוּת מִפְּנֵי שֶׁהֵם אוֹת וְזִכָּרוֹן, עִנְיָן הַטַּעַם, עַם עִנְיָן הָעֵדוּת שֶׁבִּכְלָלוּת הַמִּצְווֹת, זֶה שֶׁהֵם מְעִידִים עַל עַצְמוּת אוא"ס מִפְּנֵי שֶׁהֵם רְצוֹן שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם.
Voici l'explication. Dans le service de l'homme, le témoignage que portent les mitsvot correspond au service de la volonté du cœur [re'outa deliba]. La volonté du cœur est le désir de Divinité qui procède de l'essence de l'âme, et c'est par elle que l'on saisit l'Essence. On le voit dans l'énoncé : « Aucune pensée ne Le saisit du tout. » (« Le » désigne l'intériorité et l'Essence de l'Or Ein Sof, qui se situe au-dessus du sovev et qu'aucune compréhension ne saisit, pas même la compréhension par la négation.) « Mais Il est saisi par la volonté du cœur. » Quant au service des 'houkim, c'est le service de kabalat ol [acceptation du joug].
וְהָעִנְיָן הוּא, דְּעִנְיַן הָעֵדוּת שֶׁבַּמִּצְווֹת בַּעֲבוֹדַת הָאָדָם הִיא הָעֲבוֹדָה דְּרְעוּתָא דְלִבָּא, דרעותא דְלִבָּא הוּא הָרָצוֹן בֵּאלֹקוּת שֶׁמִּצַּד עֶצֶם הַנְּשָׁמָה, שעי"ז תּוֹפְסִים בְּהָעַצְמוּת, כְּמַאֲמַר לֵית מַחֲשָׁבָה תְּפִיסָא בי' כְּלָל (בי' קָאֵי עַל פְּנִימִיּוּת וַעֲצָמוֹת אוא"ס שֶׁלְּמַעְלָה מְסוּבָּב, שֶׁאֵינוֹ נִתְפָּס בְּשׁוּם הַשָּׂגָה, גַּם לֹא בְּהַשָּׂגַת הַשְּׁלִילָה) אֲבָל נִתְפָּס אִיהוּ ברעותא דְלִבָּא. וְהָעֲבוֹדָה דְּחוּקִּים הִיא הָעֲבוֹדָה דְּקַבָּלַת עוֹל.
La différence entre ces deux services est la suivante. Dans le service de la volonté du cœur, l'homme a une volonté. Cette volonté a beau procéder du lien qui unit l'essence de l'âme à l'Essence de l'Or Ein Sof, l'homme reste encore au stade d'une existence propre [metsiout]. Sa volonté peut même être dans l'annulation de soi [bitoul] : il ne veut rien du tout pour lui-même, et tout ce qu'il veut, c'est que la Divinité se révèle dans le monde et que s'accomplisse l'intention d'une demeure pour Lui, béni soit-Il, dans les mondes inférieurs. Pourtant, le fait même de vouloir est une existence propre.
דְּהַחִלּוּק שֶׁבֵּין שְׁתֵּי עֲבוֹדוֹת אֵלּוּ הוּא, דְּבַהַעֲבוֹדָה דרעותא דְלִבָּא, מִכֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ לוֹ רְצוֹן, הֲגַם שֶׁהָרָצוֹן הוּא מִצַּד הַהִתְקַשְּׁרוּת דְּעֶצֶם הַנְּשָׁמָה בְּעַצְמוּת אוא"ס, ה"ה בִּבְחִינַת מְצִיאוּת עֲדַיִין. וְגַם כְּשֶׁהָרָצוֹן שֶׁלּוֹ הוּא בְּבִיטּוּל, שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לְעַצְמוֹ כְּלָל וְכָל רְצוֹנוֹ הוּא שיהי' גִּילּוּי אֱלֹקוּת בָּעוֹלָם וְשֶׁתֻּשְׁלַם הַכַּוָּונָה דְּדִירָה לוֹ ית' בַּתַּחְתּוֹנִים, מ"מ, עֶצֶם עִנְיָן הָרָצוֹן הוּא מְצִיאוּת.
Le véritable bitoul se trouve dans le service de kabalat ol. On est alors comme un serviteur qui n'a aucune volonté propre. Tout ce qu'il fait vient du joug que son maître lui impose, et c'est ce joug qui l'oblige à accomplir la volonté du maître.
וַאֲמִתִּית עִנְיָן הַבִּיטּוּל הוּא בְּהָעֲבוֹדָה דְּקַבָּלַת עוֹל, שֶׁהוּא כְּמוֹ עֶבֶד שֶׁאֵין לוֹ שׁוּם רְצוֹנוֹת כְּלָל, וְכָל מַה שֶׁעוֹשֶׂה הוּא מִצַּד עוֹל הָאָדוֹן שֶׁמֻּטָּל עָלָיו, שֶׁמִּצַּד זֶה הוּא מוּכְרָח לְקַיֵּים רְצוֹן הָאָדוֹן.
Or la différence entre le service du témoignage et celui des 'houkim reflète la différence qui sépare ces deux catégories dans les mitsvot elles-mêmes. On le comprendra à partir d'un principe connu. La volonté des mitsvot, telle qu'elle est du point de vue de l'Essence, est une volonté essentielle [ratson atsmi] : elle ne vise aucune intention que les mitsvot viendraient accomplir. Du point de vue de cette volonté, la finalité des mitsvot, ce sont les mitsvot elles-mêmes.
ט) וְהִנֵּה הַחִילּוּק שֶׁבֵּין הָעֲבוֹדָה דְּעֵדוּת לְהָעֲבוֹדָה דְּחוּקִּים הוּא דּוּגְמַת הַחִילּוּק שֶׁבֵּינֵיהֶם בְּעִנְיַן הַמִּצְווֹת עַצְמָם. וְיוּבַן זֶה ע"פ הַיָּדוּעַ שֶׁהָרָצוֹן דְּמִצְווֹת כְּמוֹ שֶׁהוּא מִצַּד הָעַצְמוּת הוּא רְצוֹן עַצְמִי שֶׁאֵינוֹ בִּשְׁבִיל אֵיזֶה כַּוָּנָה שֶׁתֻּשְׁלַם ע"י הַמִּצְווֹת, וְהַתַּכְלִית דְּמִצְווֹת (מִצַּד רְצוֹן זֶה) הוּא הַמִּצְווֹת עַצְמָם.
On en déduit une chose au sujet des mitsvot, qui attirent et révèlent l'Essence de l'Or Ein Sof dans le monde. Cet épanchement vient certes de ce que les mitsvot sont Sa volonté, béni soit-Il, au-dessus de la raison. Mais puisqu'il est produit par les mitsvot, il ressemble encore à une raison. La volonté essentielle de Son Essence, béni soit-Il, au sens véritable, réside dans les mitsvot elles-mêmes.
וּמִזֶּה מוּבָן, דְּזֶה שֶׁהַמִּצְווֹת מַמְשִׁיכִים וּמְגַלִּים עַצְמוּת אוא"ס בָּעוֹלָם, עַם הֱיוֹת שֶׁהַהַמְשָׁכָה הִיא מִצַּד זֶה שֶׁהַמִּצְווֹת הֵם רְצוֹנוֹ ית' שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם, מ"מ, מִכֵּיוָן שֶׁזֶּהוּ עִנְיָן שֶׁנַּעֲשָׂה ע"י הַמִּצְווֹת, הֲרֵי זֶה בְּדֻגְמַת טַעַם. וַאֲמִתִּית הָעִנְיָן דְּרָצוֹן הָעצמִי שֶׁל עַצְמוּתוֹ ית' הוּא בְּהַמִּצְווֹת גּוּפָא.
C'est pourquoi le service du témoignage est celui de la volonté du cœur, et le service des 'houkim celui de kabalat ol. Le témoignage que portent les mitsvot est épanchement et révélation, et le récipient [keli] qui convient à cela est la volonté. En effet, même la volonté qui procède de l'essence de l'âme est un mouvement d'épanchement et d'expansion (une existence propre). Les 'houkim des mitsvot, eux, sont une volonté pleinement essentielle, au-dessus de la révélation. Leur récipient est le bitoul de kabalat ol, un bitoul qui procède de l'essence et qui se situe au-dessus de toute expansion.
וְזֶהוּ מַה שֶׁהָעֲבוֹדָה דְּעֵדוּת הִיא הָעֲבוֹדָה דרעותא דְלִבָּא וְהָעֲבוֹדָה דְּחוּקִּים הִיא הָעֲבוֹדָה דְּקַבָּלַת עוֹל, כִּי עִנְיָן הָעֵדוּת שֶׁבַּמִּצְווֹת, מִכֵּיוָן שֶׁהוּא הַמְשָׁכָה וְגִילּוּי, הַכְּלִי לָזֶה הוּא הָרָצוֹן, שֶׁגַּם הָרָצוֹן שֶׁמִּצַּד עֶצֶם הַנְּשָׁמָה הִיא תְּנוּעָה דְּהַמְשָׁכָה וְהִתְפַּשְּׁטוּת (מְצִיאוּת), וְהַכְּלִי לְעִנְיַן הַחוּקִּים דְּמִצְווֹת שֶׁהוּא רְצוֹן עַצְמִי מַמָּשׁ שֶׁלְּמַעְלָה מִגִּילּוּי הוּא הַבִּיטּוּל דְּקַבָּלַת עוֹל, בִּיטּוּל שֶׁמִּצַּד הָעֶצֶם שֶׁלְּמַעְלָה מִכָּל עִנְיָן דְּהִתְפַּשְּׁטוּת.
C'est le sens de « זְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ, Tes décrets ['houkekha] ont été pour moi des chants » (précisément [dafka] les décrets). Par là, il entend exclure non seulement les lois rationnelles [michpatim], mais aussi le témoignage [édout]. Au degré du témoignage subsiste en effet encore une certaine existence propre. C'est vrai du côté de l'homme, puisque même sa volonté au-dessus de la raison et de l'intellect (la volonté du cœur) est une existence propre (comme on l'a vu plus haut). Mais c'est vrai aussi du côté des mitsvot qui relèvent du degré du témoignage, puisque leur objet est d'attirer et de révéler l'Or Ein Sof dans le monde.
יו"ד) וְזֶהוּ זְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ (דַּוְקָא), שֶׁכַּוָּונָתוֹ בָּזֶה הִיא לִשְׁלוֹל לֹא רַק הָעִנְיָן דְּמִשְׁפָּטִים אֶלָּא גַּם הָעִנְיָן דְּעֵדוּת. כִּי בְּדַרְגַּת הָעֵדוּת נִשְׁאֲרָה עֲדַיִין אֵיזוֹ מְצִיאוּת. וְלֹא רַק מִצַּד הָאָדָם, שֶׁגַּם הָרָצוֹן שֶׁלּוֹ שֶׁלְּמַעְלָה מטו"ד (רעו"ד) הוּא מְצִיאוּת (כנ"ל), אֶלָּא גַּם מִצַּד הַמִּצְווֹת שֶׁבְּדַרְגַּת עֵדוּת, מִכֵּיוָן שֶׁעִנְיָנָם הוּא הַמְשָׁכַת וְגִילּוּי אוא"ס בָּעוֹלָם.
La reconnaissance véritable et pleine que tous les mondes sont batel [annulés] dans leur existence même face à un seul détail de la Torah, ne se trouvent qu'au degré des 'houkim. À ce niveau, les détails de la Torah sont une réalité essentielle, en vertu de leur racine essentielle dans la Torah, qui se situe au-dessus de tout rapport avec le monde.
וַאֲמִתִּית וּשְׁלֵימוּת הַהַכָּרָה שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת בְּטֵלִים בִּמְצִיאוּת לְגַבֵּי דִּקְדּוּק אַחַד דְּתוֹרָה הוּא דַּוְקָא בְּהַדַּרְגָּא דְּחוּקִּים, שֶׁהַדִּקְדּוּקִים דְּתוֹרָה (שֶׁמִּצַּד בְּחִינָה זוֹ) הֵם עִנְיָן עַצְמִי מִצַּד שָׁרְשָׁם הָעצמִי שֶׁבַּתּוֹרָה, שֶׁלְּמַעְלָה מִשַּׁיָּכוּת לְעוֹלָם.
11) Le maamar poursuit : si David a été puni pour cela, c'est que son étude de la Torah se faisait sur le mode de « tailler [lezamer] les tyrans » (comme on l'a vu plus haut). Or l'intention ultime est, comme le dit le verset [passouk] : « Il ne l'a pas créée pour le chaos [tohou], Il l'a formée pour être habitée », de s'occuper du service des birourim [tri, séparation du bien d'avec le mal] et d'attirer dans le monde une révélation de lumière.
יָא) וּמַמְשִׁיךְ בְּהַמַּאֲמָר, דְּמַה שִׁדּוּד נֶעֱנַשׁ עַל זֶה הוּא כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה דְּדָוִד הי' בְּאֹפֶן דִּלְזַמֵּר עָרִיצִים (כנ"ל), וְתַכְלִית הַכַּוָּונָה הִיא כמ"ש לֹא תֹּהוּ בְרָאָהּ לָשֶׁבֶת יְצָרָהּ, לְהִתְעַסֵּק בַּעֲבוֹדַת הַבֵּירוּרִים וּלְהַמְשִׁיךְ גִּילּוּי אוֹר בָּעוֹלָם.
Telle est la supériorité de la prière sur la Torah. La prière est birour [tri] et élévation : par la prière, les étincelles [nitsotsot] sont triées, s'affinent et montent vers le haut. Il n'en va pas de même de la Torah, qui est un épanchement venu d'en haut ; et le birour qu'opère la Torah se fait par voie de rejet [de'hiya].
דְּזֶהוּ הַמַּעֲלָה שֶׁבִּתְפִלָּה לְגַבֵּי תּוֹרָה, דִּתְפִלָּה הוּא בֵּירוּר וְהַעֲלָאָה, הַיְינוּ שע"י הַתְּפִלָּה מִתְבָּרְרִים הַנִּיצוֹצוֹת וּמִזְדַּכְּכִים וְעוֹלִים לְמָעְלָה, משא"כ תּוֹרָה הִיא הַמְשָׁכָה מִלְמַעְלָה, וְהַבֵּרוּר ע"י הַתּוֹרָה הוּא בְּדֶרֶךְ דחי'.
Et lorsque David a voulu opérer des birourim par la Torah, ce qui se fait par voie de rejet, pour « tailler les tyrans », il en a été puni : l'intention ultime est en effet « Il l'a formée pour être habitée ».
וּכְשֶׁרָצָה דָּוִד לְבָרֵר בִּירוּרִים ע"י הַתּוֹרָה, שֶׁהוּא בְּדֶרֶךְ דחי', לְזַמֵּר עָרִיצִים, נֶעֱנַשׁ עַל זֶה, כִּי תַּכְלִית הַכַּוָּונָה הוּא לָשֶׁבֶת יְצָרָהּ.
Il reste cependant à comprendre : l'étude de la Torah de David, sur le mode de « Tes décrets ont été pour moi des chants [zemirot] », relève du niveau de la Torah telle qu'elle procède de la volonté essentielle [ratson ha'atsmi] (comme on l'a expliqué longuement plus haut). Comment est-il alors possible qu'elle ne soit pas conforme à la véritable intention ?
וְצָרִיךְ לְהָבִין, הֲרֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה דְּדָוִד בְּאֹפֶן דִּזְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ הוּא בִּבְחִינַת הַתּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁהִיא מִצַּד רְצוֹן הָעצמִי (כנ"ל בַּאֲרוּכָה), וְהֵיאַךְ שַׁיָּךְ שֶׁזֶּה יהי' שֶׁלֹּא כְּפִי אֲמִיתִּית הַכַּוָּונָה.
On peut proposer l'explication suivante, d'après ce que dit le maamar à son début au sujet de « Havayé est Un [e'had] ». Ici, e'had signifie ya'hid [unique] ; et si l'on dit e'had et non ya'hid, c'est pour enseigner que Havayé et Elokim ne font entièrement qu'un.
וְיֵשׁ לוֹמַר הַבֵּיאוּר בָּזֶה, ע"פ מ"ש בְּהַמַּאֲמָר בִּתְחִלָּתוֹ בְּעִנְיַן הוי' אַחַד, דְּפֵרוּשׁ אַחַד זֶה הוּא יָחִיד, וּמַה שֶׁאוֹמְרִים אַחַד וְלֹא יָחִיד הוּא לְהוֹרוֹת דהוי' וֶאֱלֹקִים כּוֹלָּא חַד.
Voici l'explication : la véritable unité de Havayé est une unité qui vaut aussi du point de vue du monde. C'est pourquoi il est écrit « Havayé est Un [e'had] ». S'il était écrit « Havayé est unique [ya'hid] », cela signifierait que Son unicité, béni soit-Il, vaut du point de vue de l'Or Ein Sof [lumière infinie] (et non du point de vue du monde). Pour souligner que Son unicité, béni soit-Il, vaut aussi du point de vue du monde, et même du monde tel qu'il a été créé par le Nom Elokim, qui voile et occulte le Nom Havayé, il est dit « Havayé est Un [e'had] ». Ainsi, le 'het et le dalet eux aussi, qui sont les sept cieux et la terre et les quatre directions du monde, sont batelim [annulés] devant l'alef, l'Unique du monde. En effet, puisque Havayé et Elokim ne font entièrement qu'un, le Nom Elokim n'occulte pas véritablement. C'est pourquoi le monde, qui a été amené à l'existence par le Nom Elokim, est lui aussi véritablement annulé, et « il n'y a rien d'autre que Lui ». Et cela jusqu'à l'annulation au degré et selon le mode de ya'hid, qui est au-dessus de l'e'had.
וְהָעִנְיָן הוּא, דַּאֲמִיתִּית עִנְיָן אַחְדּוּת הוי' הוּא שֶׁהָאַחְדּוּת הִיא גַּם מִצַּד הָעוֹלָם. וְזֶהוּ מ"ש הוי' אַחַד, דְּבְאִם הי' כְּתִיב הוי' יָחִיד, הי' הַפֵּרוּשׁ בָּזֶה שֶׁיִּחוּדוֹ ית' הוּא מִצַּד אוא"ס (וְלֹא מִצַּד הָעוֹלָם), וּבִכְדֵי לְהַדְגִּישׁ שֶׁיִּחוּדוֹ ית' הוּא גַּם מִצַּד הָעוֹלָם, וַאֲפִילוּ מִצַּד הָעוֹלָם כְּמוֹ שֶׁנִּבְרָא מִשֵּׁם אֱלֹקִים שֶׁמַּעֲלִים וּמַסְתִּיר עַל שֵׁם הוי', לָכֵן נֶאֱמַר הוי' אַחַד, שֶׁגַּם החי"ת והדל"ת שֶׁהֵם ז' רְקִיעִים וָאָרֶץ וד' רוּחוֹת הָעוֹלָם, הֵם בְּטֵלִים להאל"ף יְחִידוֹ שֶׁל עוֹלָם. דְּמִכֵּיוָן שהוי' וֶאֱלֹקִים כּוֹלָּא חַד, הֲרֵי שֵׁם אֱלֹקִים אֵינוֹ מַסְתִּיר בֶּאֱמֶת, וְלָכֵן, גַּם הָעוֹלָם שֶׁנִּתְהַוָּה מִשֵּׁם אֱלֹקִים הוּא בִּטֵּל בֶּאֱמֶת וְאֵין עוֹד מִלְּבַדּוֹ. וְעַד לְהַבִּטּוּל בְּדַרְגַּת וְאוֹפֶן דְּיָחִיד שֶׁלְּמַעְלָה מְאַחֵד.
Et par l'union de ces deux aspects (que Son unicité, béni soit-Il, soit sur le mode de ya'hid, et que cet aspect vaille aussi du point de vue du monde), se révèle la puissance de l'Essence [koa'h ha'atsmout], qui englobe et relie l'aspect de e'had et celui de ya'hid.
וע"י הַיִּחוּד דִּשְׁנֵי הָעִנְיָנִים (שֶׁיִּחוּדוֹ ית' הוּא בְּאֹפֶן דְּיָחִיד, וְשֶׁעִנְיָן זֶה הוּא גַּם מִצַּד הָעוֹלָם), עי"ז הוּא גִּילּוּי כֹּחַ הָעַצְמוּת שֶׁכּוֹלֵל וּמְחַבֵּר הָעִנְיָן דְּאֶחָד וּדְיָחִיד.
12) On peut ajouter que le Nom Havayé (« Havayé est Un ») désigne les trois aspects à la fois (e'had, ya'hid, et la puissance de l'Essence qui les relie). Le Nom Havayé comporte en effet trois aspects. Premièrement, Havayé vient de mehavé [qui amène à l'existence] : en ce sens, le Nom Havayé désigne Son lien avec les mondes. Deuxièmement, Havayé vient de haya, hové veyihyé [Il était, Il est et Il sera] : en ce sens, le Nom Havayé indique qu'Il est au-dessus des mondes. Le troisième aspect du Nom Havayé est que Havayé est le Nom de l'Essence [chem ha'etsem], c'est-à-dire qu'il désigne Son Essence même, béni soit-Il.
יב) וְיֵשׁ לְהוֹסִיף, דְּשֵׁם הוי' (הוי' אַחַד) מוֹרֶה עַל כָּל ג' הָעִנְיָנִים (אַחַד וְיָחִיד וְכֹחַ הָעַצְמוּת שֶׁמְּחַבְּרָם). דבהוי' יֵשׁ ג' עִנְיָנִים: א' הוי' מִלְּשׁוֹן מְהַוֶּה, דְּפֵרוּשׁ זֶה בְּשֵׁם הוי' מוֹרֶה עַל שַׁיָּכוּתוֹ לְעוֹלָמוֹת, ב' הוי' מִלְּשׁוֹן הי' הֲוָה ויהי', דְּפֵרוּשׁ זֶה בְּשֵׁם הוי' מוֹרֶה שֶׁהוּא לְמָעְלָה מֵעוֹלָמוֹת, וְעִנְיָן הג' בְּשֵׁם הוי' הוּא שהוי' הוּא שֵׁם הָעֶצֶם, הַיְינוּ שֶׁהוּא מוֹרֶה עַל עַצְמוּתוֹ ית'.
Car même si le Pardès écrit que le Nom Havayé n'est le Nom de l'essence que par rapport à l'essence des attributs divins [séfirot], c'est-à-dire les lumières qui se revêtent dans les récipients [kelim], la conclusion de l'enseignement de la 'Hassidout est que « Nom de l'Essence » désigne l'Essence elle-même [atsmout].
דַּהֲגַם שֶׁבַּפַּרְדֵּס כָּתַב דְּזֶה שֶׁשָּׁם הוי' הוּא שֵׁם הָעֶצֶם הוּא רַק לְעֶצֶם הַסְּפִירוֹת, הַיְינוּ הָאוֹרוֹת הַמִּתְלַבְּשִׁים בְּכֵלִים, הֲרֵי הַמַּסְּקָנָא דְּתוֹרַת הַחֲסִידוּת הִיא דְּפֵרוּשׁ שֵׁם הָעֶצֶם הוּא בְּהָעַצְמוּת.
Or, puisque les trois notions résident dans un seul et même Nom, on comprend qu'elles sont liées l'une à l'autre. Autrement dit, les deux interprétations de Havayé, Havayé au sens de « Celui qui fait exister » [mehavé] et Havayé au sens de « Il était, Il est et Il sera, d'un seul tenant », s'unissent parce que Havayé est le Nom essentiel [chem ha'étsem].
וְהִנֵּה מִכֵּיוָן שֶׁכָּל ג' הָעִנְיָנִים הֵם בְּאוֹתוֹ שֵׁם, הֲרֵי מוּבָן שֶׁהֵם שַׁיָּכִים זל"ז. וְהַיְינוּ דְּהַהִתְאַחֲדוּת דִּשְׁנֵי הַפֵּירוּשִׁים בהוי', הוי' לְשׁוֹן מְהַוֶּה והוי' מִלְּשׁוֹן הי' הֲוָה ויהי' כְּאֶחָד, הוּא מִצַּד זֶה שהוי' הוּא שֵׁם הָעֶצֶם.
Il en résulte que Havayé, qui est au-delà des mondes (« Il était, Il est et Il sera, d'un seul tenant »), est attiré dans Havayé au sens de « Celui qui fait exister ». Extérieurement, c'est une descente ; mais c'est précisément par là que se révèle le Nom essentiel qui est en lui.
וְנִמְצָא, דע"י שהוי' שֶׁלְּמַעְלָה מֵעוֹלָמוֹת (הי' הֲוָה ויהי' כְּאֶחָד) נִמְשָׁךְ בהוי' לְשׁוֹן מְהַוֶּה, אַף שֶׁבַּחִיצוֹנִיּוּת הו"ע שֶׁל יְרִידָה, הִנֵּה עי"ז דַּוְקָא מִתְגַּלֶּה שֵׁם הָעֶצֶם שֶׁבּוֹ.
Bien plus, la révélation du Nom essentiel de Havayé se fait principalement dans Havayé au sens de « Celui qui fait exister ». Comme il est expliqué en plusieurs endroits, si le Nom Havayé est le Nom essentiel, qui désigne l'Essence [Atsmout], c'est parce que l'avènement à l'existence à partir du néant [yech méayin] ne s'opère que par la puissance de l'Essence, dont l'existence procède d'Elle-même.
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁגִּילּוּי שֵׁם הָעֶצֶם דהוי' הוּא בְּעִיקָר בהוי' לְשׁוֹן מְהַוֶּה. וּכַמְבוֹאָר בכ"מ דְּמַה שֶׁשָּׁם הוי' הוּא שֵׁם הָעֶצֶם שֶׁמּוֹרֶה עַל הָעַצְמוּת הוּא כִּי הַהִתְהַוּוּת יֵשׁ מֵאַיִן הִיא דַּוְקָא בְּכֹחַ הָעַצְמוּת שֶׁמְּצִיאוּתוֹ מֵעַצְמוּתוֹ.
13) Cela permet de comprendre aussi ce qu'écrit le Rambam (cité au début du maamar mentionné plus haut) : « Le fondement des fondements et le pilier des sagesses est de savoir qu'il existe un Être premier [Matsouy richon], que c'est Lui qui fait exister tout ce qui existe, et que tous les êtres, des cieux, de la terre et de ce qui est entre eux, n'existent que par la vérité de Son existence ».
יג) ועפ"ז יוּבַן גַּם מ"ש הרמב"ם (הוּבָא בְּמַאֲמַר הנ"ל בִּתְחִלָּתוֹ) יְסוֹד הַיְסוֹדוֹת וְעַמּוּד הַחָכְמוֹת לֵידַע שֶׁיֵּשׁ שֵׁם מָצוּי רִאשׁוֹן וְהוּא מַמְצִיא כָּל נִמְצָא, וְכָל הַנִּמְצָאִים מִשָּׁמַיִם וָאָרֶץ וּמַה שֶׁבֵּינֵיהֶם לֹא נִמְצְאוּ אֶלָּא מֵאֲמִתַּת הִמָּצְאוֹ.
En effet, la mitsva de savoir porte sur trois points : qu'il existe là un Être premier ; que c'est Lui qui fait exister tout ce qui existe ; et que [l'intelligence de] tous les êtres, etc., n'existent que par la vérité de Son existence.
דְּמִצְוַת הַיְדִיעָה הִיא בג' עִנְיָנִים. שֶׁיֵּשׁ שֵׁם מָצוּי רִאשׁוֹן, שֶׁהוּא מַמְצִיא כָּל נִמְצָא, וְשֵׂכֶל הַנִּמְצָאִים כו' לֹא נִמְצְאוּ אֶלָּא מֵאֲמִתַּת הִמָּצְאוֹ.
Ces trois points correspondent aux trois notions de Havayé évoquées plus haut. « Le fondement des fondements et le pilier des sagesses » [Yessod haYessodot Ve'amoud ha'Hokhmot] forme les initiales de Havayé. « Être premier » : Il précède tout, au-delà de la création. « Qui fait exister tout ce qui existe » : c'est Havayé au sens de « Celui qui fait exister ». « Et tous les êtres, etc., n'existent que par la vérité de Son existence » : la vérité de Son existence est l'Essence, dont l'existence procède d'Elle-même, car l'avènement des êtres à l'existence à partir du néant s'opère par la puissance de l'Essence (comme on l'a vu), ce qui relève du Nom essentiel.
דג' עִנְיָנִים אֵלּוּ הֵם נֶגֶד ג' עִנְיָנִים הנ"ל בהוי'. יְסוֹד הַיְסוֹדוֹת וְעַמּוּד הַחָכְמוֹת הוּא ר"ת הוי'. מָצוּי רִאשׁוֹן הוּא שֶׁהוּא קָדוּם לְכָל, לְמָעְלָה מֵהַבְּרִיאָה. מַמְצִיא כָּל נִמְצָא הוּא הוי' לְשׁוֹן מְהַוֶּה. וְכָל הַנִּמְצָאִים כו' לֹא נִמְצְאוּ אֶלָּא מֵאֲמִתַּת הִמָּצְאוֹ, אֲמִיתַּת הִמָּצְאוֹ הוּא הָעַצְמוּת שֶׁמְּצִיאוּתוֹ מֵעַצְמוּתוֹ, דְּהִתְהַוּוּת הַנִּמְצָאִים יֵשׁ מֵאַיִן הוּא בְּכֹחַ הָעַצְמוּת (כנ"ל), עִנְיָן שֵׁם הָעֶצֶם.
14) On peut proposer que c'est aussi pourquoi Havayé forme les initiales de « le fondement des fondements et le pilier des sagesses ». Fondements et sagesses sont en effet deux notions opposées. Les fondements sont les postulats simples, au-dessus de l'édifice du raisonnement, qui sont les bases de la compréhension [hassaga] ; les sagesses sont les raisonnements intellectuels que l'entendement saisit, au point qu'ils se prêtent à la discussion et au débat [chakla vetarya]. Dans le service de l'homme, les fondements correspondent à l'émouna simple, au-dessus de l'intellect, et les sagesses à la compréhension.
יד) וְיֵשׁ לוֹמַר, דְּזֶהוּ גַּם מַה שהוי' הוּא ר"ת יְסוֹד הַיְסוֹדוֹת וְעַמּוּד הַחָכְמוֹת, דִּיסוֹדוֹת וְחָכְמוֹת הֵם שֵׁנִי עִנְיָנִים הַפְכִּיִּים. דִּיסוֹדוֹת הֵם הַהַנָּחוֹת הַפְּשׁוּטוֹת שֶׁלְּמַעְלָה מֵהַבִּנְיָן, מֵהַסְּבָרָה, שֶׁהֵם יְסוֹדִי הַהַשָּׂגָה, וְחָכְמוֹת הֵם הַסְּבָרוֹת הַשִּׂכְלִיּוֹת שֶׁנִּתְפָּסוֹת בְּהַשְׂכָּלָה וְעַד שֶׁשַּׁיָּךְ בָּהֶם שקו"ט. דְּבַעֲבוֹדַת הָאָדָם עִנְיָן הַיְסוֹדוֹת הוּא הָאֱמוּנָה פְּשׁוּטָה שֶׁלְּמַעְלָה מֵהַשֵּׂכֶל, וְחָכְמוֹת הו"ע הַהַשָּׂגָה.
On peut dire que la racine des fondements est dans Havayé au-delà des mondes (« Il était, Il est et Il sera, d'un seul tenant »), et la racine des sagesses dans Havayé au sens de « Celui qui fait exister ». Quant à la force qui unit fondements et sagesses, pour que l'émouna, au-dessus de l'intellect, soit attirée aussi dans l'intellect, elle provient du Nom Havayé, le Nom essentiel.
וי"ל דְּשֹׁרֶשׁ הַיְסוֹדוֹת הוּא בהוי' שֶׁלְּמַעְלָה מֵעוֹלָמוֹת (הי' הֲוָה ויהי' כְּאֶחָד), וְשֹׁרֶשׁ הַחָכְמוֹת הוּא בהוי' לְשׁוֹן מְהַוֶּה, וְהַכֹּחַ שֶּׁמְּאַחֵד הַיְסוֹדוֹת וְהַחָכְמוֹת, שֶׁהָאֱמוּנָה שֶׁלְּמַעְלָה מֵהַשֵּׂכֶל תֻּמְשַׁךְ גַּם בְּשֵׂכֶל, הוּא מִשֵּׁם הוי' שֵׁם הָעֶצֶם.
Cela permet de comprendre pourquoi David fut puni pour avoir dit : « Tes lois ['houkim] ont été pour moi des chants [zemirot] ». La Torah, telle qu'elle procède de la volonté essentielle, au-dessus de la raison (les fondements), est à l'image de Havayé au sens de « Il était, Il est et Il sera, d'un seul tenant », au-delà du monde. C'est pourquoi le birour qui procède de ce niveau s'opère par rejet (et non par voie de birour [tri qui dégage le bien]) : zemirot, au sens de « tailler [lezamer] les tyrans ».
ועפ"ז יוּבַן מַה שִׁדּוּד נֶעֱנַשׁ עַל מַה שֶׁאָמַר זְמִירוֹת הָיוּ לִי חֻקֶּיךָ, כִּי הַתּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁהִיא מִצַּד רְצוֹן הָעצמִי שֶׁלְּמַעְלָה מִטַּעַם (יְסוֹדוֹת) הִיא דּוּגְמַת הוי' מִלְּשׁוֹן הי' הֲוָה ויהי' כְּאֶחָד שֶׁלְּמַעְלָה מֵעוֹלָם, שֶׁלָּכֵן, הַבֵּירוּר שֶׁמִּצַּד בְּחִינָה זוֹ הוּא בְּאֹפֶן דדחי' (וְלֹא בְּדֶרֶךְ בֵּירוּר), זְמִירוֹת מִלְּשׁוֹן לְזַמֵּר עָרִיצִים.
Puisque la véritable unité de Havayé consiste en ce que l'unité existe aussi du point de vue des mondes, il faut l'épanchement des édouyot et des michpatim de la Torah (les sagesses), afin que la Divinité se révèle dans le monde. Par là se révèle l'essence de la Torah, qui est au-dessus même des 'houkim : le Nom essentiel.
וּמִכֵּיוָן שֶׁאֲמִתִּית עִנְיָן אַחְדּוּת הוי' הוּא שֶׁהָאַחְדּוּת הִיא גַּם מִצַּד הָעוֹלָמוֹת, לָכֵן צ"ל הַהַמְשָׁכָה דְּעֵדוּת וּמִשְׁפָּטִים דְּתוֹרָה (חָכְמוֹת) שיהי' גִּילּוּי אֱלֹקוּת בָּעוֹלָם. ועי"ז מִתְגַּלֶּה הָעֶצֶם דְּתוֹרָה שֶׁלְּמַעְלָה גַּם מֵחֻקִּים, שֵׁם הָעֶצֶם.
15) C'est le sens de « Havayé est pour moi parmi ceux qui m'aident [be'ozraï] ». « Ceux qui m'aident » désigne les étincelles en cours de birour [tri qui dégage le bien], qui sont les véritables auxiliaires de l'homme [selon ce que l'on sait du passouk « Car ce n'est pas de pain seul que vit l'homme, mais de tout ce qui sort de la bouche de Havayé que vit l'homme » : lorsque l'homme dégage les étincelles contenues dans le minéral, le végétal, l'animal et l'homme parlant, un surcroît de force est attiré vers lui pour son service, car les étincelles l'aident et le soutiennent]. « Havayé est pour moi parmi ceux qui m'aident » signifie donc que dans les étincelles en cours de birour [tri qui dégage le bien] (« ceux qui m'aident »), bien que le birour aille du bas vers le haut (ce qui relève du monde), soit attirée la révélation du Nom Havayé, au-dessus de l'hichtalchelout [enchaînement des mondes]. Et la jonction de ces deux notions provient de Havayé, le Nom essentiel.
טו) וְזֶהוּ הוי' לִי בְּעוֹזְרָי, עוֹזְרָי קָאֵי עַל הַנִּיצוֹצוֹת הַמִּתְבָּרְרִים, שֶׁהֵם הָעוֹזְרִים הָאֲמִתִּים שֶׁל הָאָדָם [וע"ד הַיָּדוּעַ בְּעִנְיַן כִּי לֹא עַל הַלֶּחֶם לְבַדּוֹ יחי' הָאָדָם כִּי עַל כָּל מוֹצֵא פִּי הוי' יחי' הָאָדָם, דע"י שֶׁהָאָדָם מְבָרֵר אֵת הַנִּיצוֹצוֹת שבדצ"ח, נִמְשָׁךְ לוֹ תּוֹסֶפֶת כֹּחַ בַּעֲבוֹדָתוֹ, שֶׁהַנִּיצוֹצוֹת עוֹזְרִים וּמְסַיְּעִים לוֹ], ופי' הוי' לִי בְּעוֹזְרָי הוּא שֶׁהַנִּיצוֹצוֹת הַמִּתְבָּרְרִים (עוֹזְרָי), הֲגַם שֶׁעִנְיָן הַבֵּירוּרִים הוּא מִלְּמַטָּה לְמָעְלָה (עִנְיָן דְּעוֹלָם), יֻמְשַׁךְ בָּהֶם גִּילּוּי שֵׁם הוי' שֶׁלְּמַעְלָה מֵהִשְׁתַּלְשְׁלוּת. וְחִיבּוּר ב' עִנְיָנִים אֵלּוּ הוּא מהוי' שֵׁם הָעֶצֶם.
C'est aussi le sens de « et moi, je verrai en mes ennemis » : même ceux qui haïssent David, et qui sont les ennemis de Havayé, il n'y a pas lieu de les rejeter entièrement ; il faut seulement dégager les étincelles qu'ils contiennent. En extrayant d'eux les étincelles, le mal qui est en eux s'annule. Par là on parvient à voir la Divinité : « je verrai en mes ennemis », voir la Divinité de manière tangible, jusque dans les choses du monde.
וְזֶהוּ גַּם וַאֲנִי אֶרְאֶה בְּשׂוֹנְאָי, דְּגַם אֵלּוּ שֶׁהֵם שׂוֹנְאֵי דָּוִד שֶׁהֵם שׂוֹנְאֵי הוי', אֵין צָרִיךְ לִדְחוֹתָם לְגַמְרֵי כ"א לְבָרֵר הַנִּיצוֹצוֹת שֶׁבָּהֶם, וע"י שֶׁמּוֹצִיאִים הַנִּיצוֹצוֹת מֵהֶם הִנֵּה הָרָע שֶׁבָּהֶם מִתְבַּטֵּל. ועי"ז בָּאִים לראי' בֵּאלֹקוּת, אֶרְאֶה בְּשׂוֹנְאָי, רְאִיַּית אֱלֹקוּת בְּמוּחָשׁ גַּם בְּעִנְיְנֵי עוֹלָם.
Ainsi en fut-il pour le Baal HaGuéoula : même les opposants, bien qu'ils soient restés tels qu'ils étaient, furent contraints (par les étincelles qu'ils contenaient) d'agir selon le dessein, et il y eut une révélation de la Divinité (au-dessus de la nature) de manière tangible (dans la nature).
וּכְמוֹ שהי' אֵצֶל בַּעַל הַגְּאוּלָּה, שֶׁגַּם הַמְנַגְּדִים, אַף שֶׁנִּשְׁאֲרוּ בִּמְצִיאוּתָם, הֻכְרְחוּ (ע"י הַנִּיצוֹצוֹת שֶׁבָּהֶם) לַעֲשׂוֹת כְּפִי הַכַּוָּונָה, והי' גִּילּוּי אֱלֹקוּת (דִּלְמַעְלָה מֵהַטֶּבַע) בְּמוּחָשׁ (בְּטֶבַע).
Par là, il a transmis à tous ceux qui suivent ses voies la force d'attirer dans la nature une révélation de la Divinité qui est au-dessus de la nature. Cela devient une préparation proche à l'accomplissement du dessein d'une demeure pour Lui, béni soit-Il, dans les mondes inférieurs [dira betachtonim] : que les mondes inférieurs deviennent une demeure pour Lui, béni soit-Il, pour Lui-même, pour Son Essence, dans la guéoula véritable et complète, par Machia'h, notre juste, très bientôt.
ועי"ז הִמְשִׁיךְ הַכֹּחַ לְכָל הַהוֹלְכִים בְּאוֹרְחוֹתָיו לְהַמְשִׁיךְ גִּילּוּי אֱלֹקוּת דִּלְמַעְלָה מֵהַטֶּבַע בְּטֶבַע, וְזֶה נַעֲשֶׂה הֲכָנָה קְרוֹבָה שֶׁתֻּשְׁלַם הַכַּוָּונָה דְּדִירָה לוֹ ית' בַּתַּחְתּוֹנִים, שֶׁהַתַּחְתּוֹנִים יִהְיוּ דִּירָה לוֹ ית', לוֹ לְעַצְמוּתוֹ, בַּגְּאוּלָּה הָאֲמִיתִּית וְהַשְּׁלֵימָה ע"י מָשִׁיחַ צִדְקֵנוּ, בְּקָרוֹב מַמָּשׁ.
Avec l’aide de D.ieu Pour l’élévation de l’âme de Rav 'hassid, rav tamim, homme craignant D.ieu, honorable et distingué, dévoué aux besoins de la communauté, Rav Daniel Yits'hak, de mémoire bénie, fils de Rav Efraïm chlita, puisse-t-il vivre de longs et bons jours, Moskovitz, chalia'h de Sa Sainteté l’Admour, que son mérite nous protège, pour l’État de l’Illinois, décédé le 2 Adar II 5774 [2014]. Que son âme soit liée au faisceau de la vie.
ב"ה לע"נ הרה"ח הרה"ת אי"א נו"נ עוסק בצ"צ ר' דניאל יצחק ע"ה בן יבלחט"א ר' אפרים שליט"א מאסקאוויץ שליח כ"ק אדמו"ר זי"ע למדינת אילינוי נלב"ע ב' אדר שני ה'תשע"ד ת.נ.צ.ב.ה
🙥🙧 Et moi, Daniel, je défaillis... puis je me levai et j’accomplis l’ouvrage du roi.
🙥🙧 ואֲנִי דָנִיֵּאל נִהְיֵיתִי ...וָאָקוּם וָאֶעֱשֶׂה אֶת מְלֶאכֶת הַמֶּלֶךְ